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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 18:55

L’ATTITUDE DES HOMMES qui ne trouvent pas

Ceux qui cherchent et ne trouvent pas…

Nous groupons ici tous ceux qui aiment la vérité, aspirent à la trouver, sont prêts à lui sacrifier ce qu'ils possèdent, mais qui ne l'ont pas encore découverte.

Il existe, nous l'avons déjà dit, de ces âmes foncièrement hon­nêtes, qui, sans accepter ou même connaître la solution catholique, vivent selon les règles les plus strictes de la morale naturelle et donnent autour d'elles les plus beaux exemples de travail, de jus­tice, de charité.

«Il y a beaucoup de protestants qui sont meilleurs que leurs principes et beaucoup de catholiques qui sont moins bons que les leurs.» (Bonald)

«Tous ceux qui font d'eux-mêmes le centre de leur vie, ceux-là sont des sans-Dieu », même s'ils vont à la messe. Tous ceux qui se subordonnent à un idéal, à un absolu auquel ils reconnais­sent le droit de dominer toute leur activité et d'orienter toute leur vie, ceux-là affirment le Souverain Bien et sont du côté des croyants, fussent-ils inscrits à une ligue de sans-Dieu. »

(Abbé Joly, Le beau risque de la foi.)

Sans s'en rendre compte, ces âmes bénéficient souvent de vingt siècles de christianisme.

 « Il est possible, sans adhérer à l'Eglise... de bénéficier de l'in­fluence qu'elle excerce... (Certaines âmes) profitent de la cha­leur d'un foyer dont elles refusent de reconnaître l'existence. »

(Y. de Montcheuil)

«Un fils peut bien renier sa mère ; il ne cesse pas, pour autant, de lui être biologiquement uni. Ainsi, loin de la maison paternelle et devenus pour elle des étrangers, (ces incroyants) entendent en­core, sans s'en rendre compte peut-être, l'écho de cette hérédité chrétienne qui, bien souvent dans leurs résolutions et dans leurs actions, les préserve de se laisser complètement dominer et guider par les idées fausses auxquelles ils adhèrent. »

(S.S- Pie XII, message du 1" septembre 1944)

Inutile de dire que ces âmes méritent tout notre respect et no­tre sympathie entière.

Parfois ce sont les croyants eux-mêmes qui, par leur vie peu conforme à leurs croyances ou par les manifestations intempesti­ves de leur foi, maintiennent ces « chercheurs de la vérité », dans le doute et l'indécision.

A côté de ces âmes qui se sont imposé une loi morale très stricte, nous en rencontrerons d'autres qui cherchent la vérité, elles aussi, mais qui, faute de la saisir, s'abandonnent aux pires déchéances morales.

Un Adolphe Retté, un Charles de Foucauld, eurent une exis­tence très peu digne, durant de longues années ; et pourtant au milieu de leurs débauches, ils aspiraient encore à trouver la vé­rité. Et le jour où ils l'ont rencontrée, ils ont tout sacrifié pour la suivre.

Nous côtoyons sans doute d'autres Retté, d'autres Foucauld, dans leurs années d'impiété et d'immoralité. Condamnons leurs actes, mais sachons reconnaître leur générosité foncière.

Une âme qui cherche, eût-elle les attitudes les plus opposées aux nôtres, est plus attachante que l'âme de celui qui s'est arran­gé, au gré des circonstances, une petite vie honnête qu'il n'aurait même pas la hardiesse de modifier.

L'une est comparable à une eau stagnante; l'autre est une eau en mouvement qui, peut-être, charrie actuellement des flots de boue, mais qui, à la longue, deviendra limpide à force de creuser le sol meuble, à la recherche du roc solide de la vérité

«Je veux aimer d'un amour particulier ceux que leur naissan­ce, leur religion ou leurs idées, éloignent de moi. Ce sont ceux-là surtout que j'ai besoin de comprendre »

(Elisabeth Leseur, Journal intime)

Extrait de : La Solution du Problème de la Vie(F. Lelotte  S.J.)

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 13:32

L’ATTITUDE DES HOMMES qui ne cherchent pas…

a) à cause de leur éducation

N'ayant pas entendu poser le problème ni dans leur famille ni durant leurs années de formation, certaines personnes, par ailleurs douées d'intelligence, ne se sont jamais demandé pourquoi ils vivaient.

Obéissant instinctivement à leur conscience, elles mènent sou­vent une vie irréprochable, toute de travail et de dévouement.

Ces personnes méritent tout notre respect, et il n'y a pas lieu de s'étonner que le jour où le problème se pose devant elles, ces âmes admettent, sans beaucoup d'hésitation, Dieu et ses desseins.

b) à cause de leur légèreté

Il y a ensuite la foule de ceux qui ont pris conscience du pro­blème, mais ne se soucient pas de lui apporter, une solution in­telligente, claire et complète.

Pourquoi vous obstinez-vous à vous enquérir d'où vous venez et où vous allez ! Vous ne saurez jamais un mot de tout cela. Lais­sez-la ces chimères. Ces problèmes sont une maladie ; le moyen d'en guérir est de n'y pas penser.

(Littré, Revue des Deux Mondes, 1 juin 1865... Il s'est converti sur son lit de mort !)

Le problème de la vie ! Je n'y pense qu'une fois par an. J'y ai pensé hier. Repassez dans un an !

(Répartie d'Alphonse Karr dans une interview)

Si j'arrêtais les passants, dans une artère de la ville, pour leur demander s'ils ont réfléchi au but de leur existence et quelle solu­tion ils ont choisie, beaucoup me prendraient pour un importun ou pour un illuminé, et ils passeraient leur chemin en haussant les épaules.

Mais si je leur demandais dans quelle direction se trouve la gare ou la poste centrale, je les verrais s'empresser de me l'in­diquer.

Quel illogisme ! Ils sont prêts à me fournir un renseignement secondaire, mais sur le pourquoi de leur existence, ils restent bou­che bée, et, ce qui est plus grave, indifférents.

Sur la tombe de combien de gens pourrait-on écrire ces mots : « Ici repose quelqu'un qui n'a jamais su pourquoi il vivait. (Bopp)

«Le désarroi où sont plongés les hommes vient de ce que le soir, ils ne savent pas pourquoi ils se sont levés et pourquoi demain ils recommenceront. » (P. Doncœur)

« La plupart des hommes n'ouvrent les yeux qu'une seule fois. C'est au moment de la mort... Et l'on s'empresse de les leur fermer ! (H. Bordeaux)

Cependant, il faut vivre. Dès lors, tout homme doit choisir une attitude pratique devant les problèmes de la vie.

Quelle sera l'attitude pratique de ces indifférents ? Souvent ce sera celle que leur dicte l'intérêt ou le caprice.

N'ayant pas réfléchi personnellement à la vie, ils empruntent à gauche et à droite quelques lambeaux de doctrine, les assemblent grossièrement et revêtent ce costume d'arlequin, fait de vieux res­tes de toutes couleurs.

A tout moment, ils modifient leur costume pour s'adapter au goût du jour et au rythme de leur fantaisie.

C'est ainsi qu'ils seront tantôt catholiques, tantôt protestants, aujourd'hui communistes, demain capitalistes : catholiques, parce que les traditions de famille ou les conve­nances l'exigent d'eux, à certains moments de la vie ; protes­tants parce qu'ils jugent devoir « protester » contre certaines me­sures de l'Eglise catholique à laquelle néanmoins ils désirent ap­partenir ; communistes, si le voisin est mieux loti qu'eux ; capitalistes, le jour où ils ont quelque bien à défendre.

Aujourd'hui ils se proclameront les défenseurs de la justice parce qu'ils ont été victimes des agissements d'un scélérat ; mais demain, ils jetteront par-dessus bord les plus élémentaires pres­criptions de la morale parce que cela les gêne.

Ils se plaindront que la main-d'œuvre manque ; mais ils au­ront soin de ne pas avoir d'enfants.

Leur solution est donc de vivre au jour le jour, au gré de leurs impressions agréables ou désagréables, portés par le flux des événements et le reflux des profits immédiats !

«Pour la plupart des hommes, l'essentiel de la vie, c'est le tem­porel, ce qui passe, ce qui touche les sens. Le spirituel peut être vérité en théorie mais en pratique c'est une nuée ...

Beaucoup sont dans la vie sans jamais s'être demandé pourquoi  ils vivent ? Ils obéissent à l'instinct obs­cur qui s'accroche à la vie. Mais ils n'ont pas découvert ce qu’ils doivent faire dans la vie.

Au jour le jour ils s'arrangent pour être le mieux ou le moins mal possible. Ils travaillent, si c'est nécessaire, pour vivre ; sinon ils ne font rien. Ils prévoient, dans la mesure de quelques fins immédiates. La mort, ils évitent d'y penser. Et ils y restent, parce qu'ils y sont et n'attendant rien de plus, après et après. »

(Chan. J, Leclercq, Dialogue de l'homme et de Dieu.)

c) à cause des conséquences qu'ils prépayent

Beaucoup évitent de chercher une solution parce qu'ils se ren­dent compte que la vérité, s'ils la trouvaient entraînerait avec elle certaines exigences morales qui leur font peur.

« Ce furent, je le dis franchement, la crise de l’adolescence et la honte de certains aveux Qui me firent renoncer à mes habitudes de piété. Bien des hommes nui sont dans ce cas conviendraient, s'ils étaient sincères, que ce qui les éloigna d'abord de la religion, ce fut la règle sévère qu'elle impose à tous au point de vue des sens, et qu'ils n'ont demandé que plus tard, à la raison et à la science, des arguments métaphysiques qui leur permettent de ne plus se gêner. » (François Coppée, La bonne souffrance, p. 5)

«Mon expérience de onze ans d'internat de lycée et celle de mes quatre années d'École normale m'ont montré que, dans le plus grand nombre de cas, le jeune homme cesse d'être catholique moins pour des raisons d'ordre intellectuel que pour des raisons d'ordre moral. C'est parce qu'il n'a plus le cœur pur qu'il se détourne de Dieu et qu'il se refuse à ces règlements de comptes que sont let confessions et surtout la communion pascale. »

(Jean Guiraud, Pourquoi je suis catholique.)

«Ce recul intellectuel (dans la croyance en Dieu) est ordinaire­ment la conséquence d'un déchet moral. Sous l'influence d'une passion, on en arrive à désirer que Dieu ne soit pas et, sous l'ac­tion de ce désir, on finit par se persuader que Dieu n'est pas. »  (Duplessy, Apologétique, I, 89)

 « L'homme, en se détachant de la foi, se détache surtout d'une chaîne insupportable à ses plaisirs. Je n'étonnerai aucun de ceux qui ont traversé les études de nos lycées en affirmant que la pré­coce impiété des libres-penseurs en tunique, a pour point de départ quelque faiblesse de la chair accompagnée d'une horreur de l'aveu au confessionnal. Le raisonnement, quel raisonnement !  Arri­ve ensuite et fournit des preuves à l'appui d'une thèse de négation acceptée d'abord pour les besoins de la pratique. »

(Bourget, Essais de psychologie contemporaine)

« L'histoire de saint Augustin se répète pour chacun de nous : la perte de la Foi coïncide toujours avec l'éveil des sens. Ce n'est pas la raison qui  détourne de Dieu l'adolescent,  c'est la chair.

L'incrédulité ne fait que fournir des excuses à la vie nouvelle qu'il mène. » (Louis Bertrand, Vie de St-Augustin)

d) à cause de leurs préoccupations matérielles

Groupons à part tous ces honnêtes gens qui, ayant reçu souvent une éducation chrétienne, ont perdu la foi parce que les nécessi­tés matérielles de la vie absorbent tout leur temps. Combien d'ou­vriers, par exemple, en sont là ? Ce n'est pas légèreté ; ce n'est pas refus des obligations qu'entraînerait la vérité ; mais c'est la dureté de l'existence qui les empêche de garder vivante leur foi.

e) à cause de l’abandon de la Vérité par la fausse église et son concile hérétique.

Cette contradiction avec ce que la sainte Église a toujours enseigné comme étant la VÉRITÉ et ne pouvait changer, les gens pensent qu’on leur a menti. Alors que c’est aujourd’hui qu’on leur ment en prétendant canoniser Luther,  un des excommuniés qui ne s’est jamais repenti... etc.

Note : cette dernière réflexion est du bloggeur.  Deo Gratias

Extrait de : La Solution du Problème de la Vie.  (F. Lelotte  S.J.)

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 14:40

LES ÉNIGMES DE LA VIE -  Pourquoi mal agir…

Car je ne suis pas innocent. Bien rarement, je pose un acte en­tièrement dégagé de toute malice. Souvent, certes, je veux le bien, et cependant, je fais le mal. Je me sens libre et enchaîné, à la fois. D'où provient ce désaccord en moi ? Parfois aussi, je recherche positivement le mal ; je me com­plais en lui. Pourquoi ?

Je regarde les hommes qui m'entourent. Je cherche ceux qui sont exempts de toute faute, et personne n'ose se présenter. Pour­quoi ?

Cependant, je sens intensément, comme tant d'autres, la joie qu'il y aurait à ne pas aggraver, par mes fautes, l'état de souf­france qui règne dans le monde, à ne semer que la joie, à n'être qu'un homme de bien.

Alors, pourquoi mal agir ?

Problèmes troublants, problèmes nullement comparables aux problèmes de géométrie qui n'ont aucune répercussion sur ma vie.

«La jeunesse angoissée tourne vers vous ses regards parce qu'el­le aspire vers une synthèse intellectuelle, qui donnera un sens et un ordre à toute sa vie... Tant qu'il n'y aura pas une réponse définitive et adéquate aux questions : quel est le sens de la vie, le sens de la douleur, le sens de la mort, on gardera l'impression de voir le sol se dérober sous ses pieds.» (S.S. Pie XII, aux membres du Congrès international de la Philosophie, 21 novembre 1946)

Non, il s'agit ici de questions très personnelles et très naturel­les : c'est moi qui vis ; c'est moi qui mourrai ; c'est moi qui souffre ou souffri­rai ; c'est moi qui fais le mal.

C'est moi que cela regarde.

Et je consacre même la plus grande partie de mes activités à l'objet de ces problèmes soit : la vie, la mort, la souffrance et le  mal ; je tâche de rester en vie ; je m'efforce de retarder l'échéance de la mort ; je fuis la souffrance et, parfois aussi, le mal.

Le problème de la vie consiste essentiellement dans la contra­diction violente, incompréhensible et douloureusement sentie qui existe entre la vie telle que l'homme la désire et la vie telle qu'elle devrait être.

Ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est précisément que la vie constitue pour lui un problème. On peut dire qu'il n'est véri­tablement homme que le jour où ce problème lui apparaît.

Et si j'ai assez d'esprit et de cœur, je songerai que ces problè­mes se posent dans la vie de ceux qui m'entourent et que ce serait une œuvre éminemment noble d'aider les autres à les résoudre.

(A Suivre)  Nous verrons dans les prochains articles comment les hommes réagissent en face de ces problèmes.

Extrait de : La Solution du Problème de la Vie.  (F. Lelotte  S.J.)

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 16:04

LES ÉNIGMES DE LA VIE - Pourquoi souffrir ?

Voici en effet que ma chair, voici que mon âme, au lieu de jouir en paix du peu de temps qu'il m'est donné de vivre, voient la souffrance s'installer, à demeure ou par intermittence, au centre de leurs désirs et de leurs joies.

Je songe à tout ce que j'ai souffert physiquement depuis que je suis né, et plus encore à mes angoisses, à mes déceptions, à mes échecs, à mes deuils, à la jalousie des uns, à l'ingratitude des autres, à toutes les luttes qu'il m'a fallu entreprendre pour continuer à vivre.

Puis, oubliant mes misères, je songe aux souffrances des au­tres ; je tâche de rendre aussi sensibles que possible les antennes de mon esprit et de mon cœur pour recueillir, jusqu'en ses moin­dres nuances, l'immense clameur qui s'élève de la terre.

Les souffrances physiques d'abord.

Par l'imagination, je pénètre dans les milliers de cliniques, hô­pitaux, dispensaires, chambres de malades, pour écouter ceux qui souffrent, ceux qu'on soigne et ceux qu'on ne soigne pas ; je tâche d'entendre leurs gémissements, de sonder leurs plaies ; je songe aux aveugles du monde entier...

Je me penche sur la couche de tous ces « allongés » qui, immo­bilisés dans leur gaine de plâtre, depuis un an, cinq ans, dix ans, aspirent à marcher et à vivre ; je m'efforce d'assister à l'agonie des milliers de moribonds que la mort visitera bientôt...

A côté de ces souffrances physiques, je tâche de deviner les souffrances morales de ces malades, de ces blessés, de tous ceux qui les entourent, la détresse des 150,000 familles qui seront en deuil aujourd'hui et qui iront augmenter le nombre des foyers que la mort a frappés les jours précédents.

Je songe aux heures d'agonie de tous ceux qui ont souffert et souffrent encore dans les camps de concentration, aux millions de malheureux que, pour des raisons ethniques ou autres, on a « déplacés » en les arrachant à leur sol natal...

Je songe aux souffrances morales des vieillards délaissés dans les hospices, aux mamans qui attendent avec angoisse le retour d'un enfant qui tarde à rentrer, aux pères qui ne pourront plus, assurer demain, la subsistance, de leur famille, aux épouses trahies, aux maris trompés, aux amours incompris, aux milliers d'enfants sans père et sans mère...

Aucun coin de la terre n'est épargné ; nulle part, le bonheur est absolu...

Nous-mêmes, si nous connaissons, dans nos vies, des temps d'accalmie, il s'y mêle toujours le souvenir de nos souffrances antérieures et la crainte de rencontrer de nouveau la douleur cette visiteuse muette qui n'explique pas pourquoi elle vient trou­bler notre existence.

Pourquoi la souffrance, puisque personne ne la désire ? Pourquoi vient-elle se mettre si souvent en travers  de notre route? Pourquoi ?

La force de l'homme est petite ; nul de ses projets n'aboutit. Sa courte vie n'est que peine sur peine et la mort, l'inévitable mort, pend au-dessus de lui. (Simonide)  Il n'y a point d'homme heureux. La douleur les frappe tous. (Solon)

Si du moins j'avais le loisir de me dire que la souffrance m'est imposée par des circonstances indépendantes de moi et que je suis innocent du tort dont je souffre et dont souffre l'humanité.

Hélas, non ; dans le secret de ma conscience, un nouveau pro­blème surgit.  (Pourquoi ai-je mal agit …   a suivre.)

Extrait de : La Solution du Problème de la Vie.  (F. Lelotte  S.J.)

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 12:36

LES ÉNIGMES DE LA VIE - Pourquoi mourir …

Oui, vivons ! Mais si grand que soit mon bonheur de vivre, je reste insatisfait ; car je m'approche chaque jour davantage d'une limite mystérieuse.

Malgré moi, je songe que ma vie aura un terme :je songe à la loi inexorable à laquelle personne n'a échappé jusqu'à ce jour et qui m'ordonne de disparaître sans que je puisse fixer le jour et l'heure de mon départ.

Après deux ou trois dizaines de milliers de journées, plus ou moins semblables à celle d'aujourd'hui, après que la terre aura tourné quelques fois autour du soleilje disparaîtrai comme je suis venu.

Sorti de l'ombre, je rentrerai dans l'ombre. Il fut un temps où je n'existais pas ; il en sera un autre où je ne serai plus(sur cette terre).

Avant moi, des milliards d'êtres ont circulé sur la planète « terre » ; ils ont marché, mangé, travaillé, ri, pleuré comme moi ; ils ont eu leurs maux de dents, leurs illusions, leurs cauchemars, leurs déceptions.

Une immense foule anonyme est ainsi née, a vécu et est morte sans laisser la moindre trace, pas même dans la mémoire des hommes.

Tout ce passé est retombé dans l'oubli ; plus rien ne bouge de ces guerriers romains, de ces peuples francs, de ces armées de croi­sés, de ces joyeuses cavalcades du moyen âge, de ces riches cara­vanes de marchands du 16e siècle, de ces soldats de Napoléon, de tous ceux dont on parle dans les livres d'histoire...

Cela a bougé ; cela ne bouge plus.

C'est étrange !

Et tout ce qui me remue aujourd’hui se  figera un jour dans une dernière attitude,  puis tombera en poussière et disparaîtra. C'est tragique !

Après moi, d'autres générations se succéderont ; elles n'existent pas encore et cependant elles défileront, un jour, sur la terre ; les rues de nos villes, les quais des ports, les lieux de villégia­ture, les trains, tout sera encombré d'une foule innombrable, joy­euse ou inquiète, et je ne serai pas là pour la regarder passer !

Et ils ne sauront même pas que j'ai existé !

Quelle aventure! Leur indifférence me vexe, moi qui... moi dont...

En attendant, je suis là, dans ce moment présent, remuant avec mon imagination le passé et l'avenir, tel un rameur, assis dans une frêle embarcation, et qui frappe de part et d'autre, l'onde aux profondeurs mystérieuses.

Je suis là, emporté par le courant de la vie, sachant qu'un jour ma barque chavirera elle aussi, et que je rejoindrai, dans les remous du passé, la foule de ceux qui m'ont précédé et qui ne sont plus.

Et, cependant, je sens combien cette issue fatale qu'est la mort est en flagrante contradiction avec l'aspiration profonde qui m'at­tache à la vie.

Dès lors, pourquoi mourir?...

«C'est bien peu de chose que l'homme et tout ce qui a fin est peu de chose ... Ma vie est de 80 ans tout au plus ; prenons-en cent : qu'il y a eu de temps où je n'étais pas ; qu'il y en a où je ne serai point ! et Que j'occupe peu de place dans ce grand abîme du temps ! Je ne suis rien ; ce petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant où il faut que j'aille. » (Bossuet)

Je résiste à qui veut me renverser et voilà que, demain, réduit en cendres, je tiendrai dans le creux de la main d'un enfant !

Chaque jour, 200.000 personnes environ — des êtres comme moi, en chair et en os, ayant comme moi, une pensée, des affec­tions, des désirs, des craintes —200.000 personnes cessent de se mouvoir et l'on s'empresse de les enlever de la circulation.

8.000 personnes à l'heure, 130 à la minute...

Qu'une bombe atomique coûte la vie à 150.000 personnes, nous en sommes atterrés... C'est cependant le nombre d'êtres humains qui disparaissent chaque jour, même en temps de paix...

Dans cette hécatombe, je figurerai un jour... Pourquoi cette échéance, alors que j'aspire à vivre ? Pourquoi?

Et puis, la mort est-elle l'anéantissement complet de mon être ? Met-elle réellement un terme à mon existence ? Oui ou non ? Di­lemme angoissant dont je dois choisir un des termes.

« Je trouve bon Qu'on n'approfondisse pas l'opinion de Copernic : mais ceci !... Il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle. » (Pascal)

Le premier septembre 1926, on réveille, au petit matin, le condamné Passerache pour le conduire à la guillotine : « On m'exécute ? Mais alors, où vais-je aller maintenant ? »

Mais ne me reste-il pas la possibilité d'oublier la mort et de me cantonner dans la tranche de vie qui m'est accordée avant ce ter­me fatal ?

« Les hommes, n'ayant pu guérir la mort, se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. C'est tout ce qu'ils ont pu inventer pour se consoler ! »  (Pascal)

Hélas non ; car un nouveau problème vient troubler mon repos.

(A suivre)

Extrait de : La Solution du Problème de la Vie.  (F. Lelotte  S.J.)

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 17:39

LES ÉNIGMES DE LA VIE (Pourquoi vivre)

C'est une chose bien curieuse que de vivre !

Sans mon assentiment, me voilà installé, depuis quelques années déjà, sur une boule rondela terre — à laquelle j'adhère com­me une mouche à un globe.

Aux antipodes, dans la région de l'Océanie, d'autres êtres hu­mains vivent, la tête en bas, sans ressentir le moindre malaise !

Cela s'explique, paraît-il, par la loi d'attraction... qui, avouons-le, n'explique rien du tout.

Et j'apprends que cette boule qui me porte n'est soutenue par rien, et n'est suspendue à rien, qu'elle fait un tour complet sur elle-même en un jour, ce qui lui donne, à notre latitude, une vitesse tangentielle d'environ mille kilomètres à l'heure ; qu'elle décrit autour du soleil une orbite elliptique à la vitesse tangentielle. moyenne de 108,000 kilomètres à l'heure ; que le soleil lui-même, entraînant avec lui quelques centaines de satellites, dont la terre  se dirige vers la brillante Véga, dans la constellation de la Lyre, à la vitesse de 70.000 kilomètres à l'heure, et que les 3 ou 4 mille étoiles que je vois, le soir, immobiles, sont soumises, elles aussi, à des vitesses vertigineuses et sont entraînées dans une fantastique chevauchée à travers les espaces.

A l'encontre de mes impressions, rien n'est donc en repos dans l'univers. Le monde entier est une immense salle de danse où des ballerines endiablées tourbillonnent sans jamais perdre haleine.

Et moi qui lis ces lignes, je suis désespérément accroché à l'une de ces folles danseuses et, avec elle pour partenaire, je tournoie, je tournoie...

Demain, à la même heure, nous n'aurons fait ensemble, certes, qu'un tour sur nous-mêmes ; mais nous aurons parcouru des cen­taines de milliers de kilomètres dans les espaces interstellaires !

Et le plus curieux de l'histoire, c'est que je ne ressens rien !

C'est vraiment très bizarre !

Et chaque jour, sur mon globe, je vis : je remue bras et jambes, je mange, je déplace quelques objets, j'en casse quelques autres, puis je me couche et perds connaissance, pendant quelques heures,

tandis que, dans l'autre hémisphère de la terre, la moitié de l'hu­manité, caressée par les rayons du soleil levant, s'étire, se lève, mange, travaille ou s'amuse pour se coucher à son tour quand je me lèverai !

Et demain, après-demain, le même manège, la même comédie re­commencera.

C'est drôle-!

Et je vis parce que, dans ma poitrine, bat mon cœur, un muscle en activité nuit et jour, auquel je n'ai pas donné l'impul­sion et dont il ne m'est pas possible, par un acte de volonté, d'arrê­ter le mouvement.

Cent mille fois par jour, ce muscle se crispe et se détend. Qui donc l'a mis en branle et comment peut-il ainsi battre ?

Chose curieuse aussi, je vis souvent là... où je ne suis pas ! D'une part, je me sens localisé par mon corps dans un endroit déterminé de l'espace ; d'autre part, un élément en moi — on l'appelle l'esprit — s'évade continuellement du lieu où je suis et parcourt en tous sens l'univers.

Et cet esprit, tout en étant dans le présent, scrute sans cesse le passé et prospecte l'avenir !

N'est-ce pas étrange aussi ?,

Vraiment, quelle est ma raison d'être ? Pourquoi suis-je occupé à vivre?

Si je me réveillais dans le compartiment d'un express où j'au­rais été déposé sans mon assentiment, je demanderais aussitôt pourquoi on m'y a mis et quel est le terme de mon voyage.

Quand il s'agit de ma présence dans l'univers et de mon séjour sur la terre, aucun problème ne surgirait en moi ? Je ne me préoc­cuperais pas de savoir ce que l'on veut de moi ?...

«Mais, disent certains, n'est-il pas plus simple de faire comme si le problème n'existait pas ou de le supposer résolu ? La vie est belle, ajoutent-ils. Vivons !    (A suivre)

Extrait de : La Solution du Problème de la Vie.  (F. Lelotte  S.J.)

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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 11:51

Paul VI, homélie du 1er de l'An: le Peuple et la Paix… 

Le 1er janvier 1971 « Journée de la Paix » Paul VI a célébré la messe à san Felice de Cantalice, dans un quartier populaire de la banlieue de Rome, choisi symboliquement pour y parler de la paix aux humbles du monde entier. Après avoir salué les dignitaires ecclésiastiques et civils, le Pape a poursuivi ainsi son homélie.

Pourquoi sommes-Nous venu ici ? Le 1er janvier est le jour des vœux et Nous présentons à tous nos vœux affec­tueux et sincères. Le Pape aujourd'hui offrira la sainte messe pour tous et chacun.

Vous savez que, depuis quelques années, Nous avons consacré le 1er de l'An à la célébration de la «Journée de la Paix». Nous disons nous : les catholiques, les croyants, en englobant dans ce dessein et ces vœux adressés à tous les hommes de bonne volonté tous ceux qui dans le monde aiment la paix. Car notre invitation déborde toutes les frontières et cette pensée commence, Nous le savons, à se répandre dans le monde entier.

Le message aux gouvernants

Nous avons adressé une lettre officielle à tous les gou­vernants, à tous ceux qui président au sort des nations et auxquels il Nous est possible de Nous adresser. Nous avons donc invité à célébrer la «Journée de la Paix» toutes les sommités, tous ceux qui président au sort des peuples, tous les responsables, tous ceux qui ont le devoir de promouvoir la paix. Les dirigeants des nations ont, en effet, plus que les autres l'obligation de favoriser des rapports pacifiques entre les peuples. Ce sont eux qui décident du sort des nations et qui ont la responsabilité d'équilibrer les intérêts de chacune. C'est donc à eux en premier que Nous avons adressé notre propos et nos salutations, respectueuses certes mais suppliantes aussi.

« Mettons-nous tous d'accord, leur disions-Nous, cher­chons à promouvoir la paix dans le monde. Pourquoi le monde doit-il être ainsi troublé par des guerres qui tuent, blessent, détruisent, font souffrir, veulent écraser les autres et instaurer des rapports de force, de violence, de meurtre et de sang, au lieu de justice et de droit ? »

Cela ne peut pas aller ainsi. Ce n'est pas cela la civili­sation. Aujourd'hui, alors que nous avons accompli tant de progrès, que nous avons appris tant de choses et que nous disposons de tant de moyens de conduire les relations entre les peuples, la guerre doit être abolie, elle doit être proscrite des us et coutumes des nations. C'est d'une autre manière que nous devons concilier les intérêts des peuples et des nations : par des négociations, en défendant autrement la justice, le bon droit, l'intérêt légitime. Et non pas dans le sang et par la force, ce qui aboutit presque toujours à l'injustice.

Le droit des peuples à la paix

Mais cette année, Nous avons aussi considéré un autre responsable du sort des peuples. Ayant salué, disions-Nous, les sommités et les ayant invitées à fortifier la paix, Nous Nous adressons maintenant au peuple, à vous qui représentez ici symboliquement le peuple, non seulement celui de cette nation, mais celui de toutes les nations, qui désire vraiment la paix et la concorde entre les hommes. Si ceux qui vous guident ont le devoir de promouvoir la paix, vous avez, vous le peuple, le droit d'être gouvernés d'une manière qui ne trouble pas votre sort, votre paix et votre vie. Vous ne pouvez décider directement des intérêts suprêmes des nations mais vous avez le droit légitime et sacré d'attendre de vos chefs qu'ils vous gouvernent de manière à ce que vous n'ayez pas à souffrir, à vous trouver sous les coups des armes terrifiantes de ceux qui font la guerre, sans seulement que vous sachiez pourquoi et puissiez vous défendre. C'est le droit des peuples que nous célébrons aujourd'hui en cette « Journée de la Paix ».

Souvenir du bombardement de Rome

Un souvenir Nous revient en mémoire. C'était lorsque Nous accompagnions notre grand et vénéré prédécesseur Pie XII en la sortie qu'il fit, si Nous avons bonne mémoire, le 13 août 1943; c'était la seconde fois qu'il sortait du Vatican pour les bombardements qui commençaient à s'abattre sur Rome. Nous passions près d'ici, à la Porte Majeure, en route vers les quartiers de Saint-Jean. Il y avait là un groupe de jeunes, fous de douleur et de désespoir devant le bombardement qui venait d'avoir lieu : des maisons en ruine, des morts, des blessés, l'épouvante collective, la psychose chez tous comme pris de folie. L'un de ces jeunes courait derrière la voiture du Pape. Je le vois encore, de désespoir levant les bras et criant : « Pape, Pape, plutôt l'esclavage que la guerre » ! C'était insensé mais c'est ce qu'il criait, « délivrez-nous de la guerre, délivrez-nous de la guerre ». C'était le cri qui justement monte des classes populaires qui ne sont pas au courant des grandes questions qui décident du sort des nations : « Non, non, pas la guerre ! Qu'avons-nous fait de mal, que sommes-nous là-dedans, pour être ainsi frappés sans pitié, avec cruauté, sans justice et à l'aveugle ? » Cette scène et cette voix Nous sont apparues comme le symbole de ce qu'il y a d'irrationnel dans la guerre. Nous ne les avons jamais oubliées.

La paix par le peuple

Mais Nous avons encore une autre idée. Nous ne voulons pas aujourd'hui célébrer seulement la paix pour le peuple; Nous allons plus loin. La paix doit surgir du peuple, de vous. Vous devez être les promoteurs de la paix. Si vous êtes chrétiens, vous avez entendu tout à l'heure les textes de l'Évangile et vous savez que tout chrétien doit être un pacifique : non pas un homme endormi, un indolent qui ne se soucie de rien, mais un promoteur de la paix, un artisan de rapports pacifiques entre les hommes : « Bienheureux les pacifiques, c'est-à-dire bienheureux ceux qui se font les apôtres de la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ». Vous qui êtes fils de Dieu, vous devez tous aimer et promou­voir la paix.

J'entends la question que vous me posez tout bas : « Mais nous, comment pourrons-nous promouvoir la paix ? Quel moyen avons-nous de faire valoir nos désirs et nos aspirations ? Voici notre réponse. D'abord, nous sommes en démocratie. Cela veut dire que c'est le peuple qui com­mande et que le pouvoir vient du nombre, de la quantité, de la population comme elle est. Si nous sommes conscients de ce progrès social que notre époque a fait mûrir et voit se répandre dans le monde entier, nous devons faire en sorte que la démocratie impose sa voix. La démocratie ne veut point que les masses aient à se mesurer les unes contre les autres pour se détruire. Une idée doit naître de cette forma­tion et de cette mentalité politique qui est celle du peuple, des masses et de l'ensemble de la population, et cette idée doit triompher : il ne doit plus y avoir de guerres dans le monde.

La paix sociale

II y a encore une autre voie que Nous vous recom­mandons. Nous devons nous éduquer, nous former, refaire notre mentalité et notre psychologie. Êtes-vous vraiment décidés à abolir entre les hommes ces rapports de lutte, de haine et de violence ? Êtes-vous résolus à être de ceux qui font avancer la paix et veulent que les intérêts des uns et des autres, même différents et parfois opposés, se règlent autrement que par la haine, la lutte, la force de la violence et du nombre ? Eh bien, nous devons nous éduquer à penser et à vouloir ainsi.

Vous pouvez voir que là-dessus nous n'en sommes encore qu'au commencement. Pourquoi ? Parce que, depuis très longtemps, nous sommes intoxiqués par l'idée qu'on n'arrive à rien sinon par la haine, la violence et les voies de fait. « A moins d'employer les moyens extrêmes, on n'obtient rien ». C'est une mentalité qu'il faut dépasser. Elle vient malheureusement de l'expérience, c'est-à-dire du fait qu'il y a des classes égoïstes qui ne veulent point bouger, qui possèdent et ne donnent pas, qui veulent profiter de leur force et de leur situation pour exploiter ou du moins pour utiliser les autres. Cela non plus n'est pas de la démocratie ni de l'esprit social. Ce n'est pas la charité que le Seigneur nous a prêchée.

Le Seigneur nous a dit : vous êtes tous frères. Est-ce là ce que nous pensons des rapports entre tous les hommes ? Oui et non. Nous le disons très souvent et nous pensons que c'est là une belle chose mais utopique, irréalisable, un beau rêve mais impraticable, inapplicable dans le concret. Cela montre qu'avant de persuader les autres, nous devons nous persuader nous-mêmes que la fraternité doit être la loi, le principe, le critère dominant des rapports entre les hommes. Si nous ne sommes pas encore frères, nous devons le devenir et nous habituer, après tant de siècles que l'Évangile nous le prêche et nous le répète, mais nous sommes réfractaires à cet enseigne­ment !,  nous devons nous habituer à voir dans un autre visage l'image de notre visage, et dans les autres un autre nous-mêmes. Car le Seigneur nous a dit « Aimez-vous les uns les autres, aimez-vous comme vous-mêmes». Cela veut dire que nous devons transférer dans les autres le sentiment de personnalité qui proprement nous définit, définit notre moi. Nous devons nous comprendre nous-mêmes dans les autres; nous devons dilater, universaliser notre personnalité en sorte que nous traitions les autres comme nous voulons être traités nous-mêmes. Voilà ce que nous enseigne Jésus. C'est une grande et difficile réalité, à laquelle nous devrons nous éduquer, pour laquelle nous devrons probablement célébrer bien d'autres belles « Journées de la Paix » ! Mais c'est la ligne à suivre, c'est la grande politique du monde, humaine et chrétienne : Nous devons nous habituer à voir dans les hommes non des antagonistes, des ennemis, des rivaux, des concurrents, mais des frères.

Ne risquons-nous pas ainsi de ne plus avoir la force de défendre nos intérêts ? Nous devons défendre nos intérêts mais autrement que par la haine, la violence et l'écrasement des autres. Nous devons nous situer à un niveau supérieur, à celui de la raison et à celui, plus élevé encore, de la charité. Nous devons vouloir du bien à tous, nous seraient-ils anti­pathiques, des adversaires et des ennemis. Nous devons acquérir cette immense force nouvelle qui nous rend plus hommes. C'est la leçon de l'Évangile.

Fils et frères très chers, avons-nous la force de pardon­ner ? Savons-nous atteindre à cette force d'âme, à cette énergie spirituelle qui sait céder devant la méchanceté d'un autre? Pas encore peut-être. Nous disons tous les jours au Seigneur : « Père, pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». N'oubliez point ce « comme », ce « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés... »; L’équation entre les fautes dont nous demandons le pardon et celles que nous devons pardonner aux autres bien souvent n'existe pas. Nous prétendons que Dieu, lui, nous pardonne, qu'il ait pitié de nous et nous bénisse, mais nous ne bénissons pas et nous ne pardonnons pas. Il faut arriver à posséder cette force d'âme. La paix n'est pas une faiblesse ni une lâcheté ni en face d'autrui le renoncement passif à ses aspirations et à ses intérêts légitimes. Il existe une façon légitime, mesurée et raison­nable de défendre ses aspirations. Tant d'aspirations restent encore en souffrance ! Pour notre peuple, que de grandes et belles choses attendent encore ! Nous devons tous travailler à ce qu'elles soient réalisées.

Pour cela, nous devrons bâtir notre société et notre démocratie sur l'amour, sur la charité, sur les principes de l'Évangile, sur ceux aussi du droit naturel qui nous dit justement que les hommes sont égaux entre eux et qu'ils ont tous les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Voilà ce que Nous avions à vous dire. Ce qu'on vous prêche, vous le voyez, s'annonce difficile et quasi impossible à pratiquer, car cela demande beaucoup. Mais commençons dans notre cœur : devenons bons, forts, miséricordieux, capables de voir les besoins et les misères des autres, capables de secourir les autres, capables de donner la main au plus faible et à celui qui est tombé, dans un sentiment de fraternité et de miséricorde. Vous verrez que les choses s'amélioreront et, un jour, au nom du Christ et de la civilisation, la paix triomphera.

Paul VI 

Texte  italien  dans  L'Osservatore  Romano  des   2-3   janvier 1971. Traduction des Actes Pontificaux.

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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 15:12

Homélie de Paul VI, 25 décembre 1970…                         

Déc. 1970. Paul VI a célébré la messe de minuit, dans la chapelle Sixtine, en présence du corps diplomatique. Il a prononcé l'homélie suivante.

Messieurs et chers amis,

Nous devons avant tout nous rendre compte du motif de cette célébration nocturne. Pourquoi sommes-nous ici ? Que sommes-nous venus faire ? Rendre hommage à une habitude traditionnelle ? À une simple singularité rituelle ?

Non, ce qui nous tire de notre sommeil, ce que nous nous sentons obligés de commémorer avec une conscience vigilante est un fait historique, un événement d'une impor­tance suprême et unique, un message que nous sommes incapables de définir en termes adéquats et que notre intel­ligence ne réussit pas à comprendre entièrement. Une expression théologique, exubérante de réalité historico-humaine et d'insondable mystère, le présente à notre esprit émerveillé et incrédule, à notre foi et à notre joie : il s'agit de l'Incarnation. Il s'agit du Verbe de Dieu qui s'est fait homme. Quelque imparfaite et problématique que puisse être l'idée que nous avons de Dieu, de son existence, de sa transcendance, du rapport créateur et existentiel de la divinité avec les choses finies, que nous connaissons, et avec l'histoire humaine qui se déroule dans le temps, nous ne pouvons nous empêcher d'être ébahis par l'hypothèse que nous reconnaissons ici comme un fait réel et accompli : c'est le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, qui entre personnellement sur la scène terrestre et humaine, et assume en lui une vie humaine en tout semblable à la nôtre (hormis le péché, Hébr. 4, 15), existant ainsi toujours un quant à la personne, mais avec une double nature, divine et humaine. Et comme Fils de l'Homme, lui Fils de Dieu a vécu plusieurs années sur cette terre, il s'est rendu visible, avec un visage humain, il a grandi, il a travaillé, parlé, souffert parmi nous; bref, il s'est révélé, et il a accompli une mission qui ne peut pas ne pas regarder l'humanité entière et atteindre la destinée de tout homme, passé, présent et futur, de ce monde.

Ainsi en est-il. Tremblant et stupéfait, Nous répétons l'annonce de cette naissance extraordinaire, la naissance du Christ, le Verbe de Dieu fait chair, le Messie de l'histoire, le Sauveur du genre humain; et Nous faisons nôtres les paroles de l'ange du Seigneur : « Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle (la Bonne Nouvelle, l'Évangile par excellence) qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la cité de David (Bethléem), un Sauveur vous est né, qui est le Christ Seigneur » (Luc, 2, 10-11).

Ce n'est pas là une légende littéraire, ni un mythe fantas­tique; c'est un fait réel et concret, d'une nature et d'une importance telles que toute l'histoire humaine en demeure atteinte; c'est pour le rappeler que nous sommes ici, pour le célébrer, pour repenser encore à l'influence qu'il a sur nous. Ainsi se rouvre pour nous une méditation que chacun d'entre nous aura, d'une façon ou de l'autre, cent fois commencée; méditation sur le christianisme, sur sa réalité, sur son effica­cité, sur le rapport qu'il a avec nous — ou du moins qu'il devrait avoir avec nous. Et par christianisme, en fin de compte, Nous entendons le Christ, son être, sa parole, son immanence dans la foi et dans la vie des hommes, sa présence aujourd'hui devant nous, sa figure apocalyptique, demain : le Christ, clef de toute question et de tout destin.

Oh, Messieurs et Amis, que j'ose appeler frères ! Laissons-nous tous dominer par cette pensée extraordinaire : le Christ, le Verbe de Dieu descendu en forme humaine sur la scène du monde. Mais que cette pensée, loin d'engendrer en nous la crainte (ce qui serait pourtant tout à fait naturel), nous envahisse de joie et d'allégresse, comme nous l'a demandé le message céleste. Cette joie sera le cadeau que nous ferons à Jésus-Christ pour sa naissance parmi nous; ce sera notre offrande; notre humble effort d'accueil et de compréhension. Noël, nous le savons, est une fête joyeuse; elle nous apparaît bien telle dans l'amour et dans la tendresse de cette nouvelle vie qui naît (cf. Jean 16, 21), dans la délicieuse faiblesse de l'enfance, dans le cadre de l'intimité si simple et sublime du foyer domestique.

Mais il y a plus. Noël n'est pas seulement la sublimation de la vie naissante, fruit de l'amour, étincelle de nouveauté et d'innocence, gage d'un monde meilleur, que nous espérons pour demain, celui de la nouvelle génération. Ce n'est pas seulement une joie qui naît de la terre. Observez bien : c'est une joie qui vient d'en-haut, c'est la révélation de la bonté infinie de Dieu, le signe d'un dessein mystérieux qui touche le monde et les hommes, c'est une pensée d'amour infini qui a ouvert le ciel clos du mystère impénétrable de la vie intime du Dieu inconnu, et l'a communiqué à la terre, comme une pluie illuminante et vivifiante. L'Apôtre Paul nous dit que « la grâce de Dieu est apparue, salutaire pour tous les hommes » (Tit. 2, 11), et l'Apôtre Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jean 3, 16). Nous nous trouvons devant une conception universelle des destins suspendus sur l'humanité, et qui ont même pénétré dans la trame de l'histoire : c'est une conception de salut, une conception de clémence et d'amour, une conception tellement optimiste que même les malheurs, les souffrances, et la mort elle-même y trouvent une issue positive, pour le bien de l'homme (cf. Rom. 8, 28, 31). Telle est la vérité sur la vie, telle est la philosophie qui remporte la victoire sur toutes les expériences et sur toutes les tentatives pour expliquer les choses et les faits et dire le dernier mot sur la réalité du monde.

Notre dernier mot à Nous, qui sommes spécialement obligé d'observer le monde dans ses expressions les plus générales et les plus significatives, et d'en peser la valeur selon leur classification définitive, notre dernier mot serait au contraire facilement pessimiste, il déboucherait sur le doute, sur l'absurde, sur le néant. Nous serions des hommes myopes, aveugles, des hommes déçus, des hommes tentés par le scepticisme et le désespoir: où va le monde ? Que vaut la vie ? Qu'est-ce que la civilisation ? Peut-on vraiment envisager de faire régner sur terre l'ordre, la justice, la paix, l'amour? Tels serions-Nous, et telles seraient les conclu­sions de notre sagesse déçue, s'il n'y avait pas Noël, c'est-à-dire l'inauguration d'une économie de salut et d'espérance ! Les efforts du Sisyphe que nous sommes ne l'ont pas instau­rée, mais elle nous est donnée par un Amour transcendant qui n'a ni mesure ni regret, et veut faire de nous, de l'huma­nité, un peuple nouveau, un peuple bon et heureux (cf. I Petr. 2, 5, 9).

Noël, fête de joie et d'espérance, fête qui anime le devenir humain orienté vers une plénitude qui ne faillira pas.

Saluons-la et célébrons-la comme notre fête et comme la fête du monde.                        Paul VI  pape.

 

Extrait des Actes Pontificaux   (202-203)

Texte original français dans L'Osservatore Romano des 28-29 décembre 1970.

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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 15:44

La façon idéale de bien prier…                                    

Que le soir, où la réunion est plus facile, toute la famille, le père, la mère, les enfants, les domestiques, s'assemblent donc, et que les cœurs unis ensemble présentent par la voix de l'un d'eux les vœux et la prière de tous. Alors il se fera comme un apaisement de toutes choses ; les nuages de la vie quotidienne disparaîtront ; l'air deviendra plus serein, les nuits seront plus calmes, les jours suivants seront plus heureux. Dieu, selon sa promesse, descen­dra au milieu de cette famille réunie et apportera avec lui ses plus précieuses bénédictions. Puis les anges recueilleront, cha­que soir, ces prières toutes puissantes parce qu'elles seront fon­dues ensemble ; ils les porteront devant le trône de l'Agneau et formeront ainsi pour chaque famille, dans les hauteurs des cieux, une source toujours abondante qui suffira à tous les besoins et deviendra pour chaque membre comme une riche propriété à la fois indivise et particulière.

Cette pratique de la prière en commun est simple ; elle est facile ; elle demande seulement un peu de bonne volonté chez les chefs de la maison ; elle assure en retour un gage quotidien et toujours fécond des grâces du ciel ; et on peut lui appliquer ces paroles de l'Écriture : "Toutes sortes de bien s'introduiront avec elle dans l'intérieur de votre maison ; elle sera comme un berceau pour abriter votre famille ; elle donnera la joie et l'allégresse " (SAG. VII).

Que l'époux et l'épouse, que Dieu a unis pour partager les mêmes peines et les mêmes joies, prient ensemble. Sans la prière une union ne peut être vraiment heureuse et bénie du ciel.

Que les enfants prient avec les parents. Et l'enfant saura-t-il jamais prier, s'il n'a pas appris la prière sur les genoux de sa mère, d'abord, ensuite aux côtés de son père ? Le père et la mère ne doi­vent pas se contenter de dire à leurs enfants : allez prier, mais bien : venez, prions ensemble. Cette prière faite en commun dans la famille est une école sainte où les enfants apprendront la vénération qu'ils doivent aux auteurs de leurs jours. Ils entoure­ront de leur profond respect ce père qui sait découvrir son front et s'agenouiller humblement devant le Père qui est aux cieux ; ils vénéreront cette mère qui se prosterne avec foi devant le Seigneur qui a donné la vie à ses enfants. Ah ! Qu'elle est belle la famille, qu'elle est digne de l'admiration des anges la famille qui prie, qui voit chaque jour tous ses membres s'agenouiller sans exception devant Dieu comme elle va s'asseoir à la table pater­nelle ! La demeure de cette famille est alors un oratoire où l'on offre à Dieu un sacrifice de louanges par des prières et des hymnes sacrés. Tous les membres de la famille sont présents à ce pieux rendez-vous. Tous unissent leurs voix pour adorer et remercier l'Auteur de tout bien.

Les enfants prient pour les auteurs de leurs jours ; et la prière de l'enfant a une si grande influence sur le cœur de Dieu ! C'est pour cela que le poète a dit :

"Petits enfants à tête blonde,

Vous dont l'âme est un encensoir,

Priez ; la prière est féconde ;

Un enfant peut sauver le monde, en joignant ses mains chaque soir. "

Que les parents prient pour leurs enfants ; qu'ils suivent le conseil que leur donne le Prophète Jérémie : " Levez vos mains vers Dieu et Dieu bénira l'âme de vos enfants. " Il est certain que leur prière aura une efficacité toute particulière.

Qui nous rendra ces jours bénis où la prière du soir était, comme une fête quotidienne, pour toutes les familles ? Quand la journée était finie, le père assemblait ses enfants, ses domestiques ; tous s'agenouillaient humblement devant l'image du Dieu Sauveur, image qui souvent était une chère et pieuse relique léguée par les ancêtres dont elle avait entendu les vœux et béni les larmes. Ils adoraient ensemble la majesté souveraine et demandaient au Père céleste, avec le pain qui nourrit le corps, le pain plus pré­cieux encore qui nourrit l'âme. Ils saluaient avec amour la Vierge Marie qui les avait protégés tout le jour, puis récitaient avec une foi vive ce symbole qui aurait ravi d'admiration tous les sages de l'antiquité. Venait ensuite le décalogue, ce code parfait d'une morale sublime qui produit les saints.

Après avoir ainsi vivifié le souvenir de la loi qui devait les guider chaque jour, ils donnaient un souvenir aux morts longtemps pleures et imploraient la protection de l'ange gardien. Faisant ensuite un retour sur eux-mêmes, ils s'accusaient avec componction des fragilités de là journée et s'engageaient à éviter le mal, à faire tout le bien possible dans l'avenir. Le père bénissait l'assemblée et chacun se retirait heureux pour prendre un repos d'autant plus paisible qu'il n'était pas troublé par l'illusion ou par le re­mords.

De ce doux poème qui renfermait le culte domestique résultaient d'immenses avantages pour la religion et la société. Quelle pieuse et sainte pratique que celle qui existe dans un grand nombre de nos familles chrétiennes et qui devrait être répandue partout, tellement elle est légitime, je veux dire la prière avant et après les repas. N'est-il pas juste, puisque nous tenons tout de Dieu, n'est-il pas juste de le remercier de la nour­riture qu'il nous donne ?

Les riches, dont la table est chargée de toutes sortes de mets pendant que les pauvres meurent de faim à leur porte, ne seraient-ils pas ingrats de ne pas remercier le Seigneur qui se montre bon pour eux jusqu'à leur donner non seulement le nécessaire mais encore l'utile et l'agréable ?

Les pauvres des biens de ce monde mais riches des biens de l'éternité, selon la parole d'un Père de l'Église, n'ont peut-être qu'un pain arrosé de leurs larmes, mais c'est à Dieu qu'ils le doivent ; mais s'il le leur a donné en moindre abondance qu'à d'autres, s'il le leur fait gagner péniblement, à la sueur de leur front, c'est qu'il veut leur faire apprécier un autre pain, le pain qui leur fera oublier leur pauvreté ; car il apporte avec lui une douceur et une consolation toutes célestes.

Extrait de : La Prière - Olivier Elzéar Mathieu. Archevêque de Régina   (1925)

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 13:19

Donnez à Dieu les prémices de votre jour­née …              

La prière du matin est le baptême de la journée, celle du soir, l'adieu filial avant le repos, est le baptême de la nuit. Il n'est pas d'heure plus favorable pour la prière que celle du matin. La première pensée n'est-elle pas pour ce que l'on aime ? Le mondain pense à ses plaisirs, l'homme d'affaire à ses intérêts, l'ambitieux aux honneurs et le chrétien pense à Dieu. Le cœur monte naturellement vers les objets chéris comme la plante au soleil. Aussi dire de quelqu'un qu'il est notre première pensée, c'est dire qu'il est notre premier amour. Or qui le mérite plus que Dieu ? Si le péché originel n'avait pas égaré la direction de nos facultés, ce mouvement serait chez nous instinctif, irrésis­tible, comme celui de l'enfant qui le matin se précipite dans les bras de son bon père. Et puis ce père est là qui sollicite de nous le premier élan de l'âme. Il se compare dans l'Écriture à un voyageur matinal qui se tient debout à la porte et y frappe pour qu'on lui ouvre : " Que notre pre­mière parole soit pour lui dire d'entrer. "

C'est justice que Dieu soit servi le premier et qu'aussitôt introduits dans ce beau palais, nous commencions par saluer le maître de la maison avant de nous occuper ou de ce qui le rem­plit ou de ceux qui l'habitent.

Milton, dans son poème du Paradis perdu, montre le premier

homme transporté et ravi dès qu'il ouvre les yeux et qu’il voit le fir­mament étendu sur sa tête et il fait dire à Adam: "Je m'élançai, je bondis vers le ciel comme pour l'atteindre. " Voilà quel doit être l'élan spontané de notre cœur impatient de s'élever vers Dieu dès que notre lever nous introduit près de lui.

Et quand est-ce que nous prierons si nous ne prions pas le matin ? La création tout entière semble nous adresser l'invitation : " Venez, adorons Dieu qui nous a donné tous cela." L'univers s'anime comme un temple qui vient de s'ouvrir : les plantes don-nent leur encens, le soleil rallume ses feux comme un flambeau sacré ; les oiseaux, avant de chercher leur pâture, envoient dans les airs leurs premiers chants ; toutes les créatures vivantes font entendre leurs premiers cris, et ces millions de voix qui montent de partout, ce sont des voix de prière, d'adoration, d'action de grâces qui ensemble, à leur manière, composent l'hymne de la nature à la gloire de Dieu. Et l'homme pourrait-il rester muet lorsque tous les êtres de la création bénissent le Seigneur ? A ce concert général de toutes les créatures, une seule voix ferait défaut et ce serait la voix de l'âme intelligente qui seule peut lui donner sa signification et son prix ! " Car, dit saint Augustin, cet hymne inconscient de la création est comme une musique très harmonieuse sous laquelle il n'y aurait pas de paroles et qui ne rendrait en conséquence que des sons presque vides de sens. Qui donc, sous cette vague har­monie des choses, va mettre un langage et lui prêter une âme ? Ce sera l'homme qui fera ce solo dont la voix du monde entier n'est que l'accompagnement. A lui de traduire, en un langage humai­n, cette langue universelle de la terre et des cieux. Voilà ce que le monde entier lui demande de dire pour lui. "

Que notre première pensée, notre premier acte, quand nous nous levons le matin soit pour renouveler nos sentiments reli­gieux qui ont été interrompus par le sommeil de la nuit, pour ado­rer Dieu, le remercier de la nouvelle journée qu'il nous accorde, lui demander les grâces nécessaires afin de la passer saintement.

N'oublions pas que de la prière du matin dépend ordinaire­ment la journée tout entière ; car c'est elle qui ouvre la voie aux actions qui la suivent. Elle donne à nos œuvres une impulsion salutaire, un bon mouvement qu'il est facile ensuite de suivre avec la grâce de Dieu. " Donnez à Dieu les prémices de la jour­née, disait saint Jean Climaque ; car la journée tout entière appartiendra à celui qui en a pris possession le premier. "

On dit qu'autrefois, quand les premiers rayons du soleil avaient touché la célèbre statue de Memnon, dans la journée, elle rendait des sons harmonieux. Et nous, quand, dès le matin, nous nous serons placés en face du divin soleil de justice, qui est Jésus-Christ, quand nous aurons laissé pénétrer dans notre âme ses rayons lumineux, pendant la journée, nous rendrons des sons harmonieux, nous ferons bien et nous ferons du bien.

La prière du matin est le baptême de la journée ; celle du soir, l'adieu filial avant le repos, est le baptême de la nuit. Dès le matin, notre premier regard s'est élevé vers Dieu ; que notre dernière pensée soit encore pour lui. Remercions-le des faveurs qu'il nous a accordées ; demandons-lui pardon des fautes que nous aurions pu avoir commises. " Quel homme ne rougirait pas de terminer le jour sans louer Dieu, dit saint Ambroise, lorsque les petits oiseaux célèbrent le commencement du jour et de la nuit avec des chants suaves et harmonieux ! "

Bien que le bon Dieu écoute toujours favorablement celui qui prie avec de bonnes dispositions, la prière faite en commun a néanmoins pour lui un attrait tout particulier ; tellement que Jésus-Christ a promis de se trouver en personne avec ceux qui s'assemblent pour prier en son nom : " En quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, dit-il, je me trouve au milieu d'elles et je prie pour elles " (math. 18). Combien ce motif doit encourager les familles à se réunir pour prier ! Malheureusement cet usage, autrefois si généralement répandu, se perd chaque jour, même parmi les familles les plus chrétiennes. Les prêtres dans le ministère ne sauraient trop tra­vailler à la faire revivre. C'est un si puissant moyen de réveiller la foi et la piété dans les paroisses.

Une famille est une personne morale qui a dans son existence ses besoins et ses épreuves, ses satisfactions et ses joies. Il est donc de son devoir de s'adresser à Dieu, comme telle, pour le re­mercier des bienfaits qu'il lui accorde et lui demander ses grâces.

Ah ! Si on comprenait bien toutes les bénédictions que la prière en commun attire sur les maisons, avec quel empressement on y aurait recours !

Extrait de : La Prière - Olivier Elzéar Mathieu. Archevêque de Régina   (1925)

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