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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 07:35

Pour s'emparer de l'homme tout entier, ce n'est pas assez d'enseigner la religion à son esprit ni même de la pré­senter à son cœur ; il faut encore la montrer à ses sens.

 

Le saint concile de Trente disait : «L'homme étant ce qu'il est, il ne peut que difficilement, sans le secours des signes sensi­bles, s'élever à la méditation des choses divines. » Voilà pour­quoi Dieu a écrit la religion dans des signes palpables.

 

Ce que le monde visible est au monde invisible, leculte extérieur l'est aux dogmes et aux préceptes du christianisme : c'est un miroir dans lequel nous voyons de nos yeux, nous tou­chons pour ainsi dire de nos mains les vérités de l'ordre surnaturel : la chute de l'homme, sa rédemption, ses espérances im­mortelles, ses devoirs, sa dignité.

 

Le culte extérieur est en­core à la religion ce que la parole est à la pensée ; il en est l'expression vraie, c'est-à-dire tour à tour douce, joyeuse, terrible, lugubre, suivant la nature des vérités qu'il exprime ; en un mot, le culte extérieur catholique est le christianisme présenté aux sens.

 

Arrêtons-nous à considérer ici l'office du jour solennel si bien nommé le jour du Seigneur. Afin de pénétrer le sens intime et de découvrir tous les trésors du culte catholique, bénédictions, prières, langage, chants, cérémonies, sacrifice auguste de l'autel, tout doit être passé en revue.

 

En contemplant cette magnifique galerie de tableaux animés, nous voyons com­bien le culte de l'Église romaine est digne de la vraie religion, c'est-à-dire raisonnable, noble, saint, propre à captiver les sens et à les purifier en les élevant à la contemplation des choses divines ; nous voyons surtout combien il est instruc­tif et vénérable.

 

Supposez qu'un navigateur digne de foi s'en vienne, au re­tour d'un voyage dans des archipels inconnus, annoncer à l'Europe savante l'existence d'un peuple qui depuis dix-huit cents ans conserve invariables sa langue, sa foi, ses mœurs, ses lois, ses usages, ses rites, jusqu'à la forme de ses édifices et de ses vêtements ; que toutes ces choses, étonnantes de grandeur, de sagesse et de génie, ont leurs racines dans des traditions plus anciennes, dont la plupart remontent à l'ori­gine des temps et se rattachent aux plus grands événements de l'histoire ; de telle sorte qu'il suffit de connaître ce peuple, d'entrer dans ses temples, d'assister à ses cérémonies religieu­ses, d'en pénétrer le sens et la cause pour être transporté com­me par enchantement à dix-huit siècles au-delà, avoir l'in­telligence de tous les mystères de l'homme et assister au spec­tacle vivant de l'antiquité la plus reculée.

 

Eh bien, au récit de ce navigateur, Toulon, le Havre, Brest, Marseille, nos diffé­rents ports et ceux des autres nations verraient accourir de nombreux amateurs, empressés de partir pour visiter ce peuple monumental.Qui sait ? les gouvernements eux-mêmes enverraient peut-être chez ce peuple des expéditions scien­tifiques pour recueillir des traditions plus vraies, lire des ins­criptions plus intéressantes et explorer des ruines plus véné­rables que les traditions, les inscriptions et les ruines de Thèbes et de Memphis.

 

Chrétiens et chrétiennes, ce peuple existait ! C'était le peuple, c'était l'Église catholique, avant ce concile maudit. Amateurs de l'antiquité, assez longtemps vous êtes restés en admiration sur le seuil de nos cathédrales, en­trez dans le sanctuaire. Là vous découvrirez la pensée mys­térieuse et puissante dont l'expression merveilleuse vous ravit ; vous comprendrez l‘esprit du monument dont vous ne connaissez que la lettre morte, et votre admiration doublera ; de simples spectateurs que vous étiez, vous serez poètes de l'art ; car, ne l'oubliez pas, dans les arts celui-là est mort dès cette vie qui ne croit pas à l'autre.

 

Quand un dimanche vous voyez le prêtre à l'au­tel, faisant avec une précision mathématique certains mou­vements qui vous paraissent  étranges,  répétant  certaines paroles dont peut-être vous ignorez la valeur, loin, bien loin de vos esprits la critique ignorante ; bien loin de vos lèvres le sourire impie du mépris ! Recueillez vos pensées, pénétrez le mystère, et dites-vous à vous-mêmes : Voilà devant mes yeux la vénérable antiquité de la foi ; voilà l'immobile per­pétuité du christianisme. Tandis que tout change autour d'elle, cette religion demeure immuable. Ce qu'il fait, ce prêtre, se fait de même en ce moment sur tous les points du globe par des milliers d'autres prêtres ; ce qu'ils font tous ensemble se faisait de même il y a cent ans, il y a mille ans, il y a dix-huit cents ans. Les basiliques de Constantinople et de Nicée, les Catacombes de Rome furent témoins du même spectacle. Dans ce prêtre je vois Chrysostome à Antioche, Denis  à Lutèce, Ambroise  à Milan.

 

Il étend les bras pour prier, je vois le chrétien des anciens jours ; il place ses mains sur l'offrande sacrée, je vois Aaron prenant possession de la victime ; il développe un linge blanc sur lequel il repose l'hostie sainte, je vois le linceul du Cal­vaire, où fut enveloppée la grande Victime du genre humain. Toute l'antiquité se déroule à mes yeux. Dix-huit siècles sont franchis, et j'entends la voix du Fils de l'Éternel di­sant : « Jamais un iota ne sera retranché de ma loi » et je vois de mes yeux l'accomplissement de son immortel oracle : « Le ciel et la terre passeront ; mais mes paroles ne passeront point. »

 

Non seulement les cérémonies de l'auguste sacrifice font briller aux yeux la vénérable antiquité de l'Église, les usages les plus vulgaires de nos saintes assemblées nous la racontent aussi dans leur langue pleine de candeur et de charité.

 

En mémoire des Actes des Apôtres et des livres des Pro­phètes que les Lecteurs lisaient autrefois aux fidèles assemblés, le sous-diacre et le diacre font la même lecture ; le curé lit l'évangile du jour ; et, suivant la recommandation de l'Apôtre, il prie tout haut pour les pontifes et les rois, les riches et les pauvres, les malades et les infirmes, les voyageurs et les exilés.

 

La religion a arrangé les choses ainsi : Il n'y a pas une douleur sans consolation, une misère sans soulagement, un besoin sans secours ; et chaque dimanche elle nous montre toutes ces bonnes œuvres liées ensemble comme un fais­ceau.

 

Si de superbes esprits dédaignent une grand'messe, c'est qu'ils ne savent pas tout ce qu'elle rappelle de vieilles mœurs et de saintes coutumes. Chose admirable ! Il n'y avait pas dans toute la chrétienté un village, un petit hameau qui ne puisse offrir, tous les huit jours, aux savants et aux érudits des ré­miniscences de l'antiquité, des souvenirs des Césars et du Cirque, des Catacombes et des martyrs.

 

Ainsi s'expliquait et se justifiait cette étonnante parole de l'â­me la plus aimante et peut-être la mieux inspirée du seizième siècle, disait sainte Thérèse: « Je donnerais ma tête, pour la plus petite cérémonie de l'Église. »      Mgr gaume.

 

Inspiré de : LECTURES MÉDITÉES  (1933)

 

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