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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 23:13

 

 

Le cardinal Montini vit en Vatican II, annoncé par Jean XXIII, une occasion historique de relancer l'Église : « On ne peut rester étranger à un tel épisode historique et spirituel, qui intéresse non seulement la vie de l'Église mais aussi celle de toute la chrétienté et de l'humanité entière. »

 

Dès le début, il souligna l'importance de quelques-uns des buts du Concile : la valorisation de l'épiscopat, la défi­nition de la place des laïcs dans l'Église, le dialogue avec les frères séparés et avec le monde moderne. Il contribua à la préparation du Concile au sein de la Commission centrale. « Le discours sur la nature et la fonction de l'épiscopat, dit-il, en harmonie avec la papauté romaine, pourra amener à une affirmation nouvelle et spontanée de l'unité juridique et surtout vivante de l'Église autour du trône de Pierre; il pourra aussi et sans intentions revendicatives donner le départ à une internationalisation du gouvernement central de l'Église. »

 

Un mois avant l'inoubliable ouverture solennelle du Concile, le cardinal Montini convoqua le clergé ambrosien en synode : l'exemple d'une réforme intérieure de l'Église devait partir des prêtres. « Vous devez être des ascètes, » dit-il en substance.

 

Sa lettre pastorale de 1962 avait justement pour thème : « Pensons au Concile ». Elle a été considérée comme la meilleure étude sur l'événement; elle en était certainement en tout cas la plus profonde car elle voulait répondre à cette terrible question : Qu'attend le Seigneur de ce Concile ?

 

« Comprendre cette volonté divine — écrit Montini — serait une grande chose; le jeu mystérieux et plein d'amour de la Providence dialoguant avec l'histoire, c'est-à-dire avec la somme des libres volontés humaines, pour préparer aux âmes et au monde de nouveaux destins, nous serait en une certaine mesure révélé, et d'immenses panoramas nous seraient ouverts : Des grâces provenant du ciel, de responsa­bilités appelées à des choix suprêmes, de nouvelles énergies surgissant du fond des cœurs humains, de combinaisons merveilleuses de temps et de faits, de fils courant de la trame serrée des choses d'hier et d'aujourd'hui vers demain, vers l'avenir et au-delà du temps, vers l'avènement final du Christ... »

 

Pendant la première session du Concile, ouverte le 11 octobre 1962, Jean XXIII le voulut à ses côtés, au Vati­can, seul parmi tous les cardinaux. Il fut le premier, en Italie et dans le monde, à maintenir, par l'intermédiaire des colonnes du quotidien catholique milanais, un contact continu avec ses fidèles, les informant de ce qui se passait dans la salle conciliaire, où se pressaient deux mille cinq cents évêques, provenant de tous les coins de la terre.

 

L'une de ses lettres du Concile, celle du 2 décembre, quand les assises œcuméniques étaient à un tournant décisif, fran­chit les frontières du diocèse, pour être commentée dans le monde entier.

 

« Matériau immense, écrivit à cette occasion le cardinal Montini, excellent mais hétérogène et inégal qui aurait réclamé une réduction graduelle et courageuse, si une auto­rité, pas seulement extrinsèque et disciplinaire, avait dominé la préparation logique et organique de ces magnifiques volumes, et si une idée centrale, architecturale, avait polarisé et assigné une fin à ce considérable travail. En raison du respect du principe de spontanéité et de liberté dont est né le Concile, le programme de Vatican II a fait défaut sur un point capital. »

 

Trois jours après, c'est à propos du thème De Ecclésia, qu'il s'exprimait : « Cet aspect des rapports de l'Église avec son chef, qui est le Christ, n'est pas suffisamment mis en lumière, dans le texte actuellement en discussion. Et d'autre part l'Église ne peut rien par elle-même. Elle n'est pas seule­ment une société fondée par le Christ : Elle est l'instrument par lequel Il agit sur le monde; en second lieu, la façon de présenter la doctrine de l'épiscopat est plus juridique que théologique. »

 

Il rappelait ensuite les buts donnés par Jean XXIII à Vatican II. Son intervention fut faite avec beaucoup de diplomatie, de tact, d'équilibre, attentif à ne blesser personne et à rester au dessus de la mêlée. Ce fut une intervention mémorable dans la salle conciliaire, car il réussit à faire sienne une grande partie des critiques qui avaient été avan­cées sur ce thème, tout en tranquillisant et en apaisant de nombreux esprits échauffés.

 

Lui qui avait défini le Concile : « Une heure de présence mystique et agissante du Christ dans son Église et dans le monde... un Concile de réformes positives plutôt que puni­tives; plus d'exhortations que d'anathèmes, » il ne pouvait ne pas se révéler comme l'élément d'équilibre et de sagesse, le plus autorisé et le mieux préparé.

Les extrémismes n'étaient ni dans son caractère ni dans sa charité. Un exemple ? Peu avant de partir pour Rome, afin de participer à Vatican II, Montini prouva sa nature d'homme hostile à tout extrémisme en interdisant une réunion de la revue catholique progressiste française Esprit qui devait se tenir à Milan, et en ordonnant la cessation des publications de la revue bimensuelle Adesso, le journal de bataille fondé par don Primo Mazzolari.

 

Vingt-quatre heures après l'intervention de Montini, le pape Jean XXIII donnait des directives pour un nouvel examen et un perfectionnement des thèmes, selon les sugges­tions avancées en salle conciliaire. Le cardinal Montini, à qui le Pape avait confié la cérémonie du 4 novembre à Saint-Pierre pour l'anniversaire de son couronnement, quitta l'ap­partement de l’archiprêtre de Saint-Pierre, à l'ombre de la coupole, et rentra à Milan.

 

De retour dans son diocèse, il trouva dans de nombreux secteurs de l'opinion publique, du monde catholique et du clergé, une agitation et des critiques insolites, d'insolites attentes suscitées par la première session du Concile qui, par ailleurs, avait polarisé l'attention du monde entier.

 

Il était nécessaire d'intervenir; et il intervint, avec une lettre à ses prêtres du dimanche des Rameaux, pour faire le point de la situation et freiner les enthousiasmes exagérés et les dangereux pronunciamientos.

 

« Le Concile a diffusé l'attente d'un visage nouveau de l'Église, écrivait-il. Il faut réfléchir sur les changements auxquels s'adresse cette attente, afin que la face de l'Église en sorte extérieurement changée mais aussi intérieurement fortifiée et spirituellement embellie. Mais certains font consister cette attente en un désir de changement de la dis­cipline ecclésiastique, comme si elle n'était plus désormais qu'une coutume sotte et dépassée. Cette attente, raisonnable et légitime en ce qui concerne certaines formes, moins aptes aujourd'hui à exprimer l'efficacité spirituelle et pastorale de l'Église (certaines expressions liturgiques par exemple), trahit une considération superficielle de l'effort vital que l'Église est en train d'accomplir; elle laisse suspecter une tendance conforme aux habitudes de la société profane, une faiblesse envers la mode dans la pensée ou le compor­tement du temps qui passe, un respect humain qui nous fait désirer être d'un monde dans lequel nous devons au contraire apparaître différents, détachés, résistants.

« Notre réforme ne doit pas tant consister en une indul­gence envers le style de vie de notre siècle, comme si nous devions devenir un sel insipide privé de réactions brûlantes mais salutaires, qu'en une affirmation vigoureuse de notre forme de vie originale et autonome, telle qu'elle découle de l'Évangile et de l'interprétation concrète que nous donnent l'expérience ascétique et la loi canonique de l'Église.

 

« Parler, par exemple, de « crépuscule de l'âge constantinien », de « pluralisme idéologique » ou d'Église « spiri­tuelle » opposée à une Église « juridique » est extrêmement dangereux, parce que cela autorise des concepts approxima­tifs et imprécis, flatte les velléités subversives et alimente de fallacieuses espérances. Taxer de « paternalisme » l'exercice de l'autorité pastorale, revendiquer une liberté de pensée et de conduite dépouillée de préjugés, pour se soustraire effec­tivement à l'obéissance pratique nécessaire à la communauté sociale des fidèles, favoriser les expressions spirituelles indo­ciles et les critiques envers la norme commune et autorisée de la vie catholique, comme si c'était là des attitudes supé­rieures et raffinées, qui ne pouvaient plus tolérer désormais l'habitude cléricale, tout cela n'est pas constructif et trompe les esprits avides de sincérité et de fécondité religieuse. »

 

L'étude du dernier enseignement du cardinal Montini du haut de la chaire d'Ambroise (ses discours, ses sermons, ses lettres...) de la clôture de la première session du Concile à l'agonie déchirante et pleine d'amour de Jean XXIII et au Conclave, révèle quelque chose de profond, de mystérieux, d'hésitant et aussi d'anxieux dans son cœur et dans son esprit. On dirait une attente.

 

Ceux qui ont eu l'occasion de l'approcher à cette époque ont pu affirmer que, même dans ses conversations privées, il faisait preuve de plus de retenue et de circonspection que d'habitude.

 

Certains ont voulu voir dans ces derniers discours la distance prise par le cardinal face à certaines initiatives pas­torales hardies du clergé et de l'épiscopat français ; on y a vu aussi le choix d'une ligne qui a fini par en faire un modéra­teur prudent entre conservateurs et innovateurs dans l'Église et au sein même du Concile.

 

Quoi qu'il en soit, le discours qu'il prononça pour l'Ascen­sion 1963, à un peu plus d'un mois de son élection au trône pontifical, est très significatif.

« Nous avons besoin, nous catholiques, d'un sens plus profond, plus vivant et plus agissant de l'unité de l'Église. Le devoir de concorde est presque oublié; l'obligation et l'honneur de la discipline sont relâchés et souvent trahis; la fonction juste et sage de l'autorité est discutée, critiquée et quelquefois niée; on parle, comme d'une conquête à faire, d'un pluralisme d'idées sur des vérités indiscutables du patri­moine doctrinal de l'Église; on a ici et là la ridicule audace de parler de l'humble désobéissance à la hiérarchie comme d'un droit et d'une géniale trouvaille de vie spirituelle; on vivisectionne les instructions claires et conscientes de l'autorité ecclésiastique pour trouver, au moyen de sophismes et de subtilités casuistiques, les arguments qui permettent d'en éluder la grave signification. Un sens de l'Église cordial et fidèle nous fait défaut, comme fait défaut la perception de ce principe inviolable et génétique qu'est son unité intérieure, aimée et professée. »

 

Mais désormais Rome l'attend une nouvelle fois.

 

Et nous conclurons cette chronique de sa mission ambrosienne sur le jugement médité d'un prélat âgé, qui l'a connu de près : « L'histoire de cet homme est singulière; il semble dépourvu de sympathie humaine, si mesuré, si plein de retenue dans ses rapports avec la foule, si ennemi des phrases à effet; sans expérience paroissiale, il arrive à Milan, immense diocèse de trois millions et demi d'âmes et il devient l'arche­vêque des milanais, le plus aimé, le plus estimé. C'est un beau résultat pour quelqu'un qu'on a pu qualifier d'antipathique !»

A Suivre…

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                           G. SCANTAMBURLO

                                  Édition; Maison Mame  (1964)

 

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Published by elogofioupiou - dans Survie de Paul VI
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