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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 21:55

  

 

Le témoignage de Mgr Pignedoli est précieux : « Mgr Mon­tini parle toujours de l'Église et il est naturel qu'il en soit ainsi. Mais sa façon d'en parler n'a rien d'habituel. Il y met la chaleur et la nouveauté d'un récent converti. »

 

Les années qui suivirent son accession au cardinalat, entre 1959 et 1962, virent se renouveler et s'intensifier le zèle et les initiatives pastorales du cardinal Montini dans ce diocèse dont il connaissait désormais, en père et en pasteur, tous les problèmes de gouvernement spirituel.

 

Ce sont les années de la grande maîtrise pastorale du futur pape; les années des Lettres de Carême, toujours plus illu­minées de doctrine et de souffle apostolique, toujours plus denses d'expérience humaine; les années des innombrables allocutions dictées par des circonstances particulières, comme les visites de paroisses ou d'institutions ou les rencontres très fréquentes avec les travailleurs, les étudiants ou les cadres, italiens et étrangers, de passage à Milan à l'occasion de la Foire.

 

Parmi ses lettres pastorales, les plus importantes et signi­ficatives sont la lettre sur le « Concile Œcuménique », celles sur « le bien-être temporel », « la famille chrétienne », « le sens moral »,... etc.; mais toutes les autres sont également riches de doctrine et de sagesse méditée.

 

Le cardinal Montini a été un grand archevêque, comme l'exigeaient les temps modernes, plein d'intuitions, d'ini­tiatives, de réalisations, mûries dans la volonté d'apporter à tous les milieux la vie et la pensée chrétienne et affrontées avec un esprit de sacrifice et une ténacité infatigables.

 

Il a gouverné le diocèse ambrosien pendant l'une des périodes les plus tourmentées de sa vie séculaire; en un moment de profondes transformations sociales, de change­ment radical des mœurs; en un moment où le monde tradi­tionnel tout entier s'apprêtait à disparaître ou à se modifier devant la croissance continuelle de l'immigration et du tra­vail féminin et devant l'industrialisation diffuse qui carac­térise le diocèse de Milan, le plus grand du monde, comme il l'appela lui-même un jour.

 

Il en fut le connaisseur le plus attentif et le chercheur le plus exigeant. Il y encouragea toutes les initiatives capables d'aider à promouvoir « la pacification entre la tradition catholique italienne et ce qu'il y a de bon dans l'humanisme de la vie moderne » ainsi qu'il l'affirma dans son discours de présentation aux milanais.

 

« Custodi depositum fidei » fut la consigne que lui donna Pie XII en le nommant archevêque de Milan; mais la conser­vation de la foi, de cette tradition chrétienne qui caractérise encore tant de zones du diocèse ambrosien, devait être accompagnée d'une action d'approfondissement spirituel et d'extension des rapports avec le monde environnant. Voilà pourquoi la caractéristique principale de l'épiscopat du car­dinal Montini a été, jour après jour, le contact: humain, presque personnel, avec toutes les catégories sociales. On l'a souvent appelé l'archevêque des travailleurs et il s'en réjouissait; mais il fut aussi l'archevêque des patrons, des cadres, des commerçants, des artisans, des employés de banque, de tous ceux qui font battre le cœur de cette grande ville active.

 

Partout présent, en personne et en parole, il a été l'infatigable prédicateur de la nécessité de l'Église et d'une chrétienne cohérente pour les fidèles qui en font partie, partie vivante et vitale. Fidèle à la maxime évangélique « procla­mer la vérité sur les toits », il a employé tous les prodigieux moyens offerts par la technique moderne, pour se faire réellement l'évangélisateur du diocèse qui lui était confié, pour approcher ceux qui étaient lointains comme ceux qui étaient proches, pour donner à tous la parole de vie éternelle et pour faire comprendre à tous la sollicitude maternelle de l'Église. Il suffit de parcourir les actes officiels de ces huit années pour mesurer l'ampleur de cette mission évangélisatrice que l'image du bon semeur caractérise si bien...

 

« Exiit qui seminat seminare semen suum... » à toutes les heures du jour et de la nuit, en toute circonstance opportune et impor­tune, il a semé abondamment, à pleines mains, en toute liberté et avec un grand espoir, la parole de Dieu.

 

On remarque un aspect important et permanent dans sa mission de bon semeur : « le respect total, non seulement de la légalité publique, mais aussi de la liberté personnelle. »

 

Dans un discours à la F. A.C.E. pendant la grande Mission, le cardinal Montini dit en effet : « Nous ne faisons pas de pro­pagande, nous ne désirons pas forcer votre conscience. Je sais que bien des gens font preuve d'une grande méfiance envers les vérités religieuses. Eh bien saluez-les de ma part; et portez-leur à eux aussi mon message : Soyez des hommes ! Soyez loyaux! Je vous dis la vérité qui touche à la vie et à quoi sont suspendues vos destinées. Écoutez, on ne vous demande rien d'autre. Nous ne voulons de vous aucun tribut, ni hommage, ni aumône, ni applaudissements ni approba­tion. Nous voulons seulement que vos âmes s'ouvrent et écoutent encore une fois la parole du Christ. »

 

Le cardinal Montini voulait, en premier lieu, que les gens sachent que le problème religieux est indéclinable, qu'il est vital, qu'il est la source de tous les autres problèmes concer­nant notre destin et notre vie et qu'il doit graver son empreinte sur toute notre activité. En dehors de cela, prêcher sur d'autres thèmes à des gens inertes, assoupis, dont le sens religieux ne répondait plus, équivalait à son avis à survoler les têtes en laissant les esprits et les cœurs indifférents et les âmes confuses. Un diagnostic réaliste et non pas pessimiste.

 

Il fondait son action pastorale sur une connaissance réelle et non conventionnelle de son diocèse.

 

« Dans l'usine, par exemple, que trouve-t-on ? Se demandait-il. Le nom de Dieu, le crucifix n'y sont pas! Des mil­liers de personnes passent leur vie là où la vibration de la vie religieuse ne résonne jamais. Et dans les bureaux ? Qu'y a-t-il de religieux dans un bureau ? Et dans une caserne ? Dans un Stade ? Dans une maison populaire ? Qu'y a-t-il qui parle de Dieu, du Christ, de la vie surnaturelle dans tant d'écoles où l'on débat pourtant de graves problèmes spiri­tuels ? Ce sont pourtant des milieux qui influent énormément sur la pensée, la moralité, la vie et le destin de l'homme. Si, de temps en temps et pour interrompre le panorama profane de la ville moderne, nous ne voyions pointer ça et là, dans l'enchevêtrement des maisons, les rares clochers de nos églises, nous pourrions nous dire : il n'y a donc rien ici qui soit à Dieu! Constater cela c'est ressentir l'obligation d'étu­dier les moyens d'introduire un signe de Dieu dans tous les secteurs importants de la vie. »

 

C'est pourquoi il misait constamment sur la conspiration des forces catholiques. « Le monde catholique a encore beau­coup d'énergies; mais elles avancent chacune dans sa direc­tion, quand elles ne se croisent pas ou même ne se gênent pas l'une l'autre. Notre action serait tellement plus efficace, confiait-il un jour, s'il y avait parmi nous un peu plus d'unité, d'harmonie, c'est-à-dire d'humilité, d'obéissance et de véri­table charité et non une suite de privilèges, d'abstentions et d'égoïsmes spirituels! »

 

Sa préoccupation était de jeter dans cette société dispersée et distraite une authentique semence.

 

Mais, devant tant d'indifférence et d'absentéisme, au spec­tacle de cette mer bouleversée sur laquelle ne flottent plus que quelques rares îlots de ferveur religieuse, il se demandait souvent si ce n'était pas aussi « notre faute ».

 

« Au lieu de donner l'essentiel à ce peuple qui nous regarde et qui a peut-être besoin d'un témoignage plus authentique et plus naturel, nous lui avons souvent présenté un christianisme « phénomène », extérieur, limité à la dévo­tion, facultatif. Ne cherchez pas, je le répète, les succès immédiats; n'espérez pas qu'on vous applaudisse, que l'on vous remercie, que l'on commente : Quel beau résultat !

 

Lais­sez les résultats entre les mains de Dieu. Vous n'êtes que des conditions économiques générales mais devrait aujourd'hui encourir, de toutes parts, la plus vigoureuse réprobation.

 

« L'honnêteté est une règle nécessaire de l'ordre social : Celui qui la viole manque à celui qui est directement frustré mais offense encore plus la communauté toute entière parce qu'il ébranle la confiance sociale, qui est la base indispensable de la vie en commun, de son honorabilité et de son efficacité. »

 

A Suivre

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                           G. SCANTAMBURLO

                                  Edition; Maison Mame  (1964)

 

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Published by elogofioupiou - dans Survie de Paul VI
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