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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 08:24

Continuons notre route vers l’est de la France : nous voici au milieu des Vosges. Dans une chambre solitaire, d’où il n’est pas sorti depuis plusieurs années, est assis, sur un vieux fauteuil, un jeune homme de vingt-trois ans, plein d’intelligence, riche d’instruction, d’une patience invincible et d’une affabilité constante. Que fait-il là ? Il souffre enchaîné par la maladie. Les os des jambes, et les côtes du côté du coeur, sont cariées, et lui occasionnent des douleurs affreuses.
 
Il est mort cent fois avant de mourir.
 
Aussi il pense avec plaisir à la dernière heure de son pèlerinage. Il s’en entretient avec une sorte d’enthousiasme, se regardant ici-bas comme un pauvre captif chargé de chaînes : c’était son expression.
 
Plein de cette douce et forte pensée que la vie [d'ici-bas] n’est pas la vie, il prend lui-même sans effroi des portions de ses côtes cariées, que le chirurgien a tirées de ses plaies, et, les broyant tranquillement : «Voilà, dit-il sans s’émouvoir, de petites portions de mon corps qui prennent les devants, le reste suivra».
 
Et, en souriant, il ajoute : «Les grands seigneurs, lorsqu’ils voyagent, ont coutume de faire partir quelque chose de leur équipage en avant, pour aller ensuite plus légèrement. Je fais comme les grands seigneurs. Les religieux les plus austères ont dans leurs cellules et sur leur table des crânes humains et des ossements, pour y contempler leur état futur ; et moi, de mes propres yeux et dans ma propre chair, je vois le commencement des plus grandes humiliations».
 
Avant ma sépulture, je puis contempler et palper mon cadavre. Mes os se sont pulvérisés par l’ardeur qui me consume. Ma chair est couverte d’ulcères et de pourriture. Me voici semblable à un vieux haillon, rongé par de vils insectes (Job., XXX, 13).
 
Mais rien de tout cela ne m’attriste. Je vois les restes de mon corps confondus dans la poussière jusqu’à la consommation des siècles, sans que la paix de mon coeur soit troublée. Mon coeur s’est réjoui, et ma chair reposera dans l’espérance. (Ps. XVI).
 
Cette foi vive qui rend l’homme si grand en face de la mort, ne l’abandonne pas un instant. A ses pieux parents, fondant en larmes, il dit : «Ne pleurez pas : le Seigneur vous rendra tout le bien que vous m’avez fait. Je ne vous oublierai point. Celui qui aime, aime toujours».
 
Lorsqu’il eut reçu les derniers sacrements, il s’écria avec une expression indéfinissable de bonheur et de confiance : «Grâce à Dieu, je ne suis plus de ce monde. Oui, mon Dieu, je vais Vous voir dans la terre des Vivants».
 
Tels furent ses dernières paroles. Ainsi mourut, sans agonie, le vertueux Aimé Bailly, le 19 novembre 1781, à l’âge de vingt-quatre ans (Écoliers vertueux, par l’abbé Caron).
 
Mgr Gaume – La vie n’est pas la vie (1868)
 
http://bibliothequedecombat.wordpress.com/2012/12/28/une-alternative-spirituelle-a-leuthanasie/
 
elogofioupiou.over-blog.com
 

 

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