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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 09:14

En face de nos désirs, et avant que ceux-ci nous aient ouvert grâce à l'esprit chrétien, leur authentique signification, la douleur est un affreux paradoxe. Elle vient de loin; elle creuse profond; elle s'étend et s'attarde au cours d'une destinée qui se définit pourtant par le bonheur. Car le bonheur est là définition de la vie. Le bonheur, c'est notre être achevé et trouvant une joyeuse paix dans sa plénitude. Or, la vie est-elle autre chose que la poursuite de notre achèvement ?

 

Pourtant, la douleur s'attache à nous avant même que nous ayons pu en avoir conscience.

 

Elle se hâte de saisir ses gages; elle anticipe sur notre être en altérant ses sources depuis de lointaines générations. Naître, c'est nous livrer à ses prises; grandir, c'est augmenter ses chances en croyant la fuir. Quand l'âge vient, agir c'est encore inviter la traîtresse. L'action nous apporte des satisfactions dont la durée est moins sûre que celle des ennuis, des réactions, des jalousies, des oppositions et des multiples accidents qu'elle provoque.

 

La nature a sa part des maux que nous avons à souffrir; les hommes ont la leur; la pire est celle qui vient de nous et de cette fatalité qui nous oppose nous-même à nous-même.

 

Dans les moments de bonheur, nous devons prendre garde; l'adversaire n'est pas loin; le bonheur est son avertissement, comme de quel­qu'un qui par une belle journée chaude nous touche l'épaule pour nous montrer un éclair lointain.

 

Et c'est là le fait de tous. Si Wagner a pu défi­nir le peuple « l'ensemble de ceux qui éprouvent une commune détresse », on a beau jeu de pousser la définition plus loin. Cet ensemble, c'est l'homme, et la détresse dont on parle est sa condition. Cette détresse, par sa généralité en ampleur et en profondeur, semble opposée, comme à égalité, au sens même de la vie, semble abolir la vie; elle a un goût de néant et d'infinie solitude. Souffrir seul, souffrir avec tous comme un seul, c'est se sentir dans un abandon qui confine au rien. Plus rien ne vaut : ni le dehors, que nous tentions de nous assimiler joyeusement et qui nous échappe, ni nous-mêmes, qui pensions croître, et qui sommes opprimés quelquefois jusqu'au désespoir.

 

Eh bien? Nous soupçonnons ce que la raison chrétienne répondra. Émue, mais ferme, elle nous dira que la douleur est un ennemi que nous avons formé ; que la Réparation survenue, la douleur persiste comme un présage, comme un témoignage, comme une initiation, comme une Épuration, comme un ressort du progrès, comme moyen de solidarité, comme une épreuve de notre patience en attendant la réparation éternelle, enfin comme le plus haut stimulant et la plus sûre pierre de touche de l'amour.

 

Le malheur frappe comme la foudre; il assaille et envahit comme les cataractes; mais nous avons le moyen de faire de lui, comme de ces agents de cataclysmes, une force du ciel.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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