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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 06:07

En nous tout est le désir suprême; mais en beaucoup ce désir ne prospère point.  Encore pire, on le combat; on le prétend chimérique ou absurde : comment faire la poignée plus grande que le poing et la brassée plus grande que le bras ?

 

Mais le sage n'admet pas que l'instinct pro­fond de notre être ait le vide béant devant soi; que l'univers soit un non-sens, du fait qu'il re­querrait, en nous, sans offrir hors de nous; qu'il créerait l'herbivore, oubliant de créer l'herbe, et planterait à nos épaules des ailes puissantes sans qu'il y ait d'atmosphère où elles puissent pren­dre vol. Une harmonie des fonctions et des objets n'est-elle pas exigée par la loi d'adaptation qui nous apparente ici-bas à toutes choses ?

 

L'échelle musicale de l'être part de cette basse profonde : la matière et monte au suraigu ou aigu absolu qui est le divin : à cette échelle de réalités désirables doit correspondre, chez l'être en qui l'intelligence n'a pas de barrières oppri­mantes, une échelle infinie de désir.

 

Que dis-je ?   L'infini   même   est   en   nous et désire en nous, son image vivante; il y a inscrit son nom; nous sommes comme une idée réelle de Dieu, une forme exprimant partiellement le sans forme : nous ne pouvons que tendre à lui. Comme à notre béatifique achèvement.

 

A coup sûr, isolant en pensée notre corps et notre sensibilité, nous les voyons aspirer à des biens finis, ceux que le corps perçoit et que la sensibilité devenue imagination nous représente; mais infinis en quelque sorte par l'esprit, nous aspirons infiniment et ne saurions arrêter ce dynamisme intérieur à rien de périssable.

 

Le tout est de savoir, du corps ou de l'esprit, ce qui est vraiment nous. On répondra : les deux, mais sous le gouvernement de ce qu'il y a de meilleur, de ce qui nous différencie de la bête, de ce qui, élevant notre front dans un azur spi­rituel, ne permet plus la chute dans le chaos de la matière. C'est à la matière au contraire de monter, sous la traction de l'esprit; c'est aux instincts du corps de se sublimer, de s'épurer, et les renoncements qui leur seront imposés ainsi ne seront pas une opposition aux aspirations de notre être, mais l'annonce de leur couronnement.

 

Quand nous refusons l'ascension aux plus hauts sommets, c'est alors, et alors seulement, que la chute désastreuse nous menace. La voca­tion est la force de l'homme, son ressort intérieur ; mais qu'il prenne garde ! Elle est plus forte que lui : s'il la suit, elle le porte; s'il lui résiste, elle le brise.

 

Mon Dieu, ne permettez pas ce brisement de ce que vous avez déposé en moi d'exaltant, de conquérant, de sanctifiant, de béatifiant, d'égal à vous, en quelque sorte, par les visées, les amours et la destinée même. Ne me laissez pas devenir sourd à votre appel secret, à votre voix en moi, à votre voix qui est moi-même. Mon Dieu, faites parler mon cœur.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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