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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 05:13

Toute déception n'est pas un désenchantement. La jeunesse, toujours déçue, espère toujours, et les éternels enfants peuvent bien lui ressembler jusqu'au bout; mais c'est une preuve de leur puérilité, non   un gage  de  satisfaction véritable.

 

« Il vient un moment triste, dans la vie, lit-on dans les Cahiers de Sainte-Beuve, c'est lorsqu'on sent qu'on est arrivé à tout ce qu'on  pouvait espérer. » C'est un propos de femme que l'auteur note ainsi ; il est paisible en sa mélancolie et ne suppose pas d'expériences fiévreuses.

 

En nous confiant ce qu'il a puisé « aux fontaines du désir », Henry de Montherlant aggrave le cas. « Je suis brisé de satiété, et j'implore, écrit-il. Qui me comblera ? » C'est l'aveu de la recherche passionnée et la constatation de son échec. Ce n'est pas le désespoir encore; c'est presque le dégoût. Au delà brille dans le lointain une incertaine étoile.

 

Voici maintenant l'ironie : « L'âme de l'homme est pleine de maladies; elle est sujette à l'espé­rance. » Nous lisons cela par-dessus l'épaule de Chateaubriand, dans son « petit cahier » intime, si tant est qu'il y ait rien d'intime chez ce génie ostentatoire dont M. de Salvandy écrivait, à propos de ses prétendus besoins de solitude : « Il veut une cellule sur un théâtre. » Toujours est-il que l'ironie est ici le masque du désen­chantement et que la maladie d'espérance, lon­guement éprouvée, désespère de ne jamais guérir.

 

Une autre forme de désespoir apparaît quand un poète dit du cœur humain :

 

Il est trop  grand, nul ne l'emplit,

Et trop fragile, tout le brise.

 

Cette fois, l'échec menace d'être brutal. L'objet du désir n'a pas seulement déçu ; il a pris contre le désir une sorte d'offensive, comme un blindage renverrait son boulet à l'artilleur, comme une réplique cruelle punit un compli­ment maladroit. Nous flattons nos objets, et nos objets se vengent; nous nous lançons à leur pour­suite, et tout à coup ils se retournent contre nous.

 

Mais voici le dernier secret. Bossuet nous le dévoile en parlant de « cet inexorable ennui qui fait le fond de la nature humaine. » L'ennui est une faim. Le lion bâille aux forêts comme l'en­fant au sein, comme l'adulte au repas dont l'heure tarde. Notre aliment, où est-il ? Que s'il était ici, notre ennui ne serait pas « inexora­ble ». Il n'y est pas, et c'est pourquoi l'ennui est en nous un phénomène de « fond ». Nous sommes cet ennui, en quelque sorte, étant ce désir insatisfait, cette soif que rien n'étanche.

 

« Aux sources du désir », en les deux sens du mot, on trouve le plein ou le vide, le désenchan­tement ou la joie, suivant qu'on s'arrête au créé ou qu'on le dépasse.

 

En dépassant les objets humains, sources non désaltérantes, on trouve Dieu. En se dépassant soi-même, source du désir inassouvi et inextinguible, on trouve Dieu encore.

 

Le désir vrai, c'est Dieu allant à la rencontre de Dieu.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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