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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 16:01

Notre vie est faite de l'étoffe des songes, autant que les songes sont d'une étoffe de vie, tant qu'un au delà de la mort ne lui donne pas consistance et ne fait pas de nous de vrais vivants.

 

Le vrai remède de la mort est en la dépendance de sa signification; ses leçons nous en instruisent, et la leçon par excellence est celle-ci : Du fait seul de la mort, l'absurdité de la vie laissée à elle-même ne peut être vaincue. Conclusion : ne laissons pas la vie à elle-même; rattachons-la à sa source, à sa loi, à sa fin ; alors, alors seulement le vivant se rassure et présage sa victoire sur la mort.

 

La pensée et l'aspiration humaines se refusent au néant; c'est pourquoi celui qui s'avance en esprit jusqu'au bord du gouffre est facilement saisi par le vent de l'espace céleste. « Qui peut douter sur un tombeau? » disait Lamartine.

 

Une bonne méditation de la mort est une leçon de foi. C’est surtout une leçon de sagesse. On éclaire son jugement, on le redresse, au rayon­nement de la mort. Ces orbites noires sont plus éblouissantes que le soleil. L'idée de la vie n'est pure qu'une fois plongée dans l'idée du lende­main de mystère.

 

La vie elle-même ne nous découvre son poids qu'en prenant, au choc du tombeau, sa résonance éternelle. En vain cherche-t-on à mettre ordre en sa destinée, si l'on n'ap­prend de la mort à dépasser les domaines ter­restres et à faire sa principale richesse de ce que la mort n'atteint plus.

 

Au moment de la mort, eusse-je tout, Dieu excepté, rien ne me sera utile. Et si j'ai Dieu, tout le reste excepté, j'aurai tout ce que je cherche, parce que je trouverai tout en Lui.

 

Notre bonheur est identique à la vie telle que Dieu l’a faite; mais il l'a faite enjambant la mort et les objets de mort pour s'établir dans ce qui demeure et vaut par soi-même. Tout le reste : images, dirai-je, symboles pour la pensée, présages pour le cœur, moyens et obstacles salutaires pour la liberté, objets provisoires, panoplie, ambulance, ration, lit de camp, gîte d'étape pour le guerrier qui s'avance à la con­quête du ciel.

 

Quelle importance dans ces jugements! Dès que notre vie est jugée au dedans, elle se trans­forme. L'évidence de la destinée nous entraîne toujours. Notre seule ressource pour y échapper est de détourner nos regards. Sentant la mort en nous et trouvant sa face hagarde, nous fuyons vers le dehors pour essayer d'oublier; revenus de cette fuite et mieux avertis, nous ne pouvons que dire : la vérité est là.

 

Notre vie ordinaire est une vie d'enfants; le voisinage de la mort nous mûrit et nous apprend ce que c'est que vivre. « Que fais-tu de ta vie, homme ? », nous dit-elle de son muet regard.

 

« Aucun conseil n'est plus loyal que celui qui se donne sur le navire en péril », dit Léonard de Vinci : Éprouvant que la vie est branlante sur terre plus que le navire sur le flot, nous nous donnons conseil à nous-mêmes; nous redevenons loyaux envers le sort, si enclins que nous soyons à ruser avec lui et à nous réfugier dans nos songes.

 

Notre vie est de l'étoffe des songes, autant que les songes sont d'une étoffe de vie, tant qu'un au delà de la mort ne lui donne pas consistance et ne fait pas de nous de vrais vivants.

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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