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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 08:52

 

 

Encore quelques comparaisons, pour éprouver notre bon sens…                            

 

Faisons  encore  diverses  comparaisons,  pour  nous  for­mer une idée bien nette de tous les torts spirituels que   nous   nous   causons   a   nous-mêmes,   et   surtout pour reformer de graves abus que condamnent tout a la fois le bon sens et la réflexion chez quiconque a conserve la foi. Le malheur de beaucoup de personnes pieuses, lorsqu'elles méditent, c'est de se perdre dans la sphère des nuages, de rester dans le vague, de se borner à des considérations spéculatives. Il faut descendre au beau milieu du domaine des choses pratiques, et la, voir, examiner, approfondir, comparer, puis se questionner soi-même et s'obliger a répondre.

 

Il m’arrive de critiquer ceux qui mendient continuellement. Mais moi, est-ce que je n'exerce pas chaque jour le vil métier de mendiante en demandant aux créatures des plaisirs, des jouissances qu'elles font difficulté de me donner et qui sont incapables de me rassasier, tandis que si je m'adressais a Dieu, il me donnerait le vrai bonheur en ce monde et me préparerait un riche palais et un océan de délices pour 1'eternite ?

 

 Si, dans un festin, l’un des convives se bornait a exa­miner 1'ordonnance de la table, le choix des mets, et a porter des appréciations, a formuler des critiques sur tout ce qui serait servi, sans cependant rien manger ni boire, je dirais qu'il a perdu 1'esprit. En quoi cependant ma conduite diffère-t-elle de la sienne lorsque je vais écouter la parole de Dieu? La aussi un repas est prépare, c'est mon âme qui doit s'en nourrir. Mais, au lieu de profiter des choses que dit le prédicateur et de les faire servir a mon alimentation spirituelle, je m'arrête a la forme du discours, je remarque s'il est soigne ou négligé, je critique intérieurement les passages faibles ou de mauvais goût, les défauts du style et jusqu'aux imperfections du geste et du débit. Parfois encore j'applique à d'autres tel conseil ou tel reproche, mais je ne prends rien pour moi, je ne tire aucune conclusion pour la réforme de ma vie. Aussi, je sors de ce festin spirituel a jeun comme j'y étais arrivée. Ma conduite est-elle plus sensée que celle de cet idiot qui se met a table et se contente d'examiner, sans toucher à aucun mets ?

 

 Que dirais-je d'un voyageur qui se ferait traiter en prin­ce dans toutes les villes ou il passerait, sans jamais regarder a la dépense, et qui, parvenu au but de son voyage, n'aurait même pas un abri pour la nuit, n'ayant songe ni a se faire préparer un logement, ni a conserver des ressources pour obtenir du moins une chambre dans un hôtel ? Assurément je trouverais que c'est la le comble de 1'extravagance. Mais n'est-ce pas ce que je fais moi-même tous les jours ? Je ne suis qu'une voyageuse sur la terre, en route pour l'éternité.

 

Or, toute mon occupation consiste à rendre plus agréables les diverses étapes par lesquelles je dois passer ; dans cette vie je poursuis avidement les honneurs, les richesses et les plaisirs. Il semble que mon raisonnement soit celui-ci: Pourvu que je sois bien pendant le voyage, qu'importe si je manque de tout en arrivant au terme ? Raisonnement aussi absurde que celui de l'imprudent dont je viens de parler.

 

Ah ! Que les saints étaient plus sensés et plus avises ! Ils ne se souciaient en aucune sorte des gîtes ni des accidents du voyage, comprenant que le tout était de s'assurer un heureux asile lorsqu'ils parviendraient au but de leur pérégrination. Est-ce que je veux désormais, raisonner comme les saints, ou comme les mondains ?

 

 Que dirais-je encore d'un locataire, qui, n'ayant qu'un bail de neuf années, se mettrait a faire dans toutes les chambres de la maison qu'il occupe des embellissements coûteux, et qui couvrirait toutes les murailles de peintures d'une grande valeur et multiplierait les plantations dans son jardin ? Le bail expire, toutes ces dépenses seraient perdues, le propriétaire seul en profiterait. De telles suppositions semblent si extravagantes qu'a peine on ose les exprimer ; et cependant n'est-ce pas la ce que je fais moi-même ?

 

Ne suis-je pas la locataire du bon Dieu pour la vie dont il me permet de jouir ? Cependant la possession de cette vie ne m'est même point garanti pour neuf années ; elle ne m'est pas seulement assurée pour un jour. Et malgré cela, je me préoccupe uniquement de la rendre agréable, commode, délicieuse ; je me fais construire des demeures de pierre et de fer, comme si je devais y vivre des siècles ; je forme des projets immenses quant à leur étendue et à leur durée. Et tout a l'heure, au moment ou j'y penserai le moins, Dieu dira: « Cette vie que je vous ai prêtée, je vous la redemande ; votre temps est fini, il faut quitter le monde».

 

A quoi me serviront alors toutes les belles choses que j'aurai faites …? Les plus solides constructions m'apparaîtront comme des châteaux de cartes que les enfants bâtissent pour s'amuser. Les affaires auxquelles je me serai consacrée avec une sorte de frénésie, au point d'en perdre le sommeil et la santé, me sembleront des bagatelles ridicules.

 

O folie ! Me dirai-je, folie inconcevable ! Est-ce bien moi qui ai été assez stupide pour refuser un quart d'heure de réflexion a la grande, a 1'unique question de savoir quelle sera ma demeure après ces jours fugitifs, passés dans une maison étrangère, tandis que je m'épuisais de soins et d'attention pour des niaiseries et des enfantillages ?

 

 Je puis me comparer très justement aussi au jardinier. Le jardinier est toujours attentif à arracher les mauvaises herbes, à détruire les insectes et à arroser les jeunes plantes. Il surveille avec un soin jaloux les branches des arbres qui doivent donner des fruits, mais il élague sans miséricorde celles qui épuiseraient la sève. Et moi, qui ai aussi un jardin à cultiver, le jardin de mon âme, ne l'ai-je pas presque constamment laisse en friche ?

 

N'ai-je pas néglige d'en extirper les défauts, les mauvaises habitudes, d'en éloigner les tentations, les occasions de péché, les mauvais exemples ; de lui procurer la rosée de la grâce par le moyen de la prière! N'ai-je pas oublié de favoriser en moi le progrès des vertus chrétiennes et tremblé de retrancher par la mortification tout ce qui pouvait nuire a leur épanouissement ?

 

Le jardinier se donne donc beaucoup plus de peine pour la culture d'une terre inerte, destinée à produire des légumes ou des fruits, que je n'en prends pour mon âme appelée a des destinées immortelles !

 

Je veux décidément songer à tout cela et agir, non plus comme une étourdie ou une incroyante, mais comme une personne sensée et une vraie chrétienne.

 

 

Extrait de : LECTURES MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.com

 

 

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