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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 05:59

             

 

Le cardinal Montini revit Jean XXIII pour la signature du décret par lequel le pape mettait personnellement en œuvre la béatification du cardinal Ferrari, autre grande figure d'archevêque milanais et glorieux prédécesseur de Montini.

 

Le 29 mai, le cardinal Cicognani montrait au Pape un message de l'archevêque de Milan. Jean XXIII était couché; il lui restait cinq jours à vivre. Autour de son lit de souffrance le monde entier tremblait d'angoisse et d'amour, comme cela n'était encore jamais arrivé au cours de l'histoire.

 

Le cardinal Montini, dans ce message, lui présentait une sorte de relation des plus récentes initiatives de son diocèse : on venait de poser la première pierre de l'église dédiée à saint Grégoire Barbarigo, dans la banlieue milanaise et de fonder l'académie Saint Charles, dont nous avons déjà parlé. C'était les saints préférés du pape Jean XXIII : « avec Saint Charles je suis chez moi, dit-il, et puis il y a le cardinal Ferrari. Cette académie Saint Charles voilà cinquante ans que je la désire; j'ai un peu insisté; le cardinal Montini a aussitôt compris et ses bons milanais l'ont secondé. Je bénis l'insti­tution et j'en prévois un bien immense. »

 

Le cardinal Montini accourut à son chevet par le premier avion. Mais le pape agonisait déjà.

 

Sa mort a creusé un vide; mais elle a peut-être fait fleurir le plus beau miracle historique de charité, d'émotion, d'affection, d'estime et de sympathie pour l'Église et son pasteur suprême dans une humanité divisée et matérialisée, mais unanime dans sa douleur autour du pape mort, le pape du Concile et de la paix.

 

Nous nous sommes tous sentis orphelins ce jour-là.

 

Mais, « le Pape est mort, vive le Pape ! », l'Église vit dans les siècles.

 

On prépare le Conclave. Commentaires et indiscrétions sont claironnés dans le monde entier par les journaux, les bulletins d'agences et les nouvelles radiotélévisées.

 

Le cardinal Montini arrive à Rome avec tous les autres princes de l'Église, pour s'enfermer dans l'enclos de la chapelle Sixtine.

 

Inutile de revenir sur les événements de cette attente de l'Église et du monde : c'est de l'histoire d'avant-hier.

 

Le cardinal Montini réserva aux élèves de son Séminaire Lombard, provisoirement installé via Aurélia, ses dernières paroles prononcées parmi les hommes avant le Conclave.

 

Il rejoignit le Lombard auquel l'attachent des liens d'affec­tion à la fois anciens et récents, le mercredi précédant son élection à 13 h. 30. Quelques heures plus tard allait com­mencer la claustration des quatre-vingt cardinaux, appelés à élire le successeur de Jean XXIII avec l'assistance du Saint-Esprit. Le cardinal ne fit qu'une courte halte sur le seuil : Quelques minutes suffisantes pour parler aux sémina­ristes et aux prêtres du Lombard avant d'affronter le mémo­rable événement qui allait faire de lui le pasteur universel de l'Église.

 

Un étudiant milanais lui dit : « A bientôt à Milan, Éminence. » Le cardinal ne répondit pas. Il ouvrit les bras et eut un sourire énigmatique. L'étudiant est persuadé qu'il fallait interpréter ce sourire comme un présage de son élec­tion imminente.

 

Le cardinal Montini rappela aux élèves du Séminaire la puissance des tentations démoniaques auxquelles l'humanité succombe parfois. « Ne luttons pas seulement contre la chair et le sang, dit-il, mais aussi contre tout ce qui gouverne ce monde de ténèbres. » Un pressentiment pour le futur Paul VI ?

 

Parlant du Conclave imminent qui polarisait l'attention anxieuse de tous, celle de l'homme de la rue et plus évidem­ment encore celle des hommes d'Église, fussent-ils étudiants, il dit : « C'est un mystère. Tant de forces agissent sur la décision! Mais celle du Saint-Esprit est déterminante. »

 

Parmi les séminaristes qui faisaient cercle autour de lui, nombreux étaient ceux qui se démenaient sans trop d'habileté, avec des appareils photographiques. Le cardinal était mitraillé par les flash, bien que tous les opérateurs en herbe ne fussent pas certains qu'il en sortirait des instantanés historiques et précieux.

 

« Faites, faites, disait-il avec son habituel sourire contenu, si cela témoigne votre affection, c'est une grande consola­tion. Faites, même si cela doit contribuer à grossir le nombre des anecdotes autour de mon humble personne. »

Étaient également présents à la rencontre les cent trente séminaristes du « Pieux Collège d'Amérique Latine » qui accueille temporairement dans ses locaux une partie du Lombard. Tous étaient originaires des différents pays d'Amé­rique Latine et c'est cette union de la foi, cette image de la catholicité de l'Église qui suggéra à l'archevêque un appel à la fraternité universelle qui a frappé et ému tous les assis­tants.

 

Quelques heures plus tard, l'archevêque de Milan entrait dans la claustration du Conclave.

 

Le monde entier attendait et conjecturait. La place Saint-Pierre était, à toute heure du jour, noire de monde, en attente de la fumata blanche.

 

Comme dans la miraculeuse gestation de Marie, œuvre du Saint-Esprit, l'Église de Dieu était en gestation dans le solennel enclos de la Chapelle Sixtine. Et l'humanité attendait l'heureux événement.

 

Les spécialistes du Vatican de tous les journaux, les envoyés spéciaux, les cameramen, les commentateurs, les reporters formaient un essaim de guêpes désordonné, fastidieux, indiscret, dans la ruche de cet impassible et séculaire édifice de l'Église.

 

Un jour et une nuit suffirent, et au matin resplendissant de soleil, la fumata blanche s'effilocha dans le ciel et le nouveau chef de l'Église apparut au balcon de Saint-Pierre : le cardinal Jean-BaptiSte Montini, Paul VI.

 

Quelques heures plus tôt, à Brescia, le fleuriste Cavagnini qui depuis des années a la pieuse habitude de déposer une couronne de fleurs sur la tombe des parents de Jean-Baptiste Montini, avait demandé et obtenu, comme de coutume, la permission de la déposer « sur la tombe des parents du Pape ».

 

Paul VI est maintenant le nouveau pontife.

 

L'Esprit-Saint a bien choisi! Un mot anglais, sur lequel est fondé toute l'antique suprématie britannique dit : « The right man, in the right place, » et nous ajouterons, in the right time : « l'homme juste à la place exacte et au moment opportun. » Toute l'Église, tous les hommes peuvent avoir confiance en lui.

 

La prophétie présumée de Malachie (Saint Malachie, évêque irlandais (1940-1148) à qui est attribuée la Pro­phétie sur l'Histoire des Papes.)

 

est sauve, car le nouveau pape a des fleurs dans son blason, et aussi parce que la Providence a fait choisir par les quatre-vingt cardinaux de la Sainte Église Romaine, la fleur des fleurs en sa personne!

 

Paraphrasant Dante nous dirons :

...  le monde l'aime beaucoup mais s'il savait quel cœur il eut... il l'aime­rait encore plus!

 

Dans le premier discours de son pontificat, Paul VI, avec saint Augustin, a défini son devoir comme « une mission d'amour ». Il y a quelques années il avait révélé le secret de son apostolat : « nous n'oublierons pas que l'attitude fonda­mentale des catholiques qui veulent convertir le monde, c'est de l'aimer. C'est là le génie de l’apostolat : savoir aimer. » Il avait dit aussi, au Congrès de l'Apostolat des Laïcs, en 1957 à Rome : « Nous aimerons notre prochain et nous aimerons nos frères lointains. Nous aimerons notre patrie et nous aimerons celle des autres. Nous aimerons nos amis et nous aimerons nos ennemis. Nous aimerons les catholiques, nous aimerons les schismatiques, les protestants, les anglicans, les indifférents, les musulmans, les païens les athées. Nous aimerons toutes les classes sociales mais plus particuliè­rement celles qui ont le plus grand besoin d'assistance et de promotion. Nous aimerons les enfants et les vieillards, les pauvres et les malades. Nous aimerons ceux qui se moquent de nous, qui nous méprisent, qui nous combattent ou nous persécutent. Nous aimerons ceux qui méritent et ceux qui ne méritent pas d'être aimés. Nous aimerons nos adversaires : comme homme, nous ne voulons aucun ennemi. Nous aime­rons notre temps : notre civilisation, notre technique, notre art, notre sport, notre monde. Nous aimerons, en nous efforçant de comprendre, de compatir, d'estimer, de souffrir, de servir. Nous aimerons avec le cœur du Christ : venez tous à moi... nous aimerons avec la générosité de Dieu... »

 

Saint Père, nous aussi nous t'aimerons.

 

NDLR : Et nous prions pour vous…  en 2013  AMEN

 

   A Suivre…

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                           G. SCANTAMBURLO

                                  Édition; Maison Mame  (1964)

 

 

    Elogofioupiou.com

 

 

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Published by elogofioupiou - dans Survie de Paul VI
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