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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 18:14

Jésus commença à être attristé et affligé…

Cette grande semaine gravite autour du Calvaire. Méditons-y la Passion. Antithèse du péché, comme celui-ci est orgueil, elle sera humiliation. Le Christ fut humilié par les forces aveugles, par les hommes, par son Père. : Arrêtons-nous 'aujourd'hui à la- première humiliation. Il y a : 1° Ce qui est hors du Christ, 2° Ce qui tient au Christ.

1° Ce qui est hors du Christ. — Au cours de sa pré­dication il s'était montré supérieur aux éléments, il les domptait. Nous l'avons vu sur le lac en tempête : « Il commanda aux vents et à la mer et il se fit un grand calme. » (Matt., 8, 26). Devant un figuier qui lui refuse des fruits, il le maudit et l'arbre dessèche.

A l'heure de sa Passion il ne domine plus rien, il est dominé par tout. Les coups que lui assènent les brutes qui l'arrêtent le meurtrissent, les cordes qui l'attachent ensanglantent ses bras, le bois de la croix lui est lourd, il chancelle sous son poids, les clous qui le fixent sur son gibet d'infamie lui brisent les os, lui froissent les nerfs.

Aveugles, les choses obéissent quand même à une volonté supérieure, mystérieuse, qui leur a imposé des lois, et dont elles sont les agents inconscients. Souvent elles nous brisent nous-mêmes et nous font souffrir. Nous ne sommes pas plus forts qu'elles. Du haut d'un rocher au pied duquel nous nous sommes assis, une pierre peut tomber et nous tuer. Tenons-nous petits devant les desseins de­ là Providence. Les éléments sont à son service. Utilisons les, défendons-nous parfois contre eux, inclinons-nous toujours devant l'impossible, en esprit de soumission à Dieu.

O Jésus, je ne puis, comme vous, calmer la tempête ; je puis comme vous accepter humblement d'être le plus faible devant elle. Je le veux bien par amour pour vous. Fatigues, maladies, épreuves physiques... Fiat !

2° Ce qui tient au Christ. — C'est son corps adorable» plus qu'aucun autre corps humain, « temple du Saint-Esprit (1 Cor., 6, 19). Or, Jésus avait été prophétisé comme « le Fort ». Il ne l'est plus. A Gethsémani il tremble, il chancelle, il pleure, il sue du sang, ses forces l'aban­donnent. Il est flagellé, sa chair part en lambeaux sous les coups des fouets qui le laissent tout déchiqueté. Il est couronné d'épines, son front en est transpercé, la douleur est affreuse. Tant il est frappé, bousculé, maltraité, qu'il réalise à la lettre le vermis et non homo il est comme un ver et non un homme, et se vérifie l'annonce : « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os. » (Ps., 21, 17).

Il a été annoncé comme « le plus beau des enfants des hommes », il est maintenant   hideux à voir : « Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête il n'y a plus rien de sain en lui. » (Isai, 1, 6). Son pauvre corps délicat n'est plus que « blessures, meurtrissures, plaies purulentes. » (Ibid.). Au moment où, avant de le crucifier, on lui enlève sa tunique, collée qu'elle était à ses plaies, on doit la lui arracher violemment,  et il ressemble à un écorché vif. Au milieu de ses tortures indicibles et innombrables, il se tient silencieux,  confus,  brisé et broyé   moralement autant que physiquement. Ainsi il expie les sensualités, les impudicités humaines, les jouissances brutales, l'or­gueil de la chair qui, au début de la création avait com­me dégoûté Dieu d'avoir fait l'homme, qu'il châtia par le déluge, par le feu du ciel, sans réussir à le corriger. O Jésus, le spectacle est poignant de vos humiliations par les forces aveugles. J'entends saint Bernard et je  le comprends : « Qu'il rougisse le chrétien d'être un membre délicat sous un chef couronné d'épines ». J'ai ma part à apporter d'immolations corporelles. Par votre grâce, et pour votre amour, je vous la donnerai.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 14:49

 Il est touchant le triomphe populaire du Sauveur entrant à Jérusalem, acclamé par la foule ; mais, sur la scène plane un douloureux mystère. Dans cinq jours, les mêmes lieux retentiront de cris de haine à la place des chants d'en­thousiasme. « Il vint chez lui et les siens ne l’ont pas reçu »; il y a : 1° Ceux qui ne reçoivent pas Jésus, 2° Ceux qui le reçoivent.

1° Ceux qui ne reçoivent pas Jésus. — Dans la foule acclamante s'étaient infiltrés des éléments sournois, méchants, intraitables. Les orgueilleux et les pervers que la prédication sublime du Maître avait flagellés dans leurs vices, les misérables hypocrites que sa haute et rayonnante personnalité avait condamnés, ne supportaient pas son triomphe et tâchaient en vain d'arrêter les hymnes glorificateurs.

Il en est toujours ainsi et dans les collectivités et dans l'intime des âmes.

Au milieu des nations le Christ s'est toujours heurté à des persécuteurs, suppôts de Satan qui, par leurs législations impies, leurs machinations obscures, proclament : « Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous ! » (Luc, 19, 14). Ils cherchent à détourner de lui les hommes, et s'atta­quent surtout, parce qu'ils sont les réserves de forces vives, les promesses de l'avenir, aux enfants, aux jeunes. L'histoire est trop vraie et douloureuse, nous l'avons trop vécue.

D'autre part, au-dedans d'un cœur, il n'y a pas que de bons mouvements ; de mauvais instincts le font s'in­surger contre les avances divines, résister à la grâce, ne pas recevoir Celui qui, pourtant, ne vient que pour paci­fier, grandir, enrichir.

Que notre zèle s'emploie à convaincre, si c'est possible, les intelligences de la primauté de l'évangile, à influer ainsi sur l'opinion, à empêcher le mal, à promouvoir le bien. Que notre foi s'attache à imprimer aux âmes un mouve­ment fidèle de confiance, de générosité, qui les empêche de se fermer aux effusions divines. Pour ceci comme pour cela, il va de soi que, en nous-mêmes nous ne mettons nul obstacle à l'invasion des effluves d'en-haut.

Mon Jésus, je vous demande pardon des heures sombres où je vous aurais mal reçu. Je vous entends dire : « Voici que je suis à la porte et que je frappe. » (Apos., 3, 20), je ne veux pas que vous frappiez inutilement.

2° Ceux qui le reçoivent. — Dans la foule font monter leurs Hosanna ! vers le ciel, les petits, les enfants, les humbles, les êtres au cœur droit, en lesquels on peut dire qu'il «n'y a pas de ruse.» (Joan., 1, 47). C'est normal. La lumière entre facilement quand les fenêtres sont ouvertes au grand large. La simplicité, la limpidité des sentiments réalisent cette ouverture. Une âme bonne appelle la Bonté, une âme aimante appelle l'Amour, et il y a de ces âmes. Jésus les connaît, il vient à elles, parce qu'en dépit des pharisiens modernes, elles le désirent. Et, se reproduit alors cette ineffable merveille : « Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi. » (Apoc, 3, 20). A coup sûr, c'est parmi nous que le Maître doit trouver de tels accueils, car plus que d'autres il désire les combler, plus que d'autres il désire être consolé des rebuts, des outrages, des grossièretés  dont ailleurs on l'abreuve.

Seigneur, que tout accès vous soit facilité en moi ! Vous disiez aux ennemis qui voulaient faire taire les accla­mations qui vous accueillaient : « S'ils se taisent, les pierres crieront. » (Luc., 19, 40). J'en suis sûr, en dépit des récla­mations des passions, des prétentions des méchants, les pierres des tombeaux crieront votre gloire et celle de vos fidèles serviteurs.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 12:28

En passant,  Jésus vit un aveugle de   naissance

La guérison de l'aveugle-né est l'un des miracles les plu touchants que fit Jésus. Il est rapporté avec un luxe et précision de détails prouvant assez l'importance que l'évangéliste lui accorde. Le Maître l'a souligné lui-même quand, répondant à la question : qui a péché ? il dit à ses apôtres : «Ni lui n'a péché, ni ses parents, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » 1° Nous sommes des aveugles-nés. 2° Demandons-notre guérison.

1° Nous sommes des aveugles-nés. — Du point de vue surnaturel, qui seul importe, il en est ainsi. Dieu a créé l'âme d'Adam dans la lumière, la vie était lumière.   Il l'entretenait en lui par la révélation primitive, par ses conversations familières du paradis terrestre.  Le courant lumineux fut interrompu par la chute. Celle-ci causa  la mort ; elle fit pénétrer les ténèbres de l'ignorance  dans le pauvre  déchu,  lequel  devenu  ainsi  aveugle,  ne   put transmettre à ses descendants ce qu'il ne possédait plus. L'aveuglement  de  l'humanité  est patent ;  nous   venons en ce monde sous un signe de malheur, « j'ai été conçu dans  l'iniquité»  (Ps.,   50,   7);   nous  faisons  des   efforts inouïs pour apprendre quelque chose, et beaucoup végètent en leur nescience. Les plus grands savants  eux-mêmes ne débordent guère le champ du créé, et, de  l'incréé, les notions qu'ils peuvent avoir naturellement, fussent-elles géniales, ne sont même pas une étincelle de la « lumière de vie ». Celle-ci, nul ne la possède, ni ne peut la posséder par lui-même ; le surnaturel est transcendant ; Dieu seul peut ouvrir nos yeux aux choses éternelles ; il l'a fait en envoyant son Fils, son Verbe, le Soleil de justice, sur cette pauvre terre. En Lui était la vie ; ayant semé à pleines mains cette clarté vivifiante, il a institué le bap­tême qui nous guérit, nous ouvre les yeux, nous redon­nant la possibilité de voir, et ainsi de vivre, par la foi ici-bas, par la gloire, plus tard, si nous sommes fidèles: « dans votre lumière nous verrons la lumière (Ps., 35, 10). Ici comme là, c'est la lumière, mais entrevue d'une façon bien différente.

Aveugles-nés, guéris par l'inoculation de la grâce, nous entrevoyons «dans un miroir d'une manière obscure » (1 Cor., 13, 12) ; nos yeux se forment pour le jour où, mourant dans la grâce, nous les ouvrirons au grand large sur la fulgurante vision : «Nous le verrons comme il est, face à face ». (1 Joan., S, 2).

Miséricordieux Jésus, je n'apprécie pas assez le bien­fait de la foi dont le baptême a déposé le germe en mes puissances. C'est le don initial, soutien et générateur de tous les autres. Faites que j'y corresponde généreu­sement.

2° Demandons notre guérison. — Nous sommes guéris par le baptême, nos yeux sont ouverts ; mais il est certain qu'un organe gravement atteint, et rendu à la santé, ne peut avoir ni la même vigueur, ni la même endurance que s'il fût demeuré intact et sain. Il a besoin d'être cons­tamment surveillé et soigné.

Ils sont faibles les yeux de notre âme, et pour en assu­rer le service, il faut nous adresser à Jésus, qui renou­vellera son geste ; il enduira de boue nos paupières ; il nous ordonnera d'aller les laver à la piscine de Siloë ; symboles d'une double exigence d'humilité et de docilité. Telle est la garantie d'une foi sereine et grandissante. On comprend que le Maître demande ceci et cela pour main­tenir et amplifier ses dons d'illumination intérieure. C'est une folie de la part d'une intelligence humaine que de vouloir se mesurer avec l'infini ; c'est un égarement insensé pour une volonté que de ne point s'anéantir devant l'Éternel. Au milieu des ergoteurs suffisants et pleins d'eux-mêmes qui l'entouraient et le poursuivaient, le Christ a lancé vers le ciel cette touchante et suggestive exclamation : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits. » (Matt., 11, 25)

O mon Jésus, je suis toujours et malgré tout un débile. Je veux me faire bien petit devant vous, très docile aux directives de votre Eglise. Ainsi je serai sûr que vous me fortifierez, et que vous me « révélerez » la vérité qui affranchit.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 14:50

Aux prises avec des ennemis de mauvaise foi, qui ne désarment pas,  le  Christ veut cependant les convertir, tout au moins les convaincre d'erreur, afin qu'ils ne fassent pas trop de mal autour d'eux. Dans la discussion rapportée par l'évangile d'aujourd'hui, il emploie un double argu­ment ;  1° Psychologique, 2° Objectif.

1° Argument psychologique. — Comme homme, il est l'envoyé du Père ;  comme Verbe, il procède de lui ; ce qu'il enseigne est donc de son Père. Comment s'en rendre compte :   Voici  le  moyen : « Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu il saura si ma doctrine est de Dieu ou si je parle  de  moi-même. »   (Joan.,   7,   17).   Commençons   par accomplir le devoir connu, ce que Dieu impose, et que l'on sait, au moins confusément. Parce qu'il y a affinité entre les convictions et la conduite, on sera sympathique à une doctrine dont on expérimentera la bienfaisance.

Au surplus, la bonne volonté de l'homme attire celle de Dieu. La bonté de la vie écartant les obstacles qui encom­brent la route de la foi, celle-ci, à son tour, réagira sur la pratique du devoir. L'âme est ainsi conduite à s'ouvrir largement à la lumière ; elle s'y donnera tout entière et en vivra.

Lorsque baisse notre esprit surnaturel, que nous nous constatons hésitants, que nous sommes sur la pente de l'imperfection, parce que dans, une atmosphère un peu trouble, réagissons par volonté, tenons à la ligne la plus généreuse, nous ne tarderons pas à voir plus clair, à nous sentir plus sûrs des principes, plus tonifiés par leur influence vitale.

Usons du même procédé à l'égard des chercheurs de la vérité. Conseillons-leur d'obéir d'abord aux injonctions de la foi, de veiller à la valeur morale de leur vie. Bientôt cesseront leurs indécisions, et s'ils sont sincères, ils adhé­reront pleinement à une croyance qu'ils sentiront divine parce que surélevant.

O Maître, votre enseignement est de Dieu, je vous demande instamment d'en maintenir la plénitude en mon esprit, avec toute s'a limpidité, sa clarté et sa puissance d'impression sur ma volonté. Que nies convictions soient fermes, que ma conduite s'harmonise avec elles.

2° Argument objectif. — Un autre critère de la valeur d'une doctrine, c'est la conduite de celui qui la préconise. « Celui qui parle de soi-même cherche sa propre gloire. » (Joan., 7, 18). Chercher un succès personnel par un ensei­gnement n'en élève pas l'origine. Jésus ne fait pas ainsi : «Il cherche la gloire de Celui qui l'a envoyé. » (Ibid., 19). Ce qu'il dit, il ne le dit pas de Lui-même, il n'est que l'écho de son Père de qui il vient, aussi sa parole est véridique, elle possède toute autorité. Ses ennemis s'en apercevront malgré eux ; ils diront un jour que personne n'a parlé comme lui, qu'il n'y a rien à faire contre l'impression que produisent ses discours.

Lorsque nous voulons convaincre un ignorant ou un ennemi de notre foi, toute notre force est dans notre fidélité à n'être que les transmetteurs de la vraie, de l'authentique, de la divine parole du Christ. Faisons connaître l'Évangile, c'est le grand moyen. Ce qui est humain, ce qui sent la recherche personnelle, ce qui relève du naturalisme, aboutit fatalement à un échec.

Un apôtre qui se prêche lui-même perd son  temps, perd les âmes. On récolte ce que l'on sème ; or, nous devons récolter du divin, semons donc du divin.  Avec cette décision positive,   nous   pouvons   marcher    avec confiance.

Seigneur, je suis, comme vous, entouré d'esprits plus ou moins prévenus ; je voudrais les gagner à la vérité. Cela m'est impossible si je ne suis pas le prédicateur de cette vérité, c'est-à-dire, de vous-même tout seul. Remplissez donc mes pensées, dirigez mes paroles, afin que, à l'instar de saint Paul, je puisse me rendre ce témoignage : «Je prêche Jésus crucifié(1 Cor., 1, 23).

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 14:45

Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif…

Elle est magnifique la page qui nous raconte la conver­sion de la Samaritaine. Une méditation n'en saurait épuiser tous les enseignements. Le plus apparent, est celui d'une forme spéciale de l'apostolat du bon Maître. 1° Apostolat généreux, 2° Apostolat délicat, 3° Apostolat magnifique.

1° Apostolat généreux. — Théologien de la divinité du Christ, saint Jean ne manque jamais d'affirmer sa réalité humaine : « Fatigué du voyage. » (Joan., 4, 6) ; en Jésus comme en nous la marche produit la fatigue. Ce trait particulier résume et symbolise une immense réalité. Il s'est comme épuisé à la recherche de la brebis perdue. Quels itinéraires immolants il a parcourus, du ciel sur la terre, de la terre au sommet du calvaire. Là, il s'est arrêté parce qu'il ne pouvait aller plus loin : « Il n'y a pas de plu» grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Joan., 15, 13).

A l'instar de saint Paul, suivant l'exemple de notre Maître, nous devrions pouvoir dire, quand nous nous occupons de bonnes œuvres : « Je dépenserai et je me' dépenserai moi-même pour les âmes. » (2 Cor., 12, 15). La fatigue du Sauveur lui ménageait une belle conquête. C'est quand nous n'en pourrons plus, pour ainsi dire, quand nous aurons été au bout du don de nous-mêmes par l'humilité, l'austérité, que nous rencontrerons l'âme à sauver.

O mon Dieu, vous m'avez fait apôtre pour que je vous donne des âmes ; je n'y réussirai qu'à la condition de me donner à elles pour vous jusqu'à extinction de mes forces ; je veux qu'il en soit ainsi, et j'adopte comme programme le : « Je me sanctifie moi-même pour les sauver. » (Joan., 17, 19).

2° Apostolat délicat. — Le cas était difficile, l'âme à gagner bien particulière. Jésus l'aborde avec simplicité, par une demande toute naturelle. Il y a une confession ennuyeuse à obtenir ; il la provoque avec un tact parfait, et une fois qu'elle est faite, il n'insiste pas.

C'est cruel, et parfois malsain, de peser sur certains aveux.

La conversation rebondit sur un plan qui change tota­lement et rapidement l'horizon. L'entretien, l'attitude ont une telle tenue que nul ne s'en scandalise : « Les disciples arrivèrent et ils s'étonnèrent de le voir parler avec une femme. Mais aucun ne dit: Que demandez-vous ! Pour­quoi parlez-vous avec elle ? » (Joan., 4, 27).

Certains apostolats peuvent être fort compromettants, et, au fait, ruineux pour l'apostolat lui-même, s'ils ne sont pas accomplis avec discrétion et prudence. En face de tels ou tels êtres, habituellement séducteurs, on ne saurait prendre trop de précautions, avoir une attitude trop grave et distante. On n'est pas moins bon, moins dévoué parce qu'on craint de glisser sur la pente du naturalisme, et de créer de l'étonnement, sinon du scandale.

O mon Jésus, gardez-moi parmi ceux dont il est dit : « Heureux ceux qui sont irréprochables dans leurs voies. » (Ps., 118, 1). Toucher des plaies purulentes et n'en être point infecté n'est pas aisé. Mais j'ai confiance en votre secours. Je me mets à l'abri sous votre égide.

3° Apostolat magnifique. — Étonnante la transforma­tion des idées en ce pauvre être déchu et flétri. D'un coup le Maître dévoile à cette pécheresse les splendeurs de l'ado­ration « en esprit et en vérité », la sublime mystique de la « Source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. » (Joan., 4, 14). Et elle s'y intéresse, elle s'y passionne : «Donnez-moi de cette eau » et elle devient apôtre : « Venez et voyez cet homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait ne serait-il pas le Christ ? » (Ibid., 29). Elle réussit si bien, que ceux qu'elle, a conquis la dépassent : « Ce n'est plus à cause de ce que vous nous avez dit que nous croyons : car nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est vrai­ment le Sauveur du monde. » (Ibid., 42). Quand on a donné à une âme la vérité pure, sans alliage, on en fait un foyer rayonnant ; elle a besoin, à son tour, de répandre sa lumière et d'attirer à sa clarté tous ceux qu'elle peut atteindre.

O Jésus, on récolte ce qu'on a semé ; aidez-moi à ne jeter que du surnaturel, de la foi, de la charité divine dans le champ que vous m'avez confié, afin que n'y germe que de la vie.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 16:12

A Capharnaum Nôtre-Seigneur enseigne dans la syna­gogue. La sympathie confiante de ses auditeurs l'incline à faire un miracle ; il délivre un possédé. Sortant de là, il se rend chez Simon dont il guérit la belle-mère, prise d'une forte fièvre. Ces deux prodiges incitent tous ceux qui avaient des malades à les lui amener. 1° II faut aller à Jésus, 2° II faut demeurer près de Jésus.

1° Aller à Jésus. — Nous nous représentons facilement la scène : « Tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenaient. » (Luc., 4, 40). Sur n'importe quelle affliction de l'esprit ou du corps, il impose les mains, et il rend la santé.

De multiples maladies sont atteintes nos âmes ; nos péchés passés ont laissé des traces, nos fautes présentes alimentent nos défauts. Il nous est plus qu'utile d'obtenir pleine purification, vigueur de vie, force de progrès. Ce n'est que près du Christ que nous trouverons ces biens. Lui, l'offensé, a seul le pouvoir des pardons ; lui, le Sauveur possède seul le trésor de sa rédemption ; lui, l'ami, a seul puissance de vie rayonnante. En pensant à nos misères, nous sommes exposés à nous replier sur nous-mêmes, moins humbles qu'humiliés, plus défiants de la grâce que de notre faiblesse, estimant que nous pourrons la dominer par nos propres efforts. Entendons le Maître nous dire : « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » (Joan., 15, 5). Allons à lui, confus et repentants, mais pleins de confiance en sa bonté, de foi en sa bienveillance, d'abandon à sa misé­ricorde. C'est un grand mal pour nos âmes que de les garder sous une impression de crainte, loin de Celui qui, pourtant nous invite à recourir à sa bienfaisance : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai. » (Matt., 11, 28). Vivons donc effec­tivement nos convictions ; nous connaissons le Sacré-Cœur de Jésus, jetons-nous en Lui.

Seigneur, j'irai à vous comme sainte Marguerite-Marie : « Je vous prends comme le remède de ma fragilité et de mon inconstance, le réparateur de tous les défauts de ma vie... Soyez ma justification envers Dieu votre Père, et détournez de moi les traits de s’ajuste colère... Je crains tout de ma malice et de ma faiblesse, mais j'espère tout de votre bonté. »

2° Demeurer près de Jésus. — Voyant les merveilles qu'il opérait : « Là foule voulait le retenir pour qu'il ne s'en aille point. » (Luc., 4, 42).

Guéris de nos misères, craignons d'y retomber ; ce à quoi nous sommes très exposés. Nous conservons, en effet, notre nature, et nous sommes toujours l'objet des astuces du démon. Restons donc près de Celui qui le met en fuite, et qui est notre réconfort assuré : « Je puis tout en Celui qui me fortifie. » (Phili., 4, 13). Restons près de lui par un regard de foi, qui nous mette fréquemment en sa présence : « Je mets le Seigneur constamment sous mes yeux. » (Ps., 15, 8). Restons près de lui par un mou­vement délicat et généreux du cœur attentif à lui faire plaisir': « Je fais toujours ce qui lui plaît. » (Joan., 13, 29). Restons près de lui par un abandon confiant de la volonté toujours prête à reprendre, avec lui, les mêmes efforts. Il n'a pas cédé aux instances des Capharnaïtes, mais pour nous, il désire qu'il n'y ait pas de séparation : «Demeurez dans mon amour ». Aux âmes généreuses sont garantis des adjuvants spéciaux pour qu'elles vivent d'intimité avec lui. Travailler dans ce sens, c'est aller au-devant de sa volonté ; nous avons donc l'assurance d'y réussir. Ainsi, nous aurons une belle santé d'âme, ne comportant pas seulement une purification négative, allât-elle s'ac­centuant, mais encore cette pureté positive qui consiste dans un enrichissement progressif en vertus.

Mon Jésus, gardez-moi près de vous toujours. Vous êtes lumière et chaleur, éclairez-moi, embrasez-moi. Je veux répondre à votre vœu : « Vous en moi et moi en vous. » (Joan., 19, 20).

Extrait de :  Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 15:14

Entre le  Christ et les  pharisiens  les   discussions ne cessent jamais ; ceux-ci voudraient tant le trouver en défaut. Les voici qui lui reprochent de mépriser la cou­tume de ne pas manger sans s'être au préalable lavé les mains. Il leur répond victorieusement et, citant une parole d'Isaïe, du moins pour le sens, il les accuse à son tour et leur ferme la bouche. 1° Minime importance de l'extérieur, 2° Importance de l'intérieur.

1° L'extérieur. — Le Maître débusque l'hypocrisie des Scribes qui se souciaient exagérément du dehors sans se préoccuper de la pureté du cœur. Toutes leurs pratiques tarissaient la vie intérieure et étaient plutôt un obstacle à la religion. «En esprit et en vérité. » (Joan., 4, 24).

Ainsi pour la prière, faut-il veiller à ne regarder la forme que comme une discipline utile à la dévotion et à l'expression du sentiment, comme un don réalisant l'oblation de tout l'être, corps et esprit, mais non comme la prière elle-même.

Au cours d'une journée nous récitons un certain nombre de formules : le matin et le soir, à la messe, les prières usuelles. Sans doute, importe-t-il de nous étudier à une bonne prononciation, au respect de l'intégrité, à une tenue religieuse, mais, concentrer sur ces points toute notre attention, sans nous appliquer à penser ce que nous disons, est une pure perte de temps ; le psittacisme, le machinal, ou la pose, la mise en scène, n'honorent pas Dieu. Avec lui, on ne joue pas la comédie ; lui dire qu'on l'aime et, en fait, ne point lui consacrer toutes les fibres du cœur, est une jonglerie irrespectueuse et dangereuse. Prenons-y garde ; il pourrait arriver qu'un bon chrétien récite correctement ses prières, et ne prie jamais. Mettons dans nos oraisons vocales le soin qu'on met à avoir un vêtement convenable pour se présenter devant un grand de la terre, mais pas davantage, et n'estimons pas avoir rempli notre devoir s'il n'y a que cela. "

Mon Jésus, je vous fais la demande de vos apôtres : « Enseignez-nous à prier ». (Luc, 11, 1) ; je serai fidèle à dire mes prières en temps voulu, avec une dévotion extérieure attentive, mais surtout pour aider à ma piété intime.

2° L'intérieur. — C'est dans l'intérieur qu'est la vie, le souffle animateur ; aussi bien, tout acte religieux pour être vivant et vivifiant doit être un cri du cœur : « Dieu pénètre le cœur. » (1 Reg., 16, 7). La formule préparatoire à la récitation de l'office renferme un vœu pour l'extérieur : dignement, deux pour l'intérieur : avec attention et dévo­tion. Notons-les avec soin.

Il y a la part de l'intelligence : l'attention ; que l'on réfléchisse en parlant, que l'on sache ce que l'on dit : l'irréflexion est à combattre, les distractions sont à chasser ; mettons-nous vraiment, consciemment, en pré­sence de Dieu.

Il y a la part du cœur : dévotement c'est lui qui prie, car c'est lui qui réalise la pensée, c'est lui qui donne, c'est lui qui aime. Que, dès lors, il soit pur, dégagé de tout ce qui pourrait l'alourdir, l'enlaidir, ne pas le rendre attirant pour les yeux du Père qui est aux cieux.

Le grand moyen pour assurer ceci et cela, c'est évidem­ment de s'unir profondément à Celui qui nous a promis que prier en son nom, c'est assurer le succès de nos supplications. Voilà pourquoi nous mettrons un soin parti­culier à dire : « Seigneur, en union à cette divine intention avec laquelle, sur la terre, vous adressiez à Dieu vos louanges, je vais vous adresser cette prière. »

Mon Dieu, je veux être une âme de prière ; je mettrai-ma foi   à   l'être en vérité, redoutant la sentence prophétique : « Maudit soit celui qui fait mollement l'œuvre du Seigneur. »   (Jer.,   48,   10).   Mon  âme  est  devant  vous; Seigneur !

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 15:42

 

Dans la page que nous lirons aujourd'hui, Notre-Seigneur nous expose les conditions d'une prière efficace : « Si deux d'entre vous s'accordent sur la terre, quelque chose qu'ils demandent. Ils l'obtiendront de mon Père qui est dans les Cieux. » (Matt., 18, 19). C'est la charité unissant les cœurs, qui attire le sourire d'en-haut ; elle crée l'unité et exige : 1° La correction fraternelle, 2° Le pardon des injures.

1° Correction fraternelle. — On peut s'unir dans le mal, et parmi les ennemis de l'Eglise, il n'y en a que trop qui n'ont que ce centre d'unité. Ils s'entendent tou­jours pour l'attaquer, alors que, par ailleurs, ils s'entre-déchirent. Les enfants du Père ne fusionnent que dans la vertu, aussi, ont-ils à cœur de la posséder, de la pro­mouvoir, de la défendre. C'est un devoir de reprendre ceux qui s'en écartent. Voir quelqu'un suivre une route mauvaise, dangereuse, et ne point chercher à l'en détourner, dénote une blâmable déficience de bonté.

Un chrétien qui ne se soucie pas des défauts de son prochain, n'a pas compris le : « Dieu donna à chacun une mission à remplir près de son prochain. » (Eccli., 17, 12). Il n'est pas question de se poser en mentor suffisant, mais en ami compréhensif, en fils de Dieu, jaloux de la gloire de la famille et du bien de ses membres.

Un disciple du Christ, certes, ne remplirait pas son devoir, s'il ne prenait soin d'avertir délicatement, ' de conseiller opportunément, parfois, de reprendre énergi-quement. Relativement à ceux qui lui sont confiés, la justice le lui impose gravement. A l'égard de ses amis, c'est l'amour de Dieu qui intervient. Il est arrivé qu'on a laissé tel pu tel se compromettre, parce qu'on n'a rien dit, par timidité, par manque de cœur, ou — n'en faisons pas la supposition—par un sentiment mauvais; la jalousie est une affreuse conseillère, elle se réjouit de voir quel­qu'un s'enferrer, alors qu'on aurait pu lui crier gare au moment voulu.

Mon Dieu, je veux avoir souci de ma perfection, mais aussi de celle des autres. Je n'hésiterai donc pas à donner les avertissements nécessaires, en y mettant les conditions de discrétion, de doigté, de suavité, que me dicte votre Évangile.

2° Pardon des injures. — c'est une seconde condition de l'union qui attire Dieu. Nous ne sommes pas parfaits, chacun de nous a ses défauts, et des froissements, des discussions se produisent entre les gens les meilleurs. L'amour-propre entre en jeu, la sensibilité du tempé­rament apporte un élément d'exagération fatale, et la blessure, qui aurait dû n'être qu'une égratignure insi­gnifiante, s'envenime, s'approfondit, se croit, se dit ingué­rissable. L'un veut s'expliquer, l'autre ne le veut pas ; parfois même, plus on discute, moins- on s'entend, et au lieu de combler le fossé, on l'a creusé davantage. Il est bien plus intelligent, plus large, d'oublier, de passer l'éponge et d'agir comme si de rien n'était. C'est, en tous cas, plus chrétien, et donc, béni par le ciel. Nôtre-Seigneur n'a pas discuté avec ceux qui l'ont injustement condamné. L'imiter dans ce pardon des torts qu'on a eus à notre égard, est un signe de salut : « De la même mesure dont vous aurez mesuré on vous mesurera. » (Matt., 7, 2). Par­donnons, encore et toujours « Jusqu'à soixante dix fois sept fois. » (Matt., 18, 22). Nous garantirons ainsi, pour le moment suprême, un bon accueil du Souverain Juge, «t pour l'heure, son bienveillant regard sur notre prière.

O Jésus, vous m'-avez vous-même pardonné trop sou­vent pour que je raidisse mon cœur devant ceux qui, sciemment ou inconsciemment, ont pu me faire de la peine. Je veux, par amour pour vous, aller plus loin que le pardon et obéir à saint Paul quand il me dit : « Triom­phe du mal par le bien. » (Rom., 12, 21) ; je ferai du bien, ne serait-ce qu'en priant pour eux, à ceux qui me feront du mal.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 14:29

Réflexions pour ce temps du carême 2016…        (1)

Passant au milieu d'eux, il s'en alla. — Exaspérés, les auditeurs du Christ veulent le tuer. Ils le poussent vers un roc abrupt avec l'intention de le précipiter dans l'abîme. Mais lui, très calme, lentement, passe au milieu d'eux, déconcertés par sa majesté tranquille, qui arrête les mains prêtes à le frapper.

Échapper aux critiques malveillantes, aux morsures de la médisance et de la calomnie, n'est guère possible. Il faut donc se garer des coups dont quelques-uns pourraient être dangereux. Répondre du tic au tac, se défendre par la parole ou par la plume, réagir ouvertement contre l'injus­tice, le mensonge, l'imbécillité ou la méchanceté : mauvaise tactique. Ne nous mettons pas sur le même plan que ceux qui nous attaquent, ce serait nous abaisser à leur niveau. Appuyés sur l'intégrité de notre existence, la paix de notre conscience, la dignité de notre tenue, ne discutons pas, gardons le silence, sachons attendre : « Bienheureux les doux parce qu'ils posséderont la terre. » (Matt., 5, 4). Nous avons devant les yeux le divin modèle : « Or, Jésus se taisait. » (Matt., 26, 63).

On n'a jamais le dernier mot avec les gens de mauvaise foi ; les ergoteurs ne  veulent pas être convaincus. Mais, devant une vie impeccable, tout finit par se taire et se tasser. On n'a pas meurtri personne, on n'a pas fermé aucune porte, et il faut bien qu'un jour ou l'autre on passe par toutes celles qui donneront accès aux âmes.

O Jésus, gardez-moi sur la ligne droite, enveloppez-moi de la lumière de votre regard, et que je m'avance sans peur au milieu des hommes, parce que, sans reproches.

Extrait de : Méditations quotidiennes de  Mgr A. Gonon (1947)

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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 17:04

L'Annonciation.

Le 25 mars, c’est en ce jour que le Ciel annonça à tous les hommes, dans la personne de Marie, la paix et le salut. Dieu, de toute éternité, avait résolu de sauver les hommes en revê­tant leur humanité, et avait désigné, dès le commencement, Marie pour être sa mère.

Lors donc que l'heure de la miséri­corde eut sonné, Dieu envoya son ange Gabriel à l'humble Vierge de Nazareth pour lui donner ce salut élogieux que la terre se plaît à répéter chaque jour : « Je vous salue, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ! »

Puis, à genoux devant la Vierge troublée de ces paroles, l'Archange la pria, au nom du Très-Haut, de consentir à devenir la mère du Rédemp­teur promis, la mère du Fils de Dieu.

Marie hésitait ; elle avait consacré à Dieu sa virginité ; elle la préférait à la digni­té même qui lui était offerte. Mais, assurée que la maternité divine ajouterait à sa virginité un nouvel éclat, bien loin de lui porter préjudice, Marie prononça ce fiât que Gabriel porta dans les Cieux et qui fit descendre du sein de l'Éter­nel le Verbe divin...

Remercions notre Père céleste de tous les biens qui nous ont été prodigués depuis ce jour, heureux et béni entre tous ! Que les femmes surtout comprennent à quelle dignité leur sexe est élevé aujourd'hui.

Depuis qua­tre mille ans la femme était réduite à un état d'abaisse­ment qui à ses yeux était irrémédiable : grâce à la sainte Vierge, la voilà à jamais réhabilitée : Oh ! Combien elles doivent l'aimer et la bénir !

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES, (1933)

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