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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 16:24

    Alors il le leur livra pour être crucifié…           

Rien n'est plus grand en Jésus que son sacrifice. Il l'a consommé en ce jour et le renouvelle sans fin. C'est sur la croix que s'est réalisée finalement la prophétie de Siméon, qu'il serait un signe de contradiction. Tout est contra­diction dans le Christ : incréé et créé, Dieu et homme, tout et néant, infini et fini, éternel et mortel. Le grand drame qui termine sa vie, met en relief, entre autres, trois antithèses douloureuses : 1° Douceur et cruauté, 2° Humilité et orgueil, 3° Amour et haine.

1° Douceur et cruauté. — II était « doux et humble de cœur », il avait supporté avec une inaltérable patience toutes les oppositions, les persécutions, les grossièretés qui lui venaient de toutes parts. Dès qu'il fut arrêté par la cohorte aux ordres de Judas, il n'ouvrit pas la bouche pour se plaindre, il ne fit pas un geste d'impatience, il se laissa faire. Cette attitude, loin de toucher ou de décon­certer ses bourreaux, ne fit que les exaspérer, les exciter, et pousser à l'extrême leur brutalité. Il est garrotté, roué de coups, frappé comme une bête de somme.

On n'évoque pas sans frémir les scènes de la flagellation, du couronnement d'épines, du portement de croix, de l'arrachement de ses habits sur le Calvaire, de la cruci­fixion. Des animaux féroces attaquent leur proie, la tuent et la dévorent ; ils ne la torturent pas. Les bourreaux de Jésus ne se sont pas bornés à le tuer, ils ont pris plaisir auparavant à le faire souffrir.

O doux Sauveur, ils sont cruels pour vous les pécheurs, et vous demeurez pour eux plein de douceur. Je veux travailler à les convertir, afin de diminuer votre martyre.

2° Humilité et orgueil. — Puisqu'il est au fond de tout péché, l'orgueil est l'unique cause de la Passion où il apparaît infernal dans les auteurs du grand drame. Orgueil des pharisiens qui ne veulent pas avoir tort ; orgueil des prêtres qui s'érigent en juges du Prêtre éternel ; orgueil d'Hérode qui veut voir des signes et méprise l'adorable Jésus ; orgueil de Pilate qui ose condamner à mort le Maître de la vie. En face de ces forcenés, le Sauveur est humilié et humble d'impressionnante façon. Il est souffleté par un valet devant Caïphe ; il est conduit à un roi immonde et se tait en sa présence ; devant toute la foule il est mis sur le même pied qu'un infâme malfaiteur; on tourne en dérision sa royauté ; finalement condamné à mort, il est crucifié, supplice des esclaves, avec deux bandits. Peut-il descendre plus bas dans l'effondrement de tout ce qui est l'honneur, la dignité d'un homme ? Et il a ainsi voulu, pour expier nos orgueils fous.

O humble Maître, « rendez mon cœur semblable au vôtre». A vous voir si humilié j'ai honte de mon amour propre, de mes suffisances, de ma sottise. Je m'anéantis devant vous.

3° Amour et haine. — Parce qu'il est Dieu, « charité », il a apporté ici-bas l'amour infini. Puisqu'il est homme, il aime d'ineffable amour humain ceux qu'il venait sauver. Délicat, généreux,  bon, même pour ses ennemis, même pour Judas auquel il ne dit que ce mot : Mon ami !... Il n'a adressé au pauvre Pierre renégat qu'un regard doulou­reux. Sur la croix, il a promis le paradis au larron pénitent, il a prié pour ses bourreaux. Pour lui, loin de désarmer la haine, son amour la fait, monter. Plus se déroule la scène terrible, plus se multiplient les blasphèmes, les cris sau­vages, les malédictions ignobles. Ce mystère de la haine répondant à l'amour durera jusqu'à la fin des siècles ; il se multiplie par les communions sacrilèges : pourquoi me frappez-vous ? murmure au fond d'une âme qui en  est coupable,  le  doux Agneau  divin.  La haine  contre  amour, c'est, hélas  l'enfer éternel !

O bon Jésus, je veux vous aimer de tout mon cœur, en esprit de justice, en esprit de réparation ; je travaillerai à exciter en ceux qui m'entourent la foi de saint Jean : « Et nous, nous avons connu l'amour que Dieu a pour nous. » (1 Joan., 4, 16).

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 15:32

Faites ceci en mémoire de moi…                            

Au moment où Jésus a dit ces paroles créatrices du pouvoir de consacrer qu'il donnait à ses apôtres, il portait en son Cœur les prêtres et les communiants de tous les temps. Nous y étions, et ce jeudi-saint est le vrai jour anniversaire de notre invitation au Saint-Sacrifice de la Messe et à la Sainte-Table. La messe doit être le centre de notre vie. Rien ne nous aidera mieux à « ressusciter la grâce qui est en nous », que d'en méditer les trois actes essentiels : 1° L'oblation, 2° La consécration, 3° La communion.

L'oblation. — Quel en est le sens ? Remarquons, d'abord, son importance, puisque d'après la locution cou­rante : « offrir le saint Sacrifice », elle semblerait être principale dans le geste sacré. Et pourtant, on ne peut rien offrir à Dieu souverain maître de tout.

N'oublions pas que, s'il a créé, c'est pour l'homme, afin que, celui-ci, utilisant les créatures, par elles aille à leur Créateur, et qu'elles, à leur tour, aillent à leur Créateur par lui. Or, le péché l'arrête à elles, les arrête à lui. En les offrant, il les rapporte à leur Maître essentiel dont ainsi il reconnaît le domaine absolu. On peut donc dire que l'oblation est une sorte d'adoration initiale, un acte de haute justice.

De là il découle donc que la volonté de l'offrant doit être en harmonie parfaite avec Celui auquel il offre. A la messe, l'hostie offerte est Jésus, dans l'âme duquel sont toutes les âmes créées ; elles s'offrent par lui, il les offre avec lui. Prenons conscience de la parfaite pureté qu'exige de nous ce premier acte sacrificiel, en union avec le prêtre.

O mon Dieu, puisque je viens chaque matin à l'offer­toire reconnaître que tout est à vous, ma volonté ne doit pas être en désaccord avec la vôtre. Aussi, je vous dis du fond de l'âme : « Recevez Seigneur toute ma liberté. »

Consécration. — Offerte, et ainsi marquée d'un sceau distinctif, l'hostie sera consacrée. De la sorte sera

consommée l'adoration commencée par l'oblation. On ne peut, en effet, dépasser la mort dans la reconnaissance de la souveraineté divine. La victime qui exhale son dernier souffle dit à Dieu équivalemment : «Vous êtes, je ne suis pas. Vous avez seul le droit de vivre, je n'ai que celui de disparaître ». Sur la croix, le Christ a rendu témoignage total, absolu, du tout de son Père, du rien de son humanité à lui. Comme il, était « le premier né d'un grand nombre de frères » (Rom., 8, 29), l'humanité entière était en lui anéantie devant l'Eternel et lui ren­dait l'hommage définitif. Ce qui se continue à la messe, où Jésus est le même, et dans la même attitude intime, qu'au Calvaire.

O mon Dieu, faites que je ne l'oublie pas : le prêtre, à la sainte Messe, invite tous les fidèles à s'unir à lui et à Jésus souverain Prêtre. La ligne droite de ma vie intègre, et votre Providence, pourvoient à mon immo­lation en union à Jésus victime ; je ne m'y soustrairai pas.

Communion.  — Le péché a séparé l'homme de Dieu. L'oblation, la consécration ont pris le contre-pied de ce péché et comblé l'abîme qu'il avait creusé : « La jus­tice et la paix s'embrasseront» (Ps., 84, 11) ; rien ne s'op­pose plus au rapprochement, et voilà la floraison du sacri­fice : la communion, la « commune union ». Elle existait symbolique  dans  les  anciens  sacrifices  où  trois  parts étaient faites de la victime : l'une pour l'holocauste, l'autre pour le prêtre, la troisième pour l'offrant. Elle est réelle à la messe : Jésus réalise d'ineffable manière son vœu : « Moi en vous et vous en moi ».

La joie de nos aurores c'est notre communion de chaque matin, où dans un cœur à cœur réel nous prenons contact avec le divin Ami, pour aller de conserve au labeur quo­tidien.

O Jésus, je conclus facilement à la portée morale de ce troisième geste sacrificiel : « qui s'assemblent, se ressem­blent ». Pour « m'assembler » à vous, il faut que je vous ressemble. Je ferai tous nies efforts pour vous suivre : « Vous nous avez donné l’exemple pour que nous vous imitions. » (Joan., 13, 15).

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 18:39

    

Parce qu'il représentait l'humanité devant son Père, c'est devant celui-ci surtout que, durant sa passion, le Christ devait être humilié : « Il s'est humilie lui-même se faisant obéissant « (Phil., 2, 8), il en avait reçu l'ordre et il l'accomplit en sa vie entière, mais spécialement : 1° A Gethsémani, 2° Au Calvaire,

A Gethsémani. — Répondant de l'humanité, il paraît devant son Père, chargé de toutes les iniquités du monde. C'est sa première humiliation, lui « le Fils des complaisances », d'être comme « le péché » aux pieds du Dieu saint : « Lui qui ne connaissait pas le péché, il l'a fait devenir péché pour nous. » (2 Cor., 5, 21). Il sait le dégoût, la répulsion de son Père en présence des crimes humains, et de la chair et de l'esprit ; il les représente, bouc émissaire du peuple. Aussi, il est lui-même rempli, d'amertume.

Seconde humiliation, l'affolement, pour ainsi dire, de son intelligence. Le calice à boire est si douloureux qu'il en demande l'éloignement, mais apparemment sans savoir, « si c'est possible » ; il semble ignorer si c'est possible, lui, qui disait : « Mon Père et moi nous sommes un. »

Troisième humiliation, l'hésitation de sa volonté, il a peur des supplices, de la mort qu'il entrevoit, à ce point que, s'y résignant, il en sue du sang.

Quatrième humiliation, le silence de son Père en écho à sa triple supplication, « si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi ! » ; rien ne lui répond, et pourtant, naguère, il s'écriait heureux : « Père je savais bien que vous m'exau­cez toujours ! » (Joan., 11, 42). Tout est changé, il n'est plus maintenant qu'une pauvre victime qui va être immolée. Il se sent mourir, « mon âme est triste jusqu'à la mort ». Effondré devant son Père, ayant touché le fond de l'abîme, il avoue n'en plus pouvoir : «Mon cœur m'a­bandonne » (Ps., 39, 13).

O Jésus, tant humilié à Gethsémani, n'agonisez-vous pas dans bien des cœurs, en bien des tabernacles, ici et là dans l'abandon et le mépris. Je m'attendris sur vos dou­leurs et j'y veux compatir par un amour plus attentif, fidèle et généreux.

Au Calvaire. — C'est bien là l'extrême humiliation. Tout fait naufrage autour de lui ; les méchants triomphent, ils insultent à sa personnalité humaine, à son sacerdoce, à sa royauté, ils narguent sa divinité : « Si tu es le Fils de Dieu, descends maintenant de la croix. » Aurait-il pu donner plus -au salut des âmes, à la gloire de son Père ? Son consummatuni est affirmera que c'était impossible. Il semblait dès lors, qu'à ce moment du suprême sacrifice, le ciel eût dû lui sourire et l'encourager. Il n'en est rien. Que se passe-t-il d'effrayant en son âme ? C'est un mystère, ce dût être inexprimable. Tout à l'heure au Jardin des Oliviers il avait encore appelé Dieu, son Père, maintenant sur la croix il n'ose plus et de sa poitrine haletante sort ce cri poignant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ?» Il a comme la sensation que son Père l'abandonne, qu'il n'est plus son Fils, et il lui dit : mon Dieu !

O Jésus, l'indicible supplice, la formidable humiliation : être délaissé par Dieu ! C'est l'impression horrible du damné, qui, toute l'éternité, en est au désespoir. Vous n'avez pas désespéré, mais que vous avez souffert ! Qu'est-ce qui m'attend au moment de ma mort ? ? ?

Ayez pitié de moi, Sauveur adorable : « Soyez mon soutien, ne m'abandonnez pas ! » (Ps., 26, 9). Je vous le dis pour aujourd'hui, je vous le dis pour l'heure suprême.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 14:51

Jésus est venu sauver tous les hommes, pour tous il souffrira. Navrante est la prophétie d'Isaïe : « J'ai été seul à fouler au pressoir et parmi les peuples personne n'a été avec moi. » (Isaïe, 63, 3). Du monde entier personne n'est pour lui. Devant tous, par tous, il est humilié ; qu'il s'agisse des petits, des grands, des indifférents, des ennemis, des amis.

Les petits. — C'est le peuple, celui qui l'a acclamé i il y a quelques jours, celui 'qui fut par lui comblé de bien­faits, celui qui l'a vu inépuisablement bon, celui dont il i faisait partie,  puisqu'il  était  «ouvrier et fils d'ouvrier» (Matt., 13, 55). Le voici ce peuple, rassemblé devant le balcon où Pilate amène   Jésus et Barrabas, « qui était prisonnier avec les séditieux ses complices pour un meurtre qu'ils  avaient commis. »  (Marc.,   15,   7). Il  a  à  choisir : « Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ? » (Marc., 15, 9) et nous entendons, en frémissant, l'ignoble clameur : Enlevez-le, Crucifiez-le !   Le   pauvre   Jésus,   honteux   et tremblant   courbe  les   épaules sous les  vociférations  de son peuple.

Il a vu, tout au long des siècles, des foules subornées par leurs meneurs impies, le blasphémer, le poursuivre haineusement !

Les grands. — Lui, le Maître souverain, paraît au tribunal des hommes. Tous les empires viennent de lui, et Pilate le juge. Les prêtres sont consacrés en son nom, et les princes des prêtres le citent à leur barre, l'accusant, lui Dieu, de blasphème, d'insulte contre le Temple. Il est le Roi des anges, la pureté des vierges, et on l'amène pour subir ses moqueries devant le sanguinaire et incestueux Hérode.

Il a vu, tout au long des siècles, les législateurs sacrilèges, les puissants du monde persécuteurs, le mensonge, la calomnie essayer de le salir et de le vilipender en son Église, en ses prêtres, en ses religieux. « Or, Jésus se taisait. » (Matt., 26, 63). Comme il est humilié !

3° Les indifférents. — A Jérusalem, pour les fêtes de Pâques, on ne connaît plus le nombre des étrangers, tant il est grand. La plupart ont entendu des cris, peut-être vu passer le cortège qui accompagnait le condamné, nul n'a réagi ; spectacle comme un autre, personne ne s'at­tendrit ; les brutes qui conduisent la victime doivent forcer Simon de Cyrène à l'aider quelque temps à porter sa croix.

Il a vu, tout au long des siècles, la foule des baptisés, même de ceux qui ont fait leur communion solennelle et pour qui il n'est plus rien, à peine un souvenir, un nom ! ! !

4° Les ennemis. — Jusque-là il les avait tenus en respect, -sous la domination de la puissance qui émanait de lui ; nul n'avait osé le toucher ; quand ils voulaient le jeter en bas du rocher, il était passé tranquille au milieu d'eux. Maintenant, c'est l'heure des ténèbres ; il a comme abdiqué. Aussi, ils s'en donnent à cœur joie: insultes, railleries, coups terribles, crachats immondes, les plus bas fonds de l'enfer sont déchaînés et il sombre sous leurs débordements exaspérés.  

Humble, « semblable à l'agneau qu'on mène à la tuerie et à la brebis muette devant ceux qui la tondent. » (Isaïe, 53, 7). Il a vu, tout au long des siècles, les profanations sacrilèges, brutales...

5° Les amis. — C'est là le plus dur, car enfin : « Ce n'est pas un ennemi qui m'outrage ; je le supporterais. Mais toi, tu étais un autre moi-même, mon confident et mon ami. Nous vivions ensemble dans une douce intimité. » (Ps., 54, 13)... C'est Judas ! Admis durant trois ans à son intimité. Un autre ami, Pierre, le malheureux qui, parce qu'une fille de service a ri de lui, jure qu'il ne le connaît pas. D'autres amis, les apôtres qui, «l'abandon­nant, s'enfuient tous. » (Matt., 16, 56). Rien ne lui manque, il aura bien touché le fond de l'humiliation devant les hommes.

O Jésus, je suis de « vos amis » ; je dois, je veux, vous glorifier en moi, autour de moi ; vous défendre, vous consoler. Je ne le puis sans m'efforcer d'avoir un cœur humble et doux ; au vôtre adorable j'en demande ardem­ment la grâce.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 18:14

Jésus commença à être attristé et affligé…

Cette grande semaine gravite autour du Calvaire. Méditons-y la Passion. Antithèse du péché, comme celui-ci est orgueil, elle sera humiliation. Le Christ fut humilié par les forces aveugles, par les hommes, par son Père. : Arrêtons-nous 'aujourd'hui à la- première humiliation. Il y a : 1° Ce qui est hors du Christ, 2° Ce qui tient au Christ.

1° Ce qui est hors du Christ. — Au cours de sa pré­dication il s'était montré supérieur aux éléments, il les domptait. Nous l'avons vu sur le lac en tempête : « Il commanda aux vents et à la mer et il se fit un grand calme. » (Matt., 8, 26). Devant un figuier qui lui refuse des fruits, il le maudit et l'arbre dessèche.

A l'heure de sa Passion il ne domine plus rien, il est dominé par tout. Les coups que lui assènent les brutes qui l'arrêtent le meurtrissent, les cordes qui l'attachent ensanglantent ses bras, le bois de la croix lui est lourd, il chancelle sous son poids, les clous qui le fixent sur son gibet d'infamie lui brisent les os, lui froissent les nerfs.

Aveugles, les choses obéissent quand même à une volonté supérieure, mystérieuse, qui leur a imposé des lois, et dont elles sont les agents inconscients. Souvent elles nous brisent nous-mêmes et nous font souffrir. Nous ne sommes pas plus forts qu'elles. Du haut d'un rocher au pied duquel nous nous sommes assis, une pierre peut tomber et nous tuer. Tenons-nous petits devant les desseins de­ là Providence. Les éléments sont à son service. Utilisons les, défendons-nous parfois contre eux, inclinons-nous toujours devant l'impossible, en esprit de soumission à Dieu.

O Jésus, je ne puis, comme vous, calmer la tempête ; je puis comme vous accepter humblement d'être le plus faible devant elle. Je le veux bien par amour pour vous. Fatigues, maladies, épreuves physiques... Fiat !

2° Ce qui tient au Christ. — C'est son corps adorable» plus qu'aucun autre corps humain, « temple du Saint-Esprit (1 Cor., 6, 19). Or, Jésus avait été prophétisé comme « le Fort ». Il ne l'est plus. A Gethsémani il tremble, il chancelle, il pleure, il sue du sang, ses forces l'aban­donnent. Il est flagellé, sa chair part en lambeaux sous les coups des fouets qui le laissent tout déchiqueté. Il est couronné d'épines, son front en est transpercé, la douleur est affreuse. Tant il est frappé, bousculé, maltraité, qu'il réalise à la lettre le vermis et non homo il est comme un ver et non un homme, et se vérifie l'annonce : « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os. » (Ps., 21, 17).

Il a été annoncé comme « le plus beau des enfants des hommes », il est maintenant   hideux à voir : « Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête il n'y a plus rien de sain en lui. » (Isai, 1, 6). Son pauvre corps délicat n'est plus que « blessures, meurtrissures, plaies purulentes. » (Ibid.). Au moment où, avant de le crucifier, on lui enlève sa tunique, collée qu'elle était à ses plaies, on doit la lui arracher violemment,  et il ressemble à un écorché vif. Au milieu de ses tortures indicibles et innombrables, il se tient silencieux,  confus,  brisé et broyé   moralement autant que physiquement. Ainsi il expie les sensualités, les impudicités humaines, les jouissances brutales, l'or­gueil de la chair qui, au début de la création avait com­me dégoûté Dieu d'avoir fait l'homme, qu'il châtia par le déluge, par le feu du ciel, sans réussir à le corriger. O Jésus, le spectacle est poignant de vos humiliations par les forces aveugles. J'entends saint Bernard et je  le comprends : « Qu'il rougisse le chrétien d'être un membre délicat sous un chef couronné d'épines ». J'ai ma part à apporter d'immolations corporelles. Par votre grâce, et pour votre amour, je vous la donnerai.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 14:49

 Il est touchant le triomphe populaire du Sauveur entrant à Jérusalem, acclamé par la foule ; mais, sur la scène plane un douloureux mystère. Dans cinq jours, les mêmes lieux retentiront de cris de haine à la place des chants d'en­thousiasme. « Il vint chez lui et les siens ne l’ont pas reçu »; il y a : 1° Ceux qui ne reçoivent pas Jésus, 2° Ceux qui le reçoivent.

1° Ceux qui ne reçoivent pas Jésus. — Dans la foule acclamante s'étaient infiltrés des éléments sournois, méchants, intraitables. Les orgueilleux et les pervers que la prédication sublime du Maître avait flagellés dans leurs vices, les misérables hypocrites que sa haute et rayonnante personnalité avait condamnés, ne supportaient pas son triomphe et tâchaient en vain d'arrêter les hymnes glorificateurs.

Il en est toujours ainsi et dans les collectivités et dans l'intime des âmes.

Au milieu des nations le Christ s'est toujours heurté à des persécuteurs, suppôts de Satan qui, par leurs législations impies, leurs machinations obscures, proclament : « Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous ! » (Luc, 19, 14). Ils cherchent à détourner de lui les hommes, et s'atta­quent surtout, parce qu'ils sont les réserves de forces vives, les promesses de l'avenir, aux enfants, aux jeunes. L'histoire est trop vraie et douloureuse, nous l'avons trop vécue.

D'autre part, au-dedans d'un cœur, il n'y a pas que de bons mouvements ; de mauvais instincts le font s'in­surger contre les avances divines, résister à la grâce, ne pas recevoir Celui qui, pourtant, ne vient que pour paci­fier, grandir, enrichir.

Que notre zèle s'emploie à convaincre, si c'est possible, les intelligences de la primauté de l'évangile, à influer ainsi sur l'opinion, à empêcher le mal, à promouvoir le bien. Que notre foi s'attache à imprimer aux âmes un mouve­ment fidèle de confiance, de générosité, qui les empêche de se fermer aux effusions divines. Pour ceci comme pour cela, il va de soi que, en nous-mêmes nous ne mettons nul obstacle à l'invasion des effluves d'en-haut.

Mon Jésus, je vous demande pardon des heures sombres où je vous aurais mal reçu. Je vous entends dire : « Voici que je suis à la porte et que je frappe. » (Apos., 3, 20), je ne veux pas que vous frappiez inutilement.

2° Ceux qui le reçoivent. — Dans la foule font monter leurs Hosanna ! vers le ciel, les petits, les enfants, les humbles, les êtres au cœur droit, en lesquels on peut dire qu'il «n'y a pas de ruse.» (Joan., 1, 47). C'est normal. La lumière entre facilement quand les fenêtres sont ouvertes au grand large. La simplicité, la limpidité des sentiments réalisent cette ouverture. Une âme bonne appelle la Bonté, une âme aimante appelle l'Amour, et il y a de ces âmes. Jésus les connaît, il vient à elles, parce qu'en dépit des pharisiens modernes, elles le désirent. Et, se reproduit alors cette ineffable merveille : « Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Apoc, 3, 20). A coup sûr, c'est parmi nous que le Maître doit trouver de tels accueils, car plus que d'autres il désire les combler, plus que d'autres il désire être consolé des rebuts, des outrages, des grossièretés  dont ailleurs on l'abreuve.

Seigneur, que tout accès vous soit facilité en moi ! Vous disiez aux ennemis qui voulaient faire taire les accla­mations qui vous accueillaient : « S'ils se taisent, les pierres crieront. » (Luc., 19, 40). J'en suis sûr, en dépit des récla­mations des passions, des prétentions des méchants, les pierres des tombeaux crieront votre gloire et celle de vos fidèles serviteurs.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 12:28

En passant,  Jésus vit un aveugle de   naissance

La guérison de l'aveugle-né est l'un des miracles les plu touchants que fit Jésus. Il est rapporté avec un luxe et précision de détails prouvant assez l'importance que l'évangéliste lui accorde. Le Maître l'a souligné lui-même quand, répondant à la question : qui a péché ? il dit à ses apôtres : «Ni lui n'a péché, ni ses parents, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » 1° Nous sommes des aveugles-nés. 2° Demandons-notre guérison.

1° Nous sommes des aveugles-nés. — Du point de vue surnaturel, qui seul importe, il en est ainsi. Dieu a créé l'âme d'Adam dans la lumière, la vie était lumière.   Il l'entretenait en lui par la révélation primitive, par ses conversations familières du paradis terrestre.  Le courant lumineux fut interrompu par la chute. Celle-ci causa  la mort ; elle fit pénétrer les ténèbres de l'ignorance  dans le pauvre  déchu,  lequel  devenu  ainsi  aveugle,  ne   put transmettre à ses descendants ce qu'il ne possédait plus. L'aveuglement  de  l'humanité  est patent ;  nous   venons en ce monde sous un signe de malheur, « j'ai été conçu dans  l'iniquité»  (Ps.,   50,   7);   nous  faisons  des   efforts inouïs pour apprendre quelque chose, et beaucoup végètent en leur nescience. Les plus grands savants  eux-mêmes ne débordent guère le champ du créé, et, de  l'incréé, les notions qu'ils peuvent avoir naturellement, fussent-elles géniales, ne sont même pas une étincelle de la « lumière de vie ». Celle-ci, nul ne la possède, ni ne peut la posséder par lui-même ; le surnaturel est transcendant ; Dieu seul peut ouvrir nos yeux aux choses éternelles ; il l'a fait en envoyant son Fils, son Verbe, le Soleil de justice, sur cette pauvre terre. En Lui était la vie ; ayant semé à pleines mains cette clarté vivifiante, il a institué le bap­tême qui nous guérit, nous ouvre les yeux, nous redon­nant la possibilité de voir, et ainsi de vivre, par la foi ici-bas, par la gloire, plus tard, si nous sommes fidèles: « dans votre lumière nous verrons la lumière (Ps., 35, 10). Ici comme là, c'est la lumière, mais entrevue d'une façon bien différente.

Aveugles-nés, guéris par l'inoculation de la grâce, nous entrevoyons «dans un miroir d'une manière obscure » (1 Cor., 13, 12) ; nos yeux se forment pour le jour où, mourant dans la grâce, nous les ouvrirons au grand large sur la fulgurante vision : «Nous le verrons comme il est, face à face ». (1 Joan., S, 2).

Miséricordieux Jésus, je n'apprécie pas assez le bien­fait de la foi dont le baptême a déposé le germe en mes puissances. C'est le don initial, soutien et générateur de tous les autres. Faites que j'y corresponde généreu­sement.

2° Demandons notre guérison. — Nous sommes guéris par le baptême, nos yeux sont ouverts ; mais il est certain qu'un organe gravement atteint, et rendu à la santé, ne peut avoir ni la même vigueur, ni la même endurance que s'il fût demeuré intact et sain. Il a besoin d'être cons­tamment surveillé et soigné.

Ils sont faibles les yeux de notre âme, et pour en assu­rer le service, il faut nous adresser à Jésus, qui renou­vellera son geste ; il enduira de boue nos paupières ; il nous ordonnera d'aller les laver à la piscine de Siloë ; symboles d'une double exigence d'humilité et de docilité. Telle est la garantie d'une foi sereine et grandissante. On comprend que le Maître demande ceci et cela pour main­tenir et amplifier ses dons d'illumination intérieure. C'est une folie de la part d'une intelligence humaine que de vouloir se mesurer avec l'infini ; c'est un égarement insensé pour une volonté que de ne point s'anéantir devant l'Éternel. Au milieu des ergoteurs suffisants et pleins d'eux-mêmes qui l'entouraient et le poursuivaient, le Christ a lancé vers le ciel cette touchante et suggestive exclamation : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits. » (Matt., 11, 25)

O mon Jésus, je suis toujours et malgré tout un débile. Je veux me faire bien petit devant vous, très docile aux directives de votre Eglise. Ainsi je serai sûr que vous me fortifierez, et que vous me « révélerez » la vérité qui affranchit.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 14:50

Aux prises avec des ennemis de mauvaise foi, qui ne désarment pas,  le  Christ veut cependant les convertir, tout au moins les convaincre d'erreur, afin qu'ils ne fassent pas trop de mal autour d'eux. Dans la discussion rapportée par l'évangile d'aujourd'hui, il emploie un double argu­ment ;  1° Psychologique, 2° Objectif.

1° Argument psychologique. — Comme homme, il est l'envoyé du Père ;  comme Verbe, il procède de lui ; ce qu'il enseigne est donc de son Père. Comment s'en rendre compte :   Voici  le  moyen : « Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu il saura si ma doctrine est de Dieu ou si je parle  de  moi-même. »   (Joan.,   7,   17).   Commençons   par accomplir le devoir connu, ce que Dieu impose, et que l'on sait, au moins confusément. Parce qu'il y a affinité entre les convictions et la conduite, on sera sympathique à une doctrine dont on expérimentera la bienfaisance.

Au surplus, la bonne volonté de l'homme attire celle de Dieu. La bonté de la vie écartant les obstacles qui encom­brent la route de la foi, celle-ci, à son tour, réagira sur la pratique du devoir. L'âme est ainsi conduite à s'ouvrir largement à la lumière ; elle s'y donnera tout entière et en vivra.

Lorsque baisse notre esprit surnaturel, que nous nous constatons hésitants, que nous sommes sur la pente de l'imperfection, parce que dans, une atmosphère un peu trouble, réagissons par volonté, tenons à la ligne la plus généreuse, nous ne tarderons pas à voir plus clair, à nous sentir plus sûrs des principes, plus tonifiés par leur influence vitale.

Usons du même procédé à l'égard des chercheurs de la vérité. Conseillons-leur d'obéir d'abord aux injonctions de la foi, de veiller à la valeur morale de leur vie. Bientôt cesseront leurs indécisions, et s'ils sont sincères, ils adhé­reront pleinement à une croyance qu'ils sentiront divine parce que surélevant.

O Maître, votre enseignement est de Dieu, je vous demande instamment d'en maintenir la plénitude en mon esprit, avec toute s'a limpidité, sa clarté et sa puissance d'impression sur ma volonté. Que nies convictions soient fermes, que ma conduite s'harmonise avec elles.

2° Argument objectif. — Un autre critère de la valeur d'une doctrine, c'est la conduite de celui qui la préconise. « Celui qui parle de soi-même cherche sa propre gloire. » (Joan., 7, 18). Chercher un succès personnel par un ensei­gnement n'en élève pas l'origine. Jésus ne fait pas ainsi : «Il cherche la gloire de Celui qui l'a envoyé. » (Ibid., 19). Ce qu'il dit, il ne le dit pas de Lui-même, il n'est que l'écho de son Père de qui il vient, aussi sa parole est véridique, elle possède toute autorité. Ses ennemis s'en apercevront malgré eux ; ils diront un jour que personne n'a parlé comme lui, qu'il n'y a rien à faire contre l'impression que produisent ses discours.

Lorsque nous voulons convaincre un ignorant ou un ennemi de notre foi, toute notre force est dans notre fidélité à n'être que les transmetteurs de la vraie, de l'authentique, de la divine parole du Christ. Faisons connaître l'Évangile, c'est le grand moyen. Ce qui est humain, ce qui sent la recherche personnelle, ce qui relève du naturalisme, aboutit fatalement à un échec.

Un apôtre qui se prêche lui-même perd son  temps, perd les âmes. On récolte ce que l'on sème ; or, nous devons récolter du divin, semons donc du divin.  Avec cette décision positive,   nous   pouvons   marcher    avec confiance.

Seigneur, je suis, comme vous, entouré d'esprits plus ou moins prévenus ; je voudrais les gagner à la vérité. Cela m'est impossible si je ne suis pas le prédicateur de cette vérité, c'est-à-dire, de vous-même tout seul. Remplissez donc mes pensées, dirigez mes paroles, afin que, à l'instar de saint Paul, je puisse me rendre ce témoignage : «Je prêche Jésus crucifié(1 Cor., 1, 23).

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 01:21

Comment allez-vous ?

Quand on me demande comment ça va, j’ai pris l’habitude de répondre : Ça va selon le plan

La personne  me regarde, ne comprenant pas ce que je veux dire.  Alors je lui dis : Vous devez me demander qui a fait le plan.

Ainsi pour savoir ce que je veux dire; il me demande :

Qui a fait le plan ?

Je réponds : C’est le Bon Dieu qui a fait le plan

Et j’ajoute : Le soir quand je me couche c’est seulement à ce moment là que je découvre ce qu’Il avait prévu pour moi dans la journée qui s’achève… 

Merci mon bon ange et bonne nuit.   G.G.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 14:45

Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif…

Elle est magnifique la page qui nous raconte la conver­sion de la Samaritaine. Une méditation n'en saurait épuiser tous les enseignements. Le plus apparent, est celui d'une forme spéciale de l'apostolat du bon Maître. 1° Apostolat généreux, 2° Apostolat délicat, 3° Apostolat magnifique.

1° Apostolat généreux. — Théologien de la divinité du Christ, saint Jean ne manque jamais d'affirmer sa réalité humaine : « Fatigué du voyage. » (Joan., 4, 6) ; en Jésus comme en nous la marche produit la fatigue. Ce trait particulier résume et symbolise une immense réalité. Il s'est comme épuisé à la recherche de la brebis perdue. Quels itinéraires immolants il a parcourus, du ciel sur la terre, de la terre au sommet du calvaire. Là, il s'est arrêté parce qu'il ne pouvait aller plus loin : « Il n'y a pas de plu» grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Joan., 15, 13).

A l'instar de saint Paul, suivant l'exemple de notre Maître, nous devrions pouvoir dire, quand nous nous occupons de bonnes œuvres : « Je dépenserai et je me' dépenserai moi-même pour les âmes. » (2 Cor., 12, 15). La fatigue du Sauveur lui ménageait une belle conquête. C'est quand nous n'en pourrons plus, pour ainsi dire, quand nous aurons été au bout du don de nous-mêmes par l'humilité, l'austérité, que nous rencontrerons l'âme à sauver.

O mon Dieu, vous m'avez fait apôtre pour que je vous donne des âmes ; je n'y réussirai qu'à la condition de me donner à elles pour vous jusqu'à extinction de mes forces ; je veux qu'il en soit ainsi, et j'adopte comme programme le : « Je me sanctifie moi-même pour les sauver. » (Joan., 17, 19).

2° Apostolat délicat. — Le cas était difficile, l'âme à gagner bien particulière. Jésus l'aborde avec simplicité, par une demande toute naturelle. Il y a une confession ennuyeuse à obtenir ; il la provoque avec un tact parfait, et une fois qu'elle est faite, il n'insiste pas.

C'est cruel, et parfois malsain, de peser sur certains aveux.

La conversation rebondit sur un plan qui change tota­lement et rapidement l'horizon. L'entretien, l'attitude ont une telle tenue que nul ne s'en scandalise : « Les disciples arrivèrent et ils s'étonnèrent de le voir parler avec une femme. Mais aucun ne dit: Que demandez-vous ! Pour­quoi parlez-vous avec elle ? » (Joan., 4, 27).

Certains apostolats peuvent être fort compromettants, et, au fait, ruineux pour l'apostolat lui-même, s'ils ne sont pas accomplis avec discrétion et prudence. En face de tels ou tels êtres, habituellement séducteurs, on ne saurait prendre trop de précautions, avoir une attitude trop grave et distante. On n'est pas moins bon, moins dévoué parce qu'on craint de glisser sur la pente du naturalisme, et de créer de l'étonnement, sinon du scandale.

O mon Jésus, gardez-moi parmi ceux dont il est dit : « Heureux ceux qui sont irréprochables dans leurs voies. » (Ps., 118, 1). Toucher des plaies purulentes et n'en être point infecté n'est pas aisé. Mais j'ai confiance en votre secours. Je me mets à l'abri sous votre égide.

3° Apostolat magnifique. — Étonnante la transforma­tion des idées en ce pauvre être déchu et flétri. D'un coup le Maître dévoile à cette pécheresse les splendeurs de l'ado­ration « en esprit et en vérité », la sublime mystique de la « Source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. » (Joan., 4, 14). Et elle s'y intéresse, elle s'y passionne : «Donnez-moi de cette eau » et elle devient apôtre : « Venez et voyez cet homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait ne serait-il pas le Christ ? » (Ibid., 29). Elle réussit si bien, que ceux qu'elle, a conquis la dépassent : « Ce n'est plus à cause de ce que vous nous avez dit que nous croyons : car nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est vrai­ment le Sauveur du monde. » (Ibid., 42). Quand on a donné à une âme la vérité pure, sans alliage, on en fait un foyer rayonnant ; elle a besoin, à son tour, de répandre sa lumière et d'attirer à sa clarté tous ceux qu'elle peut atteindre.

O Jésus, on récolte ce qu'on a semé ; aidez-moi à ne jeter que du surnaturel, de la foi, de la charité divine dans le champ que vous m'avez confié, afin que n'y germe que de la vie.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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