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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 08:36
Il n’est pas inutile de relater comment le problème commença à se poser en Métropole. En 1962, fuyant les massacres du FLN où avaient péri dans d’horribles supplices plus de 60 000 de leurs compagnons d’armes, 15 000 musulmans qui avaient servi sous le drapeau français (90 000 avec les familles) sont recueillis par l’armée, réunis dans des camps avant d’être dispersés dans différents départements. « Nous sommes Français, nous prenons la religion de la France », disent certains au général Faivre qui aide les survivants à s’installer à Dreux.
Mais le clergé de Dreux refuse de s’occuper des enfants, ne serait-ce qu’au patronage. Résultat : très peu sont devenus chrétiens. Pourquoi ce gâchis est-on tenté de dire ? L’expérience du Père Avril, qui fut au coeur de ce drame, nous le fera comprendre.
De retour d’Algérie qu’il a dû fuir en 1962, il s’est appliqué à l’évangélisation des musulmans français rapatriés, les Harkis. Sans doute est-il le premier en France à avoir cherché à le faire. En vain, explique-t-il dans son livre La XIIe Croisade, a-t-il cherché à intéresser à ce travail l’épiscopat français et le Vatican :
« Dans mon action en faveur de l’évangélisation des Harkis, j’ai reçu des encouragements chaleureux et substantiels de la part de tous, des plus humbles Français comme des officiels les plus haut placés. Mais de la part de la Hiérarchie, je n’ai subi qu’interdictions et condamnations. Et la majeure partie de mon temps, devrai-je l’utiliser à justifier les principes de mon action personnelle, mais surtout à essayer bien en vain de convaincre leurs Excellences et d’entraîner toute l’Église de France dans cette mission. J’agite la terrible alternative : ou bien évangéliser et par là intégrer, ou bien islamiser et par là désintégrer ».
Des motifs politiques, secondés par la théologie en vogue après le Concile, leur ont fait faire la sourde oreille.
Par deux fois, explique le Père Avril, la Providence a confié à la France la mission de l’évangélisation des masses islamisées. Chaque fois, elle a trahi et subi les conséquences de sa trahison.
La première fois en Afrique du Nord où, bien loin d’entreprendre l’évangélisation, elle l’a interdite, tout en favorisant l’islamisation. La deuxième fois sur son propre territoire, elle a manqué à ce qui était pour elle la grâce du siècle, se mettant en situation d’être réduite par ce qu’elle a refusé de réduire.
La hiérarchie catholique et le gouvernement français observaient le même statu quo. La position officielle, à l’école de Louis Massignon, peu à peu adoptée par les Pères Blancs et reçue à Rome même avant le Concile, était : enseigner uniquement la loi naturelle aux musulmans, et pour leur conversion, attendre pendant des siècles l’heure de Dieu. A cela, le Père Avril répond : vouloir demeurer dans le domaine naturel, c’est fermer la porte à Dieu, car, comme l’enseigne le Concile de Trente, l’homme ne peut se maintenir longtemps dans l’observance de la loi naturelle sans la grâce divine.
« Les Harkis sont en France, et Français. Islamisés par la France, ils étaient considérés comme musulmans, c’est-à-dire membres de la Communauté musulmane. En France et Français, ils sont libérés de cette contrainte, ils sont nouveaux, neufs. A nous de leur proposer la vérité et Celui qui est la Vérité, et de prier pour que Dieu et son Église leur donnent la foi. Comment procéder ? A Salérans, réaliser un groupe de berbères et d’arabes chrétiens, qui forment un village chrétien, qui alimenteront un séminaire spécialisé, et qui devront tout naturellement faire tâche d’huile ». Tel est en 1964 le plan du Père Avril pour qui il est urgent de « ramener les riverains de la Méditerranée à leur christianisme d’origine ».
Mais les évêques français refusent catégoriquement de s’occuper des Harkis car cela a une résonance politique. L’évêque de Digne précise au Père Avril qu’il ne faut évangéliser les Harkis sous aucun prétexte. Ils risquent d’apostasier s’ils retournent dans leur pays et les États musulmans pourraient user de représailles contre les minorités chrétiennes.
C’est l’époque du Concile qui prépare un document sur l’islam, il ne faut surtout pas risquer de faire des apostats et de déplaire aux musulmans… « Alors il n’y a rien à faire ? » Et l’évêque rencontré à Rome le 28 septembre 1964, alors que le matin même a été discuté le texte sur l’islam, de répondre : « Mais oui, il faut les aider à rester de bons musulmans, à pratiquer leurs fêtes, à ne pas devenir athées ».
Tandis qu’un « document confidentiel » destiné aux évêques leur fait une défense absolue d’évangéliser et de baptiser les Harkis, le Père Avril voit les premiers fruits de son apostolat : le 3 juillet 1965, il baptise quatre enfants avec l’acceptation ouverte et franche de leur famille.
A l’automne 1965, il est tout de même question de nommer le Père Avril « Aumônier national » des Harkis. Ce projet a l’agrément de Mgr Etchegaray, chargé de ces populations. Mais les évêques de France consultés répondent par la négative, quoique sensibles à la nécessité d’une solution. Au nom d’une recherche pastorale commune, en réalité en raison du refus de l’évangélisation et de la peur d’être accusé de faire de la politique en s’occupant des Harkis, les solutions sont toujours remises à plus tard. Et l’on refuse le baptême à des familles qui le réclament depuis des mois.
C’est par conséquent seul ou presque, avec des moyens fort limités et sans mission officielle, que le Père Avril a continué autant qu’il le pouvait son apostolat auprès de ces « Français musulmans » qui frappaient à la porte de l’Église que les responsables ecclésiastiques, enfermés dans leurs peurs et leurs préjugés, n’ont pas voulu ouvrir.
Le Père Avril a tout de même contribué à la conversion de 200 Harkis d’origine kabyle.
Trouvé sur Christ-roi.net

http://bibliothequedecombat.wordpress.com/2013/05/13/lattitude-honteuse-du-haut-clerge-francais-face-aux-harkis/

elogofioupiou.com

 

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