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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 14:20

On peut penser que le sage et le héros spiri­tuel ne sont qu'un. Toutefois, la qualification d'héroïsme ajoute à la sagesse un dépassement qui se compare à elle comme au beau la subli­mité.

 

Tout homme est un héros en herbe, et tout chrétien le commencement d'un saint, un enfant de sainteté, si je puis dire, mais qui rarement arrive au terme. L'héroïsme, au gré de William James, est la définition de toute vie : combien plus de la vie selon l'esprit et selon le Saint-Esprit, de la vie en l'intimité de son Auteur, où elle se réfugie en sa plénitude !

 

Dans la vie humaine, c'est l'exception idéale qui est le vrai, précisément parce qu'elle est l'idéal. Nous sommes fils de l'idée, et c'est par conformité à cette idée que nous sommes nous et que nous sommes.

 

Parlant des actions qui ont mérité à quel­ques-uns la Croix Victoria, Kipling observe : « L'homme ne peut la gagner qu'en oubliant lui-même sa propre gloire et en travaillant pour quelque chose au delà, en dehors, extérieure à lui-même. Et il n'y a pas d'autre façon, semble-t-il, de gagner dans ce monde quoi que ce soit qui vaille la peine d'être gagné. »

 

Que s'il s'agit de gagner Dieu, d'escalader en grand essor la vie éternelle, de conquérir une intimité de choix dans la famille intime du Père, du Fils et de l'Es­prit groupant les élus, la nécessité s'accroît de se dépasser soi-même, non seulement dans son être inférieur et dans son honneur terrestre, mais dans son tout, laissant trôner dans ses préoccu­pations et régner dans sa conduite l'unique hon­neur et l'unique bon vouloir divins.

 

Ce besoin d'infini est ce qui répond le mieux à notre nature, quand nous sommes avertis par la foi et prévenus par la grâce. On retrouve sa marque, au négatif, jusque en la frénésie du mal, dans cet instinct satanique et grandiose quand même qui pousse certains êtres à de redoutables excès.

 

Un Baudelaire nous révèle cette souve­raineté de l'abus, cet héroïsme de la misère, qui précipite au néant, avec des gestes magnifiques, une âme éprise de grandeur et de liberté.

 

La vie n'est un drame qu'en raison de ce choix. Elle est la lutte que nous menons, dans un sens ou dans l'autre, en bien ou en mal, contre Dieu et contre nous, pour notre souveraine joie ou bien notre totale perte.

 

Tout autre drame est un jeu d'enfant. Or le héros fait confiance au bien. Il s'y donne à plein cœur. Sachant que le mal est traître, il a pour lui l'horreur qu'on a pour Judas baisant le Christ comme on donne la mort.

 

Le héros est prêt à tout sacrifice, égal à tout effort, ennemi de toute compromission, ignorant de toute demi-mesure, de tout repli et de toute ombre. Il fait sa loi des conditions que nous avons tracées de la vraie vie : s'éloigner de soi-même pour se voir; se fuir pour se retrouver; se nier pour s'affirmer; se combattre pour s'af­franchir; tout donner pour tout posséder; mou­rir pour vivre.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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