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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 15:42

 

PROMESSES DE NOTRE-SEIGNEUR …       (9)

Notre-Seigneur ne se contente pas de confier à Sœur Marie Marthe ses saintes Plaies, de lui exposer les motifs pressants et les bénéfices de cette dévotion, en même temps que les conditions qui lui assurent le succès... Il sait aussi multiplier les encourageantes promesses. Ces promesses revien­nent si fréquemment et sous des formes si variées, que force sera de nous limiter ; la pensée, d'ailleurs, reste au fond toujours la même.

La dévotion aux saintes Plaies ne saurait décevoir:

« Il ne faut pas craindre, ma fille, de vous reposer dans mes Plaies, parce que là, on ne sera jamais trompé, lors même que les choses paraîtraient impossibles.

« J'accorderai tout ce que l'on me demandera par l'invocation aux saintes Plaies. Il faut en répandre la dévotion.

« Vous obtiendrez tout, parce que c'est le mérite de mon Sang qui est d'un prix infini.

« Avec mes Plaies et mon Cœur divin, vous pouvez tout obtenir. »

Les saintes Plaies sanctifient et assurent l'avan­cement spirituel :

« De mes Plaies sortent des fruits de sainteté. De même que l'or purifié dans le creuset devient plus beau, de même, il faut mettre ton âme et celles de tes Sœurs en mes Plaies sacrées ; là, elles se perfectionneront comme l'or dans la fournaise... Vous pouvez toujours vous purifier dans mes Plaies.

« Mes Plaies répareront les vôtres...

« Ceux qui les honorent recevront une vraie connaissance de Jésus-Christ.

« En les méditant, tu y trouveras toujours un nouvel amour.

« Mes Plaies couvriront toutes tes fautes. »

Les saintes Plaies donnent du prix à tout :

« Ma fille, plonge tes actions dans mes Plaies et elles deviendront quelque chose. — Toutes vos actions, même les moindres, trempées dans mon Sang, acquerront par cela seul un mérite infini et contenteront mon Cœur!...

« En les offrant pour la conversion des pécheurs, encore que les pécheurs ne se convertiraient point, vous aurez devant Dieu le même mérite que s'ils s'étaient convertis. »

Les saintes Plaies sont un baume et un réconfort dans la souffrance :

« Lorsque vous avez quelque peine, quelque chose à souffrir, il faut vite l'apporter dans mes Plaies.

« Il faut souvent répéter auprès des malades cette aspiration : Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de vos saintes Plaies ! Cette prière « soulagera l'âme et le corps. »

Les saintes Plaies ont une efficacité merveilleuse pour la conversion des pécheurs :

Un jour, Sœur Marie Marthe, saisie d'angoisse à la pensée des crimes de la terre, s'écriait : «Mon Jésus, prenez soin de vos enfants, ne regardez pas leurs péchés. »

Le divin Maître, répondant à son appel, lui apprit l'aspiration que nous connaissons déjà : « Mon Jésus, pardon et miséricorde, etc. », puis Il ajouta :

« Beaucoup de personnes éprouveront l'efficacité de cette aspiration. — Je désire, poursuivit le Sauveur, que les Prêtres la donnent souvent à leurs pénitents au saint Tribunal.

« Le pécheur qui dira la prière suivante : Père Éternel, je vous offre les Plaies de Notre-Seigneur « Jésus-Christ pour guérir celles de nos âmes, obtiendra sa conversion. »

Les saintes Plaies sauvent le monde et assurent une bonne mort :

« Mes saintes Plaies vous sauveront infailliblement..., elles sauveront le monde.

« Il faut expirer la bouche appuyée sur ces sacrées ouvertures... Il n'y aura pas de mort pour l'âme qui expirera dans mes Plaies, elles donnent la vraie vie. »

Les saintes Plaies donnent tout pouvoir sur Dieu :

« Vous n'êtes rien par vous-même, mais votre âme, unie à Jésus, devient puissante; elle peut même faire plusieurs choses à la fois : mériter et obtenir pour tous les besoins, sans qu'il soit nécessaire de rien particulariser. »

Posant sur la tête de la chère privilégiée sa main adorable, le Sauveur ajoutait :

« Maintenant, tu as mon pouvoir. C'est toujours à ceux qui n'ont rien comme toi, que je me plais à donner le plus de grâces. — Mon pouvoir est dans mes Plaies: avec elles tu deviens puissante... Oui, tu peux tout obtenir, tu as tout pouvoir ! Tu as même, en quelque sorte, plus de pouvoir que Moi ; tu peux désarmer ma justice, car encore que tout vienne de Moi, je veux être prié, je veux qu'on me demande. »

Les saintes Plaies seront, en particulier, la sauve­garde de la Communauté.

La situation politique devenant chaque jour plus critique, raconte notre Mère, en novembre 1873, nous avons fait une neuvaine aux saintes Plaies de Jésus. Aussitôt, Notre-Seigneur en témoigna sa joie à la confidente de son Cœur. Puis il lui adressa ces réconfortantes paroles :

 « J'aime tant ta Communauté  qu'il ne lui arrivera jamais de mal. »

« Que ta Mère ne s'arrête pas aux nouvelles du temps, car souvent les nouvelles du dehors sont fausses. Ma parole seule est vraie! — Je vous le dis, vous n'avez rien à craindre... Si vous laissiez la prière, alors, oui, vous auriez à craindre... — Ce chapelet de la miséricorde fait contre poids à ma Justice, il arrête ma vengeance. »

Enfin, ratifiant de nouveau le don de ses saintes Plaies à la Communauté, Notre-Seigneur lui disait : « Voilà ton trésor !... Le trésor des saintes Plaies renferme des couronnes que vous devez prendre et donner aux autres en les offrant à mon Père pour guérir celles de toutes les âmes. — Un jour, les âmes, à qui vous aurez obtenu une sainte mort par vos prières, se tourneront vers vous pour vous remercier... — Tous tes hommes paraîtront, en ce jour du Jugement, devant Moi, et je montrerai alors mes épouses privilégiées qui auront purifié le monde  par mes saintes Plaies... Un jour viendra, où vous  verrez ces grandes choses!...

 « Ma fille, ceci est pour vous humilier et non pour vous enorgueillir... Sache bien que tout ceci n'est pas pour toi, mais pour Moi, afin que tu m'amènes des âmes!... »

Parmi les promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ, deux seraient à signaler tout spécialement : celles qui concernent l'Église et celles qui concernent les Âmes du Purgatoire.

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation1937

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 14:09

LE DIVIN CŒUR DE JÉSUS …                

Si le Sauveur découvrait ainsi toutes les beautés et toutes les richesses de ses divines Plaies à l'humble Converse, pouvait-Il ne point lui ouvrir les trésors de sa grande blessure d'amour ?

« Voilà la Source où vous devez tout puiser ! » disait-Il, en lui montrant ses Plaies dans une splendeur lumineuse et celle de son Cœur sacré, brillant, parmi les autres, d'un éclat incomparable :

« Viens seulement ici dans la Plaie de mon divin Côté... c'est la Plaie de l'amour d'où il sort des flammes bien vives. »

Jésus lui accordait, parfois plusieurs jours de suite, la vue de sa très sainte Humanité glorieuse. Il se tenait alors auprès de sa servante, s'entre­tenait familièrement avec elle, comme autrefois, avec notre sainte Sœur Marguerite-Marie Alacoque. Et cette dernière, qui ne quitte jamais le Cœur de Jésus, disait : « C'est ainsi que Notre-Seigneur se montrait à moi », tandis que le bon Maître réitérait ses amoureuses invitations :

« Viens dans mon Cœur, tu ne craindras rien... Mets ici tes lèvres pour y puiser la charité et la répandre dans le monde... Mets ici ta main pour y prendre mes trésors. »

Un jour, Il lui fait part de son immense désir de répandre les grâces dont déborde son Cœur : « Prends, parce que la mesure est comble. Je ne puis plus les contenir tant j'ai envie de les donner. »

Une autre fois, c'est une invitation à utiliser encore et toujours ces trésors : « Venez recevoir l'épanchement de mon Cœur qui désire déverser son trop-plein ! Je veux verser en vous de mon abondance, parce que, aujourd'hui, j'ai reçu en ma miséricorde des âmes sauvées par vos prières. »

A chaque instant, sous des formes diverses, ce sont des appels à une vie d'union avec son Cœur sacré : « Tiens-toi bien collée à ce Cœur pour prendre et répandre mon Sang.»

« Si vous voulez entrer dans la lumière du Seigneur, il faut vous cacher dans mon Cœur divin... Si vous voulez connaître l'intimité des entrailles de la miséricorde de Celui qui vous aime tant, il faut vous aboucher sur l'ouverture de mon Sacré Cœur avec respect et humilité.

« Voilà votre centre. Personne ne pourra vous empêcher de l'aimer, ni vous le faire aimer sans que votre cœur y corresponde. Tout ce que les créatures diront ne peut vous enlever votre trésor, votre amour!... Je veux que vous m'aimiez sans appui humain. »

Ici, Notre-Seigneur insiste, en adressant à toutes ses épouses une exhortation pressante : « Je veux que l'âme religieuse soit détachée de tout, car pour venir à mon Cœur, il ne faut point d'attache, point de fil qui tienne encore à la terre : il faut aller à la conquête du Seigneur dans le seul à seul avec Lui; il faut chercher ce Cœur dans votre propre cœur. »

Puis Il revient à Sœur Marie Marthe, mais à travers sa docile servante, Il vise toutes les âmes et plus spécialement les âmes consacrées :

« J'ai besoin de ton cœur pour me dédommager et me tenir compagnie... — Je t'apprendrai à m'aimer, car tu ne sais pas le faire : la science de l'amour de Dieu se donne à l'âme qui regarde le Crucifié et lui parle cœur à cœur. Dans chacune de tes actions, il faut être unie à moi. »

  • Et Notre-Seigneur lui fait comprendre les conditions et les fruits merveilleux de l'union intime à son Cœur divin :

« L'épouse qui ne se met pas sur la poitrine de son Époux dans ses peines, dans son travail, perd son temps. Lorsqu'elle a fait des fautes, il faut qu'elle se couche sur mon Cœur avec grande confiance. Dans ce foyer ardent disparaissent vos infidélités ; l'amour les brûle, les consume toutes!...Il faut m'aimer, tout m'abandonner. — Il faut vous reposer sur le Cœur de votre Maître comme saint Jean. — Vous lui procurez une très grande gloire en l'aimant ainsi. »

Ah ! Que Jésus désire notre amour ! Il le mendie !

Apparaissant un jour dans toute la beauté de sa Résurrection, Il dit à sa Bien-Aimée : « Avec cela, ma fille, je mendie comme le ferait un pauvre...  — J'appelle mes enfants un à un..., je les regarde avec complaisance quand ils viennent à Moi... Je les attends!... »

Prenant vraiment l'aspect d'un mendiant, Il lui répétait encore, plein de tristesse : « Je mendie de l'amour, mais le plus grand nombre, même parmi les âmes religieuses, me refuse cet amour !... Ma fille, aime-Moi purement pour Moi-même, sans avoir égard au châtiment ou à la récompense. » Lui dési­gnant notre sainte Sœur Marguerite-Marie dont le regard dévorait le Cœur de Jésus : « Celle-ci m'a aimé, de cet amour pur et uniquement pour Moi tout seul !... »

Et Sœur Marie Marthe s'essayait à aimer de ce même amour. Comme un foyer immense, le Sacré Cœur l'attirait à Lui par des ardeurs indicibles... Elle se portait vers son Bien-Aimé dans des élans d'amour qui la consumaient..., mais qui, en même temps, laissaient en son âme une suavité toute divine ! Et Jésus lui disait : « Ma fille, quand je me suis choisi un cœur pour m'aimer et faire mes volontés, j'y allume le feu de mon amour. — Cependant je n'avive pas ce feu sans interruption, de peur que l'amour-propre ne gagne quelque chose et que l'on ne reçoive mes grâces par habitude. — Je me retire de temps en temps pour laisser l'âme à sa propre faiblesse. Elle voit alors qu'elle est toute seule..., elle fait des fautes : ces chutes la tiennent dans l'humilité... Mais je n'abandonne pas pour ces fautes l'âme que j'ai choisie, je la regarde toujours. Je ne suis pas si délicat : je pardonne et je reviens...

« Chaque humiliation vous lie plus intimement à Moi.

« Je ne vous demande pas de grandes choses, je veux l'amour de votre cœur tout simplement.

« Serre-toi contre mon Cœur, tu découvriras toute la bonté dont il est rempli. — C'est là que tu apprendras la douceur et l'humilité. Viens, mon enfant, te jeter là-dedans. Cette union n'est pas seulement pour toi, mais pour tous les membres de ta Communauté.

« Il faut que, par l'humilité et l'anéantissement, vos cœurs s'unissent au mien... — Ah! Ma fille, si tu savais combien mon Cœur souffre de l'ingratitude de tant de cœurs!... — Il faut unir vos peines à celles de mon Sacré Cœur.

« Dis à ta Supérieure de venir déposer dans cette ouverture toutes les actions de tes Sœurs, même les récréations : elles seront là comme dans une banque et elles y seront bien gardées. »

Détail touchant, entre mille autres : lorsque Sœur Marie Marthe rendit compte ce soir-là, elle ne put s'empêcher de s'interrompre pour demander à sa Supérieure : « Ma Mère, qu'est-ce que cela veut dire ce mot de banque ? » C'était la question de sa candide ignorance...

C'est plus particulièrement encore aux âmes chargées de la conduite des autres, directrices ou supérieures, que le Cœur de Jésus s'ouvre avec ses richesses : « Tu feras un grand acte de charité en offrant chaque jour mes divines Plaies pour toutes les directrices de l'Institut.

« Tu diras à ta Maîtresse qu'elle vienne remplir son âme à la Source, et demain, son cœur sera plein pour répandre mes grâces sur vous. — Je donnerai à toutes les grâces de comprendre les maximes de mon Sacré Cœur. Par le travail et la correspondance de l'âme, toutes y arriveront à l'heure de la mort.

« Ma fille, tes Supérieures sont les dépositaires de mon Cœur, il faut que je puisse mettre dans leurs âmes tout ce que je voudrai de grâces et de souffrances. Dis à ta Mère de venir prendre en ces Sources (son Cœur et ses Plaies) pour tes Sœurs... Elle doit regarder mon Sacré Cœur et tout lui confier, sans se soucier du regard des hommes. »

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation1937

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 18:37

LA DÉVOTION À LA COURONNE D'ÉPINES…  

Une chose frappante, c'est que Jésus réclame pour son auguste Chef couronné d'épines, un culte très spécial de vénération, de réparation et d'amour.

La Couronne d'épines fut pour Lui une cause de souffrances particulièrement cruelles : « Ma couronne d'épines m'a fait plus souffrir que toutes mes autres Plaies, confie-t-il à son épouse, elle a été ma plus cruelle souffrance après le Jardin des Olives. Pour l'alléger, il faut bien observer votre Règle. »

Elle est, pour l'âme fidèle jusqu'à l'imitation, une source de mérites : « Voilà, dit-il, cette tête qui a été percée pour ton amour et par les mérites de laquelle tu dois être couronnée un jour. Heureuse l'âme qui aura bien contemplé et encore mieux pratiqué!... — Voilà où est votre vie; marchez-y simplement et vous marcherez assurément.

« Si vous contemplez ma couronne d'épines sur la terre, vous serez un jour ma couronne de gloire au Ciel.

« Pour un instant que vous contemplerez cette couronne ici-bas, je vous en donnerai une pour l'Éternité... C'est elle, c'est la couronne d'épines qui vous vaudra celle de gloire. »

Elle est le don de choix que Jésus fait à ses privilégiés : « Ma couronne d'épines, je la donne à mes privilégiés. Elle est le bien propre de mes épouses et des âmes favorisées. — Elle est la joie des Bienheureux, mais pour mes bien-aimés sur la terre, elle est une souffrance. (A la place de chaque épine, notre Sœur voyait sortir un rayon de gloire impossible à décrire.) Mes vrais serviteurs essayent de souffrir comme moi, mais aucun ne peut atteindre le degré de souffrance que j'ai enduré. »

De ces âmes-là, Jésus sollicite une plus tendre compassion pour son Chef adorable. Entendons ce cri du cœur qu'il adresse à Sœur Marie Marthe en lui révélant sa tête ensanglantée, toute percée, et exprimant une souffrance telle, que la pauvrette n'aurait su en quels termes la rendre : « Voilà Celui que tu cherches..., vois dans quel état Il est!... Regarde..., arrache les épines de mon Chef en offrant à mon Père le mérite de mes Plaies pour les pécheurs... — Va à la recherche des âmes. »

On le voit, dans ces appels du Sauveur, toujours revient, comme un écho de l'éternel sitio, la préoc­cupation des âmes à sauver : « Va à la recherche des âmes. »

« Voilà ton instruction : la souffrance pour toi,les grâces que tu dois prendre pour les autres. Une seule âme qui fait ses actions en union avec les mérites de ma sainte Couronne gagne plus que la Communauté tout entière. »

A ces rudes appels, le Maître sait joindre les encouragements qui enflamment les cœurs et font accepter tous les sacrifices. C'est ainsi que, dans le courant d'octobre 1867, Il se présente aux yeux ravis de notre jeune Sœur, avec cette couronne tout irradiée d'une gloire étincelante : «Ma couronne d'épines illuminera le Ciel et tous les Bienheureux !  Sur la terre, il y a quelques âmes privilégiées à qui je la montrerai, mais la terre est trop ténébreuse pour la voir. »

Le bon Maître va plus loin. Il l'associe à ses triomphes comme à ses souffrances... Il lui fait entrevoir la glorification future. Lui appliquant avec de vives douleurs cette sainte Couronne sur la tête : « Prends ma Couronne, et dans cet état  mes Bienheureux te contempleront. »

Bonheur des Justes, la sainte Couronne est, par contre, pour les méchants, un objet de terreur. — C'est ce qu'entrevit un jour Sœur Marie Marthe dans un tableau offert à sa contemplation par Celui qui aimait à l'instruire en lui dévoilant les Mystères de l'au delà.

Tout  illuminé des splendeurs de  cette  divine Couronne, apparut à ses yeux le Tribunal où les âmes sont jugées. Il en passait continuellement devant le Juge souverain. Les âmes qui avaient été fidèles pendant leur vie se jetaient avec confiance dans les bras du Sauveur. Les autres, à la vue de la sainte Couronne, et au souvenir de l'amour de Notre-Seigneur qu'elles avaient méprisé, se pré­cipitaient, terrifiées, dans les abîmes éternels...

Si impressionnante fut cette vision, que la pauvre enfant, en la racontant, tremblait encore de crainte et d'épouvante.

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation1937

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 13:01

Prière de S. S. Pie XI…  (1926)

Notre Saint Père le Pape a composé lui-même et recommandé à la ferveur de tous les fidèles l'admirable prière que voici:

Très aimable Jésus, Nôtre-Seigneur, qui au prix de votre précieux Sang, avez racheté le monde !

Tournez vos regards miséricordieux sur la pauvre humanité qui gît encore en si grande part plongée dans les ténèbres de l'erreur et dans l'ombre de la mort; faites que sur elle resplendisse, dans tout son éclat, la lumière de la vérité.

Multi­pliez, Seigneur, les apôtres du saint Évangile ; rendez leur zèle plus fervent, leurs fatigues plus fécondes, en les bénissant de votre grâce afin que par leur travail, les infidèles Vous connaissent et se convertissant à Vous, leur Créateur et leur Rédemp­teur.

Rappelez les brebis errantes à votre bercail, ramenez les rebelles au sein de votre Sainte et Unique Eglise.

Hâtez, ô très aimable Sauveur, l'heureuse arrivée de votre règne sur la terre; attirez tous les hommes à votre très doux Cœur  afin que tous puissent participer aux ineffables bienfaits de votre Rédemption, dans le bonheur éternel du ciel.

Ainsi soit-il

Indulgence de 300 jrs pour tous les fidèles, chaque fois qu'avec un cœur contrit, ils récitent cette prière.

Indulgence plénière une fois par mois aux condi­tions ordinaires, pour ceux qui la récitent tous les jours.

Pénitencerie apost., 18 mai, 1926.

Permis de réimprimer: Québec, 13 août 1935.

B.-PH. Garneau, V. G.

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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 09:01

 

L’UNION MYSTIQUE, vous en connaissez la valeur …

Je conçois maintenant l'indissoluble so­lidarité des âmes.

Une influence cachée va de l'une vers les autres, et des autres vers l'une.

Chacun est comptable, en une maniè­re, des souffrances d'autrui, chacun doit rendre compte des péchés et des crimes qui ont été, sont et seront commis.

Nous devons et pouvons nous secourir, nous pouvons donner satisfaction à Dieu pour une âme, par des actions et des prières.

De combien d'âmes les saints n'ont-ils pas obtenu le sa­lut par leurs œuvres et leurs souffrances ?

Nous sommes enchaînés les uns aux autres, miraculeusement, divinement, par la Com­munion des Saints.

Mon Dieu, que tout cela est beau et ado­rable !

Je vous rends grâce, Père qui êtes aux cieux, pour le don de la foi, pour tou­tes les choses dont vous nous comblez, nous pauvres enfants, qui jamais ne vous aurions trouvé sans Votre secours et qui, parfois, étions si tristes à cause de l'effroyable soli­tude de nos cœurs.

Oh ! Vous connaître, Vous approcher à genoux, pleurant d'a­mour ! C'est ineffable, c'est accablant, c'est infiniment doux !

Par des routes noires et désertes, Vous nous avez conduits vers Vo­tre Fils, vers Jésus, que j'aime...

pierre van der meer, après sa conversion.

Mon Jésus mon Sauveur, je Vous aime, je Vous adore et je Vous remercie.

Père Éternel, je vous offre les plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ pour guérir celles de nos âmes.

AINSI SOIT-IL

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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 15:10

MOTIFS DE LA DÉVOTION AUX SAINTES PLAIES

Soeur Marie Marthe Chambon, sa vie…                            

En confiant à Sœur Marie Marthe cette tâche magnifique, le Dieu du Calvaire se plaisait à révéler à son âme ravie les innombrables motifs d'invoquer les Plaies divines, comme aussi les bénéfices de cette dévotion.

Chaque jour, à chaque instant, pour l'exciter à s'en faire l'ardente apôtre, Il lui dévoile les inappré­ciables trésors de ces sources de vie :

« Aucune âme, après ma sainte Mère, n'a eu comme toi, la grâce de contempler, jour et nuit, mes saintes Plaies.

« Ma fille, reconnais bien le trésor du monde!... le monde ne veut pas le connaître. — Je veux que tu les voies ainsi, afin que tu comprennes mieux ce que j'ai fait en venant souffrir pour toi.

« Ma fille, chaque fois que vous offrez à mon Père les mérites de mes divines Plaies, vous gagnez une fortune immense. Vous êtes semblables à celui qui trouverait dans la terre un grand trésor ; mais  comme vous ne pouvez pas conserver cette fortune, Dieu la reprend, et ma divine Mère aussi, pour vous la rendre au moment de la mort et en appliquer les mérites aux âmes qui en ont besoin : car vous devez faire valoir la fortune de mes saintes Plaies.

« Il ne faut pas rester pauvres, parce que votre Père est bien riche!...  Votre richesse ? C’est ma sainte Passion! Il ne faut pas vous en écarter. Il faut que vous puisiez constamment dans le trésor de ma Passion et dans les trous de mes Plaies sacrées.

« Celui qui est dans le besoin, qu'il vienne ici; c'est le trésor et la richesse.

« Une de mes créatures m'a trahi et a vendu mon Sang,  mais vous pouvez si facilement le racheter goutte à goutte pour purifier ta terre!...

Une seule goutte suffit... et vous n'y pensez pas!... vous n'en connaissez pas le prix!

« Les bourreaux ont bien fait en me perçant le côté, les mains et les pieds, puisqu'ils ont ouvert par là des fontaines d'où couleront éternellement les eaux de ma miséricorde. C'est seulement le péché qui en a été la cause qu'il faut détester.

« Mon Père se complaît dans l'offrande de mes sacrées Plaies et des douleurs de ma divine Mère.

« Offrir mes Plaies au Père éternel, c'est lui offrir sa gloire, c'est offrir le Ciel au Ciel.

« Voilà de quoi payer pour tous ceux qui ont des dettes ! — Car, en offrant à mon Père le mérite de mes saintes Plaies, vous satisfaites pour les péchés des hommes.»

 

Toutes ces paroles furent prononcées en diverses circonstances, spécialement dans l'année 1868. Tantôt Notre-Seigneur s'adresse à Sœur Marie Marthe seule, tantôt — à travers elle — à la Com­munauté et à tous les fidèles.

 

Jésus la presse  et nous presse avec elle, de venir à ce trésor :

« Il faut tout confier à mes divines Plaies et travailler au salut des âmes par leurs mérites. »

Il nous demande de le faire avec humilité : « Lorsque mes saintes Plaies ont été faites, il y a eu de la « vanité » pour l'homme qui croyait qu'elles finiraient. Mais non, elles seront éternelles, et éternellement elles seront vues de toutes mes créatures. Je te dis ceci, afin que tu ne les regardes pas par manière de routine, mais que tu les vénères avec grande humilité.

«Votre vie n'est pas de ce monde; enlevez les Plaies de Jésus et vous deviendrez terrestres...

« Vous êtes trop matériels pour comprendre toute l'étendue des grâces que vous recevez par leurs mérites... — Vous ne regardez pas assez le soleil dans sa plénitude... — Mes Prêtres eux-mêmes ne montrent pas assez le Crucifix : Je veux que l'on m'honore tout entier.

« Il ne faut pas craindre de montrer mes Plaies aux âmes... Le chemin de mes Plaies est si simple et si facile pour aller au Ciel. »

Il nous demande de le faire avec des cœurs de Séraphins. — Désignant un groupe de ces Esprits angéliques se pressant autour de l'autel, pendant la sainte Messe, il dit à Sœur Marie Marthe : « Ils contemplent la beauté, la sainteté de Dieu!... ils admirent, ils adorent... ils ne peuvent pas imiter. Quant à vous, il faut surtout contempler les souffrances de Jésus pour vous conformer à Lui.  Il faut venir à mes Plaies avec des cœurs bien chauds, bien ardents, et faire, avec grande ferveur, les aspirations pour obtenir les grâces que vous sollicitez. »

Il nous demande de le faire avec une foi ardente : « Elles sont toutes fraîches, il faut les offrir comme pour la première fois.

 « Dans la contemplation de mes Plaies, on trouve tout pour soi et pour les autres.

« Je te les fais voir pour que tu y entres. »

Il nous demande de le faire avec confiance :

 « Il ne faut pas t'inquiéter des choses du temps, ma fille, tu verras dans l'Éternité ce que tu auras gagné par mes Plaies.

« Les Plaies de mes pieds sacrés sont un océan. Amène-moi là toutes mes créatures ; ces ouvertures sont assez grandes pour les y loger toutes. »

 

Il nous demande de le faire avec esprit d'apos­tolat, et sans jamais nous lasser : « Il faut beaucoup prier pour que mes saintes Plaies se répandent dans le monde. »

 

Des Plaies de Jésus, aux yeux de la voyante, partirent, un jour, cinq rayons lumineux, cinq rayons de gloire qui enveloppèrent le globe.

 

1° « Mes saintes Plaies soutiennent le monde.

 

« Il faut me demander l'affermissement dans l'amour de mes Plaies, parce qu'elles sont la source de toutes les grâces. Il faut souvent les invoquer... y porter le prochain... Il faut en parler et y revenir fréquemment, afin d'en imprimer la dévotion dans les âmes...

 

3° « Il faudra longtemps pour établir cette dévotion, travaillez-y avec courage.

 

4°« Toutes les paroles dites au sujet de mes saintes Plaies me font plaisir, un plaisir indicible!... je les compte toutes.

 

5° «Quand même il y en a qui ne veulent pas venir à mes Plaies, il faut que toi, ma fille, tu les y fasses entrer. »

 

Un jour que Sœur Marie Marthe éprouvait une soif ardente, son bon Maître lui dit : « Ma fille, viens à moi, et je te donnerai une eau qui te désaltérera ! Dans le Crucifix, il y a tout : il y a de quoi se désaltérer — il y en a pour toutes les âmes!

« Ma fille, je veux que tu puises dans mes Plaies pour donner aux petits.

« Vous avez tout avec mes Plaies ! Elles ont fait des œuvres solides, non par la jouissance, mais par la souffrance.

« Vous êtes des ouvrières qui travaillez au champ du Seigneur : avec mes Plaies, vous gagnez beaucoup et sans peine.

 « Offre-moi tes actions et celles de tes Sœurs, unies à mes saintes Plaies ; rien ne peut les rendre plus méritoires, ni plus agréables à mes yeux : il y a des richesses incompréhensibles, même dans les plus petites. »

 

Il est bon de le remarquer ici : dans les mani­festations et confidences dont nous venons de parler, le divin Sauveur ne se présente pas toujours à Sœur Marie Marthe avec l'ensemble de ses Plaies adorables : parfois Il ne lui en montre qu'une seule à part des autres.

 

C'est ainsi qu'un jour Il lui découvre son pied droit en disant : « Combien dois-tu respecter cette Plaie et t'y cacher comme la colombe! »

Une autre fois, Il lui fait voir sa main gauche : « Ma fille, prends dans ma main gauche mes mérites pour les âmes, afin qu'elles soient à ma droite pour l'Éternité... Les âmes religieuses seront à ma droite pour juger le monde, mais auparavant, je leur demanderai compte des âmes qu'elles devaient  sauver. »

(À suivre)

Extrait de : Soeur Marie Marthe Chambon de la Visitation Sainte-Marie de  Chambéry.  Monastère de la Visitation.  1937

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 18:18

On a souvent comparé la vie à un voyage; la compa­raison, même si elle est vieille, n'a pas cessé d'être juste.

L'illusion du désir se sent en voyage mieux que par­tout ailleurs. En voyage, l'homme qui désire et qui réfléchit sur son désir se prend, s'il veut, en flagrant délit d'illusion.

Quand on est à Paris, on ne voudrait pas, même si la chose était possible, supprimer la route et arriver sans voyage au terme du voyage. On veut, comme le pigeon de La Fontaine, voir...

Voir, quoi ?

S'il y avait une chose ici-bas qui valût la peine d'être recherchée pour elle-même, cette chose-là dispenserait d'en chercher d'autres et mettrait fin au voyage de l'homme. Cette chose, nous allons tenter de la trouver ensemble si vous le voulez.

A Paris donc, l'homme qui va partir caresse l'idée de son voyage et ne voudrait pas être arrivé déjà au but. En route, il espère voir.

Quand il est monté dans le train, habituellement il regrette la diligence d'autrefois, la vue des chevaux, la voix du postillon, etc.

Si le chemin de fer l'abandonne à moitié chemin, et s'il finit la route dans une vieille voiture, il pense aux avantages du chemin de fer. Il trouve bien lente la vieille voiture, et il a hâte au le relai suivant. J'ai mille fois vu et commis cette innocente niaiserie de désirer le prochain village de la route, comme si, au relai, m'attendait le bonheur.

Après le relai, comme le bonheur manque à ce ren­dez-vous, le désir d'être arrivé au terme même du voyage se fait sentir; et quand on parvient au but, quand on est arrivé, quand on est définitivement des­cendu de voiture, une impression de tristesse se dessine dans l'âme.

C'est que l'attente, quelle qu'elle soit, est toujours trompée.

Elle est trompée, fût-elle surpassée. Car, si elle est surpassée en un sens, par l'éclat extérieur du spec­tacle aperçu, elle est trompée, en un sens plus impor­tant, par l'absence de la plénitude que l'on cherchait.

Les rives du Rhin, les montagnes de là Suisse peuvent être plus belles que vous ne le pensiez. Mais elles ne peuvent pas produire sur vous l'effet que vous attendiez, si vous attendiez la plénitude et la satisfaction.

L'homme passe sa vie à éprouver ces sentiments, et à les ignorer toujours,

Aucun voyage ne lui montre la réalité des choses. Et cependant, quand il regarde les splendeurs de la nature. Il a un regard et un regret pour la maison qu'il a quittée, pour la maison qui est celle du travail, pour la maison où souvent, dans les heures de fatigue, il a désiré le départ; pour la maison où souvent, depuis !e départ, il a désiré le retour.

Et lorsqu'il y reviendra, s'il n'a vu dans son voyage que les choses visibles, je ne le garantis pas contre une impression de tristesse. Ce ne sera plus celle qu'il a eue, quand il est arrivé sur la terre étrangère, ce sera l'autre. Ce ne sera plus celle du voyage, ce sera celle du retour.

Je ne le garantis pas contre le désir de repartir, afin de voir autre chose, ni, quand il sera reparti, contre le désir de revenir, afin de se retrouver chez lui.

Sans doute, il se trompe, puisqu'il cherche toujours, sans trouver jamais. Mais au fond de cette erreur, comme au fond de toutes les erreurs, il y aura une grande vérité. Cette vérité, c'est le double besoin qui résulte de la loi générale, le besoin de satisfaire à l'al­ternance universelle, le besoin de se dilater, puis ensuite de se concentrer ; le besoin du flux et du reflux.

C'est le besoin du cœur et du sang de l'homme ; c'est le besoin du jour et de la nuit ; c'est le besoin de toutes les harmonies qui veulent du silence, au milieu de leurs paroles; c'est le besoin de l'Océan, qui entretient, par le va-et-vient de ses colères mouvantes, la vie du monde, la vie de cette terre qu'il baigne, qu'il arrose, qu'il caresse, qu'il heurte, qu'il dévore.

C'est l'amour du flux et du reflux qui nous conduit sur le bord de la mer. C'est le besoin du flux et du reflux qui nous a chassés de chez nous, et qui nous a envoyés voir le flux et le reflux de la mer, l’image du nôtre.

Pourquoi donc, puisque l'homme qui va et revient obéit, dans son double mouvement, à un besoin vrai, pourquoi donc est-il trompé? Pourquoi ne trouve-t-il pas la satisfaction ? C'est qu'au lieu de là chercher dans le monde invisible, il la cherche dans le monde visible.

C'est qu'au lieu de la chercher dans la loi invisible et vivante, dont le monde est le symbole, il la cherche dans la création elle-même, qui symbolise la loi, mais qui ne la constitue pas. Celui qu'il cherche Est Celui qui Est. Celui-là est l'unique nécessaire, et le malaise inquiet qui nous entraine sur tous les chemins n'est autre chose que le sentiment et la douleur de son absence.

Mais le mont Blanc, franchi et dépassé, ne le montre pas, dans l'horizon nouveau, aux yeux avides du voya­geur. La neige vierge qui couvre le dernier sommet de l'Himalaya, la neige inaccessible, la neige qui ne se laisse ni toucher par la main ni admirer par le regard, cette neige elle-même n'a pas vu sa face.

Car, si elle l'avait vue, elle serait devenue un ruisseau de feu.

Si le voyage est une déception et semble même résu­mer assez bien les déceptions de toute la vie, quand on lui demande ce qu'il ne contient pas, à savoir le terme et le bonheur, il peut répondre à l'attente, si nous lui demandons ce qu'il possède, c'est-à-dire des symboles et des moyens, au lieu d'une fin.

Le voyage a cet avantage précieux d'offrir à nos regards des matériaux nombreux et divers, de présenter la vie sous un jour nouveau, de rompre forcément les habitudes, de renouveler dans une certaine mesure le sang, d'augmenter les provisions de l'homme.

Car nous sommes si pauvres, qu'il nous faut mendier partout : nous mendions le pain du corps et celui de l'intelligence.

Et quand un pays nous donne ses productions, ses aspects, ses habitudes, ses conversations, ses secours, ses idées et son langage, tous les jours depuis quelque temps; quand il nous fournit l'air et le pain, tous les jours depuis quelque temps, ce pays-là est épuisé pour nous, et nous éprouvons le besoin d'aller mendier ailleurs. Et quand nous avons traversé une contrée nouvelle, elle nous semble épuisée à son tour. Nous sommes, grands à ce point que rien ne nous suffit pour nous nourrir, et misérables à ce point qu'il nous faut recourir incessamment à ces choses insuffisantes, et re­nouveler ces provisions.qui s'épuisent dès qu'elles sont faites.

On dit souvent que le voyage instruit, et, dans le sens où l'on prend ce mot, on dit une sottise énorme. Car, en général, on entend par instruction la connaissance lourde, stérile et confuse de faits nombreux et désor­donnés.

Ainsi entendue, l'instruction que donne le voyage sert à défrayer la conversation des sots qui s'alimentent toujours du récit des faits. Cette instruction-là donne à celui qui a le malheur de la posséder le triste pouvoir d'écraser son auditeur sous le poids des incidents dont il a été le héros. Cette instruction-là, quand elle est un peu abondante, est redoutable, et je vous engage à prendre contre elle, lorsque l'occasion s'en présentera, des précautions. Cette instruction-là est vaniteuse, car l'amour-propre trouve partout sa place, même dans un accident de voiture. Il y a des gens qui sont fiers du malheur qui leur est arrivé. Il y en a. d'autres qui sont fiers du malheur qui ne leur est pas arrivé. Il y en a d'autres qui sont fiers d'avoir contemplé de beaux paysages, qui finissent par croire que la création est leur œuvre, et que la gloire de sa beauté doit légitime­ment leur revenir.

Cette instruction n'est pas seulement vaniteuse, elle est féroce. Elle veut des auditeurs, c'est-à-dire des vic­times. Elle cherche à rétablir les sacrifices humains, et c'est souvent une chose terrible que d'avoir affaire à un homme qui a beaucoup voyagé.

Mais si le voyage donne aux sots une instruction qui augmente leur sottise, il peut donner aux autres une autre instruction qui agisse en sens contraire. Car chaque homme tire des faits et des choses un suc qui est le produit non des faits et des choses, mais de sa propre nature. Or, toutes les natures sont affectées di­versement par les influences extérieures. Ce qui ruine l'un enrichit l'autre. Ce qui perd un homme sauve son voisin. Tout ce qui arrive à un sot augmente sa sottise. Tout ce arrive à un homme vaniteux augmente sa vanité.

Le voyage surtout, par la multiplicité et la flexibilité des éléments qui le composent, se prête avec souplesse aux impressions que l'homme est apte à recevoir. Que cent, mille hommes fassent le même voyage, aucun d'eux n'aura fait le même voyage que son voisin; aucun d'eux n'aura vu, ni fait, ni senti, ni compris, ni cherché, ni trouvé, ni aimé, ni haï, ni admiré les mêmes choses.

S'ils sont arrivés tous ensemble sur le bord de la mer, plusieurs auront immédiatement baissé la tête, et con­sacré à la recherche immédiate des petits coquillages leurs regards effarouchés par l'étendue de l'Océan. Il y a des yeux et des esprits qui se détournent instinctive­ment, en face de la grandeur, et qui cherchent à se ras­surer en cherchant l'autre aspect du tableau, l'aspect des petites choses, considérées isolément.

Il y a des hommes qui demandent au brin d'herbe un secours contre le cèdre du Liban, et au caillou du rivage une consolation contre la grandeur gênante de la mer, au lieu de les admirer du même regard.

Le premier regard de ces hommes est toujours con­sacré au détail- Suivez bien ce regard qui fuit le ciel et la mer et qui cherche un microscope pour étudier le brin d'herbe qui pousse près du rocher. Ce regard-là, quand l'homme qui le possède sera revenu à Paris, re­gardera, en face du génie, la forme d'un chapeau, et, dans les œuvres du génie, comptera les virgules, avec l'espérance qu'il y en manque une.

Il est certain que la grandeur de l'espace est la figure d'une autre grandeur. Car il est certain que le sommet d'une montagne, par l'horizon qu'il nous découvre, nous parle de la délivrance. De là, notre émotion. Cette émotion serait stupide si elle portait seulement sur une plus grande masse de terre aperçue. Elle n'est pas stupide, parce que l'horizon qui recule oblige les murs de noire prison à reculer avec lui, et notre joie est profonde, en face de l'étendue. Elle est profonde, parce qu'elle est symbolique. Nous sommes faits pour l'immense, et notre âme se dilate quand le ciel et la mer grandissent devant nos yeux. Cette grandeur ne serait rien, si elle était toute seule; mais elle nous parle de l'autre, et le mérite de l'espace. Ainsi, les ruines séculaires nous parlent de l'éternité, et voilà le mérite du temps.

L'horizon nous parle de ce qui n'a pas de borne, et voilà le mérite de l'horizon.

Le voyage est une chasse à travers les horizons; et voilà le mérite du voyage.

L'horizon porte sur la stupidité humaine une con­damnation que je voudrais rendre claire.

Les sots craignent toujours de s'occuper des choses sérieuses, dans la crainte de se fatiguer; et ils se fa­tiguent  horriblement   en  songeant à  des  riens.   Ils s'épuisent en efforts continuels et stériles, et comme ces efforts portent sur des choses insignifiantes, ils ne les redoutent pas. Si les mêmes  efforts avaient un grand but, les hommes dont je parle se détourneraient en di­sant : « Cela ne me regarde pas. » Ils s'imposent volon­tiers des supplices terribles, pourvu que ces supplices soient en même temps stupides et stériles, pourvu qu'il s'agisse de leur coin du feu, des heures de leurs repas, des querelles qu'ont eues ensemble la femme de chambre et la cuisinière, pourvu qu'il s'agisse de commérage et de dispute, pourvu qu'il s'agisse du rien. Le bourgeois consent à se fatiguer démesurément, pourvu que le chez soi soit le théâtre de sa lutte imbécile ; il mourrait à la peine, pourvu que le   chez soi fût le théâtre de son agonie.

Et il refuserait de faire vingt pas, s'il s'agissait de rendre service à quelqu'un ou à quelque chose.

L'imbécile craindrait de se fatiguer, lui qui porte jour et nuit, sans se lasser jamais, le plus terrible des jougs, son propre joug.

Or, voici ce que dit l'horizon :

L'œil de l'homme est fait pour l'espace. Placez un objet tous près de l'œil, l'œil ne voit pas, il ne peut distinguer et reconnaître. Ayez un mur blanc à quelques pas de votre fenêtre, votre œil distingue, niais se fatigue ; son action est arrêtée : la vue est trop courte, l'organe manque d'exercice.

Allez dans la campagne, votre œil se repose, parce que l'horizon s'élargit et parce que les couleurs sont variées. Gravissez une montagne : le repos de votre œil augmente avec le panorama qui se découvre. Enfin regardez la mer ; même malgré vous, votre œil se tran­quillise et s'épure ; il jouit profondément de la limite reculée : le ciel et la mer lui imposent le repos.

Voilà ce que dit l'horizon.

Tout près, l'objet regardé aveugle l'œil ; trop près, il le fatigue ; lointain, il le repose ; immense, il le ravit.

Et la vue physique est l'image de l'autre.

C'est la portée du regard qui le fait beau, qui le fait calme, qui le fait souverain et qui le fait pur.

Inspiré de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 14:49

LE SPHINX, c’est abîme, c'est la fatalité                     

L'Antiquité, qui corrompait tout, donnerait de singulières leçons à qui saurait ne pas se laisser duper par elle. L'admiration qu'on nous inflige en sa présence nous trompe doublement. D'abord cette admiration nous fait respecter ce qui est méprisable. Ensuite elle nous empêche de découvrir, au fond du mensonge, la vérité que ce mensonge contient. Pour profiter d'un mensonge, en effet, il faut le connaître à fond ; il faut le percer à jour; il faut être le contraire d'une dupe ; il faut être un chimiste qui dégage du poison la substance que le poison cache et corrompt. Il paraît que l'arsenic contient de l'or. Mais, pour découvrir l'or, comme il faut avoir regardé profondément dans la subs­tance de l'arsenic ! Comme il faut lui avoir arraché son secret !

Il y a trois façons de se comporter vis-à-vis du poi­son.

La première consiste à l'avaler, c'est ce qu'on fait généralement. Alors on admire l'antiquité, on absorbe l'arsenic et on meurt.

La seconde consiste à le rejeter sans le connaître. Alors il devient inutile. C'est ce qu'ont fait ceux qui, dans ces derniers temps, ont proscrit en masse toute l'antiquité.

La troisième consiste à analyser, à s'emparer de son secret, à lui arracher le cœur.

Alors on trouve l'or dans l'arsenic, et le vrai dans l'histoire.

« Quelle vérité, disait de Maistre, ne se trouve pas dans le paganisme ! »

Et il cite, à l'appui de sa proposition, une foule d'exemples. Il énumère les secrets que l'antiquité a trahis. Car l'antiquité trahit les secrets qui lui ont été confiés: elle les trahit de deux manières. Elle les révèle, et elle les corrompt.

Or, parmi les secrets que l'antiquité trahit, de Maistre aurait pu compter le sphinx.

Le sphinx est un monstre qui propose l'énigme de la Destinée : il faut deviner l'énigme ou être dévoré par le monstre. Quoi de plus absurde ? Mais quoi de plus profond, si les hommes savaient lire !

« Devinez ! » Ce mot est dans la langue humaine un mot bien singulier. Car la chose qu'il explique ne semble pas être, à la disposition de l'homme. Et cependant elle est pour l'homme d'une importance qui fait frémir. Pour accomplir cette chose, il n'y a pas de procédé connu, et cependant nul ne peut dire à quel regret s'ex­pose celui qui ne l'accomplit pas.

L'histoire de la vérité et l'histoire de l'erreur sont remplies toutes deux de rencontres, et d'événements, qui semblent fortuits.

La vie mêle ensemble les personnes et les choses : le bien, le mal, le médiocre, le très bien, le très mal, le sublime, le hideux ; tout cela se coudoie dans les rues. La terre, qui est grise, semble jeter sur toutes choses un manteau gris. Les hommes se ressemblent beaucoup en apparence. Le costume établit une dissem­blance artificielle, l'usage en établit une autre, la timidité en établit une autre, la dissimulation en établit une autre, l'ignorance en établit une autre : on vit sur des apparences.

Une multitude innombrable de voiles cache les réa­lités. Les hommes ne disent pas leurs secrets ; ils gardent leur uniforme.

L'homme qui verrait de sa fenêtre une rue très achalandée, serait  épouvanté, s'il réfléchissait aux réalités magnifiques ou affreuses qui passent devant lui, sans lire leur nom, déguisées, couvertes, dissimulées profondément, — semblables les unes aux autres, si l'appa­rence est la seule chose qui compte.

Mais son épouvante augmenterait, si ce spectateur intelligent d'une foule qui ne parle pas se disait :

Ma vie dépend peut-être d'un des hommes qui passent ici, sous mes yeux : peut-être un homme que j'attends, peut-être un homme qui m'attend est là, devant sa porte. Mais il y a beaucoup d'hommes devant ma porte. — Si celui dont je parle se trouve ici, à quel signe le reconnaître ?

La vie privée des hommes, la vie publique des nations, l'instinct secret, la littérature, le roman, l'histoire, le souvenir du passé, les besoins du présent, l'attente de l'avenir, tout avertit l'homme qu'il peut avoir besoin de deviner, — et il n'y a pas de règle pour bien deviner. De là le sphinx.

Le spectacle des choses qu'il faut deviner, et qu'on ne devine pas, a conduit l'antiquité sur le bord d'un abîme, et l'abîme a attiré sa proie. Cet abîme, c'est la fatalité. Au bord de la fatalité, penchée sur le gouffre, se tient le sphinx, dans une attitude mystérieuse et terrible.

Si la fatalité était vraie, toutes les questions seraient insolubles, et l'unique réponse qui leur conviendrait à toutes serait le désespoir.

Mais, en général, les questions qui semblent appeler une réponse désespérante sont des questions mal posées, et les réponses désespérantes sont souvent aussi superficielles qu'elles semblent profondes.

Il y a à toute heure en ce monde une inconnue à dégager, un X, un grand X qui défie les ressources de l'algèbre.

Le sphinx antique voulait qu'il n'y eût pas de réponse.

Il y a une réponse, et nous pouvons tuer le sphinx.

Comment faire pour deviner ?

Un pauvre approche et demande l'hospitalité ?

Si c'était l'ange du Seigneur !

Mais aussi si c'était un assassin !

Comment donc faire pour deviner ? Faut-il un effort de pensée, un acte étonnant d'intelligence ?

Non, voici le secret.

Deviner, c'est aimer.

Demandez à tous ceux qui ont deviné comment ils ont fait ? Ils ont aimé, voilà tout.

L'intelligence, livrée à elle seule, s'embarque dans an océan de pensées. Le problème de la vie se dresse devant elle, et si l'aiguille aimantée a perdu la science du nord, si la boussole est affolée, l'intelligence peut très facilement parvenir, en pratique, au doute ; en théorie, à la fatalité.

Le sphinx antique, c'est l'intelligence impuissante aboutissant au désespoir, et se précipitant dans la mort.

L'amour sait mieux son chemin. Il arrive, en pratique, à la lumière ; en théorie, à la justice.

Voici une vérité admirable : cette récompense décer­née à qui devine, refusée à qui ne devine pas, récom­pense qui scandalisait tout à l'heure l'intelligence égarée du spectateur que je supposais à sa fenêtre , cherchant quelqu’un, cette récompense, décernée ou refusée, con­tient une suprême justice, une justice supérieure à la justice qui dit ses règles.

Celui qui devine est récompensé, parce que celui qui devine est celui qui aime.

Celui qui ne devine pas n'est pas récompensé, parce que celui qui ne devine pas est celui qui n'aime pas.

Celui qui aime la grandeur et qui aime l'abandonné, quand il passera à côté de l'abandonné, reconnaîtra la grandeur, si la grandeur est là.

Celui qui passe à côté de l'homme qui a besoin, reconnaîtra le besoin, s'il aime l'homme près de qui il passe.  Celui qui passe près de l'homme dont il a besoin reconnaîtra celui qu'il cherchait, s'il l'aime assez pour ne pas lui envier la place qu'il occupe, la place de celui qui donne et de celui qui pardonne.

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 13:28

Qu'est-ce donc que le monde

Ce mot odieux a l'air de ne rien signifier du tout, et cependant il est odieux.

L'étymologie nous servira peu en apparence. Mundut en latin signifie pur ; alors que le monde, c'est l'impureté.

Le monde, est-ce le péché ? Évidemment non. Il y a une différence énorme. Sans doute, le monde est dans le péché, mais il est toujours situé en une région spéciale ; il a ses domaines à lui dans le mal, et ce sont ses do­maines qu'il s'agirait de terminer, ou au moins d'indi­quer.

Un assassin est un pécheur ; un voleur de grand chemin, comme on disait autrefois, est un pécheur. Sainte Marie l'Égyptienne, avant sa conversion, était une pécheresse.

Ce sont là des pécheurs ; ce ne sont pas des gens du monde.

Il y a plusieurs mots terribles dans l'Évangile, et, parmi ces mots, voici l'un des plus terribles : Non pro mundo rogo.

Je ne prie pas pour le monde. Celui qui parle ainsi connaît le fond des choses et va mourir pour les pé­cheurs. Il ne prie pas pour le monde, c'est saint Jean qui nous le raconte ; c'est à cette même cène où il a dormi sur la poitrine de Jésus-Christ, c'est à ce mo­ment solennel où les bras de Dieu allaient s'ouvrir sur la croix, c'est à cette cène, c'est à ce moment que saint Jean a entendu la Vérité dire : « Je ne prie pas pour le monde. » Vous savez ce qui est écrit ailleurs à propos des tièdes. Sans entrer dans les profondeurs de ces deux paroles, je voudrais, en regardant le monde, tel qu'on le voit, savoir à peu près de quoi on parle quand on parle de lui.

Le péché est le désordre, le désordre évident, avoué, violent, désastreux, Les passions font des ruines, et ne s'en cachent pas. Quelquefois même elles s'en glori­fient. Mais, encore une fois, qu'est-ce que le monde ? Le monde serait-il le domaine du péché, attiédi par la prudence ?

Le monde serait-il le domaine du péché, circonscrit par la tiédeur de la température ?

Le monde s'étend aussi loin que la tiédeur de l'air. Là où l'air est chaud ou froid, le monde s'en va scan­dalisé.

Et ainsi, comme il se fait à lui-même, au fond du désordre, un ordre apparent qui tient à sa tiédeur, — et au fond de l'impureté, une pureté apparente, qui tient à sa tiédeur, — peut-être rencontre-t-il, à ses propres yeux, la signification étymologique du mundus et  qui ont besoin de l'ironie pour reconnaître en français le monde, l'infâme par excellence, celui qui s'appelle le monde.

Les barrières de la tiédeur séparent le monde des péchés qui ne sont pas à lui.

Dans la catégorie des températures, la tiédeur cor­respond à la médiocrité. Or, la médiocrité est l'espace du monde. Le pécheur a des passions mauvaises, mais le monde a le goût du mal, le goût, non pas le trans­port.

Le monde a des goûts et des opinions; il n'a ni amour ni haine.

Ses goûts sont pour les choses mitoyennes. Ses opi­nions craignent d'être absolues, et par là de ressembler à des convictions. Elles ont cela de particulier qu'elles n'excluent pas les opinions contraires; je dis les opi­nions, je ne dis pas les convictions. Les opinions du monde pactisent volontiers avec les autres opinions qui sont de leur espèce. Que ces opinions-là se contredisent ou non entre elles, elles n'en sont pas moins bien en­semble ; car quelque chose les unit : c'est une haine profonde et tiède contre l'ennemi commun, c'est-à-dire la Vérité.

Les opinions du monde, même quand deux d'entre elles luttent ensemble, sont coalisées contre la Vérité. Cette coalition est la parodie de l'union.

Tous les dieux étaient reçus dans le Panthéon romain, excepté Jésus-Christ. Toutes les opinions sont reçues dans le Panthéon du monde ; la Vérité seule est mise à la porte.

Le monde ressemble à une hôtellerie où les passants trouvent place. Qu'une erreur passe au dehors et veuille entrer, les convives se serrent, et lui font place au banquet. Mais si la Vérité frappe à la porte, toutes les places sont prises et certains voyageurs, parfaitement choisis, sont chassés.

Le monde, si borné et si aveugle, a cependant un instinct merveilleux, quand il s'agit de reconnaître et de chasser. Il ne se trompe pas, il vise juste ; il se fait jus­tice, il s'exile. Il s'exile en voulant s'exiler ; car l'étran­ger qui s'en va emporte la cité habitable.

Le monde, lui, s'exile au désert. Qu'importé que ce désert se nomme ici la foule : il n'en est pas moins le désert, c'est-à-dire le vide, c'est-à-dire la mort.

Le désert, le vide et la mort, c'était Rome, quand Jean était à Pathmos. Pathmos était la vie, Pathmos était la cité. Voilà pourquoi saint Denis admirait la justice du monde qui fuyait, disait-il, la face de saint Jean.

Le monde est un désert où, la foule va et vient. Elle est très pressée ; on dirait une armée en déroute ; cette armée fuit, que fait-elle? Elle continue depuis Pathmos ; elle poursuit sa fuite haletante, elle fuit la face de saint Jean. Elle fuit en désordre, pêle-mêle ; les fuyards se tournent les uns contre les autres, et, dans leur égare-ment, s'égorgent entre eux ; car ils combattent dans la nuit. Mais leur terreur les aveugle : ils fuient la face de saint Jean.

Cette armée en déroute se trompe de chemin ; elle s'égare dans le désert, elle est trompée par des rêves et trompée par des mirages. Elle est poussée en tous sens; elle va au gré des vents qui lui jettent du sable dans les yeux, et, cependant, elle est poussée par une idée fixe ; elle fuit la face de saint Jean. Elle déguise son tumulte sous une apparence affairée ; mais sa principale affaire est de fuir la face de saint Jean. Tout le reste est un détail.

Voyez ces gens : ils vont, ils viennent, ils vendent, ils achètent, ils causent, ils remuent, ils discutent, ils se saluent, ils sont polis, ils sont courtois ; ils mentent, ils bavardent, ils flattent, ils dénigrent, ils séparent, ils égorgent, ils détruisent, ils empoisonnent. Mais leur principale affaire est de fuir la face de saint Jean.

Fuir la face de saint Jean, voilà leur travail intime, leur vie intérieure, la moelle de leurs os, l'essence qui produit tous leurs parfums; le reste est un détail, un ornement, une toilette, qui varie suivant la mode du jour, ou le caprice du personnage.

Le péché est moins déguisé que le monde. Il montre mieux ce qu'il est et ce qu'il fait. Le monde ment tou­jours. Il ne fait, jamais ce qu'il semble faire.

Le monde aime à contrefaire. Il est le singe de la sa­gesse; il a fabriqué une sagesse à son usage ; cette sagesse ressemble à la sagesse, comme l'orang-outang res­semble à l'homme.

La sagesse vraie rencontre la paix sur la hauteur parce qu'elle domine les contradictions. La sagesse du monde rencontre une paix qui ressemble au monde dans le trou où  elle est tombée, parce que de ce trou elle n'aperçoit plus en quoi le blanc diffère du noir.

La sagesse vraie tend à unir. La sagesse du monde tend à amalgamer des éléments qui ne peuvent pas s'unir, et, quand elle voit qu'elle les a juxtaposés, elle croit qu'elle les a fondus. Dès que l'on cohabite ensemble, le monde s'imagine qu'on est uni.

L'homme du monde ne craint pas de faire mal. Mais il craint de choquer. Il ne connaît pas les harmonies, mais il connaît les convenances.

C'est la convenance qui, dans le monde, remplaça l'harmonie.

Le monde aime la haine ; mais il faut que cette haine, attiédie par la température des salons, évite certains éclats. Il faut qu'elle appelle à son secours certains mensonges. Quand ces mensonges lui sont venus en aide, elle peut se présenter dans le monde, avec l'aplomb d'une personne en toilette.

Quand la haine a fait sa toilette, elle est dans l'ordre du monde, elle est en règle, elle peut entrer.

La loi du monde est peut-être l'insignifiance. Si un homme vivant se trouve par accident dans le monde, il faut qu'il se fasse insignifiant, plus insignifiant même que les autres, parce qu'il est suspect. Pourvu qu'il efface toute vérité et toute lumière, il peut être sup­porté un moment. Mais, comme l'essence des choses ne se trahit jamais longtemps, il viendra un moment où le monde, dans sa clairvoyance, se détournera, et, dans sa justice, se séparera.

L'insignifiance est si chère au monde et si nécessaire à ses voies, que le mal lui-même, bien qu'il lui soit natu­rellement sympathique, lui devient antipathique, si, mêlé a un principe de bien, il fait éclater, en vertu de ce mélange, le cercle que la mort trace autour du monde. Si le mal, altéré par un mouvement généreux, s'emporte et fait explosion, il reste encore quelquefois dans le domaine du péché, mais il ne reste plus dans le domaine du monde.

Le monde aime le mal, mais il l'aime confit, fardé, peigné, habillé suivant les habitudes ; il aime le péché, mais il aime le péché propret, gentil, attifé.

Dans les domaines du péché, on ment par intérêt, par passion, par honte, par peur. Dans les domaines du monde, on ment sans intérêt, sans passion, sans honte et sans peur. On ment parce qu'on est du monde, on ment par amour-propre, par vanité; on ment par tié­deur, on ment parce qu'on ment, on ment comme on respire, parce que le mensonge est, dans ce pays-là, identique à la parole.

Que dirait-on, dans le monde, si l'on ne mentait pas ?

Le pécheur peut, après avoir menti, dire la vérité.

Mais le monde, quand il a menti, continue à mentir ; et, s'il dit la vérité, il ment encore. La vérité devient mensonge en touchant ses lèvres. Quand le monde dit la vérité, il croit exprimer une opinion comme une autre ; il veut que cette vérité soit entourée de men­songes et vive avec eux en bonne intelligence. Il veut qu'elle soit déshonorée par d'infâmes voisinages, et, quand il l'a tellement souillée qu'il ne la reconnaît plus, alors il la tolère, parce qu'elle est devenue mensonge ; — et ce monsonge est précieux, car il abrite les autres, il les autorise, il les prend sous sa sauvegarde, il leur enlève ce qu'ils auraient de trop violent, de trop cru, de trop net. Cette vérité devenue mensonge, par le ton, par l’accent, par l'entourage, par le contexte, cette vérité achève de confondre le bien et le mal, et les gens du monde sont contents.

Dans les moments où l'homme du monde dit la vérité, il prend avec elle un ton protecteur. On dirait qu'il con­sent à ne pas mentir toujours, et qu'il y consent par impartialité. On dirait que, par pitié, il veut bien per­mettre à la vérité de se trouver un instant sur ses lèvres, il lui accorde cet honneur, et il le lui fait payer sur-le-

champ, en la rendant l'égale du mensonge qui reprend bien vite ses droits, et qui rentre en possession de sa chose.

L'apparence de l'impartialité est un des pièges les plus affreux que la tiédeur tende à ses dupes, et le monde aime beaucoup à tendre ce piège-là. Il prend des airs de justice, le misérable ! Rien ne trompe avec une force et une autorité si redoutable que la vérité mal dite. Elle donne aux erreurs qui l'entourent un poids que ces erreurs n'auraient pas elles-mêmes. Elles les rend impo­santes. Le mélange de la vérité et de l'erreur produit, dans la bouche du monde, des effets désastreux. Il donne à la vérité l'apparence de l'erreur, à l'erreur l'appa­rence de la vérité. Il fait participer l'erreur au respect qui est dû à la vérité.

Quand la vérité se rencontre sur les lèvres de l'homme du monde, elle est entrelacée avec l'erreur, et toutes deux sont si bien entrelacées qu'on ne les distingue plus. Elles s'embrassent, et ceux qui ont la vue basse les prennent pour deux sœurs.

Le monde, c'est la vieillesse ; il est difficile d'imaginer combien les gens du monde sont vieux. Les jeunes gens surtout sont remarquables par leur décrépitude, parce qu'elle est en eux plus monstrueuse, et par là plus écla­tante. Tous ces vieillards de vingt ans, sans enthou­siasme et sans désir, qui fuient la face de saint Jean, la fuient lourdement, lentement, tristement et pitoyable­ment. Ils se traînent, pour la fuir, dans un chemin où l'on ne respire pas, sans vue, sans montagne, sans air et sans horizon. Ils se condamnent non pas seulement à la douceur, mais au désespoir. Pour fuir la face de saint Jean, ils tournent le dos à Dieu, font leurs affaires sans adorer, et s'ennuient à jamais.

Il y a sans doute un secret pour rajeunir; ce secret appar­tient à Dieu qui réjouit la jeunesse. Dieu est le maître du temps, et le temps s'arrête, quand, il parle, comme sont pétrifiés les bœufs quand le tonnerre gronde. Dieu, qui a puissance sur le feu, est le gardien de la jeunesse. Dans sa jeunesse éternelle, la sainte Vierge, la bien-aimée de Dieu, n'a pas connu de diminution. Elle est sortie de l'enfance, elle n'est pas sortie de la jeunesse. La jeunesse ressemble a un dépôt qui ne pourrait être confié qu'à Dieu, parce qu'aucune autre main n'est de force à le tenir. Aussi les ennemis de Dieu détestent la jeunesse, comme s'ils voyaient, en elle, un reflet de celui qu'ils haïssent. Ils détestent 1a jeunesse, et, au lieu de la retenir, par la vertu de l'Éternel, à l'heure où le temps l'emporterait, ils supplient le temps de hâter les pas et de l'emporter avant l'heure. Le monde déteste la jeu­nesse, la vraie jeunesse. Il aime à paraître vieux et à l'être. Le monde vieillit les enfants.

Ne croyez pas que l'esprit du monde soit borné aux salons et aux lieux où on le croit généralement accepté et renfermé. Les salons, s'ils sont vivants, peuvent être vides du monde et pleins de la vérité, tandis que le monde peut remplir et remplit souvent de son infamie su­rabondante les maisons isolées, désertes, inhospitalières, les foyers sans chaleur où l'on n'aime pas l'étranger, les affreuses demeures qui refusent à l'humanité la commu­nion et l'amour.

Sur un rivage breton où il y a quelques baigneurs en été, et en hiver personne (quelques rares familles de pêcheurs habitent ce désert où même la nourriture est rare et difficile) ; sur ce rivage, je causais un jour avec une paysanne, et elle me confia le désir qu'elle avait de quitter le monde. J'admirai la profondeur de cette parole, et la connaissance qu'elle avait du monde, dans le sens vrai de ce mot. Le monde pouvait être dans sa cabane, d'autant plus hideux peut-être que la grande mer était plus voisine. Peut-être le bourdonnement des hommes était rendu plus insipide encore par le bruit solennel des vagues.

La loi du monde est l'effacement. Lui qui n'aime rien, il aime le niveau. Il veut faire passer toutes les têtes sous son joug, et ses sympathies sont acquises à ce qui est bas naturellement. La grandeur est sa haine, de quelque genre qu'elle soit, en quelque lieu qu'elle se manifeste. La médiocrité est son attrait. Le monde loi ouvre spontanément les portes dont il a la clef, et elle entre avec l'aplomb que donne le sentiment du droit. Elle est chez elle, dans le monde, et elle agit vis-à-vis des autres avec l'insolence qui est son caractère, à elle, et avec l'aveuglement qui est son caractère, à lui. La médiocrité est insolente, aussi naturellement que le monde est aveugle. S'il se passe quelque chose à côté d'eux, la médiocrité insulte, et le monde ne regarde pas.

Le goût du monde pour l'effacement est si prononcé, qu'il ne faut pas, pour lui plaire, aller très loin, même dans sa direction. Il ne faut pas trop faire ce qu'il fait. Il ne faut pas trop le dépasser, il ne faut pas excéder, même à son profit, ses habitudes. La tiédeur est son élément, et quiconque sortirait de cette région-là encour­rait sa disgrâce. Il ne faut pas avoir pour ses intérêts plus de zèle que lui-même. On aurait l'air de quelque chose et il faut n'avoir l'air de rien. On se distinguerait de son voisin, et il faut lui ressembler.

Le caractère des hommes du monde, étant de ne pas en avoir, la multiplicité est leur domaine. Il font mille choses: ils vendent, ils achètent, ils causent, ils lisent, ils écrivent, etc. etc. Quel est le lien qui unit entre elles les actions d'un homme du monde ? On dirait qu'il n'y en a pas ; ses actes se suivent et ne s'enchaînent point. Quel est le lien qui unit entre eux les hommes du monde ? On dirait qu'il n'y en a pas. Ils se coudoient et ne se touchent jamais. En réalité pourtant il y a un point de contact, il y a un mot de ralliement. L'unité, disons-nous, a une parodie qui est la coalition. Les hommes du monde ne sont pas amis : mais ils sont coalisés. L'unité vit d'amour. La coalition vit de haine. Les coalisés sont des ennemis privés qui se joignent ensemble contre l'ennemi public. Les hommes du monde ont une haine commune qui leur donne une occupation commune, qui détermine le point central de leur activité.

Le monde avait mille affaires, pendant que l'aigle écrivait à Pathmos son Apocalypse. Mais, malgré les mille affaires, le monde n'avait qu'une affaire, c'était d'éviter et d'oublier Pathmos. Les hommes du monde ont mille affaires; mais ils n'ont qu'une affaire, — car ils n'ont qu'une haine et qu'une terreur, ils fuient la face da saint Jean !

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 19:31

DIFFÉRENCE ENTRE LA CRAINTE ET LA PEUR …

Ce qui caractérise l'époque où nous vivons, c'est que l'erreur chez elle a perdu l'équilibre.

L'erreur moderne confond le miracle et le fantastique

Pour rétablir l'ordre, étudions d'abord chez l'homme la nature de la peur.

La peur est fille du péché.

Le paradis terrestre était le temple de la sécurité. La menace relative au fruit défendu y introduisait la crainte, mais non la peur. La crainte et la peur sont, en effet, deux sentiments très différents. La crainte accompagne la joie, et l'amour, et la gloire. La peur est un affaissement qui procède de la défiance et de la haine.

L'Écriture prononce un mot dont nous ne connaî­trons jamais la profondeur : Que mon cœur se réjouisse afin qu'il craigne votre Nom !  La joie inspire la crainte du nom incommunicable, la crainte du nom de Jéhovah ! La joie dont parle l'Écriture, c'est le sentiment profond, ardent, léger et sublime, le sentiment de la présence et de la puissance de Dieu. La joie compte sur la Toute-Puissance, qui éclate dans la gloire quand elle cède et se rend devant les enfants à genoux. C'est pourquoi la joie craint le nom de Dieu. Craindre le nom de Dieu, c'est n'avoir peur de rien.

La peur est la parodie de la crainte. La peur exclut la paix et apporte le trouble. La crainte suppose le res­pect profond de l'ordre qu'on pourrait, mais qu'on ne veut pas troubler. La peur suppose le trouble qui naît du désordre, de la confusion, du pêle-mêle, la défaite de la sérénité, le triomphe de l'accident.

La crainte vient de la majesté de Dieu.

La peur vient du trouble qui nait de la loi violée.

Les choses divines ne troublent pas ; les choses infer­nales troublent toujours. Telle est, par exemple, la dif­férence entre le repentir et le remords.

Le repentir apporte l'espérance qui pacifie le regret.

Le remords apporte le désespoir qui aigrit et exas­père le regret.

Le repentir est une pente qui mène aux larmes ; il a la douceur, comme toute vérité sentie. Le remords mène à l'abîme; il est sans pitié, sans larmes et sans voix, aveugle, sourd et muet. Le repentir peut chanter; les Psaumes de la Pénitence nous indiquent les sons qu'il rend, quand le souffle passe.

Mais le remords ne parle même pas, il désespère et meurt.

Le remords précipite ; le repentir relève.

Le remords naît de la peur, le repentir naît de la crainte.

Beaucoup de gens, confondant le miracle avec l'action satanique, ou plutôt avec l'illusion humaine, car le diable n'est pour eux qu'une création de notre terreur, beaucoup de gens représentent très bien le signe parti­culier du dix-neuvième siècle, la confusion de l'Être et du Néant.

Ils confondent la terreur qui vient de l'illusion et celle qui peut venir du miracle; ils confondent l'ordre fantastique et l'ordre divin.

La vie a ses lois primordiales qui régissaient dans le paradis terrestre la nature innocente.

Les lois de la vie sont actuellement modifiées par les lois de la mort.

La Toute-Puissance peut modifier et vaincre les droits actuels de la mort en vue de la vie, et troubler le désordre en vue d'un ordre supérieur. Voilà la résurrection.

En face d'elle, j'admets la crainte et la terreur fondues dans l'amour.

Mais supposes ce que l'imagination humaine a tou­jours supposé, supposez un être qui échappe aux lois ordinaires de la mort sans rentrer dans l'ordre de la vie, et qui trouble le désordre non pas en vue de l'ordre, mais au profit d'un second désordre : voilà le revenant. Voilà le personnage fantastique. En face de lui, je conçois la peur et la terreur sans amour.

Car le revenant n'est pas délivré: il échappe illégale­ment.

Le ressuscité est vainqueur de la mort

Le revenant est vainqueur de la mort: il ne fait que la tromper un moment ; mais il est sous son empire. Il est avec elle en contravention, en rupture de ban. Mais il lui appartient plus que jamais. Il fait une escapade d'un moment qui le laisse tout entier dans le pouvoir de la mort.

Dieu est avec le ressuscité,

Le revenant est seul.

Le ressuscité est une réalité très supérieure aux réa­lités ordinaires. Le Lazare de là seconde vie a plus d'être en lui que le Lazare de la première vie.

Le revenant est une illusion ; son domaine est celui de l'ombre. Aussi c'est la nuit qu'il paraît paraître. Il ne faut pas confondre une réalité d'un ordre supérieur avec une illusion.

Il ne faut pas confondre le corps honoré par la visite de la Toute-puissance, et le corps restitué, avec une ombre.

Si la résurrection inspire la crainte, cette crainte ras­sure, car elle vient de la présence sentie de Dieu vivant, qui sait donner à la fois la crainte et l'épouvante.

Le revenant, c'est-à-dire l'illusion que ce mot repré­sente, apporte sa peur froide. Dieu, l'homme et la na­ture sont tous les trois absents de lui.

Le ressuscité apporte la plénitude et représente  la surabondance. Le revenant serait la forme du vide, s'il était quelque chose. Le ressuscité est, d'une manière spéciale, fils du Dieu qui est la vie.

Le revenant est la création de notre néant.

Comment ces mots de diables et de miracles ont-ils pu être associés dans une phrase pensée et écrite par un homme ?

Kosmos signifie à la fois le monde et l'ordre. Jusqu'où donc ira, dans ce monde, le triomphe du pêle-mêle ?

La peur est ce sentiment hideux qui de l'enfant de Dieu fait l'esclave tremblant des hommes et des choses. La crainte donne l'humilité. La peur dont je parle donne l'humiliation, mais  cette humiliation laisse  persister l'orgueil, qui est le compagnon de tous les mensonges. La peur fait honte, et cet homme qui a honte et peur se redresse et fait le fier, tandis que la joie fait tomber à genoux.

La crainte rassure : elle donne la tranquillité, elle appuie l'homme sur le souverain domaine de Dieu. La peur oublie Dieu, et divise toutes les choses créées ; la peur est panthéiste : par elle tout devient Dieu, excepté Dieu même.

La crainte et la peur se jouent, dans ce monde invi­sible, sur les confins de deux royaumes ennemis.

Il y a un homme qui a été immortalisé par la terreur: c'est Pascal.  Pascal avait la peur,  il n'avait pas la crainte. S'il avait eu la crainte, il aurait eu la joie. Ayant peur, il fut triste, et cette âme, qui avait un besoin immense de dilatation, un besoin immense de lumière, se rétrécit et se replia sur elle-même. Pascal, qui fut uniquement préoccupé de la sainteté, ne devint pas un saint. Il passa sa vie en face de lui, au lieu de la passer en face de Dieu. Acharné sur sa  propre substance, il fit de lui-même sa pâture, tandis que c'est l'Infini qui est la nourriture de l'homme.

Le jansénisme corrompait, dénaturait, empoisonnait la crainte : il la  tournait en peur. Saint Augustin disait : Voulez-vous vous sauver de Dieu ? Sauvez-vous dans le sein de Dieu. Voilà la crainte: si elle est distincte de l'amour, elle n'est pas séparée de lui.

La peur, au contraire, si elle se sauve de Dieu, se sauve loin de Dieu. Aussi, au lieu de se sauver, elle se perd; au lieu d'épanouir l'homme, elle le parque. Pascal, qui parla tant contre la vanité, fut victime et dupe d'une grande vanité ; car il manqua de simplicité et d'amour. Dans sa tristesse, il ne trouva que l'homme ; dans sa joie, il eût trouvé Dieu.

O réalité suprême, notre résurrection et notre paix, donnez-moi la joie pour que je craigne votre nom. Car vous  seul, Ô Dieu qui  sondez les cœurs, vous  seul connaissez la profondeur de cette parole ; Réjouissez mon cœur à craindre votre nom. Vous savez par quels liens mystérieux, délicats et sublimes, sont unies la joie et la crainte, et de quelles façons, si la joie m'abandonne, la crainte de votre nom m'abandonne au moment même. Jéhovah, qu'invoqué Élie sur le mont Carmel, Jéhovah, qui êtes ce que vous étiez alors, Jéhovah, qui serez ce que vous  êtes éternellement,   Jéhovah   qui savez seul votre plénitude et ma défaillance, Jéhovah, Dieu fidèle,   qui avez promis de donner à ceux qui demandent, je demande la joie, je demande la crainte de votre nom. Jéhovah, écartez de moi la tristesse et la peur. Car je suis si misérable que je peux avoir périr de quelqu'un ou de quelque chose, — et si j'ai peur, je cesse de craindre. Si j'ai peur d'un autre, je cesse de vous craindre ; la tristesse et la peur méprisent votre Nom. O Celui qui Êtes, donnez-moi la crainte et la joie, afin que je sente vivante en moi Sa signification inex­primable de votre Nom sans égal; délivrez-moi de tout mal, passé, présent ou à venir.  Être délivré  du mal passé : quelle parole ! Je la comprends mieux que je ne puis la traduire. Délivrez-moi des souvenirs qui font peur, délivrez-moi des menaces de l'ennemi ! Que je meure à la mémoire des cauchemars  d'autrefois !  Que votre Nom écrase celui qui veut provoquer la peur et étouffer la crainte ; que votre nom règne et domine dans la liberté de nos âmes affranchies !

Que votre Nom nous abrite dans les rayons de sa gloire souveraine, afin que, sans peur et pleins de crainte, nous l'adorions en sécurité, dans la forteresse de la lumière ! Amen à la joie et à la crainte ! Quand je dis Amen, je dis Fiat, et par une providence spéciale je rencontre aussi votre Nom, ô voue qui êtes sans borne et qui vous appelez Amen.

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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