Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 05:34

«B»  L'action directe des parents dépend de l'Age des enfants

 

(1) — Dans le premier âge, c’est à l'instinct seul qu'il faut s'adresser.

 

Les mauvaises   habitudes  étouffent la conscience morale.

 

Comment développer dès la petite enfance le ger­me de la conscience morale chez l'enfant ?

Le premier soin des parents doit être de ne pas laisser étouffer cette semence du bien par les mau­vaises habitudes qui développent et fixent les ins­tincts mauvais, et parallèlement, de développer l'instinct du bien par la formation des bonnes ha­bitudes.

 

L'âme de l'enfant est comme un champ fertile où pousse et croît tout ce qui se trouve, le bon et le mauvais grain. Le cultivateur a soin de favoriser la croissance du bon grain. Les parents doivent «cul­tiver» la conscience de leurs enfants.

 

Les bonnes habitudes précisent  et développent la conscience.

 

Il ne faut pas permettre à l'enfant, même quand il est tout petit, d'être exigeant, volontaire; de crier dès qu'on ne satisfait pas ses désirs capricieux, il suffit pour cela de ne pas céder à ses désirs quand ils commencent à se manifester capricieusement. Il faut avoir la patience de supporter parfois les cris d'un bébé. — Les cris qui ne proviennent pas d'une douleur physique, bien entendu, d'un malaise, d'un mauvais état de santé. Il faut toujours s'assurer de leur cause. Il s'agit des cris que lui fait pousser un mécontentement capricieux. On évite ainsi d'autres cris, et les colères qui ne manquent pas de se manifester chez les enfants «gâtés». On évite de le ren­dre impérieux, tyrannique.

 

Chacun peut expérimenter que le petit enfant, le bébé, peut être heureux et souriant (je parle du bébé bien portant) agréable à tous — aussi bien que mé­content «grincheux», exigeant, insupportable, selon les habitudes qu'on lui a fait prendre. Un bébé ha­bitué à n'être pas toujours porté gazouille, heureux dans son berceau; il y joue avec un hochet... ou avec ses pieds, et tend les bras à sa maman, riant de bonheur, quand elle se penche sur lui pour le pren­dre dans ses bras. Le bébé qu'on a habitué à être porté presque constamment ne songe qu'à crier pour qu'on le prenne dès que sa mère est obligée de le poser dans son berceau; il n'y est pas heureux; il n'y joue pas. Et quand on vient le prendre... pour ne plus l'entendre, c'est avec peine que sa colère s'apaise; il reste mécontent dans des bras lassés de le porter et dont il ne sent pas la douceur.

 

En lui laissant prendre de mauvaises habitudes, c'est-à-dire eu lui permettant de reproduire un ca­price, une exigence, un acte d'entêtement, on n'a pas fait autre chose que de laisser croître en lui ses mauvais instincts, ceux qui le portent vers la satis­faction de ses désirs, de ses passions naissantes, de son amour-propre. En lui faisant prendre des habi­tudes bonnes, au contraire, on a fait appel à son instinct du bien, on a commencé à former sa cons­cience.

 

Le même enfant peut se montrer entêté, « mauvaise tête », ou obéissant et docile suivant les personnes dont il dépend.

 

Chacun peut constater mieux encore: considérons l'enfant un peu plus grand, un enfant déjà «gâté» par certaines personnes. Nous le voyons insuppor­table quand il dépend de celles-là docile et char­mant quand il est sous la dépendance de personnes qui l'aiment sans le gâter.

 

C'est que, vis-à-vis des premières il se sent livré à lui-même. Instinctivement, suivant le penchant qui le porte à se satisfaire lui-même, suivant son amour-propre rapidement développé au régime des «en­fants gâtés», il use et abuse, il profite de la faiblesse de ses parents. Mais il n'en n'est pas plus heureux. Il a besoin des grandes personnes. En lui réside aussi l'instinct qui le porte à aimer ceux qu'il ad­mire; ceux qui lui apparaissent supérieurs à lui, plus grands que lui et un peu redoutables. C'est à ce titre qu'on dit justement: l'enfant n'aime vrai­ment que ceux qu'il craint. Oui, qu'il craint, mais qui lui inspirent confiance absolue, respect, admira­tion. Or l'enfant ne peut plus voir des êtres supé­rieurs en des parents qui loin de manifester une au­torité, de faire connaître leur volonté, provoquent les caprices de l'enfant pour le plaisir de les satis­faire, en lui demandant: «Veux-tu faire ceci ?... Aimes-tu cela?» et se livrent ainsi eux-mêmes à son autorité déraisonnable, bientôt despotique. L'enfant ne les admire plus; il perd confiance en eux; il les aime moins; car, obscurément, il leur en veut de lui «manquer», de l'abandonner à sa faiblesse.

 

C'est pourquoi, il est heureux de se retrouver en présence d'êtres forts qui l'aiment en le dominant, qui lui en imposent, et devant lesquels il renonce d'autant plus à ses entêtements, à ses caprices qu'il s'y livre davantage avec ceux qui le gâtent.

 

Une petite fille de deux ans pousse des cris qui émeuvent les voisins quand sa maman lui fait pren­dre un bain, le matin. La maman absente, le bain est donné par une personne de la famille, plus âgée que la jeune maman inexpérimentée. La petite fille s'y prête avec complaisance, s'amuse dans l'eau, attend patiemment qu'on la retire. Elle ne pousse pas un cri — si bien que les voisins demandent bientôt des nouvelles de la petite fille qui est partie avec sa maman.

 

L'enfant avait retrouvé l'application normale de la tendance qui pousse les êtres jeunes, les «petits» à se conformer aux désirs des grandes personnes quand elles leur apparaissent vraiment «grandes», fortes, supérieures à eux. Elle était contente d'obéir. Une expérience de ce genre, expérience qui nous fait connaître le même enfant si différent de lui-même suivant ses éducateurs, nous montre qu'il ne s'agit pas seulement, dans sa manière d'être, dans son caractère, de sa nature propre, mais bien de l'éducation qu'il reçoit, des habitudes que l'éduca­tion forme en lui. L'enfant est capricieux, facile­ment mécontent, irritable, insupportable aux autres quand on ne lui demande pas de se dominer, de se supporter lui-même. Il n'en est pas plus heureux. C'est donc son bonheur en même temps que son bien que l'on prépare en ne laissant pas se dévelop­per son égoïsme naturel, en s'attachant à lui don­ner de bonnes habitudes.

 

L'enfant doit être suivi dans le développement de son  âme.

 

Les parents doivent suivre le développement de la petite âme de leur enfant comme ils suivent le déve­loppement de son corps. Comme ils connaissent bien vite le genre de maladie auquel il est le plus sujet, ils doivent connaître le penchant où se cana­lisent ses mauvais instincts. S'ils le connaissent, de même qu'ils s'efforcent d'éviter la maladie en la prévenant par des soins appropriés, ils peuvent aus­si retenir la manifestation d'un penchant mauvais, et par suite l'empêcher de se développer.

 

L'enfant, par exemple, comme nous l'avons vu, est facilement enclin à la colère. Il se montre sou­vent, tout jeune, exigeant, volontaire, irritable. Il se roule par terre, parfois, plutôt que d'avancer si cela ne lui plaît pas. Les désirs des autres lui importent peu. Son amour-propre se développe trop aux dépends des sentiments généreux et désintéressés. Plus tard, si l'on n'y veille, il ne supportera pas d'être contrarié, et, pour ne pas l'être, il ne se fera pas faute de contrarier les autres: il deviendra un petit despote. Prévenez sa colère. Si vous la laissez se for­mer, il n'y a plus qu'à la laisser passer. C'est un orage dont vous n'avez plus qu'à éviter, autant que possible, les manifestations dangereuses. Mais une colère naissante est facile à dissiper. Le petite enfant est aisément «détendu» par une distraction opportune, un jeu qui l'amuse. Une gronderie affec­tueuse, tendre, l'émeut et le fait pleurer, c'est la pluie, l'orage est passé. Plus tard, quand l'intelli­gence de l'enfant est déjà développée et qu'il comprend la «laideur» d'un accès de colère, si un re­proche maladroit, un mot dur exaspère une colère naissante et la précipite, une plaisanterie affectueu­se et appropriée fait rire l'enfant de lui-même. La colère qui commençait à bouillonner s'affaisse, «tombe», comme «tombe» sous un souffle léger, le lait qui monte et va déborder.

 

La volonté des enfants doit être orientée non détruite.

 

Les enfants qui s'affirment ainsi seront plus tard des hommes... ou des femmes — d'énergie, de volonté — des «chefs». C'est aux éducateurs de veiller à ce qu'ils soient «des hommes de bonne volonté», de bons «meneurs» — en réprimant les manifesta­tions mauvaises de leur énergie sans entraver les autres.

 

Les favoriser, au contraire, les orienter vers le bien est un moyen de conserver une qualité précieu­se, tout en la détournant de ses applications au mal. Voici un enfant plus grand — six ou sept ans — jeune garçon «forte tête» qui cherche à soustraire à votre obéissance ses frères ou sœurs, à la maison; ses petits camarades, à l'école. Parents ou maîtres, confiez-les vous-mêmes à ses soins pour quelque en­treprise intéressante. Heureux, fier de votre con­fiance, il leur conseillera immédiatement l'obéissan­ce et leur en donnera désormais un constant exem­ple. Votre confiance «l'oblige» par ce qu'il ne veut pas être inférieur à qui la mérite; parce qu'il juge à ce moment qu'il doit être l'enfant raisonnable et de bonne volonté qu'elle suppose; par ce qu'elle lui donne le sentiment de sa responsabilité. Parce qu'elle s'adresse à sa conscience et que, sans y réfléchir encore, mais tout spontanément, il reconnaît la no­blesse de la conscience: «Noblesse oblige».

 

Le sens de la personnalité est une puissante « sauvegarde ». Il doit être développé chez les enfants trop « passifs ».

 

On comprend combien ce sentiment de fierté qui se rapporte non à des avantages physiques ni mê­me intellectuels, mais à sa qualité d'être moral, à sa petite personnalité d'être humain, combien ce sen­timent chez un enfant offre aux parents de ressour­ces pour l'éducation de sa conscience et quelle «sauvegarde» il est dans la vie.

 

Aussi est-il essentiel de le développer chez les en­fants qui, à l'inverse des premiers, n'opposent ja­mais leur petite personnalité à celle des autres, ne leur résistent jamais, acceptent passivement tout ce qu'ils leur imposent; qui sont avec tous d'une ex­trême timidité. Ceux-ci ne sont pas des volontaires. Ce sont généralement des enfants d'une excessive sensibilité qui se replient en eux-mêmes parce qu'ils redoutent par-dessus tout une «bourrade», un re­proche, un contact douloureux avec ceux qui les en­tourent. Aussi sont-ils d'une extrême réserve, d'une particulière timidité avec ceux qu'ils aiment le plus et dont le plus léger «froissement» les meurtrira.

 

Parents, si vous avez un enfant silencieux, par­fois «boudeur», un peu triste, ne vous manifestant pas son affection joyeusement  avec une exubérante confiance, comme ses frères et sœurs, ne pensez pas qu'il est indifférent, qu'il ne vous aime pas. Efforcez-vous de lui donner confiance en lui. Faites-lui dé­couvrir ses qualités en les reconnaissant vous-mê­mes et en les lui affirmant. Faites-lui sentir qu'il est comme les autres, un petit être, une petite per­sonne créée pour développer ses qualités, pour se développer elle-même, pour devenir un homme ou une femme de bien. Efforcez-vous d'accroître en lui le sentiment de sa personnalité.  

 

(A suivre)

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

Repost 0
18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 09:09

FORMATION   DE LA  CONSCIENCE PAR L'EDUCATION

 

«A»  Conditions générales de l'éducation de la conscience

 

Les parents doivent penser à la conscience morale de leurs enfants.

 

Comment les parents peuvent-ils « soigner » la conscience morale de leurs enfants ?  Les moyens sont différents suivant l'âge de l'enfant. Mais tou­jours, pour tout âge, deux conditions sont nécessai­res: il faut d'abord que les parents en aient souci, qu'ils sachent que, en leur enfant, leur est confiée une semence du bien et que c'est à eux de la faire germer, croître et s'épanouir.

 

L'imitation est une loi naturelle qui doit servir à une bonne éducation de la conscience.

 

Il faut aussi que les parents n'oublient jamais cette vérité générale: ils sont pour leurs enfants le premier modèle à imiter. Et l'imitation est une loi naturelle, une loi nécessaire que le créateur a éta­blie pour permettre aux hommes de se comprendre et de s'aider les uns les autres; pour permettre aux enfants de s'instruire et de se former au contact de leurs parents.

 

C'est par imitation que l'enfant apprend à mar­cher, qu'il apprend à parler — à exprimer par des paroles ses sentiments et ses idées — l'enfant qui ne verrait pas marcher autour de lui ne saurait pas plus marcher que le sourd de naissance, qui n'entend pas les mots prononcés autour de lui, ne sait parler.

 

Les sourds-muets, en effet, ne sont muets que parce qu'ils n'ont jamais connu la parole humaine. Si l'on remplace pour eux les sons qu'ils n'enten­dent pas par la vue de l'articulation des lèvres quand on leur parle, ils restent sourds, mais ils ne sont plus muets. Ils sont même en général d'autant plus bavards qu'ils ne s'entendent pas parler.

 

L'enfant aime à répéter ce qu'il a imité une première fois.

 

Lorsque l'enfant a reproduit un mot, un geste, un acte imité de ses parents, il y tient d'autant plus que cet acte lui appartient, désormais; qu'il est de­venu sa propriété — une propriété dont il est tout fier quand elle est récente. Qui n'a remarqué la sa­tisfaction avec laquelle l'enfant répète à satiété un mot, un geste, qu'il n'a pas l'habitude d'entendre et de voir et qui aura échappé à l'impatience de son père ou de sa mère, à quelque personne de son en­tourage. Parents, en ce cas, ne grondez pas votre enfant, ne le punissez d'aucune manière: cela ne manquerait pas de fixer dans sa mémoire ce que précisément vous voudriez en enlever. Il suffit que ce mot, ce geste, cet acte ne se reproduise pas. Peu à peu, il l'oubliera de lui-même, à mesure que sa jeune imagination s'appliquera à reproduire d'autres mots, d'autres gestes, d'autres actes.

 

On imite surtout les personnes  qu'on admire.

 

L'imitation devient plus ou moins intentionnelle et volontaire parce qu'elle donne un plaisir, le plaisir que procure la satisfaction d'une tendance natu­relle; mais elle est avant tout une loi générale, un instinct apporté à la naissance. Elle s'exerce parti­culièrement chez les êtres jeunes qui ont une vive imagination.

 

L'imitation des autres, en effet, exige qu'on se les représente, qu'on les «imagine» pour les reproduire en soi. Elle suppose qu'on a pour eux un attrait, une naturelle inclination. Aussi imite-t-on d'autant plus qu'on aime davantage. On imite surtout les per­sonnes qu'on aime avec respect, avec vénération — les personnes qu'on admire — qui vous apparais­sent comme supérieures à vous — qu'on voit au-dessus de soi.

 

Nous retrouvons là encore une forme de cet ins­tinct divin qui pousse l'être humain à se développer dans le sens du bien, qui lui donne Je désir de se perfectionner.

 

Les enfants voient dans les « grandes personnes» ce qu'ils devront être quand ils seront grands.

 

Combien donc sont essentiels, pour la formation de la conscience des enfants, les exemples que les parents leur donnent à imiter! Les parents, ces «grandes personnes» dont ils dépendent, qui leur apparaissent comme « grandes » à tous points de vue, car ils ne discernent pas d'abord le point de vue physique et le point de vue moral. Ces «gran­des personnes» qu'ils aiment, qu'ils admirent, qui leur apparaissent comme l'achèvement, comme la perfection de leur petit être; en qui ils voient ce qu'ils seront, ce qu'ils devront être quand ils seront grands!

 

Si  les parents agissent et parlent devant eux au nom d'une conscience morale sûre d'elle-même, s'ils ont une conscience qui s'affirme nettement dans leurs actes et dans leurs paroles, la conscience de l'enfant se développera nécessairement au contact de la leur. Si au contraire les parents témoignent de plus ou moins d'insouciance du bien ou du mal, la conscience de l'enfant s'émoussera. Si les parents vont jusqu'à donner à l'enfant l'exemple du mal, sa conscience risque fort d'être pervertie.

 

La conscience de l'enfant est émoussée, troublée ou pervertie par le spectacle du mal accompli par ses parents.

 

Puisque l'enfant imite tout ce qui vient de ses pa­rents, et trouve une action d'autant plus belle qu'il l'a imitée, adoptée, faite sienne, les parents doivent s'abstenir devant lui de tout acte répréhensible. S'il ne réfléchit pas encore, sa conscience est émoussée par le spectacle du mal; voit-il ses parents se que­reller, les entend-il parler durement à des employés, à des domestiques, il s'habitue à trouver normales ces marques d'animosité, ces duretés; et lui-même ne manquera pas, plus tard, d'être querelleur et dur. Dès que l'enfant réfléchit et qu'il se demande s'il faut imiter ses parents qu'il aime, ou se conformer au bien qu'il a appris d'autre part à connaître — à con­naître par eux même et par ceux qui l'ont peu à peu entouré — sa conscience est troublée s'il leur voit accomplir quelque acte mauvais. Il a appris qu'il faut être strictement honnête, que la probité n'a pas de degrés, puisqu'elle n'est que l'observation de la justice — que pensera-t-il s'il voit ses parents consentir à quelque fraude soi-disant «légère» ?  Il sait qu'être honnête c'est observer strictement la justice envers qui que ce soit — Que pensera-t-il s'il voit ses parents se permettre de commettre une injustice sous prétexte qu'elle avantage un des leurs? La conscience de l'enfant est troublée d'a­bord, ensuite, elle se pervertit.

 

Les parents doivent respecter la conscience de leurs enfants.

 

L'exemple, le bon exemple à imiter, telle est donc la grande condition du développement de la conscience de leurs enfants pour tous parents qui ont souci d'en faire des gens de bien.

 

Ces conditions générales concernent la tenue mo­rale des parents; il s'agit là surtout de leur attitude devant leurs enfants.

 

Nous verrons, dans la suite comment les parents peuvent contribuer à la formation de la conscience morale de leurs enfants dans leur action directe envers eux.  

 

(A suivre)

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

 

Repost 0
17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 19:49

MANIFESTATION DE  LA  CONSCIENCE AUX DIFFÉRENTS AGES DE L'ENFANT.

 

La conscience est d'abord un instinct divin.

 

Ce pouvoir que Dieu donne à l'homme de juger du bien et du mal — la conscience morale, avant de se manifester par un jugement, existe chez l'en­fant à titre de sentiment; avant même, chez le petit enfant, elle est, à titre d'instinct. Elle se manifeste comme une étincelle de la raison divine.

 

Le premier éveil de la conscience.

 

Le tout petit, avant même de savoir parler, suit sur le visage de sa mère l'expression de la satisfac­tion ou du mécontentement, et sa petite figure se contracte, ses pleurs, bien vite, se mettent à couler s'il voit sa maman «fâchée». Un sourire d'elle suffit pour ramener la sérénité et le sourire sur son propre visage. — Un peu plus tard, dès qu'il com­prend non plus seulement les expressions du visage mais les paroles qu'on lui adresse, il est malheureux, et pleure si on lui dit qu'il est « vilain » ; tout joyeux et riant si on lui affirme qu'il est « mignon ». Aucune autre punition; aucune autre récompense. Seulement lui importe d'être « d'accord » avec sa maman, de n'en être pas séparé par quelque chose qui ne vient pas d'elle, d'être comme elle, avec elle. Il y a là une sorte de comparaison toute spontanée entre elle et lui. Et sa maman est la personne qui incarne pour lui tout bien et tout mal. Se comparer à elle, vouloir être semblable à elle, l'imiter, c'est pour lui avoir la vague notion d'un idéal et sentir qu'il faut s'y conformer; c'est avoir r'instinct d'un idéal à réaliser.

 

A mesure que l'enfant grandit et 'qu'il achève de se détacher de sa mère, il imite non seulement la maman mais le papa. Bien faire, c'est pour lui faire comme ses parents. C'est faire ce qu'ils font... quand c'est possible. Mais il comprend vite que ce n'est pas toujours possible. Alors, bien faire, c'est faire ce qu'ils veulent. L'obéissance est pour l'enfant la première   manifestation   voulue   de   la   conscience morale.

 

L'enfant agit par sentiment   moral.

 

D'autre part, dès qu'il a conscience d'agir par lui-même, l'enfant veut être « gentil » ; il a souci de sa beauté morale comme de sa beauté physique. Le sentiment s'est développé: l'enfant agit alors pour plaire à ses parents.

 

L'aîné a à cœur d'aider la maman auprès des plus jeunes. L'enfant qui a un petit frère ou une petite sœur se croit « grand » et, à ce titre, il accepte de sacrifier ses jeux pour s'occuper du « petit » ; il s'y oblige lui-même avec plaisir. Un enfant, à tout âge, se croit obligé de consoler ses parents dans la peine; de les aider s'il les voit occupés à quelque travail pénible. L'enfant agit pour plaire à ses parents; mais, leur plaire, c'est pour lui bien faire. Il y a donc là manifestation du sentiment moral.

 

L'enfant   agit  par devoir.

 

Quand la raison est formée, elle domine l'instinct et le sentiment; elle les dirige, et nous voyons l'en­fant agir non plus seulement par instinct, non plus même pour obéir à ses parents et leur faire plaisir, mais par sens du devoir.

 

Un jeune garçon d'une douzaine d'années auquel on faisait force compliments de son travail et de ses succès au lycée s'en montrait fort agacé. Comme on lui demandait la raison de son «humeur», il répondit que ces compliments l'agaçaient parce qu'ils n'étaient pas justes. Il travaillait en classe par­ce que c'était son devoir professionnel d'y travailler, et rien de plus. Chacun avait son devoir profes­sionnel et l'accomplissait sans que personne son­geât à l'en féliciter. On n'avait donc pas à lui adres­ser sans cesse des compliments.

 

Chez cet enfant, le sens du devoir était formé; l'idée d'une obligation morale était désormais pour lui consciente et réfléchie.

 

Ainsi, nous voyons la conscience s'éveiller sous forme d'instinct dès la première enfance; se préci­ser avec le développement de l'intelligence et du cœur: devenir acceptation de l'obéissance aux pa­rents, sentiment moral, sens du devoir — c'est-à-dire reconnaissance d'une obligation morale à la­quelle l'homme doit se soumettre.

Certes, l'enfant, assujetti au péché originel, ap­porte en naissant des instincts mauvais, des tendan­ces à mal faire. Mais, en l'être humain qui vient au monde est aussi l'instinct du bien — instinct qui se transforme à la lumière de la raison grandissante, et bientôt parle en lui comme un juge du bien et du mal. C'est la conscience. Elle lui dit: «tu es libre de mal faire, mais tu dois bien faire parce que Dieu t'a doué de raison et de volonté, non pour le mal mais pour le bien ».

 

Cette transformation, c'est l'éducation qui l'opère. Ce sont les parents — tout d'abord et essentielle­ment — qui permettent l'éclosion puis l'épanouis­sement de la conscience morale en leurs enfants.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

Repost 0
17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 02:10

LA   CONSCIENCE   MORALE CE  QU'ELLE EST.

La conscience est un juge que nous  portons  en  nous.

 

Il s'agit ici de la conscience morale. La conscience morale est le pouvoir que Dieu nous a donné de juger du bien et du mal — jugement accompagné du sentiment que nous devons faire le bien ; que nous devons ne pas faire le mal.

 

Nous connaissons notre conscience par les jugements que nous portons sur nos actes et sur ceux des autres, et par les sentiments que leurs actions et nos propres actions nous inspirent.

 

Si nous regardons en nous, si nous observons notre vie intérieure — la vie de notre âme, nous voyons que nous avons la connaissance immédiate de ce qui s'y passe, de ce que nous pensons, de ce que nous sentons, de ce que nous voulons.

 

Quand il s'agit de ce que nous voulons, s'il est question d'accomplir des actes qui ont une impor­tance d'ordre moral, c'est-à-dire qui concernent notre vie intérieure — la vie de notre âme, nous jugeons immédiatement: c'est bien — ou: c'est mal; je dois le faire — ou: je ne dois pas le faire.

 

De même quand nous sommes témoins de certains actes accomplis par d'autres, d'actes qui se rapportent non pas à leur vie matérielle mais à leur vie morale, nous jugeons: il a bien agit — ou: il a mal agit.

 

La conscience morale est une voix divine.

 

La conscience morale parle en nous; avant d'agir, nous jugeons l'action bonne ou mauvaise; c'est-à-dire qu'elle nous apparaît comme nous faisant réa­liser la volonté divine ou comme nous en détour­nant; comme notre propre bien ou notre propre mal: elle nous apparaît immédiatement comme de­vant être accomplie par nous, ou comme devant ne pas être accomplie.

 

C'est dire que nous sentons, que nous savons — d'une connaissance qui n'est pas acquise, d'une science que chacun de nous possède immédiate­ment, nous savons que nous ne pouvons pas agir n'importe comment, au gré de nos désirs ou de nos besoins, comme des animaux, comme un chat qui étrangle un oiseau pour le manger, sans remords. C'est dire que nous nous connaissons comme des êtres soumis à une obligation morale, à une loi divine qui nous instruit par la voix de la conscience.

 

C'est ainsi que notre conscience juge aussi les autres, nos semblables, des êtres humains comme nous. Elle les juge comme elle nous juge: elle affir­me en nous: cet homme a bien fait de venir en aide à son prochain; cet autre a mal fait de causer du tort à son associé ? Elle les juge ainsi suivant qu'ils se sont ou non conformés à la loi morale, comme elle nous crie: «Tu as bien ou tu as mal fait ».

 

L'accomplissement du  bien peut seul nous donner la  satisfaction  intérieure.

 

C'est parce qu'il est dans notre destination, dans la volonté de Dieu sur nous que nous nous soumet­tions à l'obligation morale, c'est parce que nous devons faire le bien et ne pas faire le mal, c'est parce que ce bien est notre bien, ce mal est notre mal, que nous éprouvons une satisfaction, une joie si intime quand nous avons bien agi; un regret si pénible, un remords douloureux quand nous ne nous sommes pas soumis à la loi morale que Dieu impose à tout être humain.

 

C'est pourquoi de même nous éprouvons pour les autres un sentiment de mépris ou d'admiration sui­vant qu'ils ont agi contrairement ou conformément à la loi morale.

 

« L’homme est comme un Dieu tombé qui  se souvient des cieux ».

 

L'homme est un être perverti par le péché origi­nel; mais Dieu l'a primitivement créé bon et heu­reux. C'est pourquoi, en face des mauvais instincts qu'il apporte en naissant, se dresse en lui la conscience morale, juge du bien et du mal, « la voix céleste» qui parle en lui, lui rappelle son origine, et lui permet, s'il ne se refuse pas à l'entendre, de choisir le bien, qui est son bien, celui pour lequel Dieu l'a créé, et de reconquérir sa divine destinée.

 

La conscience  n'est d'abord qu'une  tendance, une force tendant à se développer.

 

Voilà la conscience telle que nous pouvons la découvrir en nous. Sous cette forme achevée, elle suppose l'usage de la raison et de la volonté. Elle ne peut donc exister telle quelle chez le petit enfant. Mais si elle n'était en lui comme une force tendant à se développer, si elle ne venait de Dieu, rien d'humain ne pourrait la créer.

 

Dans la suite, nous allons d'ailleurs la voir se révéler dès la petite enfance, et ensuite, se manifester aux diffé­rents âges de l'enfant sous des formes diverses.

 

Nous verrons aussi comment c'est l'éducation qui la développe et lui permet de s'épanouir chez les enfants devenus grands et en pleine possession de leur raison et de leur volonté.

 

Nous conclurons sur la valeur de la conscience.  (A Suivre)

 

   Voici la table des matières qui sera répartie en 7 présentations

     I. — La conscience morale. Ce qu'elle est  ....      

     II. — Manifestation de la conscience aux dif­férents   âges   de   l'enfant   ................      

     III. — Formation  de  la  conscience  par l'édu­cation.

     A. Conditions générales de l'éducation de la conscience  ..................    

     B. L'action directe des parents dépend de l'âge  des  enfants   ..............    

     IV. Valeur de la conscience morale   ..........    

       Imprimerie Spéciale des Editions Familiales de France. — Paris.

                                   

 

Extrait de : L’ÉVEIL de la CONSCIENCE.  Mme Laure Lefay-Alaux  (1939)

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

Repost 0
15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 05:17

Seigneur Jésus, faite en sorte que le retour de S.S. Paul VI, votre représentant visible sur la terre, soit comme la goutte de sang qui jaillit de votre cœur sacré transpercé par le centurion après votre mort.

 

Que cette goûte de lumière transforme les cœurs des évêques, des prêtres et des fidèles afin qu’il suive votre représentant qui les invitera a reconstruire votre Église.

 

En cette fin des temps, nous voulons nous aussi témoigner notre foi en votre Sainte Église, qui est la seule qui nous permet de renouveler selon le rite de St Pie V, votre Sacrifice de la Croix d’une manière non sanglante.       Amen.

 

Nous vous recommandons aussi les prières suivantes :

 

http://elogofioupiou.over-blog.com/article-le-secret-du-bonheur-93750163.html

http://elogofioupiou.over-blog.com/article-trois-prieres-pour-les-mourants-95808008.html

 

Acceptons de faire nous aussi notre petite part dans l’œuvre de la rédemption.

 

Elogofioupiou.over-blog.com

 

 

 

 

Repost 0
Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
commenter cet article
13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 18:48

 

Tout n'est pas perdu à Rome. Le synode bat son plein et chaque évêque donne son avis. Les « vaticanistes » spécialistes des affaires romaines aperçoivent une réaction très nette aux suggestions de B... et de son théologien favori Mgr Kasper.

Denombreux prélats expriment leur opposition à la falsification du sacrement du Mariage et fait très important, multiplient les références à SS Paul VI et à sa lumineuse encyclique « Humane vitae » (1968).

http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_25071968_humanae-vitae_fr.html

 

Les révélations du Père Bouyer sur le rôle de Bugnini et de la loge éclairent le champ de bataille et la vraie personnalité de SS Paul VI, Pape victime. Un front anti-B... se met en place et regroupe de nombreux prélats exaspérés par « l'amateurisme » de B.... (Sic)

 

Le « Titanic conciliaire» et ses faux saints s'enfoncent dans la mer des scandales et les fidèles lucides cherchent des chaloupes de secours.

 

L'état major de SS Paul VI se constitue discrètement et son retour public est proche.

La libération de l'âme expiatrice est un signe de ces providentielles préparations.

 

Habemus Papam

Mon Dieu faites qu'ils voient !

Patience.

 

http://amdg.over-blog.fr/2014/10/le-retour-de-ss-paul-vi-se-prepare.html

 

Redoublons nos sacrifices et nos prières unies aux souffrances de N. S. Seigneur, pour que ce retour arrive bientôt.

elogofioupiou.over-blog.com

 

Repost 0
Published by elogofioupiou - dans Survie de Paul VI
commenter cet article
9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 08:53

Ce que nous avons dit dans la première partie de cet ouvrage nous a fait comprendre qu'il est nécessaire de prier pour nous-mêmes, afin d'obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin pour sortir du péché, pour persévérer dans la grâce et pour arriver au ciel.

 

Aujourd’hui, il s'agit de la prière que nous devons faire pour les autres. Écoutons saint Thomas : « Saint Jacques dit : Priez les uns pour les autres afin d'être sauvés. Nous devons demander et désirer des biens, non seulement pour nous, mais encore pour les autres; c'est ce qui résulte de l'obligation que nous avons d'aimer notre prochain. Par conséquent, la charité nous fait un devoir de prier pour les autres. C'est pourquoi saint Jean Chrysostome dit : C'est la nécessité qui nous presse de prier pour nous, c'est la charité fraternelle qui nous exhorte à prier pour les autres. Elle est bien plus agréable à Dieu la prière que recommande la charité que l'on a pour ses frères, que celle que dicte la nécessité. C'est pourquoi Notre Seigneur nous a appris à dire : Notre Père, et non mon Père, donnez-nous et non donnez-moi. »

 

Il est vrai que plusieurs auteurs pensent que les promesses de Nôtre Seigneur d'accorder tout ce que l'on demande, ne s'appliquent pas à la prière faite pour les autres; mais beaucoup d'autres théologiens soutiennent un sentiment opposé. Ils s'appuient sur l'autorité de saint Basile qui enseigne que la prière, en vertu de la promesse divine, obtient infaillible­ment son effet, même quand on prie pour les autres, pourvu qu'ils n'y mettent pas un obstacle positif.

 

Ils se fondent aussi sur ces textes des Écritures : La confiance que nous avons en Dieu, c'est qu'il nous exauce, quoi que ce soit que nous lui demandions selon sa volonté. Or, quand nous prions pour les autres, nous ne faisons que demander selon la vo­lonté de Dieu qui a dit : Priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient ; et encore : Priez les uns pour les autres afin d'être sauvés.

 

Ceux qui sou­tiennent un sentiment contraire disent que quand on prie, pour un autre, il arrive parfois qu'il n'est pas en état de recevoir ce que l'on demande pour lui : « Mais, dit Suarez, on pourrait en dire autant quand on demande pour soi, car celui qui demande pour lui-même n'est pas toujours dans les dispositions voulues pour recevoir ce qu'il demande. Il est bien vrai qu'il peut plus facilement se disposer lui-même que disposer un autre à recevoir l'effet de la prière, et que, par ce côté-là, il est plus facile d'obtenir quand on demande pour soi ; mais ce n'est pas une condition particulière de l'efficacité de la prière de demander pour soi : c'est une condition générale que celui pour qui on prie ne mette pas d'obstacle à l'effet de la prière. »

 

Corneille de Lapierre parle comme Suarez, voici ses paroles : « La promesse de Nôtre Seigneur s'ap­plique aussi bien aux prières que nous faisons pour les autres, d'autant plus qu'en priant pour le pro­chain, et surtout pour des ennemis, nous faisons un acte de plus grande charité. Aussi voyons-nous que saint Etienne pria pour la conversion de saint Paul et l'obtint ; aussi lisons-nous dans l'Écriture que Job pria pour ses amis et obtint de Dieu leur pardon. Judith, soutenue par les prières de ses concitoyens, trancha  la  tête du général ennemi Holopherne ; Jérémie priait pour le peuple et sa prière liait les mains à la colère divine. Quand saint Pierre était en prison,  tous les fidèles  priaient pour lui,   et  ils obtinrent sa délivrance miraculeuse. Saint Paul priait pour les fidèles  et  demandait  pour lui-même  le secours de leurs prières.

 

Jésus-Christ lui-même a prié pour   ses   Apôtres  et  pour  tous les fidèles. Or,   il est plus utile de prier pour les autres que de prier seulement pour soi : d’abord parce que Dieu accepte plus volontiers le sacrifice de la prière quand il est parfumé par la charité. C'est pourquoi les prières communes et alternées ont plus de prix que les prières privées, comme le dit saint Augustin. De plus, quand chacun prie pour tous, tous prient pour chacun, comme le remarque saint Ambroise, et, en récompense de ce que chacun fait, il acquiert une participation aux suffrages de tous, et reçoit ainsi une grande abondance de grâces. Et n'est-ce pas déjà un grand bien d'avoir part aux prières des autres, parmi lesquels il y a des saints, aux supplica­tions desquels Dieu accorde souvent ce qu'il refuse­rait aux nôtres qui lui sont moins agréables? » Il  ne  s'ensuit pas  toutefois  qu'il  ne soit  pas permis, et souvent à propos, de prier spécialement pour soi, ou pour quelqu'un en particulier. C'est même en certains cas un devoir de charité ; et il est certain que la prière, au moins comme satisfactoire, profite plus à un particulier, quand on lui en ap­plique le fruit, que si on l'appliquait à un grand nombre.

 

Quand nous prions pour les autres, si nous ne sommes pas exaucés, cela peut venir ou de nous qui ne prions pas dans les conditions voulues, ou d'eux, qui, par leur malice ou leur lâcheté, ne se rendent pas dignes de recevoir la grâce ou même la mé­prisent.

 

Celui pour qui on prie doit s'aider lui-même à profiter de la prière des autres, comme un malade doit aider le médecin qui entreprend de le guérir. S'il ne le fait pas, le médecin perd son temps et sa peine. Que ceux qui prient pour les autres et qui ne sont pas exaucés sachent, pour leur consolation, que leur prière ne laisse pas d'être méritoire pour eux, comme l'enseigne formellement saint Thomas. Il est donc toujours de notre intérêt de prier pour les autres.

 

Mais pour qui devons-nous prier? Nous devons prier pour les vivants et pour nos défunts.  (A suivre)

 

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

Elogofioupiou.overe-blog.com

 

Repost 0
7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 03:16

Saint Alphonse de Liguori enseigne que l'invoca­tion de la Sainte Vierge est moralement nécessaire au salut, et qu'il est moralement impossible, si on n'a pas une vraie dévotion envers Marie, d'arriver à une grande perfection.

 

Voici la raison de cette doctrine. Selon la pensée de saint Bernard, nous n'avons accès auprès du Père éternel que par le moyen de son Fils, qui est Média­teur de justice ; de même, nous n'avons accès auprès du Fils que par le moyen de sa Mère, qui est Média­trice de grâce, et nous obtient par son intercession les biens que Jésus-Christ nous a mérités. De là, le même saint infère dans un autre endroit, que Marie a reçu de Dieu deux plénitudes de grâces : la pre­mière a été l'Incarnation du Verbe éternel dans son chaste sein ; la seconde est la plénitude des grâces que nous recevons de Dieu par son intercession. C'est pourquoi il ajoute : Dieu a placé en Marie la plénitude de tout bien ; de telle sorte que, s'il y a pour nous quelque espérance de salut, quelque grâce, nous devons croire que tout nous vient de la sura­bondance de celle qui s'élève pleine des divines richesses ; de celle qui est un jardin de délices où affluent et d'où découlent les plus précieux aromates, c'est-à-dire les dons de la grâce. Ainsi, tous les biens qui nous viennent du Seigneur, nous les recevons par l'intermédiaire de Marie, et pourquoi cela ? Saint Bernard répond : Parce que telle est la volonté de Dieu. Mais la raison spéciale de cette prérogative de Marie, saint Augustin l'a indiquée en disant qu'elle est appelée à juste titre notre Mère, parce qu'elle a coopéré par sa charité à nous faire naître à la vie de la grâce, comme membres de Jésus-Christ notre Chef. Ainsi, comme la charité de Marie a coopéré à la naissance spirituelle des fidèles, Dieu veut encore que son intercession les aide à acquérir la vie de la grâce en ce monde, et la vie de la gloire en l'autre. C'est pourquoi, instruit par la sainte Église, nous n'hésitons pas à la saluer des titres de notre vie, notre douceur, notre espérance.

 

D'après ce principe, saint Bernard nous exhorte à recourir toujours à cette divine Mère, parce que ses prières ne peuvent manquer d'être exaucées : « Allez à Marie; car, je ne saurais en douter, le Fils exaucera la Mère. Mes enfants, ajoute-t-il, Marie est l'échelle des pécheurs, elle est le principal appui de ma confiance, elle est tout le fondement de mon espérance. » Le Saint donne à Marie le nom d'échelle, parce que, comme on ne monte au troisième échelon qu'en s'appuyant sur le second, et au second qu'en se servant du premier, de même on n'arrive à Dieu que par le moyen de Jésus-Christ, et l'on n'arrive à Jésus-Christ que par le moyen de Marie.

 

Il l'ap­pelle encore sa plus grande confiance et tout le fon­dement de son espérance, conformément au principe énoncé par lui, que Dieu ne veut nous accorder aucune faveur qui ne passe par les mains de Marie. Il termine en nous exhortant à solliciter par l'entremise de Marie toutes les grâces que nous désirons, parce que ce qu'elle demande, elle l'obtient, et ses prières ne sauraient jamais être rejetées.

 

Cette doctrine n'est pas propre à saint Bernard, elle est professée également par saint Ephrem, saint Ildefonse, saint Germain, saint Pierre Damien, saint Antonin, saint Bernardin de Sienne, saint Bonaventure, et par un grand nombre de théolo­giens. Aussi saint Alphonse de Liguori l'enseigne-t-il et la vente-t-il d'une manière victorieuse. Il n'est pas douteux, conclut-il, que Dieu, qui aime tant nous voir invoquer les saints, nous verra avec plus de plaisir encore recourir à la protection de Marie afin que sa dignité supplée à notre indignité. Or, la dignité de Marie, selon l'enseignement de saint Thomas, est, en un sens, infinie, car elle est Mère de Dieu.

 

On n'exagère donc rien quand on affirme que ses prières sont plus puissantes auprès de Dieu que celles de tout le paradis ensemble. Aussi l'Église appelle-t-elle Marie la porte du ciel, le refuge des pécheurs, la consolation des affligés, le salut des infirmes; et les saints nous assurent qu'un vrai serviteur de Marie ne saurait périr.

 

Pé­cheurs, courons à Marie, et disons-lui : Nous sommes coupables, faites tomber les chaînes qui nous lient au péché ; et elle nous exau­cera. Justes, allons à elle avec confiance, elle nous aime de toute la tendresse qu'elle a pour Jésus auquel nous sommes unis par la grâce ; demandons-lui de nous servir de mère, de nous défendre contre les assauts dé l'ennemi du salut ; elle est la tour de David; de nous faire participer à ses vertus, et sur­tout à son amour pour Dieu ; elle est la Mère de la crainte, du bel amour et de l'espérance; de nous montrer un jour après cet exil le fruit béni de son sein. Elle ne demande pas mieux de nous obtenir cette faveur qui fera notre béatitude éternelle. Les mères sont si fières de faire voir leurs enfants, et Jésus est si beau et si bon.

 

Tous, ne laissons pas passer un jour sans donner à Marie quelque marque de dévotion, ne négligeons pas de réciter, s'il est possible, le chapelet. Honorons Marie d'une manière spéciale le samedi, jour que la piété catholique lui a consacré; préparons-nous par des neuvaines à célébrer ses fêtes, et, en ces jours, ayons soin de nous approcher des sacrements.

 

Loin de compter sur sa protection pour persévérer impu­nément dans le péché, n'ayons en vue, dans toutes nos pratiques envers elle, que d'obtenir de mener une vie sainte ; car nous ne serons ses vrais enfants qu'autant que nous reproduirons en nous ses traits, c'est-à-dire la haine du mal et l'amour de la vertu.

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

Elogofioupiou.overe-blog.com

 

 

 

Repost 0
6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 03:29

La prière peut s'adresser à celui qui peut en ac­complir  le but,  ou à celui qui peut nous aider à obtenir ce que nous demandons. Comme toutes nos prières doivent tendre à obtenir la grâce et la gloire que Dieu seul donne, il est clair que nous ne pou­vons recourir qu'à Dieu pour obtenir l'effet de nos prières, mais, pour nous aider à réussir, nous nous adressons aux anges et aux saints hommes afin qu'ils unissent leurs prières aux nôtres. Aussi dans les li­tanies nous demandons à la Trinité d'avoir pitié de nous, et aux saints nous demandons de prier pour nous.

 

Il y a donc, d'après le Docteur angélique, et d'après tous les autres théologiens, une prière qui ne doit s'adresser qu'à Dieu et qu'on ne peut adres­ser aux créatures. C'est celle par laquelle on regarde celui qu'on prie comme la source principale de tout le bien qu'on lui demande, ne dépendant de per­sonne pour nous l'accorder, pouvant triompher de tous les obstacles qui s'y opposeraient et disposer de tout par sa puissance et sa volonté pour que l'effet de nos prières soit produit.

 

Or, il est clair que, quand on pense de la sorte en priant, on ne peut adresser qu'à Dieu sa prière, car lui seul est le principe de tout bien, lui seul est indépendant, lui seul peut disposer de toutes choses, selon son bon plaisir, par sa propre puissance. La prière faite dans cette persuasion est un acte de reli­gion et du culte de latrie qui n'est dû qu'à Dieu. On peut prier de la sorte, ou la divinité, ou la Trinité, ou chacune des Personnes divines séparé­ment, comme le fait l'Église.

 

Et certes, approchons avec confiance du trône de la grâce. Dieu veut bien que nous l'appelions du nom de Père, et il a toujours l'oreille ouverte à la prière de ses enfants. Toujours il est prêt à les accueillir, à les consoler, à les assister, quelle que soit leur misère, et même quels qu'aient été leurs crimes.

 

Mais si nous ne nous défions pas de lui, il nous est permis de nous défier de nous-mêmes. Nous sentons notre impuissance, nous n'avons de ressource que dans la miséricorde divine implorée par la prière; mais notre prière elle-même est souvent si impar­faite que nous éprouvons le besoin de la faire appuyer par d'autres qui aient plus de crédit que nous. De là l'invocation des saints et en particulier de la Vierge Marie, dont nous avons à parler.

 

Quand nous avons à cœur d'obtenir une grâce, nous demandons le secours des prières des parents, des amis, des religieux dont la vie est plus sainte que la nôtre ; et quand ils nous promettent de nous aider de leurs suffrages, nous en sommes heureux. Cette pratique est tellement conforme à la raison et à la foi, que les protestants eux-mêmes n'ont pas osé l'attaquer. Dieu lui-même dit aux amis de Job de recourir aux prières de ce saint homme qu'il promet d'exaucer. Les Apôtres ne cessent de recommander aux fidèles de prier pour eux.

 

Quand nous demandons aux vivants de prier pour nous, il ne nous vient pas même en pensée que ce soit eux qui doivent nous donner ce que nous vou­lons obtenir, la santé par exemple, ou la conversion. Nous savons bien que nous attendons de Dieu seul l'effet de leurs prières et des nôtres.

 

Il en est de même quand nous nous adressons aux saints du ciel. Nous ne les regardons pas comme maîtres indépendants des biens que nous voulons obtenir;  mais nous implorons simplement le secours de leurs prières, pour qu'ils nous aident à obtenir l'effet des nôtres; et ce recours aux saints, loin d'of­fenser Dieu, l'honore; car il fait ressortir davantage l'excellence de cette Majesté divine, auprès de laquelle, nous reconnaissant indignes de ses faveurs, nous faisons appuyer nos suppliques par le crédit des princes de sa cour. Cette prière adressée aux saints n'est plus alors un acte du culte auquel Dieu a seul droit; mais c'est l'acte du culte que nous rendons aux saints, comme étant les amis et les favoris de Dieu et les héritiers de sa gloire.

 

Nous n'ignorons pas que nous n'avons point d'autre Médiateur principal auprès de Dieu que Nôtre Seigneur Jésus-Christ, que c'est par ses mé­rites seuls que nos prières, et celles des saints, et de la Vierge Marie elle-même, ont accès auprès de Dieu; que c'est par lui, comme chante l'Église, que les anges, les archanges, les principautés, les puis­sances célestes louent la Majesté divine. Mais sa médiation, loin d'être amoindrie par celle des saints, en est, au contraire, rehaussée. De même que Dieu se montre plus grand en donnant à ses créatures le pouvoir d'agir, que s'il faisait tout par lui-même sans que les créatures pussent rien faire; de même les mérites de Jésus-Christ sont plus excellents quand ils donnent de l'efficacité à nos prières et à celles des saints, que s'ils faisaient tout par eux-mêmes. Sa médiation est d'autant plus parfaite que ses effets sont plus grands. Le crédit des saints l'honore donc, puisque c'est lui qui le leur donne, et que les saints ne peuvent rien que par lui. C'est un petit roi que celui qui n'a à son service que des valets. A un grand roi, il faut une grande cour composée de princes d'une grande puissance et d'un haut crédit. Il faut être protestant pour refuser cet honneur à notre Dieu.

 

Il est donc bon et utile d'invoquer les saints et de recourir à leurs prières et à leur assistance pour obtenir les bienfaits de Dieu par la médiation de son Fils Jésus-Christ; c'est la doctrine de l'Église telle que l'expose le Concile de Trente. Il est clair que les Bienheureux, éclairés par la lumière de la gloire, connaissent nos besoins et nos prières, et qu'ils sont d'autant plus disposés à nous aider à faire notre salut qu'ils sont plus en sûreté sur le leur. La prière pour les autres, dit saint Thomas, vient de la charité; plus donc les saints, qui sont dans la patrie, ont une charité parfaite, plus ils prient pour ceux qui, étant encore sur la terre, peuvent être aidés par leurs prières; et plus ils sont près de Dieu, plus leurs prières sont efficaces. Il est dans l'ordre de la Providence que l'excellence des êtres supérieurs se déverse sur les inférieurs, comme la lumière du soleil se répand dans l'air. Aussi saint Jérôme écrivait-il contre Vigilance : Si les Apôtres, si les martyrs étant encore dans leurs corps et ayant encore à s'inquiéter de leur propre salut, prient pour les autres, combien plus ils doivent le faire après les couronnes, après les victoires, après les triomphes. Leurs prières tirent leur efficacité de leurs mérites précédents, et de la miséricorde de Dieu qui les accepte.

 

Par les Bienheureux qu'il est bon d'invoquer, il faut entendre tous les saints anges et tous les hommes qui sont au ciel. L'Église ne prie publiquement que les saints canonisés ou béatifiés: mais, dans nos prières privées, il suffit de croire très probablement qu'une âme est au ciel pour pouvoir l'invoquer.

 

Il est manifeste, par conséquent, qu'on peut invo­quer les enfants morts après le baptême, puisque rien en eux n'a pu mettre obstacle à leur béatitude aussitôt après leur mort ; et peut-être n'y pense-t-on pas assez.

 

Qu'il nous soit permis à ce sujet de raconter une anecdote de notre vie de missionnaire. Au cours d'une mission dans une paroisse montagneuse peu éloignée de La Salette, nous avions la consolation de voir les fidèles accourir tous les soirs à l'église pour entendre la parole de Dieu. Or, un jour, une mère de famille, croyant qu'un de ses petits enfants, qui dormait dans son lit, pourrait se passer d'elle, vint avec son mari à la mission, après avoir fermé la porte de sa modeste demeure. Mais il arriva que, pendant le sermon, l'enfant s'éveilla, et souffrant de la soif, il s'approcha d'un grand seau à moitié rempli d'eau. En approchant les lèvres de l'eau, la tête emporta le reste du corps, et il se noya. Le père et la mère, à leur retour, eurent la grande douleur de le trouver sans vie.

 

Le surlendemain eurent lieu les funérailles. Il était d'usage dans cette paroisse de faire porter à l'église dans une bière ouverte le corps d'un enfant, vêtu de blanc et envi­ronné de feuillages et de fleurs, par d'autres petits enfants en habits de fête. En contemplant les restes de cet ange qui avait repris son vol vers le ciel, nous ne pouvions retenir nos larmes. Quelques mois après, les habitants de cette paroisse vinrent en pèlerinage à La Salette. Du haut de la chaire, nous leur rap­pelâmes cette circonstance, et, partant de là, nous leur prouvâmes que dans leur paroisse, comme dans toutes les paroisses chrétiennes, il y a des saints qui sont au ciel, pour les protéger, ne serait-ce que les enfants morts après le baptême. Cette pensée fit couler bien des larmes; elle est, en effet, touchante et consolante à la fois. Il est tel père qui oublie ses devoirs religieux, telle mère qui ne prie presque plus, et qui ont donné au ciel un élu et quelquefois plusieurs. Comment les parents peuvent-ils l'oublier? Et en y pensant, comment ne s'excitent-ils pas à invoquer cet être si cher, lui demandant son appui auprès de Dieu, pour supporter les peines de la vie, pour se préserver du péché, pour persévérer dans la grâce jusqu'à la mort, afin d'aller rejoindre au ciel ceux auxquels des liens si étroits les ont unis sur la terre ? Mais il n'y a pas que les petits enfants qui vont au ciel dans les familles chrétiennes. Les indif­férents de nos jours ont eu souvent des parents ou des grands-parents qui ont vécu et qui sont morts dans de tels sentiments d'amour et de crainte de Dieu, qu'il y a tout lieu de penser qu'ils sont au ciel. Que ne leur demandent-ils tous les jours de leur obtenir la grâce de n'être pas séparés d'eux éternel­lement!

 

Si les âmes de ces défunts étaient encore en Purgatoire. saint Alphonse de Liguori et Suarez enseignent qu'elles y prient pour nous, et qu'on peut croire pieusement que nous pouvons les invoquer, que nos bons anges, ou les leurs, leur font connaître nos prières, et que, étant les amies de Dieu, elles peuvent intercéder pour nous efficacement. Cette doctrine est consolante, et, en même temps, tout à fait conforme à l'esprit de l'Évangile qui relie par le lien de la charité tous les membres de l'Église, soit qu'ils règnent au ciel, soit qu'ils souffrent en Purgatoire, soit qu'ils combattent sur cette terre.   Sainte Catherine  de Bologne, au témoignage de saint Alphonse de Liguori, recourait aux âmes du Purgatoire, quand elle avait quelque faveur particulière à demander ; elle se voyait aussitôt exaucée; et même bien des grâces qu'elle n'avait pu obtenir par l'intercession des saints du ciel, lui avaient été accordées, assurait-elle, par l'en­tremise des âmes souffrantes.

 

Quoi qu'il en soit, invoquons les saints. De même que le commerce avec le démon par la sorcellerie est une marque de réprobation, de même l'habitude de s'adresser aux saints est un signe qu'un jour on sera associé à leur gloire.

 

Il est bon même d'avoir recours à plusieurs d'entre eux. Saint Thomas en donne la raison. « On obtient parfois, dit-il, par les prières de plusieurs ce que l'on n'obtiendrait pas par l'intercession d'un seul. »

 

C'est une pratique salutaire de se faire à soi-même des litanies dans lesquelles on invoque les saints pour lesquels on a le plus de dévotion, les saints de sa famille, de son pays, avec l'intention d'obtenir par chacun la grâce pour laquelle Dieu lui a donné plus de crédit, ou la vertu dans laquelle ce saint a le plus excellé. Mais surtout qu'on n'oublie pas de recourir à la Reine des saints.     (A suivre)

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

Elogofioupiou.overe-blog.com

 

 

Repost 0
4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 01:44

Qui l'en dispenserait ? Pour lui, la prière est bien plus nécessaire que pour les justes, car ses besoins sont plus urgents. S'il veut que sa prière soit méri­toire et satisfactoire, qu'il ait soin avant de la com­mencer de faire un acte de contrition parfaite, disant à Dieu de tout son cœur : « Mon Dieu, parce que vous êtes souverainement aimable, je vous aime par­dessus tout ; et pour l'amour de vous, je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé et je vous pro­mets de ne plus le faire. »

 

L'acte de contrition parfaite a, en effet, la vertu d'effacer tous les péchés, même en dehors du sacre­ment de pénitence, car il est fondé sur la charité. Or, « la charité, dit le Saint-Esprit, couvre la mul­titude des péchés » ; et il n'est pas possible qu'elle règne dans un cœur en même temps qu'une faute grave. Elle est donc la planche de salut pour ceux qui sont surpris par un accident mortel, et qui n'ont pas le temps de recevoir les sacrements ; et elle est la ressource de ceux qui, ne pouvant pas se confesser aussitôt après une faute sérieuse, veulent se récon­cilier avec Dieu.

 

Qu'ils récitent de tout cœur l'acte de contrition parfaite avec la ferme résolution d'accomplir désor­mais tous les commandements de Dieu et de se con­fesser, par conséquent, ils retrouveront la grâce.

 

Toutefois, autre chose est le mérite de la prière, et autre chose son efficacité pour obtenir ce qu'elle demande. La prière du juste a un droit de justice au mérite ; mais l'efficacité de la prière repose sur la miséricorde de Dieu, comme le remarque saint Thomas. Il convient à cette miséricorde de se laisser fléchir par la prière du pécheur ; et, du reste, la pro­messe divine de tout accorder à la prière s'adresse à tous. « Quiconque demande reçoit, et quiconque cherche trouve, et on ouvre à quiconque frappe. » supposé, bien entendu, qu'on demande dans les con­ditions voulues.  Sur ces paroles de l'Évangile, saint Jean Chrysostome dit : « Quiconque  demande reçoit, qu'il soit juste ou pécheur,… »

 

Quand on ose dire : Je suis trop grand pécheur, je n'oserais m'adresser à Dieu, c'est comme si l'on disait : Je suis trop pauvre, donc je ne dois pas de­mander l'aumône; je suis trop malade pour recou­rir au médecin. C'est là se rebuter de ce qui devrait nous exciter davantage à la prière.

 

On lit, il est vrai, dans l'Évangile, que Dieu n'exauce pas les pécheurs ; mais cette parole n'est pas de Nôtre Seigneur, ni de ses Apôtres, mais de l'aveugle-né, qui l'a dite n'étant pas encore assez éclairé intérieurement, comme remarque saint Au­gustin. Le publicain était mieux avisé ; aussi fut-il loué et approuvé par Nôtre Seigneur lui-même. Se tenant en bas du temple, et s'estimant indigne de s'approcher du sanctuaire, il se reconnaissait grand pécheur, et alléguait ce motif pour incliner Dieu à lui faire miséricorde: « Soyez-moi propice. Seigneur, disait-il, car je suis un pécheur » ; et il se retira jus­tifié. C'est en vain qu'il eût fait cette prière, dit saint Augustin, si Dieu n'exauçait pas les pécheurs. Quel que soit l'état de conscience d'un ministre de l’Église, dit saint Thomas, toutes les prières qu'il fait au nom de l'Église sont fructueuses, soit à l'autel, soit dans les offices ecclésiastiques, lors même que sa prière particulière ne vaudrait rien, car l'Église, au nom de laquelle il prie, est toujours agréable à Dieu.

 

Aux pécheurs, quels qu'ils soient, saint Augustin dit, dans un de ses sermons : « Appliquez-vous aux prières, confessez vos péchés, priez pour qu'ils soient effacés, pour qu'ils deviennent moins nombreux, pour qu en avançant vous-même dans le bien, ils cessent tout à fait; néanmoins, ne désespérez pas, mais, tout en étant pécheur, priez. »  

 

Hélas ! Il est des hommes qui, sous l'influence des habitudes vicieuses, ont perdu les lumières de la grâce. Ils vivent dans un aveuglement étrange. Leur cœur  n'a  plus  d'élan vers le bien,  il  est insen­sible à toutes les exhortations des prêtres, des pa­rents, des amis. La foudre elle-même ne les réveille pas de leur sommeil léthargique.  Quelle ressource leur reste-t-il ? La prière, dont Dieu donne la grâce à  tous les hommes.

 

Qu'ils crient  donc, comme l'aveugle de l'Évangile: «Seigneur, faites que je voie ! » Ou comme le lépreux : « Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir ! » Et s’ils ne cessent pas de prier, et s'ils le font dans les conditions voulues, Dieu ne les  abandonnera pas. Il  ne les laisse même sur la terre que pour qu'ils reviennent enfin à lui.

 

Toutefois, que quiconque est en état de péché et prie pour s'en affranchir ait soin de coopérer, à la grâce que lui obtient la prière. Qu'il fasse des efforts pour se corriger de  ses mauvaises habitudes, qu'il renonce aux occasions qui le perdent, car celui qui nous a créés sans nous ne nous sauvera pas sans nous. Mais, avec la prière et la bonne volonté, un pé­cheur arrivera à ne plus pécher, à ne plus mettre d'obstacle par conséquent à la libéralité de Dieu à son égard, à recouvrer l'amitié de Dieu, a persévérer dans la grâce, et à mériter le ciel.

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

Elogofioupiou.overe-blog.com

 

Repost 0