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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 19:00

 

Extrait du volume :

PAUL VI  Maison MAME 1964

G. SCANTAMBURLO

 

Le cardinal de Milan avait-il des ennemis ?

 

Lui-même ne s'en connaissait certainement pas; il pouvait tout au plus avoir des adversaires. Les autres le considéraient peut-être comme tel mais Mgr Montini mettait indubitable­ment en pratique cette maxime de saint Augustin : « Si angulîantur vasa carnis, dilatentur spatia caritatis ! »

 

Il ne faut pas oublier que l'action pastorale de Montini s'est déroulée à Milan à une époque où les luttes syndicales et politiques, les revendications sociales et salariales, les diatribes des partis et surtout les diatribes entre les différents courants de la majorité démocrate chrétienne prenaient un caractère aigu, avec des pointes dramatiques et des phases de désorientation. Il faut tenir compte aussi de ce qu'en Italie on attribue à toute une couleur politique et de ce que la démagogie n'y épargne aucun domaine.

 

Il était donc logique que son zèle apostolique et sa recherche anxieuse de la rénovation soient exposés à de dures critiques de la part de secteurs bien particuliers de l'opinion politique et syndicale du pays.

 

Dans son sermon de Pentecôte 1955, l'archevêque avait prononcé des paroles mémorables : « La mode est de char­ger l'Église et le Christianisme de toutes les guerres, des désordres et des injustices sociales. Nous faisons ainsi, ou nos croyons faire preuve d'humilité. Nous sommes des chrétiens coupables ; ce sont les prêtres, les papes, les évêques, les catho­liques qui ont manqué au christianisme. S'il y a eu un faux témoignage du Christ c'est parmi nous qu'il faut le rechercher. Nous sommes des miroirs déformants de l'Évangile primitif. Nous devons réformer l'Église ; nous devons tout refaire ; nous devons détruire; et, dans ce goût impitoyable de la critique, nous sapons jusqu'aux fondations sur lesquelles l'Église repose. Il n'y a plus ni sentiment, ni goût de l'autorité; aucun dogme, aucune vérité ne semblent plus fermes et Stables. Quelque chose qui dévore, qui bouleverse et nous entraîne, semble avoir envahi jusqu'à la conscience et au monde catholique. Nos revues qui viennent de l'autre côté des Alpes, les théories qui circulent dans nos séminaires et se faufilent jusque dans nos livres de prières, nous inquiètent et nous rendent soucieux. »

 

Le 20 décembre 1958, l'archevêque regagnant son diocèse, revêtu de la pourpre cardinalice, trouva une situation pour le moins confuse, dans laquelle se préparaient des événements qui ne pouvaient que le préoccuper quant au sort de son troupeau.

 

C'était l'époque où tout le monde s'arrogeait le droit de s'approprier le cardinal Montini en le tirant chacun de son côté comme un drapeau et une garantie. L'histoire prouve que ceux qui manquent de Stature intellectuelle et morale s'ap­puient sur ceux qui les dépassent, dans le domaine politique et social particulièrement : C'est la fameuse histoire biblique de la puce qui grimpe sur la croupe de l'éléphant pour entrer dans l'Arche de Noë.

 

Bien que se tenant rigoureusement au dessus de la mêlée, (Utiliser la Démocratie Chrétienne pour faire son appoint de voix et obtenir la majorité à la Chambre en s'appuyant sur la gauche plutôt que sur les néo-fascistes, les monarchistes... (N.D, T.) tant par dignité personnelle et conscience aiguë de son minis­tère pastoral, que par l'élévation d'une intelligence supérieure, le cardinal Montini dut bientôt prendre une position nette et tranchée. Il le fit en juin 1960 en adressant au clergé de son diocèse, sous forme de lettre personnelle, un document qui devait faire définitivement justice des tentatives de cer­tains partis politiques pour s'approprier l'archevêque de Milan.

 

« Le trouble des esprits et la disparité des opinions que: On rencontre actuellement, chez les catholiques, nous invitent à rappeler à nos prêtres que, conformément aux avertisse­ments répétés du Saint-Siège et aux instructions communi­quées par l'épiscopat lombard, nous pensons qu'il ne faut pas favoriser « l'ouverture à gauche » dans le moment présent et sous la forme actuellement envisagée...

 

« ... Ce jugement, s'il touche matériellement le domaine de la politique, n'est pas formellement politique : il est pas­toral, c'est-à-dire qu'il dérive de principes doctrinaires et pratiques et de ces intérêts religieux et moraux que nous avons le droit et le devoir de proclamer et de défendre...

 

« Nous désirons aussi en cette occasion exprimer notre vif regret de ce qu'il soit impossible d'élargir ainsi la repré­sentation démocratique : ce moyen reviendrait en effet à la laisser occuper par des gens qui professent des idées et des méthodes contraires à la démocratie. En ce qui nous concerne nous regrettons enfin très vivement de voir que tant de nos fils demeurent incapables de se libérer du vieux marxisme, encore prévenu contre la religion, encore infatué de matérialisme et d'anticléricalisme.

 

«Cette pénible contin­gence ne nous empêche pas, bien au contraire, de former des vœux pour que ces italiens, (quelques-uns droits et nobles, les autres, plus nombreux, bons et ignorants), soient touchés par une conception plus chrétienne de l'histoire et de la vie et pour qu'ils procurent au pays le bonheur de leur évolution démocratique et à nous celui de la reprise d'un dialogue spirituel.

 

«Nous voulons encore moins taire notre désir et notre espérance que les classes dirigeantes comprennent le besoin d'élévation des classes laborieuses, dans le cadre d'une économie toujours mieux dirigée vers le bien commun; nous souhaitons avec confiance qu'aucune péripétie contin­gente ne vienne changer l'orientation de notre pays, désor­mais clairement tournée vers le progrès social. »

 

Dans cette même ligne d'intransigeance, le cardinal Mon­tini adressait le 31 janvier 1961 un net avertissement aux militants de l'Action Catholique « qui cherchent des zones d'entente avec ceux qui ont d'autres idéologies »; et plus tard, en août, un message aux milanais : « l'apparente tran­quillité des vacances ne doit pas nous illusionner; la menace contre la liberté, la civilisation, la paix, n'est hélas pas un phantasme; les événements parlent d'eux-mêmes. »

 

Dans ce domaine délicat de la politique, si contesté et si adroitement entouré d'équivoques, sa ligne de conduite est toujours claire, précise et charitable. Élargissement de la représentation démocratique oui; mais pas par la confusion des valeurs : par l'affermissement de la vérité, de la justice et du véritable esprit social chrétien; en un mot : le bien des âmes toujours au-dessus de tout.

 

Il a un principe fondamental : la liberté de l'homme est le fondement de la foi et, par conséquent, toute dictature est l'ennemie naturelle de la foi comme elle est celle de l'homme. « L'Église a toujours été et sera de nouveau la source de la liberté humaine, la mère de toute nation libre : la liberté de pensée et la liberté individuelle, la liberté de conscience dans la famille comme dans l'état, procèdent toujours de la limitation du pouvoir temporel. »

 

Et pour clore cette parenthèse sur ce que nous pourrions appeler la charité politique de l'archevêque de Milan, toujours généreusement compréhensif envers ses adversaires mais également intransigeant sur les principes, nous dirons que personne ne sut comme lui déterminer, par une analyse profonde de la situation actuelle du monde, le véritable mal dont souffre l'Occident :

 

« l'absence d'une idée unique, mieux d'une foi unique; notre société, aussi gravement privée de Dieu qu'elle en est inconsciemment avide, ne pourra jamais régénérer ces forces spirituelles dont elle a tant besoin » en suivant les principes « qui ont régi l'histoire du siècle dernier et une partie de celle du nôtre et qui sont ceux du libéralisme agnostique et anticlérical ou du marxisme socia­liste. »

 

 

A suivre

 

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Published by elogofioupiou - dans Survie de Paul VI
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