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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 18:53

 

il y a un danger aussi à craindre et peut-être plus à craindre pour une jeune personne que les mauvaises lectures, c'est un(e)  ami(e) dissipé(e) et mondain(e). A ce danger peu de vertus peuvent résister. Et la présomption qui le fait affronter est toujours punie.

L'ami des méchants leur deviendra semblable. L'expérience de tous les jours montre jusqu'à l'évidence la vérité de la sen­tence du Sage. Peu de jeunes personnes, en effet, ont assez de force pour résister à l'influence des exemples et des discours d'une ami(e), légèr(e) et mondain(e).

L'exemple exerce toujours un grand empire sur notre cœur, surtout quand il nous est donné par une personne que nous aimons, et que d'ailleurs il favorise le penchant que nous avons au mal. Si on ne cède pas d'abord, on finit presque toujours par le faire ; et, à force de voir son amie fréquenter le monde, se lancer dans tous les divertissements et les plai­sirs, négliger les exercices de la religion et de la piété, et ne mettre son bonheur que dans les choses frivoles, on partage bientôt soi-même cette façon de penser et d'agir.

Mais, quand bien même vous résisteriez à l'exemple d'une amie mondaine, résisteriez-vous à ses sollicitations et à ses instances ? Seriez-vous assez forte pour ne pas faire, au moins à l'extérieur, ce que votre cœur désavoue ? Car, si vous pa­raissez aimer la piété, rechercher la retraite et le silence ; si vous vous approchez souvent du tribunal de la pénitence et de la sainte Table; si vous fuyez les plaisirs du monde et les frivolités, cette conduite, qui sera une vraie critique de celle de votre amie, lui deviendra insupportable, et elle mettra tout en œuvre pour vous faire changer. Elle louera peut-être vo­tre retenue, elle parlera de la beauté de la vertu et du bonheur de ceux qui la pratiquent, mais elle vous rappellera en même temps que la vertu n'est ni farouche ni sauvage, qu'elle peut très bien s'allier avec les plaisirs et les divertissements du monde, et qu'une jeune personne ne doit pas vivre dans le siècle comme dans le cloître, qu'elle doit  laisser une foule de petites pratiques minutieuses qui ne sont bonnes que pour la vie religieuse. Et vous savez, mon enfant, ce qu'on entend dans le monde par ces pratiques minutieuses bonnes seule­ment pour les communautés : ce sont les moyens les plus propres à se maintenir dans la vertu, telles que la méditation, la lecture spirituelle, l'assistance de tous les jours au saint sa­crifice de la messe, la confession et la communion fréquentes. Or, pensez-vous qu'il vous sera facile de résister à ces atta­ques insidieuses, surtout quand elle aura recours, pour ébran­ler votre constance, aux caresses, aux protestations de l'ami­tié la plus tendre ? Quand elle vous inspirera de la défiance pour les personnes sages et pieuses qui ont quelque empire sur vous, qu'elle vous plaindra d'être assujettie à un joug si pesant, d'être obligée de partager des conversations si fa­des et si ennuyeuses, qu'elle traitera de sévérité excessive les   avertissements   d'un  confesseur  charitable,   serez-vous assez forte, je vous le demande, pour résister à toutes ces at­taques ? N'est-il pas, au contraire, grandement à craindre que vous ne finissiez par agir comme cette dangereuse amie, quand même vous n'approuveriez pas sa conduite au fond de votre cœur ? Pour lui faire plaisir, vous l'accompagnerez un jour   dans   des   sociétés mondaines,  bien résolue à garder ; votre cœur contre ces vanités ; mais ces résolutions ne dure­ront pas longtemps, elles s'affaibliront peu à peu ; et, après vous être laissée traîner, pour ainsi dire, dans ces assemblées, bientôt votre cœur y sera tout entier, et vous ne soupirerez qu'après le moment où vous pourrez y reparaître. Pour faire plaisir encore à  celle que vous  aimez,  ou bien par crain­te de ses critiques, vous soignerez votre toilette plus que ne le demande votre position ou la modestie, et insensiblement votre cœur se laissera prendre à l'amour des frivolités, amour incompatible avec celui de Dieu. Pour ne pas contrister vo­tre amie, vous ouvrirez ces livres futiles qui ne renferment que  d'imaginaires  et  dangereuses histoires,  ne repaissent l'esprit que de chimères, et souvent corrompent le cœur ; et bientôt vous les dévorerez et ne pourrez plus supporter d'autre lecture. Telles sont les leçons de l'expérience. Oh ! Combien de jeunes personnes nées avec les plus heureuses dis­positions pour la vertu, dont le cœur, cultivé par la plus sainte éducation, ne promettait que des fruits de piété et d'innocence,  ont été malheureusement perverties par  des amies mondaines et ont  ainsi rendu inutile tout ce que la nature, la grâce et les soins d'une mère vertueuse avaient fait pour elles ! Ici que de réflexions se présentent en foule !

Mais j'entends vos réclamations.

— Comment voulez-vous que je rompe avec cette jeune per­sonne et que je renonce à l'amitié qu'elle me porte ? J'avoue qu'elle est frivole et légère, que même, dans sa compagnie, J'ai perdu un peu le goût de la piété ; mais nous avons passé ensemble notre première  enfance,  nous  avons les  mêmes attraits et les mêmes penchants; puis elle m'aime d'une amitié si vraie que je n'aurai jamais le courage de rompre avec elle. D'ailleurs, je voudrais le faire que la chose ne me serait pas |possible : une union intime règne entre sa famille et la mienne : Mettrai-je le trouble et la désunion entre nos parents en cessant de la voir ? Telles sont les raisons qu'apportent beau­coup de jeunes personnes pour ne pas se séparer d'amies qui cependant leur causent bien du mal. Or, ces prétextes n'ont rien de solide, rien qui soit capable de faire impression sur un cœur qui aime véritablement le Bon Dieu.

Sans doute, mon enfant, quand on a passé avec une person­ne les premières années de sa vie, qu'on a partagé avec elle ces premières joies dont le souvenir ne s'efface jamais, il est difficile de ne pas l'aimer et de ne pas resserrer davantage ces liens, dans un âge plus avancé. Rappelez-vous toutefois ces paroles de Jésus-Christ: «Si votre œil droit vous scanda­lise, arrachez-le ; si votre main vous scandalise, coupez-la et jetez-la  loin  de vous : »  c'est-à-dire,  si  ce  que vous avez de plus cher est pour vous un sujet de péché, ne balancez pas à en faire le sacrifice. Si donc cette jeune personne que vous aimez est pour vous une occasion prochaine d'offenser le Bon Dieu, si son amitié vous est dangereuse et ne vous inspire que l'at­tache aux choses de la terre, ne délibérez pas un instant, détachez-en promptement votre cœur, et rompez une liaison qui vous serait funeste. Peut-être objecterez-vous la difficul­té ; mais dites-moi, si elle avait une maladie contagieuse, hési­teriez-vous ? Eh bien, sa légèreté, sa mondanité, ses senti­ments corrompus sont la pire des maladies. Quand bien mê­me, en vous conduisant de la sorte, vous devriez la choquer et l'irriter contre vous et votre famille, il faudrait supporter ce mal, dont vous seriez innocente, plutôt que la perte de vo­tre âme.

Mais, direz-vous peut-être encore, qui sait si, en continuant de voir cette personne, je ne finirai pas par la ramener à Dieu et la fixer entièrement dans le bien ? Ce n'est même que pour cela que je continue à lui parler. C'est là le langage de la pré­somption. Hélas ! Loin de la fixer dans le bien, ne devez-vous pas craindre qu'elle vous entraîne, au contraire, dans le pé­ché ? Consultez votre conscience, et considérez si déjà elle ne vous fait pas du mal, et peut-être beaucoup de mal. Croyez-moi : priez plutôt pour elle ; la prière faite avec dévotion sera mille fois plus efficace que tous vos avis et toutes vos remontrances, et ne vous présentera aucun danger.

 

   Extrait de : LECTURES   MÉDITÉES (1933)

 

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