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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 09:13

 

 

Mais surtout, surtout, comprenons bien : d'un autre côté, une telle attitude, cruci­fiante pour l'Église comme elle le fut pour la France réelle, était non seulement permise mais voulueprovidentiellement par le Saint-Esprit, parce que l'heure du suprême don était arrivée. D.H.P. infaillible, c'est donc le Saint-Esprit qui, par tous les évêques una cum le pape, signe un acte hérétique, non pas, faut-il le préciser !!! , pour ce qu'il est, le péché, c'est-à-dire la coulpe formelle, mais pour ce qu'il représente extérieurement : la malédiction, qui en soi n'est pas péché quoiqu'elle soit la peine et l'effet du péché286.

 

Et comme il est toujours et à jamais le Saint des Saints, il faut conclure qu'il veut indiquer par-là à tout fidèle catholique, que, sans pécher, il doit non seulement accepter de voir sa Mère prendre sa part de malédiction extérieure, de péché non formel, c'est-à-dire de crucifixion, aux fins supérieures et divines de la Rédemption, mais surtout en prendre sa part lui-même (chose d'ailleurs impossible à la nature humaine déchue, sans l'aide très expresse de Dieu). Comme le Christ l'a fait sur la Croix, en son temps. Il est im­portant de se rappeler, pour éviter le scandale pharisien de nos âmes, réflexe hélas comme instinctif et naturel, que "la gloire de l’homme, c'est le juste persécuté", c'est-à-dire sous l'invincible apparence de mal faire alors qu'il veut le Bien, qu'il est même en train de l'opérer. C'est... Platon qui le disait, dans un célèbre banquet où il avait réuni la crème des philosophes de son temps. Se levant solennellement à la fin du repas, il leur posa à tous la question : "Quelle est la plus grande gloire de l'homme ?" Les uns ré­pondirent : "Mourir pour la patrie !" ; d'autres : "Vivre honoré dans sa famille et sa ci­té !", etc. ; et lui, Platon, de répondre après eux tous : "Vous n'y êtes pas : la gloire de l'homme, c'est le juste persécuté". Voilà, à notre connaissance, la plus haute parole de sagesse qu'a produite l'Antiquité, sortie de la bouche d'un de ses meilleurs sages, celle qui a le plus mérité le christianisme au monde gréco-romain287.

 

Les catholiques de notre temps, surtout les seuls qui ont su garder la profession publique de la Foi, nous voulons dire les traditionnalistes, seront-ils à la hauteur de Platon ?

 

Au fond, bien compris, ce suprême opprobre de l'Église manifesté par D.H.P. est notre plus grand triomphe et la plus grande Gloire de Dieu sur cette terre.

 

Car péné­trons-en bien la raison mystique : c'est en étant terrestrement recouvert d'un manteau de péché, ainsi, et ainsi seulement, que Dieu vainc PARFAITEMENT Satan et le péché sur cette terre, "dans l'Absolu" (Léon Bloy), et que la Rédemption s'opère eschatologi-quement et non plus seulement spirituellement, c'est-à-dire par les Mérites du Christ appliqués à l'Église : à partir de là, l'Église participe au Mystère de la Rédemption par des mérites qui lui sont propres, elle devient vraiment co-rédemptrice. Pour cela, un seul chemin, que lui fait présentement emprunter le Saint-Esprit : la Passion du Christ revécue jusqu'à sa Mort sur la Croix, par laquelle "Il a été fait péché pour notre salut". Aller jusqu'à donner une apparence de victoire à Satan, de défaite à l'Église. C'est seulement après que Satan pourra être précipité enfin dans l'Abîme dont parle saint Jean dans l'Apoca­lypse, enchaîné par la chaîne du péché dont s'est revêtue prophétiquement la très sainte Vierge dans l'Apparition de La Salette, et que pourra commencer le Règne de Gloire plénier et total, les fameux Mille Ans de la Gloire de l'Église...

 

À nous de com­prendre le Plan divin, et surtout, d'y correspondre pour notre part, le plus courageu­sement possible. On parle présentement beaucoup de la gloire et de la dignité de l'homme, dans le camp de l'ennemi des âmes. Eh bien, mais précisément, chers amis : c'est nous qui en avons la clef, ET NOUS SEULS, nous, les fidèles du Christ et de l'Église véritable, humiliés dans la Crise de l’Église, que dis-je, piétines et foulés aux pieds par la Bête. Nous l'avons dans les mains et, pour peu qu'on veuille la glisser dans la serrure du portillon de Gethsémani pour y entrer, il nous est communiqué gratuitement cette gloire et cette suprême dignité de l'homme, par surcroît de notre participation à la Pas­sion...

 

De nos jours, tout homme qui veut la gloire humaine doit impérativement épou­ser ce Plan divin, participer à la Passion de l'Église, celle qui se déroule à présent, qui réplique de manière immaculée celle du Christ. C'est la meilleure et d'ailleurs la seule façon d'être prodigieusement glorifié quand Dieu viendra pour régner sur cette terre.

 

286 Les manichéens voulaient tirer de Amos III, 6 ("Arrivera-t-il quelque mal dans la ville qui ne vienne pas du Seigneur ?") et de divers autres passages similaires de la Ste-Écriture, une preuve formelle de l'existence d'un Dieu du mal. Saint Augustin leur répond, dans le "Liv. contre le manich., Adimante, c. 26 : «Il faut entendre ici, par mal, non pas le péché, mais le châtiment. Il y a deux espèces de maux : celui que l'homme fait, et celui qu'il éprouve. Celui qu'il fait, c'est le péché ; celui qu'il endure, c'est le châtiment... Ainsi, l'homme fait le mal qu'il veut pour éprouver le mal qu'il ne veut pas»" (cité par Perrone, 1.1, p. 440, note 3). C'est la même chose pour D.H.P. : à cause des péchés des hommes, mais encore parce qu'il faut que le mysterium iniquitatis s'accomplisse selon que la Ste-Écriture l'a prédit, le Bon Dieu a permis que D.H.P. soit dûment promulgué par un vrai pape, et même qu'il l'a voulu, dans le cadre de la Rédemption. Gardons-nous bien, cependant, de faire comme les antiques manichéens dualistes ici réfutés par saint Augustin, qui voulaient voir la cause efficiente du mal moral en Dieu : le Saint-Esprit ne veut D.H.P. qu'en tant que malédiction, c'est-à-dire comme la peine du péché qui elle-même n'est pas un péché, dans un mystérieux dessein de co-rédemption pour l'Église, autrement dit pour un Bien supérieur (que certes l'on ne peut saisir si l'on en reste à une vue strictement humaine).

 

287 "Quand Platon peint son juste imaginaire couvert de tout l’opprobre du crime, et digne de tous les prix de la vertu, il peint trait pour trait Jésus-Christ ; la ressemblance est si frappante, que tous les Pères l’ont sen­tie, et qu'il n'est pas possible de s'y tromper" (J.-J. Rousseau, Emile, liv. TV, t. III). .

 

A SUIVRE

 

Extrait de : L’IMPUBLIABLE (2005)

                   Autoédition Vincent MORLIER

 

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