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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 14:09

LE DIVIN CŒUR DE JÉSUS …                

Si le Sauveur découvrait ainsi toutes les beautés et toutes les richesses de ses divines Plaies à l'humble Converse, pouvait-Il ne point lui ouvrir les trésors de sa grande blessure d'amour ?

« Voilà la Source où vous devez tout puiser ! » disait-Il, en lui montrant ses Plaies dans une splendeur lumineuse et celle de son Cœur sacré, brillant, parmi les autres, d'un éclat incomparable :

« Viens seulement ici dans la Plaie de mon divin Côté... c'est la Plaie de l'amour d'où il sort des flammes bien vives. »

Jésus lui accordait, parfois plusieurs jours de suite, la vue de sa très sainte Humanité glorieuse. Il se tenait alors auprès de sa servante, s'entre­tenait familièrement avec elle, comme autrefois, avec notre sainte Sœur Marguerite-Marie Alacoque. Et cette dernière, qui ne quitte jamais le Cœur de Jésus, disait : « C'est ainsi que Notre-Seigneur se montrait à moi », tandis que le bon Maître réitérait ses amoureuses invitations :

« Viens dans mon Cœur, tu ne craindras rien... Mets ici tes lèvres pour y puiser la charité et la répandre dans le monde... Mets ici ta main pour y prendre mes trésors. »

Un jour, Il lui fait part de son immense désir de répandre les grâces dont déborde son Cœur : « Prends, parce que la mesure est comble. Je ne puis plus les contenir tant j'ai envie de les donner. »

Une autre fois, c'est une invitation à utiliser encore et toujours ces trésors : « Venez recevoir l'épanchement de mon Cœur qui désire déverser son trop-plein ! Je veux verser en vous de mon abondance, parce que, aujourd'hui, j'ai reçu en ma miséricorde des âmes sauvées par vos prières. »

A chaque instant, sous des formes diverses, ce sont des appels à une vie d'union avec son Cœur sacré : « Tiens-toi bien collée à ce Cœur pour prendre et répandre mon Sang.»

« Si vous voulez entrer dans la lumière du Seigneur, il faut vous cacher dans mon Cœur divin... Si vous voulez connaître l'intimité des entrailles de la miséricorde de Celui qui vous aime tant, il faut vous aboucher sur l'ouverture de mon Sacré Cœur avec respect et humilité.

« Voilà votre centre. Personne ne pourra vous empêcher de l'aimer, ni vous le faire aimer sans que votre cœur y corresponde. Tout ce que les créatures diront ne peut vous enlever votre trésor, votre amour!... Je veux que vous m'aimiez sans appui humain. »

Ici, Notre-Seigneur insiste, en adressant à toutes ses épouses une exhortation pressante : « Je veux que l'âme religieuse soit détachée de tout, car pour venir à mon Cœur, il ne faut point d'attache, point de fil qui tienne encore à la terre : il faut aller à la conquête du Seigneur dans le seul à seul avec Lui; il faut chercher ce Cœur dans votre propre cœur. »

Puis Il revient à Sœur Marie Marthe, mais à travers sa docile servante, Il vise toutes les âmes et plus spécialement les âmes consacrées :

« J'ai besoin de ton cœur pour me dédommager et me tenir compagnie... — Je t'apprendrai à m'aimer, car tu ne sais pas le faire : la science de l'amour de Dieu se donne à l'âme qui regarde le Crucifié et lui parle cœur à cœur. Dans chacune de tes actions, il faut être unie à moi. »

  • Et Notre-Seigneur lui fait comprendre les conditions et les fruits merveilleux de l'union intime à son Cœur divin :

« L'épouse qui ne se met pas sur la poitrine de son Époux dans ses peines, dans son travail, perd son temps. Lorsqu'elle a fait des fautes, il faut qu'elle se couche sur mon Cœur avec grande confiance. Dans ce foyer ardent disparaissent vos infidélités ; l'amour les brûle, les consume toutes!...Il faut m'aimer, tout m'abandonner. — Il faut vous reposer sur le Cœur de votre Maître comme saint Jean. — Vous lui procurez une très grande gloire en l'aimant ainsi. »

Ah ! Que Jésus désire notre amour ! Il le mendie !

Apparaissant un jour dans toute la beauté de sa Résurrection, Il dit à sa Bien-Aimée : « Avec cela, ma fille, je mendie comme le ferait un pauvre...  — J'appelle mes enfants un à un..., je les regarde avec complaisance quand ils viennent à Moi... Je les attends!... »

Prenant vraiment l'aspect d'un mendiant, Il lui répétait encore, plein de tristesse : « Je mendie de l'amour, mais le plus grand nombre, même parmi les âmes religieuses, me refuse cet amour !... Ma fille, aime-Moi purement pour Moi-même, sans avoir égard au châtiment ou à la récompense. » Lui dési­gnant notre sainte Sœur Marguerite-Marie dont le regard dévorait le Cœur de Jésus : « Celle-ci m'a aimé, de cet amour pur et uniquement pour Moi tout seul !... »

Et Sœur Marie Marthe s'essayait à aimer de ce même amour. Comme un foyer immense, le Sacré Cœur l'attirait à Lui par des ardeurs indicibles... Elle se portait vers son Bien-Aimé dans des élans d'amour qui la consumaient..., mais qui, en même temps, laissaient en son âme une suavité toute divine ! Et Jésus lui disait : « Ma fille, quand je me suis choisi un cœur pour m'aimer et faire mes volontés, j'y allume le feu de mon amour. — Cependant je n'avive pas ce feu sans interruption, de peur que l'amour-propre ne gagne quelque chose et que l'on ne reçoive mes grâces par habitude. — Je me retire de temps en temps pour laisser l'âme à sa propre faiblesse. Elle voit alors qu'elle est toute seule..., elle fait des fautes : ces chutes la tiennent dans l'humilité... Mais je n'abandonne pas pour ces fautes l'âme que j'ai choisie, je la regarde toujours. Je ne suis pas si délicat : je pardonne et je reviens...

« Chaque humiliation vous lie plus intimement à Moi.

« Je ne vous demande pas de grandes choses, je veux l'amour de votre cœur tout simplement.

« Serre-toi contre mon Cœur, tu découvriras toute la bonté dont il est rempli. — C'est là que tu apprendras la douceur et l'humilité. Viens, mon enfant, te jeter là-dedans. Cette union n'est pas seulement pour toi, mais pour tous les membres de ta Communauté.

« Il faut que, par l'humilité et l'anéantissement, vos cœurs s'unissent au mien... — Ah! Ma fille, si tu savais combien mon Cœur souffre de l'ingratitude de tant de cœurs!... — Il faut unir vos peines à celles de mon Sacré Cœur.

« Dis à ta Supérieure de venir déposer dans cette ouverture toutes les actions de tes Sœurs, même les récréations : elles seront là comme dans une banque et elles y seront bien gardées. »

Détail touchant, entre mille autres : lorsque Sœur Marie Marthe rendit compte ce soir-là, elle ne put s'empêcher de s'interrompre pour demander à sa Supérieure : « Ma Mère, qu'est-ce que cela veut dire ce mot de banque ? » C'était la question de sa candide ignorance...

C'est plus particulièrement encore aux âmes chargées de la conduite des autres, directrices ou supérieures, que le Cœur de Jésus s'ouvre avec ses richesses : « Tu feras un grand acte de charité en offrant chaque jour mes divines Plaies pour toutes les directrices de l'Institut.

« Tu diras à ta Maîtresse qu'elle vienne remplir son âme à la Source, et demain, son cœur sera plein pour répandre mes grâces sur vous. — Je donnerai à toutes les grâces de comprendre les maximes de mon Sacré Cœur. Par le travail et la correspondance de l'âme, toutes y arriveront à l'heure de la mort.

« Ma fille, tes Supérieures sont les dépositaires de mon Cœur, il faut que je puisse mettre dans leurs âmes tout ce que je voudrai de grâces et de souffrances. Dis à ta Mère de venir prendre en ces Sources (son Cœur et ses Plaies) pour tes Sœurs... Elle doit regarder mon Sacré Cœur et tout lui confier, sans se soucier du regard des hommes. »

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation1937

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 18:37

LA DÉVOTION À LA COURONNE D'ÉPINES…  

Une chose frappante, c'est que Jésus réclame pour son auguste Chef couronné d'épines, un culte très spécial de vénération, de réparation et d'amour.

La Couronne d'épines fut pour Lui une cause de souffrances particulièrement cruelles : « Ma couronne d'épines m'a fait plus souffrir que toutes mes autres Plaies, confie-t-il à son épouse, elle a été ma plus cruelle souffrance après le Jardin des Olives. Pour l'alléger, il faut bien observer votre Règle. »

Elle est, pour l'âme fidèle jusqu'à l'imitation, une source de mérites : « Voilà, dit-il, cette tête qui a été percée pour ton amour et par les mérites de laquelle tu dois être couronnée un jour. Heureuse l'âme qui aura bien contemplé et encore mieux pratiqué!... — Voilà où est votre vie; marchez-y simplement et vous marcherez assurément.

« Si vous contemplez ma couronne d'épines sur la terre, vous serez un jour ma couronne de gloire au Ciel.

« Pour un instant que vous contemplerez cette couronne ici-bas, je vous en donnerai une pour l'Éternité... C'est elle, c'est la couronne d'épines qui vous vaudra celle de gloire. »

Elle est le don de choix que Jésus fait à ses privilégiés : « Ma couronne d'épines, je la donne à mes privilégiés. Elle est le bien propre de mes épouses et des âmes favorisées. — Elle est la joie des Bienheureux, mais pour mes bien-aimés sur la terre, elle est une souffrance. (A la place de chaque épine, notre Sœur voyait sortir un rayon de gloire impossible à décrire.) Mes vrais serviteurs essayent de souffrir comme moi, mais aucun ne peut atteindre le degré de souffrance que j'ai enduré. »

De ces âmes-là, Jésus sollicite une plus tendre compassion pour son Chef adorable. Entendons ce cri du cœur qu'il adresse à Sœur Marie Marthe en lui révélant sa tête ensanglantée, toute percée, et exprimant une souffrance telle, que la pauvrette n'aurait su en quels termes la rendre : « Voilà Celui que tu cherches..., vois dans quel état Il est!... Regarde..., arrache les épines de mon Chef en offrant à mon Père le mérite de mes Plaies pour les pécheurs... — Va à la recherche des âmes. »

On le voit, dans ces appels du Sauveur, toujours revient, comme un écho de l'éternel sitio, la préoc­cupation des âmes à sauver : « Va à la recherche des âmes. »

« Voilà ton instruction : la souffrance pour toi,les grâces que tu dois prendre pour les autres. Une seule âme qui fait ses actions en union avec les mérites de ma sainte Couronne gagne plus que la Communauté tout entière. »

A ces rudes appels, le Maître sait joindre les encouragements qui enflamment les cœurs et font accepter tous les sacrifices. C'est ainsi que, dans le courant d'octobre 1867, Il se présente aux yeux ravis de notre jeune Sœur, avec cette couronne tout irradiée d'une gloire étincelante : «Ma couronne d'épines illuminera le Ciel et tous les Bienheureux !  Sur la terre, il y a quelques âmes privilégiées à qui je la montrerai, mais la terre est trop ténébreuse pour la voir. »

Le bon Maître va plus loin. Il l'associe à ses triomphes comme à ses souffrances... Il lui fait entrevoir la glorification future. Lui appliquant avec de vives douleurs cette sainte Couronne sur la tête : « Prends ma Couronne, et dans cet état  mes Bienheureux te contempleront. »

Bonheur des Justes, la sainte Couronne est, par contre, pour les méchants, un objet de terreur. — C'est ce qu'entrevit un jour Sœur Marie Marthe dans un tableau offert à sa contemplation par Celui qui aimait à l'instruire en lui dévoilant les Mystères de l'au delà.

Tout  illuminé des splendeurs de  cette  divine Couronne, apparut à ses yeux le Tribunal où les âmes sont jugées. Il en passait continuellement devant le Juge souverain. Les âmes qui avaient été fidèles pendant leur vie se jetaient avec confiance dans les bras du Sauveur. Les autres, à la vue de la sainte Couronne, et au souvenir de l'amour de Notre-Seigneur qu'elles avaient méprisé, se pré­cipitaient, terrifiées, dans les abîmes éternels...

Si impressionnante fut cette vision, que la pauvre enfant, en la racontant, tremblait encore de crainte et d'épouvante.

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation1937

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 13:01

Prière de S. S. Pie XI…  (1926)

Notre Saint Père le Pape a composé lui-même et recommandé à la ferveur de tous les fidèles l'admirable prière que voici:

Très aimable Jésus, Nôtre-Seigneur, qui au prix de votre précieux Sang, avez racheté le monde !

Tournez vos regards miséricordieux sur la pauvre humanité qui gît encore en si grande part plongée dans les ténèbres de l'erreur et dans l'ombre de la mort; faites que sur elle resplendisse, dans tout son éclat, la lumière de la vérité.

Multi­pliez, Seigneur, les apôtres du saint Évangile ; rendez leur zèle plus fervent, leurs fatigues plus fécondes, en les bénissant de votre grâce afin que par leur travail, les infidèles Vous connaissent et se convertissant à Vous, leur Créateur et leur Rédemp­teur.

Rappelez les brebis errantes à votre bercail, ramenez les rebelles au sein de votre Sainte et Unique Eglise.

Hâtez, ô très aimable Sauveur, l'heureuse arrivée de votre règne sur la terre; attirez tous les hommes à votre très doux Cœur  afin que tous puissent participer aux ineffables bienfaits de votre Rédemption, dans le bonheur éternel du ciel.

Ainsi soit-il

Indulgence de 300 jrs pour tous les fidèles, chaque fois qu'avec un cœur contrit, ils récitent cette prière.

Indulgence plénière une fois par mois aux condi­tions ordinaires, pour ceux qui la récitent tous les jours.

Pénitencerie apost., 18 mai, 1926.

Permis de réimprimer: Québec, 13 août 1935.

B.-PH. Garneau, V. G.

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 09:01

 

L’UNION MYSTIQUE, vous en connaissez la valeur …

Je conçois maintenant l'indissoluble so­lidarité des âmes.

Une influence cachée va de l'une vers les autres, et des autres vers l'une.

Chacun est comptable, en une maniè­re, des souffrances d'autrui, chacun doit rendre compte des péchés et des crimes qui ont été, sont et seront commis.

Nous devons et pouvons nous secourir, nous pouvons donner satisfaction à Dieu pour une âme, par des actions et des prières.

De combien d'âmes les saints n'ont-ils pas obtenu le sa­lut par leurs œuvres et leurs souffrances ?

Nous sommes enchaînés les uns aux autres, miraculeusement, divinement, par la Com­munion des Saints.

Mon Dieu, que tout cela est beau et ado­rable !

Je vous rends grâce, Père qui êtes aux cieux, pour le don de la foi, pour tou­tes les choses dont vous nous comblez, nous pauvres enfants, qui jamais ne vous aurions trouvé sans Votre secours et qui, parfois, étions si tristes à cause de l'effroyable soli­tude de nos cœurs.

Oh ! Vous connaître, Vous approcher à genoux, pleurant d'a­mour ! C'est ineffable, c'est accablant, c'est infiniment doux !

Par des routes noires et désertes, Vous nous avez conduits vers Vo­tre Fils, vers Jésus, que j'aime...

pierre van der meer, après sa conversion.

Mon Jésus mon Sauveur, je Vous aime, je Vous adore et je Vous remercie.

Père Éternel, je vous offre les plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ pour guérir celles de nos âmes.

AINSI SOIT-IL

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 15:10

MOTIFS DE LA DÉVOTION AUX SAINTES PLAIES

Soeur Marie Marthe Chambon, sa vie…                            

En confiant à Sœur Marie Marthe cette tâche magnifique, le Dieu du Calvaire se plaisait à révéler à son âme ravie les innombrables motifs d'invoquer les Plaies divines, comme aussi les bénéfices de cette dévotion.

Chaque jour, à chaque instant, pour l'exciter à s'en faire l'ardente apôtre, Il lui dévoile les inappré­ciables trésors de ces sources de vie :

« Aucune âme, après ma sainte Mère, n'a eu comme toi, la grâce de contempler, jour et nuit, mes saintes Plaies.

« Ma fille, reconnais bien le trésor du monde!... le monde ne veut pas le connaître. — Je veux que tu les voies ainsi, afin que tu comprennes mieux ce que j'ai fait en venant souffrir pour toi.

« Ma fille, chaque fois que vous offrez à mon Père les mérites de mes divines Plaies, vous gagnez une fortune immense. Vous êtes semblables à celui qui trouverait dans la terre un grand trésor ; mais  comme vous ne pouvez pas conserver cette fortune, Dieu la reprend, et ma divine Mère aussi, pour vous la rendre au moment de la mort et en appliquer les mérites aux âmes qui en ont besoin : car vous devez faire valoir la fortune de mes saintes Plaies.

« Il ne faut pas rester pauvres, parce que votre Père est bien riche!...  Votre richesse ? C’est ma sainte Passion! Il ne faut pas vous en écarter. Il faut que vous puisiez constamment dans le trésor de ma Passion et dans les trous de mes Plaies sacrées.

« Celui qui est dans le besoin, qu'il vienne ici; c'est le trésor et la richesse.

« Une de mes créatures m'a trahi et a vendu mon Sang,  mais vous pouvez si facilement le racheter goutte à goutte pour purifier ta terre!...

Une seule goutte suffit... et vous n'y pensez pas!... vous n'en connaissez pas le prix!

« Les bourreaux ont bien fait en me perçant le côté, les mains et les pieds, puisqu'ils ont ouvert par là des fontaines d'où couleront éternellement les eaux de ma miséricorde. C'est seulement le péché qui en a été la cause qu'il faut détester.

« Mon Père se complaît dans l'offrande de mes sacrées Plaies et des douleurs de ma divine Mère.

« Offrir mes Plaies au Père éternel, c'est lui offrir sa gloire, c'est offrir le Ciel au Ciel.

« Voilà de quoi payer pour tous ceux qui ont des dettes ! — Car, en offrant à mon Père le mérite de mes saintes Plaies, vous satisfaites pour les péchés des hommes.»

 

Toutes ces paroles furent prononcées en diverses circonstances, spécialement dans l'année 1868. Tantôt Notre-Seigneur s'adresse à Sœur Marie Marthe seule, tantôt — à travers elle — à la Com­munauté et à tous les fidèles.

 

Jésus la presse  et nous presse avec elle, de venir à ce trésor :

« Il faut tout confier à mes divines Plaies et travailler au salut des âmes par leurs mérites. »

Il nous demande de le faire avec humilité : « Lorsque mes saintes Plaies ont été faites, il y a eu de la « vanité » pour l'homme qui croyait qu'elles finiraient. Mais non, elles seront éternelles, et éternellement elles seront vues de toutes mes créatures. Je te dis ceci, afin que tu ne les regardes pas par manière de routine, mais que tu les vénères avec grande humilité.

«Votre vie n'est pas de ce monde; enlevez les Plaies de Jésus et vous deviendrez terrestres...

« Vous êtes trop matériels pour comprendre toute l'étendue des grâces que vous recevez par leurs mérites... — Vous ne regardez pas assez le soleil dans sa plénitude... — Mes Prêtres eux-mêmes ne montrent pas assez le Crucifix : Je veux que l'on m'honore tout entier.

« Il ne faut pas craindre de montrer mes Plaies aux âmes... Le chemin de mes Plaies est si simple et si facile pour aller au Ciel. »

Il nous demande de le faire avec des cœurs de Séraphins. — Désignant un groupe de ces Esprits angéliques se pressant autour de l'autel, pendant la sainte Messe, il dit à Sœur Marie Marthe : « Ils contemplent la beauté, la sainteté de Dieu!... ils admirent, ils adorent... ils ne peuvent pas imiter. Quant à vous, il faut surtout contempler les souffrances de Jésus pour vous conformer à Lui.  Il faut venir à mes Plaies avec des cœurs bien chauds, bien ardents, et faire, avec grande ferveur, les aspirations pour obtenir les grâces que vous sollicitez. »

Il nous demande de le faire avec une foi ardente : « Elles sont toutes fraîches, il faut les offrir comme pour la première fois.

 « Dans la contemplation de mes Plaies, on trouve tout pour soi et pour les autres.

« Je te les fais voir pour que tu y entres. »

Il nous demande de le faire avec confiance :

 « Il ne faut pas t'inquiéter des choses du temps, ma fille, tu verras dans l'Éternité ce que tu auras gagné par mes Plaies.

« Les Plaies de mes pieds sacrés sont un océan. Amène-moi là toutes mes créatures ; ces ouvertures sont assez grandes pour les y loger toutes. »

 

Il nous demande de le faire avec esprit d'apos­tolat, et sans jamais nous lasser : « Il faut beaucoup prier pour que mes saintes Plaies se répandent dans le monde. »

 

Des Plaies de Jésus, aux yeux de la voyante, partirent, un jour, cinq rayons lumineux, cinq rayons de gloire qui enveloppèrent le globe.

 

1° « Mes saintes Plaies soutiennent le monde.

 

« Il faut me demander l'affermissement dans l'amour de mes Plaies, parce qu'elles sont la source de toutes les grâces. Il faut souvent les invoquer... y porter le prochain... Il faut en parler et y revenir fréquemment, afin d'en imprimer la dévotion dans les âmes...

 

3° « Il faudra longtemps pour établir cette dévotion, travaillez-y avec courage.

 

4°« Toutes les paroles dites au sujet de mes saintes Plaies me font plaisir, un plaisir indicible!... je les compte toutes.

 

5° «Quand même il y en a qui ne veulent pas venir à mes Plaies, il faut que toi, ma fille, tu les y fasses entrer. »

 

Un jour que Sœur Marie Marthe éprouvait une soif ardente, son bon Maître lui dit : « Ma fille, viens à moi, et je te donnerai une eau qui te désaltérera ! Dans le Crucifix, il y a tout : il y a de quoi se désaltérer — il y en a pour toutes les âmes!

« Ma fille, je veux que tu puises dans mes Plaies pour donner aux petits.

« Vous avez tout avec mes Plaies ! Elles ont fait des œuvres solides, non par la jouissance, mais par la souffrance.

« Vous êtes des ouvrières qui travaillez au champ du Seigneur : avec mes Plaies, vous gagnez beaucoup et sans peine.

 « Offre-moi tes actions et celles de tes Sœurs, unies à mes saintes Plaies ; rien ne peut les rendre plus méritoires, ni plus agréables à mes yeux : il y a des richesses incompréhensibles, même dans les plus petites. »

 

Il est bon de le remarquer ici : dans les mani­festations et confidences dont nous venons de parler, le divin Sauveur ne se présente pas toujours à Sœur Marie Marthe avec l'ensemble de ses Plaies adorables : parfois Il ne lui en montre qu'une seule à part des autres.

 

C'est ainsi qu'un jour Il lui découvre son pied droit en disant : « Combien dois-tu respecter cette Plaie et t'y cacher comme la colombe! »

Une autre fois, Il lui fait voir sa main gauche : « Ma fille, prends dans ma main gauche mes mérites pour les âmes, afin qu'elles soient à ma droite pour l'Éternité... Les âmes religieuses seront à ma droite pour juger le monde, mais auparavant, je leur demanderai compte des âmes qu'elles devaient  sauver. »

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation.  1937

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 14:49

 

L'ÉLUE DE JÉSUS CRUCIFIÉ…              

Dévotion aux plaies de N. S. J.-Christ

« Une chose me fait de la peine, disait le doux Sauveur à sa petite servante, c'est qu'il y a  des âmes qui regardent la dévotion à mes Plaies  comme étrange, comme méprisable, comme une chose qui ne convient pas..., c'est pour cela qu'elle  tombe et qu'on l'oublie.

«Au Ciel, j'ai des Saints qui ont eu une grande  dévotion à mes saintes Plaies, mais sur la terre,  Il n'est presque plus personne qui m'honore de cette manière-là. »

Cette plainte n'est que trop fondée ! Dans un monde où « jouir » semble l'unique préoccupation, combien de personnes, même chrétiennes, ont comme perdu le sens du sacrifice !... Trop peu d'âmes comprennent la Croix! Trop peu s'atta­chent à méditer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que saint François de Sales appelle si justement « la vraie école de l'amour, le plus doux et le plus violent motif de la piété ».

Or, Jésus ne veut point que reste inexploitée cette mine inépuisable, que demeurent oubliés et perdus les fruits de ses saintes Plaies. Il se choi­sira — n'est-ce pas sa coutume ? — le plus humble des instruments pour accomplir son œuvre d'amour.

Le 2 octobre 1867, Sœur Marie Marthe assistait à une « Prise d'Habit », lorsque la voûte des cieux s'entrouvrant, elle vit s'y dérouler la même céré­monie dans une splendeur bien autre que celle de la terre. Toute la Visitation du Ciel était présente : Les premières Mères se tournant vers elle, comme pour lui annoncer une bonne nouvelle, lui dirent, joyeuses :

« Le Père Éternel a donné à notre saint Ordre son Fils en trois manières :

1° Jésus-Christ, sa Croix et ses Plaies, à cette Maison plus particulièrement.

   2° Son Cœur Sacré.

  3° Jésus Enfant. Il faut que vous ayez toute la simplicité de l'enfant dans vos rapports avec lui. »

Ce triple don ne semble pas nouveau. En remon­tant aux origines de l'Institut, nous retrouvons, dans la vie de notre Mère Anne Marguerite Clément, contemporaine de sainte Jeanne de Chantal, ces trois dévotions dont toutes les Religieuses formées par elle portèrent le cachet.

Peut-être, et nous aimons à le croire, est-ce cette âme, également favorisée qui, de concert avec notre Sainte Mère et Fondatrice, vient aujour­d'hui les rappeler à l'élue de Dieu.

 

Quelques jours plus tard, notre T. H. Mère Marie Pauline Deglapigny, décédée depuis dix-huit mois, apparaît à son ancienne fille et lui confirme ce don des saintes Plaies :

«La Visitation avait déjà une grande richesse, mais elle n'était pas complète. Voilà pourquoi est heureux le jour où  j'ai quitté la terre, parce que, dès ce jour, au lieu d'avoir seulement le Cœur Sacré de Notre-Seigneur, vous aurez toute la sainte Humanité, c'est-à-dire, ses sacrées Plaies. J'ai demandé cette grâce pour vous. »

Le Cœur de Jésus? Ah ! Qui le possède ne possède-t-il pas tout Jésus ? Tout l'amour de Jésus ?... Sans doute. Mais les saintes Plaies sont comme l'expression prolongée — et combien éloquente — de cet amour. Aussi, Jésus veut-il que nous l'hono­rions tout entier, et qu'en adorant son Cœur blessé, nous sachions ne pas oublier ses autres Plaies, ouvertes, elles aussi, par l'amour. — Et il n'est pas sans intérêt, à ce propos, de rapprocher le don de l'humanité souffrante de Jésus, fait à notre Sœur Marie Marthe, de celui dont fut gra­tifiée à la même époque notre vénérable Mère Marie de Sales Chappuis : le don de l'Humanité sainte du Sauveur.

Saint François de Sales, notre bienheureux Père, qui, très souvent, visitait sa chère fille pour l'ins­truire paternellement, ne manque pas de l'affermir dans la certitude de « l'élection divine ».

Un jour qu'ils s'entretenaient ensemble : «Mon Père lui dit-elle avec sa naïveté ordinaire, vous savez que nos Sœurs n'ont guère confiance en mes  affirmations, parce que je suis bien imparfaite. »  — Ma fille, répondit le Saint, «les vues de Dieu  ne sont pas celles de la créaturela créature juge selon les vues humaines, — Dieu donne ses grâces à une misérable qui n'a rien, afin que toutes retournent à Lui. Tu dois être bien contente des imperfections que tu as, parce qu'elles cachent les dons de Dieu. — Dieu t'a choisie pour compléter la dévotion au Sacré-Cœur : le Cœur a été montré à ma fille Marguerite-Marie et les saintes Plaies à ma petite Marie Marthe !... C'est un besoin pour mon cœur de Père, que cet honneur soit rendu par vous à Jésus Crucifié! Cela fait le complément de la Rédemption que Jésus a tant désirée! »

La Très Sainte Vierge vint aussi, un jour de la Visitation, confirmer la jeune Sœur dans sa voie. Accompagnée de nos saints Fondateurs, de notre sainte Sœur Marguerite-Marie : « Je donne mon Fruit à la Visitation, comme je l'ai porté à ma cousine. Élisabeth, lui dit-elle avec bonté. — « Ton saint Fondateur a reproduit les travaux, la  douceur et l'humilité de mon Fils; ta sainte Mère de Chantal ma générosité, en passant par-dessus tous les obstacles pour s'unir à Jésus et faire sa sainte volonté; ta bienheureuse Sœur Marguerite-Marie a reproduit le Sacré Cœur de mon Fils pour le donner au monde... Et toi, ma fille, tu es choisie pour arrêter la justice de Dieu, en faisant valoir les mérites de la Passion et des saintes Plaies de mon unique et bien-aimé Fils, Jésus!... »

Et comme Sœur Marie Marthe opposait quelques objections : « Ma fille, reprit l'Immaculée Vierge, « vous n'avez pas à vous inquiéter, ta Mère et toi, mon Fils sait bien ce qu'il doit faire... Pour vous, faites seulement, jour par jour, ce que veut Jésus. »

Les invitations et les encouragements de la Très Sainte Vierge iront, d'ailleurs, se multipliant et prendront toutes les formes : « Si vous voulez des richesses, il faut aller puiser dans les saintes Plaies de mon Fils... Toutes les lumières du Saint-Esprit sortent des Plaies de Jésus, mais vous recevrez ces dons à proportion de votre  humilité...»

« — Je suis votre Mère et je vous dis : allez puiser dans les Plaies de mon Fils!... Sucez le sang jusqu'à l'épuiser, ce qui n'arrivera cependant  jamais.»

« — Il faut que toi, ma fille, tu appliques les Plaies de mon Fils sur les méchants pour les convertir. »

Après les interventions des premières Mères, de notre saint Fondateur et de la Sainte Vierge, nous ne saurions oublier, dans ce tableau, celles de Dieu le Père, pour qui notre chère Sœur ressentit toujours une tendresse, une confiance d'enfant et qui en fut vraiment divinement gâtée. — On sait comment Il l'avait instruite de sa mission future. De temps à autre, Il la lui rappelle : « Mon enfant, je te donne mon Fils pour t'aider tout le long du jour, afin que tu puisses payer tout ce que tu dois à ma justice pour tous.»

« Tu prendras constamment dans les Plaies de Jésus de quoi payer les dettes des pécheurs. »

La Communauté faisait des processions et des prières pour différents besoins : « Tout ce que vous me donnez là n'est rien, déclara Dieu le  Père. » — « Si ce n'est rien, riposte l'audacieuse enfant, je vous offre alors tout ce que votre Fils a fait et souffert pour nous. » — « Ah ! Reprend le Père Éternel, ceci est grand!... »

De son côté, Notre-Seigneur, pour fortifier sa servante, lui renouvelle, à plusieurs reprises, l'assurance qu'elle est bien réellement appelée à raviver la dévotion aux Plaies rédemptrices : «Je t'ai choisie pour réveiller la dévotion à ma sainte Passion dans les temps malheureux où vous vivez. » Puis, lui montrant ses saintes Plaies comme un livre où Il veut lui apprendre à lire, le bon Maître ajoute : « Ne bouge pas les yeux de dessus ce livre et tu en apprendras plus que les plus grands savants. La prière aux saintes Plaies comprend tout. »

Une autre fois, pendant le mois de juin, tandis qu'elle était prosternée aux pieds du Très Saint Sacrement, Notre-Seigneur, ouvrant son Cœur Sacré comme la source de toutes les autres Plaies, insiste encore : « J'ai choisi ma fidèle servante Marguerite-Marie pour faire connaître mon divin Cœur, et ma petite Marie Marthe pour insinuer la dévotion à mes autres Plaies!... Mes Plaies vous sauveront infailliblement ; elles sauveront le monde. »

Dans une autre circonstance : « Ton chemin, lui dit-il, c'est de me faire connaître et aimer, surtout dans l'avenir. » Il lui demande d'offrir incessamment ses divines Plaies pour le salut du monde : « Ma fille, le monde sera plus ou moins troublé, suivant que tu auras fait ta tâche... Tu es choisie pour satisfaire ma Justice. — Enfermée dans ta clôture, tu dois vivre ici-bas comme l'on vit au Ciel, m'aimer, me prier sans cesse par mes Plaies pour apaiser ma vengeance.»

« Je veux que, par cette dévotion, non seulement les âmes avec lesquelles tu vis deviennent saintes, mais beaucoup d'autres encore! — Un jour, je te demanderai compte si tu as bien pris dans ce trésor pour toutes mes créatures.»

« Vraiment, lui dira-t-il encore plus tard, vraiment, mon Épouse, j'habite en ce lieu et dans tous les cœurs!... J'y établirai mon règne et ma paix, je détruirai par mon pouvoir tous les obstacles, parce que je suis le Maître des cœurs et que je connais toutes les misères... Toi, ma fille, tu es le canal de mes grâces. Apprends que le canal  n'a rien de lui-même, il n'a que ce que l'on fait passer dedans. Il faut, comme canal, que tu ne gardes rien et que tu dises tout ce que je te communique. — Je t'ai choisie pour faire valoir les mérites de ma sainte Passion pour tous; mais je veux que tu sois toujours cachée. — A moi de faire connaître plus tard que c'est par ce moyen que le monde sera sauvé et par les mains aussi de ma Mère Immaculée!... »

(À suivre)

Extrait de : Sœur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation.  1937

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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 14:14

INÉVITABLE ALTERNATIVE, LA VIE ou LA MORT…

Toutes les âmes chrétiennes se divisent en deux classes :

les âmes mortes... par le péché mortel ;

les âmes vivantes... par la grâce sanctifiante.

Les âmes mortes sont des transfuges, qui ont changé d'allégeance. En quittant délibérément le plan du ciel où les avait haussées la grâce du baptême, elles se sont installées, au moins tempo­rairement et malgré tous les risques que cela implique, sur le plan de l'enfer.

L'état du péché, dit saint Thomas, est propre­ment un état de mort. De là vient qu'il est appelé mortel, parce qu'il éteint et fait mourir pour ainsi dire la vie divine dans l'âme.

La rupture d'avec Dieu porte tous les caractères d'une trahison de l'amitié, d'un divorce. Saint Paul, qui n'a pas peur des mots, l'appelle un adul­tère. Cette infamie se double d'un suicide spirituel.

Âmes ruinées !... qui se sont sabordées elles-mêmes. Sans souci d'aucun choix, elles se sont gorgées de plaisirs de moins en moins avouables. Dégradées, auprès de Dieu, de tout mérite, elles ne savent plus ce qu'elles sont venues faire sur la terre. Si encore elles étaient tourmentées par l'in­satisfaction d'elles-mêmes, leur impuissance à s'ac­cepter telles qu'elles sont les débarrasserait de leurs écœurements et les ramènerait tôt à la con­dition des meilleurs jours. « N'être plus à Dieu, n'être plus pour Dieu, n'être plus avec Dieu ni en Dieu, c'est, dit saint Augustin, être pire que de cesser absolument d'exister. »

Âmes dissociées de Dieu !... Lui seul, hier en­core, résumait leur vie. Peu à peu, elles en sont venues à chercher autre chose. Elles se sont désha­bituées de travailler dans et pour son amour. Un vide s'est alors creusé en elles. Seulement, ce n'est plus Dieu qui vient le remplir. Ce qui est pire, elles ne trouvent pas anormale leur situation. Leur sort est bien volontaire, car nul n'est jamais contraint de pécher.

Âmes résignées à se passer de Dieu !... apparemment satisfaites, même si elles languissent dans une lamentable disette. Leur obnubilation est telle qu'elles ne discernent plus le sens de la vie. Logis dépeuplés et vides, elles laissent passer la sainteté et le salut devant leurs portes closes. Depuis que Dieu a été sommé de s'en aller, il n'y reste qu'un mélange de mésestime pour ce qui est du ciel, de passion pour ce qui est de la terre, d'indifférence pour ce qui semble neutre. Elles en arrivent à ne pas éprouver la souffrance plus ou moins consciente d'être seules.

Âmes détournées de Dieu !... et du ciel par surcroît. Après avoir perdu la grâce sans peine, peut-être se fixent-elles dans la disgrâce sans re­mords. Sans remords ? En apparence seulement. On a beau être un misérable et un coquin, on ne peut empêcher la conscience de réclamer. Mais, pour ne pas entendre ses protestations, elles essaient d'étouffer sa voix vengeresse. Au lieu de s'abandonner à Dieu, elles abandonnent Dieu. Heureuses encore si elles ne poussent pas l'infidé­lité jusqu'à se faire une gloire de leur criminel assoupissement !

Ames tournées contre Dieu !... acharnées après Lui, rebelles à sa loi. Non seulement sans-Dieu, mais anti-Dieu ! Sinistre besogne, tout de même, que de s'attaquer rageusement à celui qui, miséri-cordieusement, veut les sauver comme malgré elles. Seul un mal de folie peut engendrer une perversion pareille. Folie de passion, folie de jouissance, folie d'autre chose, mais folie tou­jours !

Cet état est la négation du christianisme-doctrine et le mépris du christianisme-vie,

Les âmes vivantes appartiennent déjà au royaume de Dieu, à la lignée des élus. Le ciel est commencé en elles. Nôtre-Seigneur dit : « Celui qui m'aime a la vie éternelle. » Il ne dit pas qu'il l'aura plus tard ; il affirme que, dès maintenant, elle est en lui. En effet, la grâce sanctifiante est le germe de la gloire.

Nanties de la vie de Dieu, ces âmes croient en son amour, elles espèrent en ses promesses, elles acceptent fidèlement ses volontés. « Tout ce qui est fait avec Dieu et pour Dieu, dit saint Augustin, porte le caractère de la vie de Dieu. » Apanage opulent qui vaut au bénéficiaire un riche patri­moine et lui donne comme une première prise de possession des joies célestes. Trésor inestimable, le seul vraiment digne de ce nom. Le reste n'est que chimère et mirage.

Prudentes d'une prudence surnaturelle, ces âmes vivent de façon à ne devoir jamais rougir d'une seule de leurs actions. Elles usent des biens de ce monde comme de talents que Dieu leur a confiés et leur demande de faire fructifier, afin d'être meilleures et plus utiles.

Il leur en coûte parfois de suivre la ligne droite. Mais, convaincues qu'on ne possède jamais assez Dieu et que lui, de son côté, a toujours quelque chose à donner, elles laissent aux impru­dentes la poursuite immodérée du périssable, n'en prenant pour elles-mêmes que ce qui leur est né­cessaire ou utile, et encore en vue des biens supé­rieurs du ciel.

Suprême sagesse !

En effet, que resterait-il de l'argent acquis mal­honnêtement ; voire d'une fortune accumulée se­lon les lois de la justice, mais recherchée pour elle-même jusqu'à l'idolâtrie et dissipée dans l'ou­bli de Dieu ?

Que resterait-il des succès et honneurs convoi­tés avec une avidité poussée jusqu'au mépris du seul honneur vraiment enviable, celui de l'inté­grité chrétienne, et jusqu'au sacrifice de l'unique succès inamissible, celui de la gloire éternelle ?

Que resterait-il de tous les plaisirs malsains qui étouffent lentement l'âme, la tiennent en escla­vage et compromettent sa destinée ?

De tout cela, il resterait, outre la culpabilité, le remords... tardif peut-être mais certain, si même il ne devient pas éternel.

Que sert à l'homme de vivre en mort s'il meurt sans avoir véritablement vécu ?

Les âmes vivantes ont entendu ces mises en garde.

À la différence des âmes mortes, elles en ont tenu compte.

Qu'on travaille à l'atelier ou aux champs, au comptoir ou à l'usine, au foyer ou au collège, il n'y a en définitive que deux besognes : la bonne et la mauvaise. Pas de troisième terme possible !

De même, qu'on soit médecin ou cultivateur, marchand ou cordonnier, professeur ou étudiant, il n'y a que deux catégories de gens : les bons et les mauvais, les vivants et les morts. On est pour Dieu ou contre Dieu. « Qui n'est pas avec moi, dit Jésus, est contre moi ; qui n'amasse pas avec moi, - dissipe. »

De par la force des choses, on communie à celui que l'on entend servir, on vibre aux mêmes coups d'archet. « Là où est votre trésor, là est aussi votre cœur. »

La vie est une communion au Christ ou à Satan, un apostolat du bien ou un apostolat du mal, une ruée vers les sommets ou une culbute dans les bas-fonds.

Il y a du tragique dans la vie. On ne peut se désolidariser d'avec elle, ni se séparer des actes qui en composent la trame. On est comme on vit, on vit comme on est. Tout, le bien et le mal, est marqué au coin de l'éternité. Chaque action reçoit une frappe qui la catalogue dans l'ordre moral. Chaque personne se donne à elle-même une empreinte qui la classifie.

Combien, qui auront travaillé ensemble ici-bas, vécu dans les mêmes cadres, consenti aux mêmes sacrifices, seront surpris de découvrir que, sur le même chantier et au coût des mêmes efforts, ils ont servi des maîtres différents et que, tout en suivant apparemment la même route, leurs voies n'étaient pas identiques !

Vous qui lisez ces lignes, arrêtez-vous quelques instants, descendez dans votre conscience et de­mandez-vous :

Mon âme est-elle vivante ?... ou morte ?

Est-elle en grâce avec Dieu ?... ou en dis­grâce avec lui ?

Est-elle en amitié avec Dieu ?... ou en ini­mitié avec lui ?

Ai-je gardé la vie surnaturelle reçue au bap­tême ?... ou l'ai-je dilapidée ?

Votre existence comporte-t-elle alternativement des intervalles d'état de grâce et des intervalles d'état de péché mortel ?

Pensez-y sérieusement ! Car vous ne pouvez plus prolonger l'hypocrisie de tenir périodique­ment deux attitudes opposées. Il faut faire en vous l'unité. Cette vie à éclipses pourrait bien n'être en réalité qu'une mort consommée dans l'insincérité et l'abus des grâces.

Prenez garde ! Ceux qui se rassasient des mets les plus vils s'intoxiquent vite. Le monde est dur pour ses clients. Ses taxes pèsent lourdement. Ses plaisirs coûtent cher. Ils vident le cœur, ruinent la vie et compromettent l'éternité. « Le monde, dit Victor Cherbuliez, est à la fois un grand tentateur et un austère moraliste. Il veut qu'on se donne à lui, et il méprise ceux qui se donnent. Il leur prend leur vertu, et leur reproche de l'avoir per­due. »,

Il arrive un temps où le mal, si avilissant soit-il, ne fait plus rougir. Il devient même à la mode. Une fois pris dans l'engrenage des concessions et des défaites, l'on peut aller très loin. La triste histoire de certaines âmes prouve qu'il en va ainsi. Accepter cette régression, de déchéance en dé­chéance, quelle abomination !

Il est si facile de s'aveugler, de chloroformer sa conscience, de perdre pied en un moment de ver­tige et de rouler au fond de l'abîme !

Ah ! Si les contaminés étaient une minime exception, avec quel soin il faudrait entretenir la conspiration du silence ! Mais nous n'ignorons pas qu'il devient de plus en plus grand le nombre de ceux qui, par une série de coups de passions et de trahisons tranquilles, se jettent dans le filet. Leurs mauvaises habitudes s'affermissent et deviennent tyranniques. Chaque capitulation amoindrit leur défense. Le corps, violenté par les sourdes pulsa­tions de l'instinct, entraîne l'âme et la fait som­brer.

C'est donc avec la plus grande pitié que nous devons parler de ces âmes envahies par les dé­mons du péché mortel. C'est avec la plus grande miséricorde que nous devons nous pencher sur elles pour les redonner au Christ et ainsi leur rendre, avec la joie de vivre, la possibilité de tendre vers le Ciel.

À moins d'être un de ces pécheurs insolents qui, connaissant Dieu par la foi, font profession de le renier jusqu'au bout par leurs œuvres, per­sonne ne traîne longtemps ce boulet de galérien qu'est la faute mortelle sans pleurer intérieu­rement au souvenir des années vécues dans la sainte liberté des enfants de Dieu. Impossible de garder un cœur endurci dans le mal, de ne découvrir en soi que stérilité ou profanation, et ne pas éprouver la nostalgie de la grâce.

Le pécheur connaît le plaisir, il ne connaît pas la joie. Car la joie, c'est surtout la paix, la paix épanouie qui dilate l'âme. Or, la paix n'habite pas dans le cœur du coupable.

La résignation à la maladie, à la pauvreté, à l'isolement du cœur, à l'insuccès et au deuil, devient source de sérénité et de mérite. En face de ces épreuves, on peut se faire une âme supé­rieure pour qui le péché est le seul mal et la perte de la grâce est la seule calamité.

Mais !... avoir trahi Dieu d'une trahison réfractaire au repentir, ne laisse au fond de soi qu'un mélange de dépit et de tristesse. Il y aurait de quoi faire bien des heureux avec tout le bon­heur gaspillé par le péché.

L'indignation ne convient pas ici, c'est la pitié qu'il faut.

Oui, plaignons celui qui ne recherche que les faux plaisirs pour remplir son cœur, ou plutôt pour le vider !

Lorsqu'en voyant la longue série de ses abdi­cations et de ses chutes, il se rappelle les émotions à la fois si douces et si profondes autrefois éprouvées dans ses contacts avec Dieu, le renégat n'échappe pas au supplice d'un regret particuliè­rement amer : celui d'avoir troqué la vie divine contre quelques satisfactions désenchanteresses.

Il ne peut plus rentrer dans son âme sans rougir de lui-même. Le champ de sa conscience est encombré par un tel mélange de dégoût et de honte, qu'il ne sait plus comment exorciser ses angoisses. Il mesure alors toute la distance qu'il y a entre un chrétien diminué, amoindri, presque déchristianisé, et un chrétien qui a atteint sa me­sure.

La faim de son cœur le torture. Les reproches de sa conscience l’étouffent. Que de journées il voudrait avoir vécues autrement ! Que d'actions il aimerait n'avoir jamais commises ! Que d'au­tres il souhaiterait avoir faites !

Peut-être faut-il que ce tourment traverse son âme pour qu'il sente le vide affreux qu'y a creusé la perte de Dieu.

Tel est l'inexorable partage réservé à celui qui, après avoir tué la vie divine en lui-même, refuserait les faciles moyens de la ressusciter.

Quelle inconséquence !... avoir reçu inconsciem­ment la grâce sanctifiante, et la répudier consciem­ment.

Quelle aberration !... renoncer à l'eurythmie entre son cœur miséreux et le Cœur miséricor­dieux de Jésus.

Quelle désolation !... être réduit à pleurer sur la disproportion entre le vivant qu'on devait être et le mort qu'on a été.

Dieu nous a donné tout ce qu'il faut pour être grands. Encore importe-t-il de ne pas laisser se perdre les éléments de grandeur que nous tenons de lui.

Si nous ne nous élevons pas, nous nous rava­lons.

Si nous ne nous faisons pas bons, nous devenons mauvais.

Vertus et vices ne demandent qu'à croître, mais ne peuvent se développer ensemble.

Empêcher le mal d'étouffer le bien ou étouffer le bien en se livrant au mal, il n'y a pas de milieu. « Quoi que nous fassions, nous serons toujours en guerre : ou bien, pour avoir la paix avec Dieu, nous lutterons contre nos penchants ; ou bien, pour avoir la paix avec nos penchants, nous com­battrons contre Dieu. » Mgr d'Hulst, — Retraite de Notre-Dame de Paris, 1891

Nous serons vainqueurs dans la vertu, ou vain­cus par le vice.

Ne pas lutter pour vivre, c'est consentir à mourir.

Le jugement de Dieu remettra les choses au point. Toute dette devra être payée, dit l'Évan­gile, jusqu'au dernier centime. Terrifiante perspec­tive pour qui a le cœur d'y penser !

Posons donc clairement le problème : VIE ou MORT, voilà le dilemme, l'inévitable alterna­tive.

Entre ces incompatibles, il faut choisir :

— prudemment... c'est-à-dire, face à Dieu, à la vie, à l'éternité ;

— immédiatement...   c'est-à-dire,   sans  retard ;

— définitivement... c'est-à-dire, pour toujours !

Extrait de : L’ÉTAT DE GRACE.  Marie-Antoine Roy. O. f. m. (Fides 1945)

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 23:57

LA VIE DE L'ESPRIT…

L'ASCENSION DE VOTRE AME

Ils sont nombreux, les parents et les maîtres qui disent : « Je perds mon temps avec mes enfants. Je leur redis dix fois la même chose. Ils ne font pas attention. C'est navrant. »

On peut en dire autant de beaucoup de gran­des personnes. Elles ne savent plus réfléchir. Elles se ferment de plus en plus à la vie de l'esprit, faute d'attention. Elles entendent, elles n'écoutent pas. Elles voient, elles ne regardent pas. Elles lisent, mais ne suivent pas et ne re­tiennent pas. Elles ont une tâche et ne s'y don­nent pas avec ferveur. Tout est fait à moitié.

Le monde devient de plus en plus distrait, léger, superficiel. Il n'a plus le culte des idées et des gestes nobles. Il n'a plus de profondeur dans les sentiments. Il n'aime pas se dévouer. Il est mesquin, égoïste, enlaidi par ses instincts. Il mange, il boit, il travaille comme un esclave... Il a soif de jouir... C'est la vie insigni­fiante et sans vraie joie. Il a perdu l'habitude de « penser » et de profiter des richesses spirituelles que lui offrent constamment le specta­cle de la vie, le commerce des gens et des cho­ses, les beaux exemples, les saines lectures...

Interrogez une personne qui vient de lire un beau livre; dites-lui : « Vous avez suivi la thèse, est-elle juste ? Et les développements, sont-ils convaincants ?... Qu'est-ce qui vous a le plus frappée ?... Il y avait des idées élevées, les avez-vous remarquées, retenues, consignées pour garder leur lumière ? »

Vous verrez ce qu'on vous répondra. On lit peu aujourd'hui et on lit mal,  vite, pour voir la fin. L'intelli­gence ne profite pas... L'âme ne s'élève pas...

Interrogez un croyant, quand il sort de la messe le dimanche. Dans son missel vénérable, chargé de pensées pratiques et célestes, il y avait de vrais trésors. (Réflexions de 1946) Il pouvait puiser du courage pour toute la semaine, prendre un bain de lumière et de pureté pour son esprit. Et qu'emporte-t-il de son contact avec la vérité ? S'il est sincère, il vous dira qu'il a lu superficiellement l'épître et l'évangile, qu'il n'a rien remarqué dans les sublimes prières qu'il a eues sous les yeux. Ce chrétien n'a pas fait agir son intelli­gence. Il sort du temple comme il y est entré. Et c'est extrêmement triste.

Un prêtre monte en chaire. Il a demandé à Dieu ce qu'il devait dire à ses frères pour sou­tenir leur foi, pour les faire avancer sur le che­min de leur splendide destinée. Il a essayé d'ou­vrir un horizon, de relever et d'agrandir les esprits. Le fidèle le regarde, l'écoute. Et puis, oui et puis, que reste-t-il de cette parole sainte, dont le Christ lui demandera des comp­tes un jour ? L'office achevé, le fidèle rentre à la maison. Il est repris par la vie, par les nou­velles... et celles-ci ont vite fait d'étouffer le « germe divin ». Résultat : aucun progrès moral.

Oui, c'est ainsi, hélas! On devrait recueillir avidement  « une pensée divine » comme on recueille un peu de nourriture. L'idée, c'est du pain pour l'esprit... Chaque jour, on devrait lire un instant.

Sans la lecture méditée, pas de vie profonde, pas d'élan vers le bien,  pas de dévouement,  pas de force pour le devoir. Au fond, si les âmes aujourd'hui sont abattues et sans élan, c'est parce qu'elles ne se remettent pas sans cesse en face de leur idéal, parce qu'elles ne vont pas chercher avidement un peu de force morale dans un bon livre, dans un article sérieux. On ne vit pas par l'esprit.

Un jour, dans une conférence donnée à des jeunes filles sérieuses, on avait dit ceci : « Cha­que jour, exercez votre intelligence sur le mi­lieu que vous fréquentez, observez l'attitude des gens, écoutez ce qu'on dit, entrez dans les mentalités, guettez le beau geste, la souffrance qui passent devant vous. Cela vous stimulera pour l'action. » On avait été plus loin, on avait dit : « Ouvrez un ouvrage sérieux, lisez lente­ment, une oraison funèbre de Bossuet. Re­prenez vos beaux livres d'étude, penchez-vous quelques instants sur une « vie » pure : celle du Christ, des héros et des saints. Lisez peu, mais essayez de comprendre, goûtez, et surtout notez une pensée originale, une seule. Faites-en la ma­tière d'une prière et d'une résolution. » Oui, un jour on avait ouvert ces horizons à des jeu­nes filles...

Quelques-unes, comprenant la portée du con­seil, avaient fait des glanes spirituelles. Plu­sieurs n'en avaient pas trouvé le temps, ou n'en avaient pas eu le courage et, pour ne pas être forcées d'avouer leur excessive timi­dité, elles avaient manqué la réunion suivante où chacune avait à dire tout haut « la pensée retenue et comprise »...

C'est un petit fait qui montre jusqu'à quel point notre société a perdu l'habitude de la ré­flexion. Et c'est pour cela que les âmes végè­tent et sont emportées par la frivolité am­biante. Même la foi, cette lumière divine et précieuse, n'est qu'une « routine ». Elle n'est pas vécue, parce qu'elle n'est pas étudiée et comprise. Le fidèle assiste à un office sans sa­voir ce qui s'y passe. Il ne cherche même pas à s'informer. Il écoute vaguement, et ne re­tient rien. Il a hâte de sortir. C'est inimagi­nable...

On ne connaît plus les joies supérieures de la pensée !

Que faire pour donner de la puissance à votre intelligence, augmenter votre valeur et votre influence?

D'abord, soyez toujours calme, très calme. Posez avidement votre regard et votre intelli­gence sur le devoir, les êtres, les choses, les évé­nements qui passent devant vous. Puisez, pui­sez en eux. Regardez bien le « film humain » qui se déroule sous vos yeux. Il est instructif, éducateur. Il porte des drames, des souffrances que vous pourriez peut-être soulager, des leçons qui pourraient vous instruire. Vous entendez une conversation, une prédica­tion, vous lisez une revue, une prière, un chapi­tre de l'Imitation de Jésus-Christ, soyez atten­tif, faites un effort pour sortir de vous et sai­sir la vérité qui s'offre... faites-vous violence. C'est ainsi que vous sortirez de la vie instinc­tive et animale pour entrer dans les pures ré­gions de la pensée.

Enfin, le soir, repassez votre journée ; re­voyez les minutes enrichissantes, glanez les épis d'or, les expériences et les vérités acqui­ses, les heureux contacts, les joies reçues et bénissez le ciel.

Des lumières vous ont été données, consignez-les sur votre carnet personnel. Vous les reli­rez plus tard. Au besoin, faites votre journal. Auscultez votre conscience. Jugez-vous simple­ment; regardez vos défaillances, cherchez-en la cause; mettez de l'ordre dans votre monde inté­rieur, comme vous savez en mettre dans vos affaires ou dans votre maison.

Vous ne pouvez pas savoir le bien que vous ferait ce petit travail spirituel. Au début, ce sera un peu difficile. Vous serez tenté de vivre superficiellement, sans contrôle. Mais, si au lieu d'être le papillon qui vole et n'amasse rien, vous cherchez à devenir l'abeille qui se pose sur les fleurs et fait son miel, lentement votre intel­ligence se cultivera, votre personnalité se dessi­nera. Dans ce monde insouciant et rempli de ténèbres, vous deviendrez « l'étoile » vers la­quelle on jettera les yeux pour s'orienter.

J'ai eu, il n'y a pas longtemps, une vraie sur­prise.

Je suis entré, en passant, dans un foyer dont la porte m'est toujours ouverte. C'était le Soir. Pendant que la maman préparait le dîner, le père, qui venait de faire sa visite habituelle à l'église, tenait dans ses mains un livre. « Vous ne devineriez pas ce que je lis, s'écria-t-il. Je suis plongé dans les « Oraisons funèbres » de Bossuet. C'est un vrai régal pour ma foi. Et puis, cette lecture me fait oublier les mesquine­ries de la journée. C'est tellement réconfor­tant... que je me demande pourquoi on délaisse ainsi « les chefs-d'œuvre spirituels » que sont nos classiques. Aujourd'hui, on ne se pas­sionne que pour l'argent, le cinéma et les ro­mans ineptes. C'est lamentable. Les « meilleurs » parmi nos amis perdent le goût des cho­ses élevées. Ils devraient avoir sous la main les bons auteurs et les fréquenter souvent. C'est si vite fait d'ouvrir au hasard et de se pencher sur un passage des œuvres de: Corneille, Ra­cine, Bossuet, Molière, Lamartine, Victor Hugo et de tant d'autres auteurs anciens et modernes. On a déjà lu cela autrefois; on n'a pas compris. L'expérience ouvre les yeux et fait apprécier des « Pensées » qui nous avaient échappé et que la vie nous fait goûter. Tenez ! Ma fille est deve­nue  plus  sérieuse  et  plus  profonde depuis qu'elle va à vos Cercles d'études. Elle  suit attentivement les conférences que font très sou­vent ses compagnes. Elle a admiré tout ce qui a été dit l'an dernier sur : l'art, la littérature, la préparation à la vie, au mariage, la vie spiri­tuelle. Elle m'a raconté les conférences faites sur : Fra Angélico, St François d'Assise, Lacordaire, l'Art religieux aux premiers siècles, la duchesse d'Alençon, l'Aiglon, le Sens de la mort, une Petite Sœur, etc. Elle n'a pas encore osé parler en public; elle est timide; mais je la vois qui médite de bons livres. Je l'ai même surprise faisant « son Journal ». Elle m'a fixé en s'écriant : « Cela m'a aidée à mieux con­naître mon âme et m'a donné le désir de la cultiver à tous les points de vue. Nous, femmes, nous ne sommes pas assez  à la  hauteur, des grandes taches de demain. Le désir de plaire nous domine et non celui de « valoir ». Le ver­nis mondain remplace la vraie culture. Nous nous illusionnons sur nos capacités. La paresse d'esprit nous tyrannise. » J'aime entendre ce langage  de mon enfant.  Aussi,  l'autre jour, quand, dans votre salle, elle a joué son rôle dans la pièce Le Rosaire, j'admirais comme elle « sentait » ce qu'elle  disait.  Son  esprit  s'est éveillé au culte des belles choses, comme au culte de sa Foi, qui maintenant est enracinée en elle. »

Et, pendant que le père me parlait ainsi, je regardais la jeune fille. Elle était là, au coin du feu; elle avait devant elle, sur la table, un livre. « C'est donc si intéressant ? » lui dis-je. Toujours hantée par le désir de s'affiner, elle s'était procuré un recueil des ouvrages des meilleurs auteurs français et étrangers, et pres­que chaque soir, après avoir glané quelques pensées dans la vie de Ste Thérèse d'Avila, elle s'imposait de lire quelques passages. Il y avait, dans son livre, des « Extraits » de tous les chefs-d'œuvre de la Littérature étrangère : italienne, espagnole, anglaise, etc.

« Et je prends des notes, me dit-elle avec un fin sourire! Vous nous l'avez tant demandé. Au commencement, je ne saisissais pas votre insis­tance. Je la comprends maintenant. Une pen­sée profonde, c'est un trésor. »

Enfin, elle me prêta son « Journal ». Il y avait là, à côté des sermons soigneusement recueillis, des méditations évangéliques et des im­pressions personnelles, quelques passages admirables de « la Divine Comédie » de Dante... du théâtre de Shakespeare... du « Paradis perdu » de Milton... Puis, sa plume ardente avait glané des vers de Lamartine, de Victor Hugo, des idées renfermées dans « l'Anthologie de la Renaissance catholique ».

Je rentrai chez moi, heureux. J'avais vu un foyer où l'on ne vivait pas seulement d'un jour­nal de modes, d'un hebdomadaire quelconque, ou de quelques pâles romans.

Mais il ne suffit pas d'avoir un idéal, il faut l'actualiser pour avoir une vraie « vie de l'es­prit ». Et cela suppose une « volonté » géné­reuse. Croyez que ce n'est pas sans raison que Dieu vous donne des « Idées ». Il veut se ser­vir de vous pour la réalisation d'un sublime dessein. Il faut en être fier et vous en rendre digne. Il y a de l'héroïsme en germe dans l'âme humaine.   Faites   naître   cet   héroïsme. Vous avez mille occasions qui s'offrent. Saisissez-les. Faites bien ce que vous faites. Donnez-vous à fond au devoir qui se présente. Enrichissez-vous par l'effort, faites profit de tout,   accueillez joyeusement la plus petite souffrance :   « Mon Dieu,  vous  m'appelez,  me  voici,  je   suis  à vous ».  Est-ce clair ?

Nous sommes jetés dans un monde sceptique, jouisseur et malheureux. Vous, soyez « jeune » par un élan continuel vers les humbles tâches que Dieu Lui-même vous présente, et qui sont des occasions de mérite, de joie éternelle. Ce point est capital. Si vous n'y prêtez pas atten­tion, vous ne serez qu'une « médiocrité ». Et nos cités, hélas fourmillent de « médiocrités », même dorées et honorées. Ne reculez pas devant une occasion de dévouement, de lutte. Ne dites jamais :   « Cela me dépasse ».   Dépassez cela. Vous le pouvez, vous le devez. Vos « Voix » vous appellent.  Il faut  les  suivre coûte  que coûte. Soyez heureux quand   « l'obstacle »  se présente et même quand vous êtes « blessé ». C'est une gloire. Demandez au Christ « une goutte de son Sang » pour vous guérir. Puis, retournez au combat, « car la vie est un combat ». Vous voulez trop qu'elle soit une jouissance et un repos. « Le temps est venu des sacrifices pleins, des holocaustes sans réserve ». Nous ne valons rien si nous ne savons pas batailler, batailler sous le grand soleil de Dieu.

On ne fait rien sans un grand amour. Cet amour, Dieu vous le donne. C'est une source qui coule au fond de votre cœur. Comme Jean, le disciple préféré, appuyez-vous de temps en temps sur le Cœur du Christ. Il vit en vous. Cette vérité fondamentale, vous ne l'avez ja­mais étudiée, vécue. Vous n'avez pas de con­tact avec votre Sauveur. Vous allez comme un solitaire, et vous êtes conduit, porté par Lui, le bon Pasteur. Vous vous approchez de l'autel, mais vous ne voyez que l'Hostie, vous ne cher­chez pas sous son ombre le grand Vivant qui vous a aimé plus que Lui-même. Il vous ac­compagne partout. Il vous tend la main, mais cette main vous ne la saisissez pas. Il vous dit « Mon fils bien-aimé »... et sa Voix n'a pas d'écho. Là encore, vous n'avez jamais réalisé la tendresse infinie qui vous est offerte par l'Ami éternel,

Vous ne savez pas dire et redire par volonté : « Père, ô mon Père, vous m'aimez indiciblement, tel que je suis. Vous êtes venu sur terre pour moi, pauvre pécheur. Vous voulez me gué­rir, me porter, m'améliorer, changer mon âme nonchalante et molle, la dilater par votre pré­sence, la rendre capable de transmettre aux aveugles quelques lignes du message divin. Vous voulez me donner l'énergie qui fait les vail­lants, l'humilité qui fait les grands, la lumière qui fait entrer plus avant dans vos mystères sublimes. Vous me voulez franc et simple, ar­dent et calme, vous désirez que je sois votre vrai fils né de votre âme et de votre sang. Prenez-moi, ô mon Dieu, je me donne. Je sais qu'il y a une plaie incurable dans le cœur de ceux qui s'éloignent de vous. »

Et quand vous aurez parlé ainsi, dites-vous bien que des heures sombres viendront. Le mal vous attirera. Il y a de tels replis mauvais dans le cœur humain. Il est si facile de tomber quand on monte degré par degré les marches qui con­duisent vers l'Être infiniment pur. Les Saints ont eu, comme vous, de terribles tentations. Attendez-vous à des orages intérieurs. Votre barque sera agitée, elle touchera des écueils. Soyez calme, patient. N'oubliez pas que le Christ veille. Il est à vous, surtout quand tout va mal. Il n'est pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs. Toute sa sollicitude s'en va vers la brebis perdue dans les épines. Et vous savez ce que cela veut dire « les épines »... puisque vous les rencontrez à chaque instant. Même les fausses joies dû siècle en sont pleines.

C'est pour vous soigner que le Fils de Dieu est venu sur la terre. C'est le grand événement de l'histoire. Il y revient tous les jours, sur les autels près desquels les hommes s'agenouillent en tremblant de bonheur. Il sait les conso­ler, les fortifier. Il leur redit ses paroles par son Eglise, par ses prêtres.

Et sa parole est si haute qu'elle ravit les foules.

Le monde revient à Lui.

Il vit un peu plus par l'esprit.   AMEN.

Extrait de : L’Ascension de votre âme. Abbé P. Marc. (1946)

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 18:18

On a souvent comparé la vie à un voyage; la compa­raison, même si elle est vieille, n'a pas cessé d'être juste.

L'illusion du désir se sent en voyage mieux que par­tout ailleurs. En voyage, l'homme qui désire et qui réfléchit sur son désir se prend, s'il veut, en flagrant délit d'illusion.

Quand on est à Paris, on ne voudrait pas, même si la chose était possible, supprimer la route et arriver sans voyage au terme du voyage. On veut, comme le pigeon de La Fontaine, voir...

Voir, quoi ?

S'il y avait une chose ici-bas qui valût la peine d'être recherchée pour elle-même, cette chose-là dispenserait d'en chercher d'autres et mettrait fin au voyage de l'homme. Cette chose, nous allons tenter de la trouver ensemble si vous le voulez.

A Paris donc, l'homme qui va partir caresse l'idée de son voyage et ne voudrait pas être arrivé déjà au but. En route, il espère voir.

Quand il est monté dans le train, habituellement il regrette la diligence d'autrefois, la vue des chevaux, la voix du postillon, etc.

Si le chemin de fer l'abandonne à moitié chemin, et s'il finit la route dans une vieille voiture, il pense aux avantages du chemin de fer. Il trouve bien lente la vieille voiture, et il a hâte au le relai suivant. J'ai mille fois vu et commis cette innocente niaiserie de désirer le prochain village de la route, comme si, au relai, m'attendait le bonheur.

Après le relai, comme le bonheur manque à ce ren­dez-vous, le désir d'être arrivé au terme même du voyage se fait sentir; et quand on parvient au but, quand on est arrivé, quand on est définitivement des­cendu de voiture, une impression de tristesse se dessine dans l'âme.

C'est que l'attente, quelle qu'elle soit, est toujours trompée.

Elle est trompée, fût-elle surpassée. Car, si elle est surpassée en un sens, par l'éclat extérieur du spec­tacle aperçu, elle est trompée, en un sens plus impor­tant, par l'absence de la plénitude que l'on cherchait.

Les rives du Rhin, les montagnes de là Suisse peuvent être plus belles que vous ne le pensiez. Mais elles ne peuvent pas produire sur vous l'effet que vous attendiez, si vous attendiez la plénitude et la satisfaction.

L'homme passe sa vie à éprouver ces sentiments, et à les ignorer toujours,

Aucun voyage ne lui montre la réalité des choses. Et cependant, quand il regarde les splendeurs de la nature. Il a un regard et un regret pour la maison qu'il a quittée, pour la maison qui est celle du travail, pour la maison où souvent, dans les heures de fatigue, il a désiré le départ; pour la maison où souvent, depuis !e départ, il a désiré le retour.

Et lorsqu'il y reviendra, s'il n'a vu dans son voyage que les choses visibles, je ne le garantis pas contre une impression de tristesse. Ce ne sera plus celle qu'il a eue, quand il est arrivé sur la terre étrangère, ce sera l'autre. Ce ne sera plus celle du voyage, ce sera celle du retour.

Je ne le garantis pas contre le désir de repartir, afin de voir autre chose, ni, quand il sera reparti, contre le désir de revenir, afin de se retrouver chez lui.

Sans doute, il se trompe, puisqu'il cherche toujours, sans trouver jamais. Mais au fond de cette erreur, comme au fond de toutes les erreurs, il y aura une grande vérité. Cette vérité, c'est le double besoin qui résulte de la loi générale, le besoin de satisfaire à l'al­ternance universelle, le besoin de se dilater, puis ensuite de se concentrer ; le besoin du flux et du reflux.

C'est le besoin du cœur et du sang de l'homme ; c'est le besoin du jour et de la nuit ; c'est le besoin de toutes les harmonies qui veulent du silence, au milieu de leurs paroles; c'est le besoin de l'Océan, qui entretient, par le va-et-vient de ses colères mouvantes, la vie du monde, la vie de cette terre qu'il baigne, qu'il arrose, qu'il caresse, qu'il heurte, qu'il dévore.

C'est l'amour du flux et du reflux qui nous conduit sur le bord de la mer. C'est le besoin du flux et du reflux qui nous a chassés de chez nous, et qui nous a envoyés voir le flux et le reflux de la mer, l’image du nôtre.

Pourquoi donc, puisque l'homme qui va et revient obéit, dans son double mouvement, à un besoin vrai, pourquoi donc est-il trompé? Pourquoi ne trouve-t-il pas la satisfaction ? C'est qu'au lieu de là chercher dans le monde invisible, il la cherche dans le monde visible.

C'est qu'au lieu de la chercher dans la loi invisible et vivante, dont le monde est le symbole, il la cherche dans la création elle-même, qui symbolise la loi, mais qui ne la constitue pas. Celui qu'il cherche Est Celui qui Est. Celui-là est l'unique nécessaire, et le malaise inquiet qui nous entraine sur tous les chemins n'est autre chose que le sentiment et la douleur de son absence.

Mais le mont Blanc, franchi et dépassé, ne le montre pas, dans l'horizon nouveau, aux yeux avides du voya­geur. La neige vierge qui couvre le dernier sommet de l'Himalaya, la neige inaccessible, la neige qui ne se laisse ni toucher par la main ni admirer par le regard, cette neige elle-même n'a pas vu sa face.

Car, si elle l'avait vue, elle serait devenue un ruisseau de feu.

Si le voyage est une déception et semble même résu­mer assez bien les déceptions de toute la vie, quand on lui demande ce qu'il ne contient pas, à savoir le terme et le bonheur, il peut répondre à l'attente, si nous lui demandons ce qu'il possède, c'est-à-dire des symboles et des moyens, au lieu d'une fin.

Le voyage a cet avantage précieux d'offrir à nos regards des matériaux nombreux et divers, de présenter la vie sous un jour nouveau, de rompre forcément les habitudes, de renouveler dans une certaine mesure le sang, d'augmenter les provisions de l'homme.

Car nous sommes si pauvres, qu'il nous faut mendier partout : nous mendions le pain du corps et celui de l'intelligence.

Et quand un pays nous donne ses productions, ses aspects, ses habitudes, ses conversations, ses secours, ses idées et son langage, tous les jours depuis quelque temps; quand il nous fournit l'air et le pain, tous les jours depuis quelque temps, ce pays-là est épuisé pour nous, et nous éprouvons le besoin d'aller mendier ailleurs. Et quand nous avons traversé une contrée nouvelle, elle nous semble épuisée à son tour. Nous sommes, grands à ce point que rien ne nous suffit pour nous nourrir, et misérables à ce point qu'il nous faut recourir incessamment à ces choses insuffisantes, et re­nouveler ces provisions.qui s'épuisent dès qu'elles sont faites.

On dit souvent que le voyage instruit, et, dans le sens où l'on prend ce mot, on dit une sottise énorme. Car, en général, on entend par instruction la connaissance lourde, stérile et confuse de faits nombreux et désor­donnés.

Ainsi entendue, l'instruction que donne le voyage sert à défrayer la conversation des sots qui s'alimentent toujours du récit des faits. Cette instruction-là donne à celui qui a le malheur de la posséder le triste pouvoir d'écraser son auditeur sous le poids des incidents dont il a été le héros. Cette instruction-là, quand elle est un peu abondante, est redoutable, et je vous engage à prendre contre elle, lorsque l'occasion s'en présentera, des précautions. Cette instruction-là est vaniteuse, car l'amour-propre trouve partout sa place, même dans un accident de voiture. Il y a des gens qui sont fiers du malheur qui leur est arrivé. Il y en a. d'autres qui sont fiers du malheur qui ne leur est pas arrivé. Il y en a d'autres qui sont fiers d'avoir contemplé de beaux paysages, qui finissent par croire que la création est leur œuvre, et que la gloire de sa beauté doit légitime­ment leur revenir.

Cette instruction n'est pas seulement vaniteuse, elle est féroce. Elle veut des auditeurs, c'est-à-dire des vic­times. Elle cherche à rétablir les sacrifices humains, et c'est souvent une chose terrible que d'avoir affaire à un homme qui a beaucoup voyagé.

Mais si le voyage donne aux sots une instruction qui augmente leur sottise, il peut donner aux autres une autre instruction qui agisse en sens contraire. Car chaque homme tire des faits et des choses un suc qui est le produit non des faits et des choses, mais de sa propre nature. Or, toutes les natures sont affectées di­versement par les influences extérieures. Ce qui ruine l'un enrichit l'autre. Ce qui perd un homme sauve son voisin. Tout ce qui arrive à un sot augmente sa sottise. Tout ce arrive à un homme vaniteux augmente sa vanité.

Le voyage surtout, par la multiplicité et la flexibilité des éléments qui le composent, se prête avec souplesse aux impressions que l'homme est apte à recevoir. Que cent, mille hommes fassent le même voyage, aucun d'eux n'aura fait le même voyage que son voisin; aucun d'eux n'aura vu, ni fait, ni senti, ni compris, ni cherché, ni trouvé, ni aimé, ni haï, ni admiré les mêmes choses.

S'ils sont arrivés tous ensemble sur le bord de la mer, plusieurs auront immédiatement baissé la tête, et con­sacré à la recherche immédiate des petits coquillages leurs regards effarouchés par l'étendue de l'Océan. Il y a des yeux et des esprits qui se détournent instinctive­ment, en face de la grandeur, et qui cherchent à se ras­surer en cherchant l'autre aspect du tableau, l'aspect des petites choses, considérées isolément.

Il y a des hommes qui demandent au brin d'herbe un secours contre le cèdre du Liban, et au caillou du rivage une consolation contre la grandeur gênante de la mer, au lieu de les admirer du même regard.

Le premier regard de ces hommes est toujours con­sacré au détail- Suivez bien ce regard qui fuit le ciel et la mer et qui cherche un microscope pour étudier le brin d'herbe qui pousse près du rocher. Ce regard-là, quand l'homme qui le possède sera revenu à Paris, re­gardera, en face du génie, la forme d'un chapeau, et, dans les œuvres du génie, comptera les virgules, avec l'espérance qu'il y en manque une.

Il est certain que la grandeur de l'espace est la figure d'une autre grandeur. Car il est certain que le sommet d'une montagne, par l'horizon qu'il nous découvre, nous parle de la délivrance. De là, notre émotion. Cette émotion serait stupide si elle portait seulement sur une plus grande masse de terre aperçue. Elle n'est pas stupide, parce que l'horizon qui recule oblige les murs de noire prison à reculer avec lui, et notre joie est profonde, en face de l'étendue. Elle est profonde, parce qu'elle est symbolique. Nous sommes faits pour l'immense, et notre âme se dilate quand le ciel et la mer grandissent devant nos yeux. Cette grandeur ne serait rien, si elle était toute seule; mais elle nous parle de l'autre, et le mérite de l'espace. Ainsi, les ruines séculaires nous parlent de l'éternité, et voilà le mérite du temps.

L'horizon nous parle de ce qui n'a pas de borne, et voilà le mérite de l'horizon.

Le voyage est une chasse à travers les horizons; et voilà le mérite du voyage.

L'horizon porte sur la stupidité humaine une con­damnation que je voudrais rendre claire.

Les sots craignent toujours de s'occuper des choses sérieuses, dans la crainte de se fatiguer; et ils se fa­tiguent  horriblement   en  songeant à  des  riens.   Ils s'épuisent en efforts continuels et stériles, et comme ces efforts portent sur des choses insignifiantes, ils ne les redoutent pas. Si les mêmes  efforts avaient un grand but, les hommes dont je parle se détourneraient en di­sant : « Cela ne me regarde pas. » Ils s'imposent volon­tiers des supplices terribles, pourvu que ces supplices soient en même temps stupides et stériles, pourvu qu'il s'agisse de leur coin du feu, des heures de leurs repas, des querelles qu'ont eues ensemble la femme de chambre et la cuisinière, pourvu qu'il s'agisse de commérage et de dispute, pourvu qu'il s'agisse du rien. Le bourgeois consent à se fatiguer démesurément, pourvu que le chez soi soit le théâtre de sa lutte imbécile ; il mourrait à la peine, pourvu que le   chez soi fût le théâtre de son agonie.

Et il refuserait de faire vingt pas, s'il s'agissait de rendre service à quelqu'un ou à quelque chose.

L'imbécile craindrait de se fatiguer, lui qui porte jour et nuit, sans se lasser jamais, le plus terrible des jougs, son propre joug.

Or, voici ce que dit l'horizon :

L'œil de l'homme est fait pour l'espace. Placez un objet tous près de l'œil, l'œil ne voit pas, il ne peut distinguer et reconnaître. Ayez un mur blanc à quelques pas de votre fenêtre, votre œil distingue, niais se fatigue ; son action est arrêtée : la vue est trop courte, l'organe manque d'exercice.

Allez dans la campagne, votre œil se repose, parce que l'horizon s'élargit et parce que les couleurs sont variées. Gravissez une montagne : le repos de votre œil augmente avec le panorama qui se découvre. Enfin regardez la mer ; même malgré vous, votre œil se tran­quillise et s'épure ; il jouit profondément de la limite reculée : le ciel et la mer lui imposent le repos.

Voilà ce que dit l'horizon.

Tout près, l'objet regardé aveugle l'œil ; trop près, il le fatigue ; lointain, il le repose ; immense, il le ravit.

Et la vue physique est l'image de l'autre.

C'est la portée du regard qui le fait beau, qui le fait calme, qui le fait souverain et qui le fait pur.

Inspiré de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 14:49

LE SPHINX, c’est abîme, c'est la fatalité                     

L'Antiquité, qui corrompait tout, donnerait de singulières leçons à qui saurait ne pas se laisser duper par elle. L'admiration qu'on nous inflige en sa présence nous trompe doublement. D'abord cette admiration nous fait respecter ce qui est méprisable. Ensuite elle nous empêche de découvrir, au fond du mensonge, la vérité que ce mensonge contient. Pour profiter d'un mensonge, en effet, il faut le connaître à fond ; il faut le percer à jour; il faut être le contraire d'une dupe ; il faut être un chimiste qui dégage du poison la substance que le poison cache et corrompt. Il paraît que l'arsenic contient de l'or. Mais, pour découvrir l'or, comme il faut avoir regardé profondément dans la subs­tance de l'arsenic ! Comme il faut lui avoir arraché son secret !

Il y a trois façons de se comporter vis-à-vis du poi­son.

La première consiste à l'avaler, c'est ce qu'on fait généralement. Alors on admire l'antiquité, on absorbe l'arsenic et on meurt.

La seconde consiste à le rejeter sans le connaître. Alors il devient inutile. C'est ce qu'ont fait ceux qui, dans ces derniers temps, ont proscrit en masse toute l'antiquité.

La troisième consiste à analyser, à s'emparer de son secret, à lui arracher le cœur.

Alors on trouve l'or dans l'arsenic, et le vrai dans l'histoire.

« Quelle vérité, disait de Maistre, ne se trouve pas dans le paganisme ! »

Et il cite, à l'appui de sa proposition, une foule d'exemples. Il énumère les secrets que l'antiquité a trahis. Car l'antiquité trahit les secrets qui lui ont été confiés: elle les trahit de deux manières. Elle les révèle, et elle les corrompt.

Or, parmi les secrets que l'antiquité trahit, de Maistre aurait pu compter le sphinx.

Le sphinx est un monstre qui propose l'énigme de la Destinée : il faut deviner l'énigme ou être dévoré par le monstre. Quoi de plus absurde ? Mais quoi de plus profond, si les hommes savaient lire !

« Devinez ! » Ce mot est dans la langue humaine un mot bien singulier. Car la chose qu'il explique ne semble pas être, à la disposition de l'homme. Et cependant elle est pour l'homme d'une importance qui fait frémir. Pour accomplir cette chose, il n'y a pas de procédé connu, et cependant nul ne peut dire à quel regret s'ex­pose celui qui ne l'accomplit pas.

L'histoire de la vérité et l'histoire de l'erreur sont remplies toutes deux de rencontres, et d'événements, qui semblent fortuits.

La vie mêle ensemble les personnes et les choses : le bien, le mal, le médiocre, le très bien, le très mal, le sublime, le hideux ; tout cela se coudoie dans les rues. La terre, qui est grise, semble jeter sur toutes choses un manteau gris. Les hommes se ressemblent beaucoup en apparence. Le costume établit une dissem­blance artificielle, l'usage en établit une autre, la timidité en établit une autre, la dissimulation en établit une autre, l'ignorance en établit une autre : on vit sur des apparences.

Une multitude innombrable de voiles cache les réa­lités. Les hommes ne disent pas leurs secrets ; ils gardent leur uniforme.

L'homme qui verrait de sa fenêtre une rue très achalandée, serait  épouvanté, s'il réfléchissait aux réalités magnifiques ou affreuses qui passent devant lui, sans lire leur nom, déguisées, couvertes, dissimulées profondément, — semblables les unes aux autres, si l'appa­rence est la seule chose qui compte.

Mais son épouvante augmenterait, si ce spectateur intelligent d'une foule qui ne parle pas se disait :

Ma vie dépend peut-être d'un des hommes qui passent ici, sous mes yeux : peut-être un homme que j'attends, peut-être un homme qui m'attend est là, devant sa porte. Mais il y a beaucoup d'hommes devant ma porte. — Si celui dont je parle se trouve ici, à quel signe le reconnaître ?

La vie privée des hommes, la vie publique des nations, l'instinct secret, la littérature, le roman, l'histoire, le souvenir du passé, les besoins du présent, l'attente de l'avenir, tout avertit l'homme qu'il peut avoir besoin de deviner, — et il n'y a pas de règle pour bien deviner. De là le sphinx.

Le spectacle des choses qu'il faut deviner, et qu'on ne devine pas, a conduit l'antiquité sur le bord d'un abîme, et l'abîme a attiré sa proie. Cet abîme, c'est la fatalité. Au bord de la fatalité, penchée sur le gouffre, se tient le sphinx, dans une attitude mystérieuse et terrible.

Si la fatalité était vraie, toutes les questions seraient insolubles, et l'unique réponse qui leur conviendrait à toutes serait le désespoir.

Mais, en général, les questions qui semblent appeler une réponse désespérante sont des questions mal posées, et les réponses désespérantes sont souvent aussi superficielles qu'elles semblent profondes.

Il y a à toute heure en ce monde une inconnue à dégager, un X, un grand X qui défie les ressources de l'algèbre.

Le sphinx antique voulait qu'il n'y eût pas de réponse.

Il y a une réponse, et nous pouvons tuer le sphinx.

Comment faire pour deviner ?

Un pauvre approche et demande l'hospitalité ?

Si c'était l'ange du Seigneur !

Mais aussi si c'était un assassin !

Comment donc faire pour deviner ? Faut-il un effort de pensée, un acte étonnant d'intelligence ?

Non, voici le secret.

Deviner, c'est aimer.

Demandez à tous ceux qui ont deviné comment ils ont fait ? Ils ont aimé, voilà tout.

L'intelligence, livrée à elle seule, s'embarque dans an océan de pensées. Le problème de la vie se dresse devant elle, et si l'aiguille aimantée a perdu la science du nord, si la boussole est affolée, l'intelligence peut très facilement parvenir, en pratique, au doute ; en théorie, à la fatalité.

Le sphinx antique, c'est l'intelligence impuissante aboutissant au désespoir, et se précipitant dans la mort.

L'amour sait mieux son chemin. Il arrive, en pratique, à la lumière ; en théorie, à la justice.

Voici une vérité admirable : cette récompense décer­née à qui devine, refusée à qui ne devine pas, récom­pense qui scandalisait tout à l'heure l'intelligence égarée du spectateur que je supposais à sa fenêtre , cherchant quelqu’un, cette récompense, décernée ou refusée, con­tient une suprême justice, une justice supérieure à la justice qui dit ses règles.

Celui qui devine est récompensé, parce que celui qui devine est celui qui aime.

Celui qui ne devine pas n'est pas récompensé, parce que celui qui ne devine pas est celui qui n'aime pas.

Celui qui aime la grandeur et qui aime l'abandonné, quand il passera à côté de l'abandonné, reconnaîtra la grandeur, si la grandeur est là.

Celui qui passe à côté de l'homme qui a besoin, reconnaîtra le besoin, s'il aime l'homme près de qui il passe.  Celui qui passe près de l'homme dont il a besoin reconnaîtra celui qu'il cherchait, s'il l'aime assez pour ne pas lui envier la place qu'il occupe, la place de celui qui donne et de celui qui pardonne.

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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