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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 14:49

Quand nos cendres à nous renaîtront, ce sera une sorte de vie qui reprendra, l'éternité s'animant de notre chair, image de Dieu elle aussi, créature sublime, trop souvent amoindrie ou profanée, mais qui toujours, au fond, brille dans l'être et récapitule en soi l'ample création.

 

On croit notre religion ennemie de la chair ! Elle nous l'éternise. Dès maintenant elle la divinise comme « temple du Saint-Esprit ». Elle lui interdit seulement de tout bouleverser  par la véhémence de ses instincts, en abusant d'elle-même.

 

L'Église ne signerait-elle  pas ce vers d'Hugo : Mon Dieu, que l'âme est grande et que l'homme est petit!

 

C'est tout l'homme qui est grand. L'œuvre de Dieu ne se divise pas. A l'heure où elle aboutit, ses éléments se rassemblent, tels d'entre eux eussent-ils dû subir des délais au bénéfice du tout, pour l'harmonie de la durée en toutes ses phases et en tous ses domaines.

 

A la mort, on laisse un cadavre : un tas de matière dans une auréole de nuit; mais on trouve au delà tant de lumière que la nuit de la matière en sera un jour tout illuminée. L'humanité re­naîtra, jusque-là réduite en âmes, mais en âmes reliées à la cause de tout, à Celui « qui appelle les choses qui sont et celles qui ne sont pas. »

 

Quelle duperie qu'un cadavre aimé, si ce n'était une espérance! Mais « je sais que mon Rédempteur est vivant, clame au nom de tous Job l’Iduméen. Au dernier jour, je ressusciterai de la terre, et de nouveau je revêtirai ma peau, et dans ma chair je verrai Dieu, mon Sauveur. Je dois le voir, moi, de mes yeux, moi et non pas un autre. Dans mon sein repose cette espérance. »

 

L'affirmation est émouvante. On ne peut que la signer les yeux clos, conscient du mystère, certain pourtant d'une certitude qui repose sur les déclarations du ciel; sur la fidélité de la créa­tion, qui ne retourne pas en arrière; sur l'unité de ce vivant, l'homme, qui ne peut rester éter­nellement disjoint; sur le témoignage du Christ ressuscité, notre frère; sur le gage de l'hostie blanche, « monnaie d'éternité », comme l'appelle Claudel.

 

Songeons d'ailleurs que ce qui revivra de la chair, ce ne sont pas ses fièvres. La brûlure des passions s'éteindra. Nobles ou basses, elles doi­vent faire place à la sérénité de l'esprit. De ce feu qui s'appelle la vie nous devons concevoir et accepter une forme plus pure, celle du buisson de Moïse, qui flambe et ne se consume pas : image d'une vie inextinguible qui est en premier celle de Dieu, qui est, en Dieu, celle des créatures qu'il anime de son éternel feu.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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