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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 12:54

 

 

 

A la mi-août, Paul VI trouva donc dans son courrier le pli provenant de Nazareth. Il le lut attentivement. Il était accompagné d'une lettre signée par Paul Gauthier, et par une quinzaine de prêtres de la congrégation et d'ouvriers chrétiens arabes et juifs. La lettre disait en substance : « Saint Père, pourquoi ne venez-vous pas en Terre Sainte ? Le monde comprendrait un geste de ce genre. » Paul VI dut être frappé par cette invitation qui coïncidait avec sa secrète inspiration. Il demanda au cardinal Lercaro des informations plus détaillées sur les Compagnons et le cardinal lui apporta un petit livre du P. Gauthier, intitulé « Jésus, l'Église et les pauvres ». Il paraît qu'il l'a longuement médité, en cette veille de la reprise du Concile, qui devait débattre de thèmes sociaux en même temps que de grands problèmes théolo­giques. Aux premiers jours de novembre deux ecclésias­tiques partirent pour la Terre Sainte protégés par un secret absolu qui n'a jamais été divulgué; ce n'étaient pas deux quelconques pèlerins mais don Pascal Macchi, secrétaire privé du pape, et Mgr Jacques Martin, de la Secrétairerie d'État. Ils restèrent cinq jours en Palestine et y rencontrèrent de nombreuses personnalités pour préparer le voyage du Souverain Pontife.

 

L'annonce en fut donnée par Paul VI en personne, dans le cadre le plus solennel, à Saint-Pierre, devant 2,200 pères conciliaires, qui assistaient à la cérémonie de clôture de la seconde session, le mercredi 4 décembre. A la fin de l'allocution et après avoir examiné les résultats des travaux, le Pape suspendit un instant sa lecture, releva les yeux et dit : « Permettez-Nous un dernier mot, pour vous communiquer un projet qui depuis longtemps mûrissait dans Notre âme et que Nous Nous sommes décidés aujourd'hui à rendre public, devant une assemblée aussi choisie et aussi significative. La conviction que, pour l'heureuse conclusion du Concile, il faut intensifier les prières et les travaux, est si vive en Nous que Nous avons décidé, après mûre réflexion et de nombreuses prières, de Nous faire Nous-même pèlerin sur la terre de notre Seigneur Jésus-Christ. »

 

Les applaudissements écla­tèrent dans la Basilique, tandis que la nouvelle, transmise par la radio et la télévision, suscitait une heureuse surprise dans le monde. Le Pape poursuivit, expliquant les raisons, l'esprit et les buts de son pèlerinage : « Nous voulons, en effet, si Dieu Nous assiste, Nous rendre en Palestine en janvier prochain,  pour  honorer  personnellement,  sur  les   Saints Lieux où Jésus naquit, vécut, mourut, ressuscita et monta aux cieux, les premiers mystères de notre salut : l'Incarnation et la Rédemption. Nous verrons ce sol béni d'où Pierre partit et où ses successeurs ne revinrent plus; Nous y retour­nerons très humblement et pour très peu de temps, en signe de prière, de pénitence et de rénovation, pour offrir au Christ son Église, pour rappeler à elle, une et sainte, les frères séparés, pour implorer la divine miséricorde en faveur de la paix parmi les hommes, cette paix qui, ces jours-ci encore, montre à quel point elle est faible et tremblante ; pour supplier enfin le Christ Seigneur pour le Salut de l'humanité toute entière. »

 

Les réactions à cette nouvelle exceptionnelle furent partout immédiates et enthousiastes, de la part des hommes poli­tiques comme des personnalités religieuses, si l'on excepte les quelques manifestations de très mauvais goût auxquelles s'est abandonnée la presse égyptienne, contrôlée par le gouverne­ment. Le patriarche de Constantinople, Athénagoras, qui désirait rencontrer le Pape depuis des années, malgré les difficultés soulevées par l'église grecque orthodoxe, fit une déclaration d'une énorme importance : « Ce serait une œuvre de la Divine Providence si, à l'occasion du pèlerinage sacré de Paul VI, les chefs de toutes les églises d'Orient et d'Occident, des trois confessions (catholique, orientale et protes­tante) se réunissaient dans la ville sainte de Sion, afin d'ouvrir une nouvelle et véritable route de l'unité pour la gloire de Notre Seigneur, pour le bien de l'humanité, pour son salut et pour l'accomplissement de la volonté de Jésus.

 

La proposition de réunion des chefs de la chrétienté autour de Paul VI fut ainsi lancée et suscita à Rome des consen­tements immédiats parce qu'elle coïncidait avec l'ardent désir qui était à l'origine du pèlerinage.

 

Pourtant, on ne sait pas grande chose des réponses précises que firent les diverses églises orthodoxes au projet d'Athénagoras. L'Église de Grèce commença par tergiverser, puis se révéla hostile, dans l'ensemble de sa hiérarchie. Le patriarche orthodoxe de Jérusalem, Benoît Ier, se montra peu favorable au début; puis, devant l'insistance du Gouvernement grec, accepta, à condition que son autorité ne s'en trouvât pas diminuée; il sera donc le premier à rencontrer le Pape et celui-ci rendra sa visite à Athénagoras, au siège du patriarcat. Le patriarche orthodoxe d'Antioche Théodose IV, commu­niqua à une agence qu'il approuvait le dessein d'Athénagoras, dans un esprit de courtoisie chrétienne.

 

Quant au patriarche de Moscou, qui s'était déjà préoccupé de ne pas laisser s'instaurer dans l'orthodoxie, une primauté effective, il se montra réticent au début; quand la rencontre d'Athénagoras avec Paul VI fut décidée, il déclara qu'il considérait la chose comme une initiative personnelle du patriarche de Constantinople, qui n'avait par conséquent rien à voir avec les décisions prises à Rhodes, relatives à la mise en train d'une conversation de toute l'orthodoxie avec l'Église de Rome, sur un pied d'égalité. Dans son message du 28 décembre dernier, Alexis ajoutait qu'il aurait volontiers, lui aussi, effectué un pèlerinage en Terre Sainte, si sa santé le lui avait permis.

 

En attendant, les échanges entre Constantinople et Rome allaient bon train. Le père Duprey, vice secrétaire de la section orientale du Secrétariat pour l'union des chrétiens, apportait le 10 décembre une lettre du cardinal Béa à Athénagoras. Le 27 décembre arrivait à Rome, envoyé officiellement par le patriarche et le Saint Synode de Constantinople, le métro­polite de Thiatira qui s'appelle aussi Athénagoras; il fut reçu le lendemain en audience privée par le Souverain Pontife…  au terme de son entretien avec le souverain pontife, se dit bouleversé par l'émotion et ajouta : «Après des siècles de silence, l'Occident latin et l'Orient grec, mus par un respect, et un amour mutuels, inspirés par l'Évangile et par leurs cœurs chrétiens, s'apprêtent à se rencontrer pour un échange de vues et de salutations fraternelles et pour ouvrir, si possible, un dialogue de compré­hension pour la paix du monde et le progrès de l'Église de Dieu. »

 

II est intéressant de noter que, dans son adresse au Souverain Pontife, le métropolite avait dit : « Votre prédécesseur de bienheureuse mémoire, Jean XXIII, convoqua le second concile Vatican pour un rajeunissement de l'Église Occidental. Peut-être Votre Sainteté est-elle appelée, en qualité : premier évêque de l'Église, avec le consentement des autres patriarches et chefs des Églises d'Occident et d'Orient, convoquer, en une conférence pan chrétienne, tous les représentants des Églises chrétiennes, pour examiner, dans l’amour et dans la compréhension, comment combattre le péché, comment protéger l'Église, la paix, et la liberté du monde, menacées par des ennemis communs : l'athéisme et tyrannie. » On retrouve dans ces expressions les idées chères au patriarche de Constantinople : une réunion de tous les chefs des églises chrétiennes pour une collaboration réciproque et un front commun contre l'athéisme matérialiste communiste. Pour conclure ces échanges, le patriarche Athénagoras annonçait publiquement à ses fidèles, dans son discours du nouvel an, sa rencontre avec Paul VI en Terre Sainte, commentant : « C'est un grand événement que je vous annonce en ce jour de fête. »

 

A suivre…

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                                G. SCANTAMBURLO

                                Édition; Maison Mame  (1964)

 

elogofioupiou.com

 

 

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Published by elogofioupiou - dans Survie de Paul VI
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