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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 15:59

Audience générale du 22 juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Dans ces brefs entretiens hebdomadaires, nous cherchons à comprendre quelque chose de la grande et profonde doctrine que le récent Concile œcuménique a proclamée au sujet de la sainte Église, et qui orientera à l'avenir l'étude, la prière, l'activité de l'Église. Nous Nous contentons alors de citer les noms, les titres, les images par lesquels on désigne l'Église. Et il Nous semble que toutes les appellations que la sainte Écriture et le Concile donnent à l'Église sont comme un trait de lumière, une révélation, une ouverture vers une meilleure intelligence de la grande vérité, ou encore de la grande réalité qu'est notre Église de Dieu, sainte et bénie. « Comme le Seigneur, dit saint Jean Chrysostome, l'Église elle aussi est désignée par de nombreux noms » (Hom. de capto Eutropio: P. G. en latin 28, 402).

Veuillez, aujourd'hui, arrêter un instant votre attention sur un titre merveilleux, lumineux mais dont l'éclat même éblouit, que le Concile a attribué à l'Église. Ce titre est: Lumière des nations, c'est-à-dire phare des nations, lumière des peuples. C'est par cette expression « Lumen gentium » que s'ouvre la constitution dogmatique du IIe Concile œcuménique du Vatican sur l'Église, le document sans aucun doute le plus important qu'ait promulgué le Concile. L'Église est appelée la lumière des nations.

D'où vient ce nom? Ce fut le pape Jean XXIII, de vénérée mémoire, qui l'appliqua à l'Église, précisément parce qu'il la convoquait en concile. Dans le radio message que Notre cher prédécesseur adressait au monde, le 11 septembre 1962, un mois avant l'ouverture du Concile, il appliquait à l'Église l'acclama­tion que la liturgie du samedi saint adresse au cierge de nouveau allumé, symbole du Christ ressuscité, source de clarté et d'espé­rance réconfortantes pour la communauté des fidèles enveloppée des ténèbres de la nuit. Le pape Jean XXIII disait alors: « Évoquer le symbolisme du cierge pascal Nous semble ici heureusement à propos. Au signal de la liturgie, voici que son nom résonne: lumen Christi. De tous les points de la terre l'Église de Jésus répond: Deo grattas, comme pour dire: oui, c'est la lumière du Christ, la lumière de l'Église, la lumière des nations » (Discorsi 1962, pp. 521, 527).

A lui seul, le mot lumière appliqué à la révélation de Dieu, au peuple élu, puis au Verbe incarné, c'est-à-dire au Christ, à propos du salut du monde, mériterait une étude sans fin (cf. Is. XLII, 6; XLIX, 6; LX, 1; Actes XIII, 47; Jean I, 5, etc.). Ce qui nous intéresse c'est le double passage de la lumière du monde, qui est le Christ, d'abord à l'Église, puis de l'Église au monde. Nous nous rappelons tous les sublimes paroles de Jésus: Je suis la lumière du monde: quiconque me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie (Jean VIII, 12) et celles-ci: Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde (Jean IX, 5) et Moi, la lumière, je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. (Jean XII, 46).

Le Christ est donc la source de la lumière, il est la lumière.

Mais comment cette lumière parvient-elle jusqu'à nous ?

Le Seigneur a voulu établir un système, constituer un ordre pour que sa lumière nous parvienne par l'intermédiaire d'un dispositif humain, d'un reflet qualifié et autorisé, c'est-à-dire par le magistère et le ministère apostoliques.

Aux Apôtres, en effet, il a dit: Vous êtes la lumière du monde (Matth. V, 14) et ce par une transparence intérieure du Christ, émanant de tout le Corps mystique et visible de l'Église, comme si celle-ci était l'ostensoir du Christ. Si bien qu'on l'appelle « sacrement », c'est-à-dire signe sacré et intermédiaire de l'union de Dieu avec l'humanité (cf. constit. Lumen gentium, 1).

Qui vous écoute, m'écoute, dit Jésus aux disciples promus à des fonctions hiérarchiques, et qui vous méprise, me méprise (Luc X, 16). C'est pourquoi pratiquement nous ne pourrons arriver jusqu'au Christ qu'en le cherchant et en le trouvant dans son Église. Rappelons encore la fameuse ^exhortation de saint Jean Chrysostome: «Ne t'éloigne pas de l'Église! Rien n'est plus fort qu'elle! Ton espérance et ton refuge, c'est 1 Église. Elle est plus haute que le ciel et plus vaste que la terre. Elle ne vieillit jamais, mais elle est toujours pleine de vigueur ». Dans la première moitié du IIle siècle, un autre grand docteur d'Orient, Origène, commentant la Genèse, disait: « Si nous voulons nous aussi être semblables au ciel, nous aurons en nous les luminaires qui peuvent nous éclairer: le Christ et son Église. Le Christ est en effet la lumière du monde qui éclaire aussi l'Église de sa lumière; ... et l'Église, après avoir reçu la lumière du Christ, illumine tous ceux qui se trouvent dans la nuit de l'ignorance » (In Gen. hom. 1, 5: P. G. 12, 150).

D'où cette autre réalité: l'Église reflète la lumière du Christ sur le monde. Le Concile dit que le visage de l'Église est si lumineux que le monde en est éclairé (constit. Lumen gentium, 1). Comment cela se produit-il ? Cela se produit par l'annonce de l'Évangile, on le sait. Mais aussi d'une autre façon, par le rayonnement extérieur de certains caractères, de certaines notes, qui découlent de propriétés essentielles et intrinsèques de l'Église et qui manifestent aux yeux du monde son authenticité. Ce sont les quatre fameuses notes qui sont la caractéristique exclusive de l'Église. Vous les connaissez: l'apostolicité, l'unité, la catho­licité et la sainteté.

Le « Credo » les proclame comme les signes distinctifs de la physionomie de la véritable Église. Celle-ci porte en elle et répand autour d elle sa propre apologie. Celui qui la regarde, celui qui la scrute d'un œil amoureux de la vérité, doit reconnaître que, indépendamment des hommes qui la composent et des modes pratiques sous lesquels elle se présente, elle porte avec elle un message de lumière universelle et unique, libérateur et nécessaire, divin. C'est la découverte laborieuse et victorieuse qu'a faite Newman, pour ne citer qu'un grand exem­ple typique (cf. Denz. Schoenm., 2888).

Sachez, très chers fils, que chacun de nous (fidèles) a le pouvoir et le devoir de mettre en relief ces notes qui font la beauté et l'attrait de l'Église, en montrant par son adhésion et son témoignage que vraiment l'Église du Christ est une, qu'elle est sainte, qu'elle est catholique, qu'elle est apostolique.

Que Notre Bénédiction apostolique vous exhorte et vous rende capables de recevoir et de répandre cette « Lumière des nations ».

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 23 juin 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 15:33

L'ÉGLISE, MÈRE DES CHRÉTIENS

Audience générale du 15 juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Désireux d'offrir à ceux qui participent à ces audiences générales une pensée sur l'Église (ainsi jadis  et encore main­tenant peut-être!  ceux qui visitaient des lieux saints célèbres tâchaient d'en emporter un morceau en souvenir de l'endroit et de leur passage), Nous Nous arrêterons une fois de plus aux figures qu'emploie la sainte Écriture pour nous révéler quelque chose de l'Église et nous aider à y penser comme à une réalité chère et connue. Eh bien, aujourd'hui, Nous vous invitons à vous représenter l'Église comme si vous la voyiez à travers le transparent cristal de deux images familières, mais toujours remarquables: l'Église, Épouse mystique du Christ et l'Église, Mère des chrétiens.

Que ces appellations choisies mais mysté­rieuses (surtout la première) vous aident à méditer et à com­prendre quelque chose de la doctrine sur l'Église, si vaste et si profonde, et que Nous ne prétendons certes pas traiter dans ces conversations familières.

Pourquoi l'Église est-elle appelée Épouse?

Épouse du Christ, s'entend. L'usage de cette appellation, appliquée au peuple hébreu, remonte à l'Ancien Testament où le rapport entre Dieu et son peuple est à maintes reprises figuré par l'amour nuptial. Il est bon de rappeler que si, dans l'Ancien Testament, Dieu s'affirme comme créateur transcendant, législateur exi­geant et juge sévère, il se révèle ensuite également amour tou­jours attentif et très tendre, amour prévenant et gratuit, amour fidèle et miséricordieux, amour suave et enivrant, amour qui châtie, qui pardonne et qui sauve. Et ainsi de suite (cf. Cant. ; Jér. II, 2; Osée VI, 6; 1s. XLIX, 15; LIV, 4-10; Ez. XVI, 59-63; etc.).

Dans le Nouveau Testament, le Précurseur applique à Jésus l'image de l'Époux (Jean III, 28-29; et cf. les paraboles: Matth. |XXII, 2-14; Matth. XXV, 1-13).

Jésus se compare lui-même, une fois, à un époux qui rend heureux ses amis (Matth. IX, 14-15). Mais c'est encore saint Paul qui donne à cette image son sens ecclésiologique plus précis dans le célèbre passage de l'Épître aux Éphésiens: . . . Le Christ a aimé l'Église . . . (Éph. V, 21-32), image que l'Apocalypse transporte dans la gloire éternelle, en y faisant entrevoir dans les noces de l'Agneau l'union bienheureuse du Christ avec l'humanité rachetée, décorée du titre et de la dignité de son Épouse mystique (Apoc. XIX, 7-9; cf. Vonier, L'Esprit et l'Épouse, p. 48 — Éd. du Cerf, 1947).

Que nous enseigne cette allégorie qui nous autorise à appeler l'Église Épouse du Christ ?

Elle nous enseigne l'amour au-dessus de tout amour que le Christ a eu pour l'Église, un amour que le mariage humain peut signifier d'une certaine manière bien qu'il ne soit pas si substantiel ni si profond. Les théologiens, les mystiques disent ce qu'est l'union entre le Christ et l'humanité qui dérive de l'Incarnation (union conjugale, écrivait saint Augustin, Verbe et chair: P. L. 36, 495) et du sacrifice de la Rédemption; le Christ s'immola pour l'Église (Éph. V, 25). On a souvent dit que l'Église est un mystère. C'est exact, mais maintenant nous pouvons savoir au moins de quelle nature est ce mystère.

C'est un mystère de charité, mystère de l'amour que Dieu porte, par le Christ, dans l'Esprit-Saint, au monde, à l'humanité, c'est-à-dire à l'Église. L'épigraphe de l'Église peut être: Sic dilexit Deus, c'est ainsi que Dieu a aimé (Jean III, J.6); propter nimiam charitatem, à cause du trop grand amour (Éçh. II, 4), ou bien Christus dilexit nos, le Christ nous a aimés (Eph. V, 2; 2 Thess. II, 15), etc. Cette allégorie nous enseigne donc l'union intime et indissoluble, et en même temps la distinction, entre le Christ et l'Église. Elle nous enseigne que l'Église n'est à elle-même ni son principe ni sa fin. Elle est du Christ. De lui, elle reçoit sa dignité, sa vertu sanctificatrice, son humble et sublime royauté. Elle nous ensei­gne que l'Église n'est pas seulement instrument du salut, mais aussi terme du salut parce qu'en elle s'achèvent le dessein et la charité du Seigneur, en elle se célèbre l'apothéose de l'humanité victorieuse dans le ciel (cf. Hymne de la Dédicace).

Qu'ils pensent à cela ceux qui n'ont pour l'Église que criti­ques et antipathie; qu'ils pensent à cela ceux qui la considèrent comme un diaphragme entre l'homme et Dieu et oublient qu'elle est le point de rencontre de l'amour du Christ pour nous, «la maison des noces, c'est-à-dire la sainte Église». écrivait saint Grégoire le Grand (Hom. 38: P. L. 76, 1287).

Et alors, en pensant au besoin que nous avons de l'Église, la seconde image succède à la première: l'Église est notre Mère et nous lui devons tout. Elle nous a engendrés à la vie nouvelle, celle de la grâce qui fera notre éternel bonheur. Elle nous a donné la foi et, par son magistère, elle nous la conserve identique à elle-même, intacte et féconde. Elle nous a donné la grâce; elle est la dispensatrice des sacrements; elle nous a donné la charité, l'« agapè », la société des frères, elle nous unit, nous éduque à l'amour, au véritable humanisme, à la compréhension et à l'édification d'elle-même; elle nous guide, nous défend, nous met sur le chemin de l'espérance, nous donne le désir eschatologique de la vie future et nous en fait goûter à l'avance la félicité. Par son magistère, par son ministère « chaque fidèle est soutenu d'une manière effective dans le don de soi-même au Christ; ... par le réseau qu'elle tisse, chacun se trouve effectivement relié à ses frères; ... par la voix humaine qui enseigne et qui commande, chacun entend aujourd'hui même la voix de son Seigneur » (cf. de Lubac, Médit., p. 205).

Nous pensons à la phrase de saint Ambroise: « Mater ergo viventium Ecclesia est » (P. L. 15, 1585). La Mère des vivants. Pensons-y, très chers fils. Réjouissons-nous-en. Envions à sainte Catherine mourante les ultimes paroles de sa vie ardente: « En vérité, j'ai consumé et donné ma vie dans l'Église et pour la sainte Église: et ce fut pour moi une grâce toute spéciale » (Joergensen, 518-519).

Qu'il en soit ainsi pour Nous, ainsi pour vous, très chers fils, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 16 juin 1966. Traduction des Actes Pontificaux,

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 16:32

Audience générale du 8 juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Nous ne cessons de répéter à Nos visiteurs, surtout depuis le Concile, et à vous aussi, Nous répétons aujourd'hui, la question: savez-vous ce qu'est l'Église? Aussitôt cent réponses montent aux lèvres. Mais Nous insistons: avez-vous bien compris la signification, non seulement du mot « Église » qui veut dire assemblée, réunion, société, mais la réalité qu'indiqué ce mot: en réalité, qu'est-ce que l'Église ? Nous vous posons cette question parce qu'il Nous semble qu'aucun instant, aucun lieu ne sont plus propices que cet instant et ce lieu pour provoquer pareille question dans l'esprit de tous ceux qui sont présents, et surtout pour lui donner sa véritable, sa pleine réponse.

Qu'est-ce que l'Église?

Disons d'abord qu'il n'a guère d'intuition exacte celui qui n'entrevoit pas immédiatement la difficulté de répondre adéquatement à cette question. Et la difficulté s'accroît — remar­quez-le — au fur et à mesure qu'on connaît mieux l'Église parce qu'on s'aperçoit qu'en ce qui la concerne, nous ne sommes pas à même de tout savoir. Il y a, dans sa réalité profonde, quelque chose qui échappe à notre capacité de comprendre. L'Église, parce qu'elle est l'œuvre de Dieu, parce qu'elle est animée par l'action du Saint-Esprit et parce qu'elle n'est pas une société uniquement composée des hommes de cette terre, mais aussi des âmes des fidèles défunts et des saints du ciel, l'Église est un mystère!

Oui, l'Église est un mystère. Le Concile l'a répété. Mais dans ce cas, pourrons-nous jamais nous en faire une idée, sinon adé­quate, du moins qui corresponde à la réalité vraie, essentielle de l'Église? Si, nous le pourrons, nous le devrons même. Nous savons qu'on donne à l'Église divers noms. Nous en avons déjà rappelé quelques-uns.

Mais quel est le plus employé, celui qui se rapproche le plus de la vérité?

Vous le connaissez déjà sans aucun doute puisqu'on en a tant parlé ces dernières années, après la grande encyclique qu'a publiée le pape Pie XII en 1943. C'est comme un traité sur l’Église et on l'a intitulée l'encyclique sur le Corps mystique. L'Église est le Corps mystique du Christ. Cette définition est de saint Paul qui l'a utilisée plus d'une fois dans ses lettres.

Le corps du Christ, écrit-il, quod est Ecclesia, qui est l'Église (Col. I, 24). Le Christ, disait-il, est caput corporis Ecclesise, est le chef du corps de l'Église (ibid., 18), et il ajoutait: multi unum corpus sumus in Christo, nous qui sommes une multi­tude, nous formons un seul corps dans le Christ (Rom. XII, 5), et ainsi de suite. Nous ne Nous arrêterons pas à commenter cette célèbre et féconde expression, sinon pour poser une autre question. Que voulait dire saint Paul quand il comparait l'Église à un corps, à un être vivant, unique, organisé, ayant le Christ pour chef ?

En scrutant un peu cette question, on arrive à un nouveau titre donné à l'Église, essentiel celui-là et lourd de sens, un titre que nous connaissons et sur lequel, pour le moment, nous nous arrêterons: l'Église est une communion (cf. Hamer).

Que veut dire ici communion ? Nous vous renvoyons au chapitre du catéchisme qui traite de la « sanctorum communionem », de la communion des saints. Église signifie communion des saints. Et communion des saints veut dire une double participation vitale: l'incorporation des chrétiens dans la vie du Christ, et la circula­tion d'une même charité dans tout l'ensemble des fidèles, en ce monde et en l'autre. Union au Christ et dans le Christ, et union entre les chrétiens dans l'Église (cf. Piolanti, II mistero délia com. dei santi, p. 357 ss.).

Doctrine difficile ? Doctrine merveilleuse.

Doctrine spéculative ? Doctrine vivante.

Oui, doctrine vivante, qui devrait être vivante dans le peuple chrétien. Peut-être la compréhension adéquate de cet enseigne­ment capital de l'Église nous fait-elle encore défaut. Y avons-nous jamais vraiment prêté attention ? Nous sommes réellement vivants dans le Christ (c'est pourquoi la participation au mystère eucharistique s'appelle communion) et nous sommes réellement les membres d'un même organisme social et spirituel que nous appelons l'Église. Et peut-être manquons-nous encore d'une pédagogie, d'une formation qui nous habitue à penser et à agir comme des parties, comme des cellules, comme des fils et des frères de cette communion ecclésiale.

Quelle est notre capacité « d'aimer le prochain comme nous-mêmes » ? Quelle est notre aptitude à vivre en paix, à pardonner les offenses, à mettre de côté les jalousies, les litiges, les discri­minations, les égoïsmes de nationalité, de langue, de classe, de race, d'intérêts économiques ? Quel est l'esprit chrétien sinon un esprit de concorde, de paix, de générosité, de charité ? L’Église est un corps; l'Église est une communion.

Fils très chers, que la méditation sur l'Église vous fasse découvrir son exigence intérieure d'unité, de communion. Qu'elle vous donne un avant-goût de l'intime vérité de ce passage bien connu du psaume: Qu'il est bon, qu'il est doux pour des frères d'habiter ensemble (Ps. CXXXII (CXXXIII), 1).

Que Notre Bénédiction apostolique vous l'obtienne.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 9 juin 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 16:54

Audience générale du 1er juin 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Vous savez sans doute que Nous choisissons volontiers, comme sujet de la brève allocution au cours des audiences générales, l'Église, encore l'Église. En Nous résonnent les paroles fortes et douces du Concile sur ce thème. Et il Nous semble que Nous vous honorons, très chers visiteurs, en faisant écho à chaque syllabe de ces mots qui parlent de l'Église, qui parlent de vous parce que vous êtes l'Église.

Pensez-y bien. Vous êtes l’Église, c'est-à-dire que vous appar­tenez à l'Église, à la sainte Église de Dieu, à la grande assem­blée convoquée par le Christ, à la communauté vivant de sa parole et de sa grâce, à son Corps mystique. Il faut que nous ayons une conscience de plus en plus claire de notre apparte­nance à l'Église, conscience de cette dignité parce que dans l'Église, nous sommes les vrais fils adoptifs de Dieu et frères du Christ, vivant de lui dans l'Esprit-Saint.

Conscience aussi de ce bonheur. Quel bonheur peut nous arriver plus grand que celui d'être admis dans cette société de salut ? Conscience d'un devoir, d'un engagement (selon l'expression du moment). Il suffit de dire que celui qui appartient à l'Église est fidèle, c'est-à-dire adhérent, logique, permanent.

Si donc il est extrêmement beau, extrêmement important d'appartenir à l'Église, une question se pose immédiatement et spontanément à l'esprit: est-ce que moi j'appartiens véritable­ment à l'Église ? Qui en fait partie?

Comment acquiert-on cette appartenance ?

La réponse est facile à première vue, nous la connaissons tous. C'est par le baptême qu'on entre dans la sainte Église. Le Concile (Lumen Gentium, 11), et avant lui toute la tradition chrétienne, dit que les fidèles sont incorporés dans l'Église par le baptême.

Nous devrions ici faire l'apologie de ce sacrement. Mais Nous Nous bornerons à souhaiter que le peuple chrétien accueille avec faveur, comprenne, apprécie le travail que poursuit la réforme liturgique pour que le sacrement de baptême reprenne sa juste place dans l'esprit et les habitudes des fidèles. C'est vraiment une chose d'une extrême importance pour arriver à une conception vraie de la vie chrétienne.

Posons plutôt une autre question. Est-ce que tous ceux qui sont baptisés, même s'ils ont rompu l'unité avec l'Église, appartiennent à l'Église ? à la véritable Église? à l'unique Église? Oui. C'est là une des grandes vérités de la tradition catholique, confirmée à maintes reprises par le Concile (cf. Lumen Gentium, 11, 15; Unitatis redintegratio, 3 etc.). Elle est liée à l'article du Credo que nous chantons à la messe: « Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum ».

Elle se rattache également aux grandes polémiques théologiques des premiers siècles auxquelles mit fin surtout l'autorité de saint Augustin. Dans une discussion avec les donatistes, celui-ci affirme que « l'Église a l'heureuse habitude de corriger ce qu'il y a de faux chez les schismatiques et les hérétiques, mais non pas de répéter ce qui a été donné (par eux, c'est-à-dire le baptême); de guérir ce qui est blessé, non de soigner ce qui est sain » (De Bapt., 2, 7: P. L. 43,133).

C'est ce qu'enseigne un document récent du magistère de l'Église, l'encyclique Mystici Corporis: « Par l'eau purificatrice du baptême, ceux qui sont nés à cette vie mortelle renaissent de la mort du péché (originel) et devien­nent membres de l'Église » (n. 18). Cette doctrine est à la base de notre œcuménisme qui nous fait considérer comme des frères même les chrétiens séparés de nous, à plus forte raison si, avec le baptême, la foi dans le Christ et le mystère de la sainte Trinité, ils conservent beaucoup d'autres trésors du commun patrimoine chrétien (Lumen Gentium, 15).

Mais suffit-il du baptême et d'une certaine foi pour apparte­nir pleinement à l'Église ?

Il faut rappeler que cette plénitude, cette parfaite communion, est une exigence profonde et im­prescriptible de l'ordre religieux établi par le Christ. Si l'appar­tenance à l'Église, au moins initiale ou partielle, est chose extrêmement appréciable, il est également désirable que cette appartenance atteigne sa mesure complète. L'Église est une et unique. Il n'existe pas plusieurs Églises, autonomes et se suf­fisant à elles-mêmes (cf. Denz. 1685).

La loi souveraine de l'unité domine intimement la société religieuse fondée par le Seigneur. N'oublions jamais les énergiques paroles de saint Paul: Efforcez-vous de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. Il n'y a qu'un seul corps et un seul Esprit, comme vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance. Il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu, père de tous (Éph. IV, 3-6). C'est à cette parfaite unité organique et « à surmonter les obstacles qui s'opposent à la pleine communion ecclésiastique que tend précisément notre mouvement œcuménique » (Unitatis redinte­gratio, 3).

Mais ici se posent deux autres questions sérieuses. Et les catéchumènes, ou cour mieux dire, tous ceux qui ne connaissent ni l'Évangile ni l'Église, comment seront-ils sauvés?

Première question, immense. Voici l'autre: les pécheurs qui ne sont pas en grâce avec Dieu appartiennent-ils à l'Église, oui ou non? Ces questions exigeraient tant de précisions longues et pesées que Nous n'y répondrons pas. Au sujet déjà première, Nous dirons seulement qu'on peut appartenir à l'Église en réalité ou virtuellement, « in voto », par le désir (comme les catéchu­mènes) ou encore par une orientation honnête de la vie, man­quant peut-être de toute connaissance explicite du christianisme, mais ouverte, grâce à sa rectitude morale, à une mystérieuse miséricorde de Dieu. Celle-ci peut aussi adjoindre à l'humanité sauvée par le Christ, et par conséquent à l'Église, les immenses multitudes d'hommes assis dans l'ombre de la mort (Ps. CVI (CVII), 10), mais qui sont eux aussi créés et aimés par la divine bonté (cf. Lumen Gentium, 13).

Quant à la seconde question, Nous dirons cette vérité à la fois étrange et merveilleuse: les pécheurs peuvent aussi apparte­nir à l'Église. C'est une doctrine que combattent ceux qui prétendent que l'Église terrestre est uniquement composée de saints (cf. S. Ambroise, De Pœnitentia: « peccamus et seniores », « Nous aussi, les anciens, nous péchons »  11, 8, 74).

Le péché interrompt l'union avec Dieu, mais tant qu'il n'interrompt pas l'adhésion à la communion de salut qu'est l'Église (comme le fait le péché expressément dirigé contre l'appartenance à l'Église tels que l'hérésie, le schisme, l'apostasie, ou qui implique séparation d'avec la communauté, c'est-à-dire l'excommunication), il peut trouver sa rédemption dans cette Église instituée précisément pour sauver les hom­mes. Rappelez-vous la parabole du filet: Le royaume des deux est semblable à un filet qu'on a jeté dans la mer et qui a ramené toutes sortes de poissons (Matth. XIII, 47).

Mais si vous voulez résumer et retenir en entier cette impor­tante doctrine de l'appartenance à l'Église, pensez plutôt à la double image par laquelle Jésus représente l'Église, celle de la bergerie et celle du troupeau (cf. Jean X, 16), et mettez un soin extrême à demeurer dans le bercail du Christ et à être au nombre des heureux qui appartiennent à son troupeau.

Tel est le vœu que Nous voulons confirmer par Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 2 juin  1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 16:30

Audience générale du 25 mai 1966.    

Chers Fils et chères Filles,

De nouveau Nous vous parlerons de l'Église. C'est le sujet tout indiqué pour une rencontre du genre de l'audience générale, et c'est aussi le sujet que le récent Concile œcuménique a rendu d'actualité. Ce fut le thème principal des discussions et des délibérations conciliaires, et il revient constamment dans de multiples études et commentaires de la culture contemporaine. Nous tenons à attirer sur ce sujet l'attention de Nos visiteurs, mais Nous ne prétendons aucunement en donner une notion organique et complète. Nous Nous contentons plutôt de noter combien il est difficile de parler et de tout dire à propos de l'Église, tant sa réalité est féconde, et profonde sa vérité. En effet, au cours des audiences précédentes, Nous avons dit que les nombreux noms allégoriques donnés à l'Église, les nombreuses figures par lesquelles on essaie d'en donner une idée, montrent d'abord la difficulté de trouver les mots et les concepts qui la définissent adéquatement, et ensuite l'intéressante variété de ses multiples aspects qui invite à la méditation et à l'admiration.

Parmi tant de figures de l'Église que rapporte la splendide constitution conciliaire sur l'Église, choisissons-en une: celle de la cité. L'Église est comme une cité, une « civitas ». Et qu'est-ce qu'une cité ? Avant d'être un lieu habité, un groupe de maisons, la cité est l'union des individus, des familles, des tribus, des groupes humains rassemblés pour former une société que des lois et une autorité propres rendent homogène et autonome. C'est une communauté unie et gouvernée par un droit social particulier; on peut l'appeler une nation, si l'on considère ses éléments ethniques, historiques et linguistiques; un État, si on la considère sous l'aspect juridique. L'Église est précisément une société juridique, organisée, visible, parfaite. Rappelons encore la définition classique de saint Robert Bellarmin: l'Église, « est l'assemblée des hommes qui professent la même foi chré­tienne, que la communion des mêmes sacrements maintient ensemble sous la conduite des pasteurs légitimes et spécialement du Pontife romain » (Controv., III; De Eccl., II).

« Que l'Église ait la forme d'une société, c'est un fait qui tombe sous les yeux de tous. Tous peuvent en effet constater l'existence d'une multitude de catholiques fidèles, rassemblée (congregata comme dit la Didachè, XI, 5, dès les premiers temps du christianisme) des quatre vents, soumise et obéissant à la direction d'un pasteur suprême et d'autres chefs particuliers, munie des moyens spiri­tuels et temporels destinés au bien de la communauté et tendant à la fin surnaturelle de la vision béatifique » (Ottaviani, Compendium juris eccl., p. 94 ;).

C'est ainsi que le Seigneur a voulu son Église une vraie société organisée, visible, religieuse, ayant les pouvoirs propres à une société parfaite et souveraine, avec ses lois propres, une autorité propre, des moyens et une fin propres. C'est là une vérité fondamentale de la doctrine catholique qui a des racines solides et apparentes dans le Nouveau Testament et dont la réalité est évidente dans l'histoire de l'Église.

Mais c'est peut-être à cause de cette inattaquable manifestation traditionnelle que cette vérité est l'une des plus discutées et des plus combat­tues dans la grande controverse sur la vraie nature de l'Église. Certains la veulent uniquement spirituelle, et par conséquent invisible. Celle-là seule serait d'origine divine. Il n'est pas tenu compte de la conséquence logique qu'une Église qu'on ne voit pas n'est plus en fait une Église (cf. Boyer, cité dans de Lubac, Méd., p. 68).

Déjà, à la fin du premier siècle du christianisme, la sainte voix retentissante du martyr saint Ignace d'Antioche faisait l'apologie de la hiérarchie ecclésiastique primitiveévêques, prêtres, diacreset s'écriait: « Sans eux, on ne peut parler d'Église » (ad Trall., III, 1).

D'autres opposent l'Église juridique à l'Église de la charité, s'imaginant qu'il est possible et qu'il n'y a là rien de contraire à l'économie de l'Incarnation, de séparer l'un de l'autre ces aspects constitutifs de l'Église, ce contre quoi nous avait déjà mis en garde la fameuse encyclique du pape Pie XII sur le Corps mystique (n. 62).

Évidemment, concevoir l'Église comme une « civitas », comme une société ayant des formes, des droits, des règlements particuliers, c'est-à-dire ayant une configuration humaine, con­crète et historiquement identifiée, pose beaucoup de problèmes, en tout premier lieu celui des défauts que peut présenter une Église ainsi réalisée. Mais nous devons penser qu'une telle conception, c'est-à-dire celle d'une pareille société composée d'hommes qui sont comme nous faibles, pécheurs, ayant besoin de pardon et de rédemption, émane de la bonté de Dieu, de l'amour du Christ pour l'humanité qu'il fait sienne en la rassem­blant et en l'organisant, qu'il éduque, qu’il guide et sanctifie. Autrement dit, il lui communique par l'Église sa rédemption et son salut.

Laissant de côté pour le moment les autres questions relatives au concept juridique de l'Église, essayons de comprendre la grâce que le Seigneur nous a faite d'être citoyens de cette cité bénie où une autorité munie des pouvoirs divins nous donne la preuve de l'inépuisable miséricorde du Seigneur et la certitude de sa constante action sanctificatrice, nous stimule inlassable­ment à l'exercice effectif de la foi et de la charité, et nous promet que cette cité, de terrestre qu'elle est, deviendra céleste, c'est-à-dire qu'elle est et sera la Cité de Dieu. Ici-bas, dans le temps, sur la terre, elle est déjà sainte dans son dessein et ses pouvoirs, mais en voie de purification et de sanctification dans ses actes et ses membres. Mais un jour, elle sera radieuse et glorieuse, comme la Jérusalem sainte que Jean a vue dans l'Apocalypse brillante de la gloire de Dieu (XXI, 11).

Dieu le veuille, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 26 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 15:48

Audience générale du 18 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Au cours de ces rencontres hebdomadaires que sont ces audiences générales, Nous ne savons parler que de l'Église. Le Concile fournit la matière et fait presque une obligation d'en parler en raison de l'abondance et de l'autorité de la doctrine sur l'Église qu'il nous a présentée. Votre visite Nous offre l'occasion de commenter quelques aspects de cette doctrine, sans prétendre la traiter ou l'exposer adéquatement, mais dans le seul but, pour le plaisir presque, d'en relever rapidement quelques points particulièrement dignes de considération.

Savez-vous quel est, à Notre avis, l'aspect le plus intéressant et en même temps le plus mystérieux de la doctrine sur l'Église ? C'est celui du rapport entre l'Église et l'Esprit-Saint. Dans une admirable et dense page de théologie, le Concile dit: « Une fois accomplie l'œuvre que le Père avait donné à faire au Fils sur la terre (cf. Jean XVII, 4), l'Esprit-Saint fut envoyé le jour de la Pentecôte, afin de sanctifier l'Église en permanence et qu'ainsi les croyants aient par le Christ, en un seul Esprit, accès auprès du Père (cf. Éph. II, 18).

Il est l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle (cf. Jean IV, 14; VII, 38-39), par qui le Père vivifie les hommes, morts par suite du péché, jusqu'au moment où il rendra la vie dans le Christ à leurs corps mortels (cf. Rom. VIII, 10-11).

L'Esprit habite dans l'Église et dans les cœurs des fidèles comme en un temple (cf. 1 Cor. III, 16; VI, 19); en eux il prie et rend témoignage de leur adoption filiale (cf. Gai. IV, 6; Rom. VIII, 15-16 et 26).

Cette Église qu'il amène à la vérité tout entière (cf. Jean XVI, 13), qu'il réunit dans la communion et le ministère, il l'édifie encore et la dirige par des dons variés, tant hiérarchiques que charismatiques, et par ses œuvres il l'embellit (cf. Éph. IV, 11-12; 1 Cor. XII, 4; Gai. V, 22).

Il la rajeunit par la force de l'Évangile, il la rénove perpétuellement et la conduit enfin à l'union parfaite avec son Époux. Car l'Esprit et l'Épouse disent au Seigneur Jésus: viens ! » (cf. Apoc. XXII, 17). (Lumen Gentium, N. 4.)

Cette longue page, bourrée de références bibliques, nécessi­terait un commentaire. Mais pour définir seulement le rapport entre l'Esprit-Saint et l'Église, Nous Nous contenterons ici de citer une phrase d'un grand penseur catholique allemand du siècle dernier qui, à la première page de son célèbre ouvrage sur l'unité de l'Église écrivait cette vigoureuse synthèse : « Le Père envoie le Fils, et le Fils envoie l'Esprit-Saint. C'est ainsi que Dieu est venu à nous; et en ordre inverse, c'est ainsi que nous parvenons au Père. L'Esprit nous conduit au Fils et le Fils au Père » (Moehler).

Il suffira de nous représenter l'Esprit-Saint comme le principe divin qui anime l'Eglise, comme son âme incréée (cf. Journet 1, 43, 665) qui produit dans le Corps mystique du Seigneur l'animation créée, c'est-à-dire la grâce, les dons du Saint-Esprit, les fruits du Saint-Esprit (Gal. V, 22) que saint Paul énumère ainsi: charité, joie, paix, patience, douceur, bonté, longanimité, mansuétude, confiance, modestie, continence, chasteté.

Et puis, le caractère sacramentel n'est-il pas un effet du Saint-Esprit ? Et ses inspirations qui guident les âmes dans les voies de la sainteté ? Et l'assistance de l'Esprit-Saint qui oriente le ministère de l'Église et lui donne sa sécurité, n'est-ce pas aussi l'œuvre de l'Esprit-Saint ?

Un point particulièrement important de toute cette merveil­leuse doctrine est celui qui concerne la hiérarchie de l'Église. Et quoi, l'Esprit-Saint n'est pas libre d'exercer directement sa mystérieuse action ? Spiritus ubi vult spirat, l'Esprit souffle où il veut (Jean II, 8). Sans aucun doute. Le Concile l'affirme expressément à plusieurs reprises (cf. Lumen Gentium, 12-16; Unitatis redintegratio, 3, 4, 21, etc.).

Et alors, le service que la hiérarchie se propose d'assumer pour enseigner, sanctifier, guider les fidèles, n'est-il pas superflu, n'est-il pas encombrant? Les fidèles ne reçoivent-ils pas le Saint-Esprit directement sans qu'il soit besoin de ce diaphragme humain, de cette institution intermédiaire? C'est là un point essentiel de la doctrine sur l'Église. Il faut recourir à la pensée du Christ. Le Christ a confié la réalisation de son œuvre dans l'humanité à deux facteurs différents: l'Esprit-Saint et les Apôtres. Il a promis d'envoyer l'Esprit-Saint et il a envoyé les Apôtres. Ces deux missions proviennent également du Christ. Le dessein incontestablement voulu par le divin Fondateur de l'Église est que l'Église soit construite par les Apôtres et vivifiée par le Saint-Esprit. Les Apôtres construisent le corps de l'Église dont l'âme est l'Esprit du Christ. Ces deux agents différents sont si bien liés entre eux que saint Augustin, au style incisif bien connu, déclare coextensive l'œuvre de l'un et l'autre: Seul le corps du Christ vit de l'Esprit du Christ... Veux-tu donc, toi aussi, vivre de l'Esprit du Christ ? Sois dans le corps du Christ ». (In Jo. tract. 26, 13: P. L. 35, 1612-1613). Et ailleurs: « Le chrétien ne doit rien tant redouter que d'être séparé du corps du Christ. Si en effet, il est séparé du corps du Christ, il n'est pas un de ses membres; s'il n'est pas un de ses membres, il n'est pas nourri de son Esprit». (Ibid., Tract. 27, 6: P. L. 35, 1618).

Nous ne devrions jamais oublier que l'action de la hiérarchie visible est ordonnée à la diffusion de l'Esprit-Saint dans les membres de l'Église. Son ministère n'est pas indispensable à la miséricorde de Dieu, laquelle peut se répandre comme il plaît à Dieu. Normalement, il est indispensable pour nous qui avons eu l'ordre et le bonheur de recevoir la parole de Dieu, la grâce de Dieu, la direction de Dieu par l'entremise des Apôtres, c'est-à-dire des ministres de la vie religieuse, surnaturelle, qui émane du Christ (cf. Congar, Esquisses du mystère de l'Église, p. 129 et suiv.).

Il Nous fait plaisir de rappeler ces lumineuses vérités la veille de la neuvaine, de la grande neuvaine de la Pentecôte. Nous voudrions que la célébration de cette « métropole des fêtes », comme saint Jean Chrysostome appelle la Pentecôte, soit préparée de la manière établie par le Christ (cf. Actes I, 4, 12; II, 1), dans le recueillement, la prière, la méditation du mystère de l'Église, sa profondeur intime ou ses manifestations extérieures. Méditation sans limite. Nous voudrions que l'on rappelle et qu'on prenne connaissance de la belle encyclique de Léon XIII, Divinum illud munus (1897).

Nous voudrions que le culte et l'amour du Saint-Esprit soient chez tous les chrétiens plus ardents et plus répandus. C'est ce que Nous vous recom­mandons, pour votre bien et celui de la sainte Église, avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 19 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 22:44

Audience générale du 11 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,    

Nous savons que Nous parlons à des milliers d'élèves des Salésiens, des fils de Don Bosco, ici présents. Et Nous voudrions qu'ils gardent de leur visite au Pape un souvenir spécial. Qu'ils ne se souviennent pas seulement du spectacle que vous avez actuellement sous les yeux, le spectacle de cette basilique pleine de gens entourant cet autel sous lequel se trouve la tombe de saint Pierre, l'apôtre qui s'appelait Simon, fils de Jean, et que Jésus voulut qu'il fût appelé Pierre, précisément pour signifier qu'il devait être le fondement, la pierre sur laquelle Jésus voulait construire un édifice appelé Église. Voici ce que Nous voudrions: que cette audience grave dans la mémoire de Nos visiteurs d'aujourd'hui, de ces jeunes en particulier, le souvenir de l'Église.

Qu'est-ce que l'Église ? Comment vous la représentez-vous ? Nous avons dit: un édifice. De fait, le mot église sert à désigner l'édifice sacré où l'on va prier, mais il désigne aussi la société, le peuple, les gens qui vont à l'église, autrement dit la communauté de ceux qui croient au Christ et dont l'ensemble forme un groupe, une multitude unie, ordonnée, unanime, bonne, religieuse, heureuse et tout animée de grandes pensées et de grandes espérances. C'est cela l'Église, comme vous le savez tous.

Et maintenant, Nous vous demandons s'il y a une image, autre que celle de l'édifice, qui représente exactement l'Église sous cet aspect d'une multitude rassemblée autour d'un centre. Oui, il y a une image que Jésus lui-même nous a laissée, une image que vous entendrez souvent répéter, celle du troupeau réuni autour de son pasteur, de son pasteur qui le guide, le connaît et le défend. Lui-même l'a dit: Je suis le bon Pasteur (Jean X, 14), c'est-à-dire le véritable pasteur, le seul pasteur qui sache guider, le pasteur qui se sacrifie pour défendre et sauver son troupeau.

Et que signifie le mot troupeau ? Il signifie l'humanité, il signifie le monde, il signifie nous, nous personnellement. Pour nous modernes, cette image est moins parlante qu'elle ne l'était pour les anciens, plus habitués que nous le sommes à regarder le spectacle champêtre du pasteur qui mène son troupeau au pâturage. C'était une image chère au langage des temps passés. Jadis, on appelait les rois pasteurs des peuples (cf. Homère). Les prophètes avaient annoncé le Messie comme le pasteur d'Israël. Mais c'est une image si simple et si belle qu'elle peut nous servir, à nous aussi, pour désigner la réunion de nombreux disciples, rassemblés et conduits par un seul chef, un seul guide, c'est-à-dire les hommes, les fidèles qui ont en Jésus le principe de leur unité et constituent un corps social autour de lui. C'est cela l'Église.

Et maintenant, attention. Jésus qui avait d'abord donné à Simon le nom de Pierre, confie à ce même Pierre, à la fin de l'Évangile, au cours de la célèbre et merveilleuse scène sur la rive du lac de Tibériade, la fonction de pasteur. Trois fois il lui dit: Sois le pasteur de mon troupeau (Jean XXI, 15-17). Ainsi Jésus confie à Simon-Pierre la charge qu'il avait déclaré être la sienne propre. Il le nomme son successeur, son vicaire, son représentant. Si vous êtes capables de lire les belles paroles latines et grecques, écrites en mosaïque sur la bande d'or, au-dessous de la grande corniche de cette basilique, vous y trouverez les paroles par lesquelles Jésus investit Pierre de ses fonctions: « Pais mes agneaux, pais mes brebis ». Vous y verrez, évoquée par les mots mêmes du Christ, l'image de l'Église symbolisée par le pasteur et son troupeau.

Cette figure, cette similitude, ce souvenir, Nous voudrions qu'ils restent dans vos esprits après cette audience qui est pour vous une rencontre caractéristique avec la sainte Église à laquelle vous appartenez tous.

Que nous enseigne l'image du pasteur et du troupeau appli­quée à l'Église ? Elle nous enseigne deux attributs de l'Église qui doivent nous être très chers et qui nous aident à comprendre tant de choses relatives au monde, à l'histoire, à notre vie: l'unité et la catholicité. L'Église est unique et elle est univer­selle: c'est une chose merveilleuse. Si vous étudiez, si vous voyagez, vous comprendrez quelque chose de ce très simple et sublime plan de Dieu pour le salut de l'humanité.

Elle nous enseigne ensuite que cette unité universelle, que le Christ a fondée et dont il poursuit la réalisation dans le temps, est maintenue par deux forces principales: une même pensée et une commune affection, ou pour mieux dire, par la foi identique chez tous et par l'amour — non par la force, non par l'intérêt, non par la paresse — par l'amour du Christ pour nous et par notre amour pour le Christ et pour nos semblables que nous appelons nos frères.

C'est cela l'Église! Vous en souviendrez-vous ? Chercherez-vous toujours à lui être fidèles et affectionnés envers elle? Serez-vous heureux d'être catholiques? Certaine­ment.

Et avec Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 12 mai 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 16:56

Audience générale du 4 mai 1966.

Chers Fils et chères Filles,

La rencontre, à l'occasion de cette audience générale hebdo­madaire, avec tant de fidèles et de visiteurs, toujours nouveaux et toujours nombreux, Nous incline à parler de l'Église, un grand thème, le plus naturel, le plus vaste, celui qui convient le mieux pour cet instant de conversation familière. Ne vous étonnez donc pas si Nous en parlons encore avec vous. Nous n'aurons jamais fini d'en parler tant il est important et riche d'enseignements. La semaine dernière, Nous avons mentionné les noms divers que la sainte Écriture donne à l'Église. Cette variété montre combien il est difficile d'inclure dans un seul nom l'exubérante richesse de la réalité mystérieuse de l'Église. Elle indique également une manière didactique ^qu'utilisé la sainte Écriture pour nous inculquer la science de l'Église.

Prenons un de ces noms, Maison de Dieu par exemple. C'est saint Paul, écrivant à Timothée, qui l'emploie. On y lit: Je t'écris ... pour que tu saches comment te comporter dans la maison de Dieu, qui est l'Église du Dieu vivant, colonne et base de la vérité (1 Tim. III, 15). Cette image où l'on compare l'Église à une maison nous fait penser à d'autres images semblables qu'on trouve dans le Livre saint pour représenter l'Église. C'est saint Paul encore qui dira des chrétiens: Dei aedificatio estis, vous êtes l'édifice construit par Dieu (1 Cor. III, 9). Et cela nous rappelle les expressions de Jésus lui-même: J'édifierai mon Église (Matt. XVI, 18), la pierre d'angle (Matt. XXI, 42) qui est le Christ lui-même soutenant toute la construction, Simon dont le Christ change le nom et qu'il appelle Pierre pour l'assimiler d'une certaine manière au Christ, nous disons son vicaire visible, dans la fonction de fondement, de soutien de l'édifice dont le Christ a dit qu'il veut être le constructeur, l'architecte, ^artiste.

A quelles notions doctrinales cette image Église-maison de Dieu nous conduit-elle ?. Il serait difficile de le dire en quelques mots, mais chacun de vous peut de lui-même les découvrir. Par exemple, la maison n'est-elle pas une demeure ? N'indique-t-elle pas quelque chose d'intérieur ? Une habitation où la famille se réunit ? Ne dit-elle pas unité intérieure, intimité vécue et pro­tégée ? Appliquée à un groupe de personnes, l'image de la maison ne nous enseigne-t-elle pas que cette pluralité doit former une communauté? Et que celle-ci doit s'unir dans l'amour, la concorde, l'identité de pensées et de sentiments? Comment pourrait-il en être autrement de l'Église du Christ conçue comme la maison de Dieu ?

Et si cette maison n'est pas uniquement destinée à grouper la société ecclésiale qui l'habite, mais à rendre possible, à provo­quer en un certain sens la rencontre avec Dieu de ses heureux habitants, alors cette maison nous apparaît comme sacrée, elle devient un temple, elle nous montre que l'Église est véritable­ment et nécessairement le lieu pour communiquer avec Dieu, le foyer de sa lumière, le rendez-vous où il nous attend, où il se donne à nous, où nous pouvons lui parler avec confiance, jouir de sa présence, vivre le « mystère » du rapport établi par le Christ entre Dieu et les hommes. Dans l'Église, nous devenons domestici Dei, des membres de la famille de Dieu (Éph. II, 19).

La méditation sur cette pensée Église-maison de Dieu suffirait à elle seule à susciter des réflexions sans fin. Où est le pluralisme dont certains veulent faire un attribut de l'unique Église? Où est l'extériorité que d'autres reprochent à l'Église visible? et combien d'autres considérations dont cette compa­raison avec une construction est le point de départ. L'Église est une construction en train de se faire. Elle n'est pas une construction terminée, elle est en voie d'achèvement. Vue sous cet angle, l'image en question ne nous dit-elle rien de l'histoire de l'Église ? De ce qu'elle deviendra sous l'impulsion du Christ, le vrai constructeur de son Église par l'action de l'Esprit-Saint ? Ne nous apprend-elle pas que l'Église est actuellement inache­vée, qu'elle se développe continuellement, que sa beauté se révèle au fur et à mesure que la construction se poursuit, c'est-à-dire tout au long des siècles ? Cette image n'évoque-t-elle pas la pérennité de l'Église, sa fidélité à ses doctrines et à ses structures fondamentales, sa vérité, la même aujourd'hui qu'hier et demain, et cependant toujours susceptible d'approfondissement et même d'élévation, avec un contenu identique et une prodigieuse fraîcheur d'expression ?

Efforcez-vous, fils très chers, de considérer l'Église comme la demeure de Dieu. Vous trouverez là la réponse à tant d'in­compréhensions qui en déforment le concept. Vous vous sentirez invités à pénétrer plus avant dans cette maison bénie, à la mieux connaître, à y demeurer avec joie et dignité. Vous ferez la découverte d'un grand bonheur: celui d'avoir une maison, une maison où l'amour des frères est le principe de la cohabitation, où l'amour de Dieu pour nous et notre amour pour Dieu se célèbrent de la façon la plus heureuse et la plus riche de promesses.

Et c'est à tout cela que Nous vous exhortons par Notre Bénédiction apostolique.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Traduction des Actes Pontificaux.

Romano du 5 mai  1966,

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 16:45

Audience générale du 27 avril 1966.          

Chers Fils et chères Filles,

Si, en Nous faisant cette visite, vous venez avec l'âme du pèlerin qui ne se contente pas de regarder, comme un étranger, le spectacle extérieur de cette audience, mais qui veut voir au-dedans quelque chose de la réalité spirituelle présente, qui veut comprendre, qui veut découvrir le sens de ce qui l'entoure et qu'il observe, vous sentirez poindre en vous une pensée claire et une question embarrassante.

La pensée claire: voici l'Église, l'Église catholique. Non pas l'Église catholique entière, ni l'Église seule, bien entendu. Mais l'Église catholique dans son expression la plus caractéristique et la plus autorisée, l'Église catholique représentée par son chef visible, l'Église catholique en son siège central, l'axe de sa foi et de son histoire. La tombe du premier apôtre, saint Pierre, est ici; ici son successeur le Pape; ici sont évidentes l'apostolicité, l'unité, la catholicité, la sainteté constitutionnelles de l'Église, les fameuses «notes» qui la caractérisent authentiquement. C'est ici le point de rencontre de tous les catholiques du monde, et même le centre d'attraction œcuménique de tous les chrétiens qui croient en le Seigneur Jésus, et ainsi de suite. Vous dites avec raison: ici est l'Église à laquelle vous appartenez, c'est son centre, son signe le plus lourd de sens, son fondement le plus sûr. Cela est clair.

Mais ensuite, le pèlerin se pose une question qui semble facile mais qui ne l'est pas. Voici la question, très simple: qu'est-ce que l'Eglise ? Tous certainement vous vous rappelez la réponse du catéchisme dit de Pie X:

« L'Église est la société des vrais chrétiens, c'est-à-dire des baptisés qui professent la foi et la doctrine de Jésus-Christ, participent à ses sacrements et obéis­sent aux pasteurs qu'il a établis. » C'est bien, mais cette défini­tion nous dit-elle tout sur l'Église ? C’est plutôt une description exacte, suffisante pour avoir de l'Église une notion qui la distingue des autres sociétés.

Elle éveille, plutôt qu'elle ne satisfait, le besoin de comprendre dans ses causes, c'est-à-dire dans ses principes constitutifs les raisons intrinsèques de cette association si différente de toutes les autres qui s'appelle l'Église. Tous nous voudrions savoir sur elle quelque chose de plus.

Cela est si vrai que tous ceux qui sont un peu au courant des questions spirituelles de notre temps sentent aujourd'hui le vif besoin de l'« ecclésiologie », la science de l'Église. Savoir ce qu'est l'Église est d'une importance décisive par rapport à beaucoup d'autres questions vitales: la religion tout d'abord, l'œcuménisme, l'humanisme, etc. Et cette connaissance est d'autant plus importante, spécialement pour nous catholiques, que nombre d'erreurs, tant d'idées inexactes, tant d'opinions particulières se propagent aujourd'hui dans les discussions. L’intérêt que portent actuellement à la vraie conception de l'Église ceux qui pensent et qui aspirent au rétablissement de l'unité entre les chrétiens séparés, signale ce problème à l'atten­tion et à la conscience du monde contemporain.

Il importe de bien savoir ce qu'est l'Église, l'Église véritable envers laquelle nous avons des devoirs imprescriptibles et où nous voulons trouver la vérité et le salut, sans pluralismes contraires au principe d'unité qui constitue l'Église, sans incertitudes élasti­ques et équivoques qui nous privent du bonheur de posséder la réponse univoque (même si elle varie dans ses formes accessoires et extérieures) à la grande question.

L'importance de la question grandit pour deux raisons.

Premièrement, parce que le IIe Concile œcuménique du Vatican s'est centré sur elle et qu'elle en a été le point principal le plus étudié et le mieux éclairé par de profondes affirmations doctri­nales de la plus grande valeur.

Deuxièmement, parce qu'on peut dire que le Concile s'est évertué pour donner de l'Église une idée simple, linéaire et facile. Il s'est en effet trouvé devant une réalité si riche de sens, si grande et si complexe, qu'il a dû la qualifier de mystère. L'Église est un mystère non pas seule­ment par suite de la profondeur cachée de sa vie, mais aussi par ce qu'elle est une réalité non pas tant humaine, historique et visible que divine et dépassant notre faculté normale de con­naître.

L'Église telle que nous la voyons aujourd'hui est elle-même un signe, un signe sacré, un sacrement que nous ne pouvons pas ici-bas connaître adéquatement dans sa véritable plénitude intérieure, mais qui dès maintenant nous incite à de merveilleuses études nouvelles.

Comment ferons-nous donc pour comprendre quelque chose ? Voici. S'il y a une étude où l'amour contribue à conquérir la vérité, Nous croyons que c'est bien l'étude de l'Église. Pour bien connaître l'Église, il faut l'aimer. Ensuite, l'étudier. Une des études les plus intéressantes à cet égard est la grande consti­tution dogmatique intitulée Lumen Genlium. Nous y trouvons, entre autres choses remarquables, les noms multiples donnés à l'Église. Elle est désignée par des figures et des symboles, comme c'était la coutume chez les auteurs des Livres saints, peu familiers avec l'emploi des termes abstraits et des définitions spéculatives que nous, les modernes, nous utilisons. Il suffira de dresser la liste de ces noms pour comprendre combien est vaste et complexe la réalité de l'Église. On l'appelle l'Israël de Dieu, le royaume des cieux, la cité de Dieu, la Jérusalem céleste, l'Épouse du Christ, la Mère des fidèles, le champ de Dieu, la vigne du Seigneur, le troupeau du Christ, la maison de Dieu, le Peuple de Dieu, et enfin le Corps mystique du Christ. Cette multiplicité d'appellations nous montre que l'Église peut être considérée sous différents aspects dont chacun est comme le feu d'un dia­mant à multiples facettes.

Très chers fils, laissez-vous attirer par ces feux. L'Église n'est pas un écran qui nous empêche d'arriver au Christ et de nous élever jusqu'à Dieu, comme l'ont dit beaucoup de gens étran­gers à notre communion ineffable, mais elle est le miroir — le signe sacré — dans lequel nous devons voir le Christ, et en lui Dieu.

Que Notre Bénédiction vous obtienne d'être tous des disci­ples de cette merveilleuse école qu'est l'étude de la sainte Église.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

Texte italien dans L'Osservatore Romano du 28 avril 1966. Traduction des Actes Pontificaux.

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 18:03

Audience générale du 30 mars 1966.

Chers Fils et chères Filles,

Vous vous rendez compte que depuis le Concile la question des rapports entre l'Église et le monde se sont avivée. La grande constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps, discutée et approuvée à la fin du Concile, présente cette question avec ampleur et aborde quantité de problèmes doctrinaux, moraux et pratiques, quelques-uns anciens et permanents, d'autres d'une importance actuelle et passagère. C'est cette formidable discussion, très poussée, qui attire sur le Concile l'attention non seulement des fidèles, mais aussi des profanes, et qui manifeste même à ceux qui ne pratiquent pas la religion combien le catholicisme est vivant, combien il colle à la réalité spirituelle et temporelle de l'expérience humaine.

Sur la science de l'homme, sur la philosophie, l'histoire, la morale, la sociologie, la culture en général, l'économie, les réalités terrestres comme on dit maintenant, le Concile a projeté la lumière de la théologie catholique afin de porter un audacieux jugement nouveau, pour s'efforcer de comprendre et de classifier, pour se livrer à l'étude et à la recherche comme jamais jusqu'ici le magistère de l'Église ne l'avait fait d'une façon aussi directe, aussi systématique, aussi autorisée. Il y aura là matière à réflexion pour tous et pendant de nombreuses années.

Nous Nous bornerons ici, pendant ce bref moment, à vous faire remarquer que le simple fait d'avoir exposé un tel sujet pousse de nombreux esprits, tant chez les intellectuels que dans le commun du peuple, à se demander quelle est l'attitude fondamentale de l'Église à l'égard du monde.

Son attitude est-elle condamnation? Séparation? Indifférence? Acceptation? Sympathie ? Alliance ?

La réalité que l'on étiquette "monde contemporain" est trop complexe pour que l'on puisse répondre simplement et sans équivoque. L'Église porte des jugements positifs et non pas a priori, elle n'est pas superstitieuse, elle n'est pas superficielle. Elle sait que dans le monde, c'est-à-dire dans notre réalité humaine, on trouve beaucoup de défauts, beaucoup de maux.

Elle n'ignore aucune des causes du pessimisme moderne, elle en révèle même la cause fatale qui est à la racine: le péché originel. D'accord avec tous les diagnostics les plus sincères et les plus durs sur l'esprit humain et l'histoire terrestre, elle enseigne elle aussi que les maux de l'homme sont profonds, sans cesse renais­sants et, par eux-mêmes, incurables.

Elle connaît les abîmes de la souffrance, du péché, de la mort; elle sait voir la profondeur des injustices humaines, des misères personnelles et sociales; elle sait dénoncer les pièges redoutables de la "puissance des ténèbres"; elle sait appeler les choses par leur nom, qu'il soit douloureux, ignoble, criminel; elle sait pleurer. La liturgie de la semaine sainte toute proche nous dira à ce propos des paroles émouvantes et terribles.

L'Église ne contredira pas non plus sa doctrine ascétique au sujet du «mépris du monde», laquelle a si largement contribué, dans la formation médiévale, à libérer l'homme de ce que la vie païenne et barbare avait de matériel et d'animal.

Elle continuera à marquer la séparation spirituelle qui doit se produire entre le chrétien qui tend au «royaume des cieux », c'est-à-dire à la vie de l'âme, à la vie eschatologique au-delà des temps, et la conception d'une vie terrestre qui se suffit à elle-même, c'est-à-dire le monde content de soi, entièrement replié sur ses biens terrestres éphémères et trompeurs. Ce n'est pas sans raison que l'habitude s'est prise d'appeler l'Église idéale «Église des pauvres» et d'attribuer à «l'Eglise constantinienne» les contaminations tem­porelles à réprouver (bien que cette expression soit tout à fait impropre et semble méconnaître le grand événement historique qui est à l'origine de la liberté de l'Église).

Tout cela est vrai et demeure. Mais Nous ne pouvons pas oublier l'optimisme — Nous devrions dire l'amour — avec lequel l'Église du Concile regarde le monde dans lequel elle vit, qui l'entoure, la domine, l'écrase sous ses bouleversements gigantesques.

C'est là un des aspects saillants du Concile. Il considère le monde dans toute sa réalité, avec l'attention aimante qui sait découvrir partout les traces de Dieu, la bonté par conséquent, la beauté, la vérité. Ce n'est pas là la philosophie seulement du Concile, mais c'est sa théologie. Voilà à quoi sert la Révélation.

La lumière de l'Évangile éclaire le panorama du monde. Il y a des ombres, terribles et fortes: le péché et la mort surtout. Mais partout où parvient cette lumière apparaît le reflet de Dieu. L'Église le cherche, le reconnaît et s'en réjouit. Elle le trouve dans le cosmos: personne autant qu'un véritable chrétien ne peut être attiré par l'enchantement de l'univers. Son regard croise le regard illuminateur du Dieu créateur qui, dit l'Écriture, vit tout ce qu'il avait fait, et cela était très bon (Gen. I, 31).

Son regard s'arrête sur le visage de l'homme et c'est sur lui surtout qu'elle découvre le reflet de Dieu. Il se porte sur l'histoire de l'humanité et elle y trouve un fil conducteur, un sens qui aboutit au Christ et se concentre en lui, et ainsi de suite. Et le regard de l'Église se pose, oui, sur ce monde moderne, et celle-ci ne craint pas, elle ne fuit pas, mais elle contemple et bénit. Elle contemple et bénit l'œuvre de l'homme: la science, le travail, la société. Comme toujours, elle voit la misère et la grandeur, mais il y a aujourd'hui quelque chose de plus: l'Église voit sa vocation, elle voit sa mission, elle voit le besoin de sa présence. Les hommes ont besoin de sa vérité, de sa charité, de ses services, de sa prière.

Oh, combien de choses il y aurait à dire! Qu'il vous suffise de comprendre dans quel esprit et avec quel cœur l'Église du Concile aborde le monde moderne.

Elle s'ouvre à lui non pas pour être contaminée par ses mœurs, mais pour mettre en lui le ferment de son salut.

Et comprenez que maintenant nous de­vons nous conformer à cette conception de l'Église et du monde. Que Notre Bénédiction apostolique soit un présage de ce renouvellement.

PAUL VI

Extrait de : Actes Pontificaux. Éditions Bellarmin

(Texte italien dans L'Osservatore Romano du 31 mars 1966. Traduction des Actes Pontificaux.)

NDLR :Les caractères gras sont de l’auteur du blog.

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