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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 06:25

 

Dans un numéro publié aussitôt après la béatification de Maria Goretti, (morte martyre le 6 juillet 1906), un journal protestant d'Amérique, fameux pour ses invectives haineuses contre l'Église, attaquait à fond le culte catholique. L'article éditorial s'appliquait à ridiculiser l'exaltation d'une jeune fille qui, selon l'auteur, n'a rien fait d'autre que ce qu'auraient fait tant d'autres jeunes filles jalouses de leur propre pu­deur, sans, pour cela, avoir droit aux honneurs des autels.

 

Ce critique si superficiel aurait mieux fait de se taire que de montrer une telle incompétence en la matière.

 

Nul ne doute que bien des jeunes filles et des adultes soient prêtes, pour défendre leur pudeur, à affronter n'importe quelle peine et même la mort. Que d'autres, non seulement par pudeur naturelle, mais aussi et surtout pour un motif surnaturel, soient disposées à défendre leur propre vertu jusqu'au sacrifice de leur vie, cela est également indubitable. Sa Sainteté Pie XII disait avec raison, dans son discours, déjà cité, sur Maria Goretti, que  « celles-là sont sans doute nombreuses et elles le seraient encore davantage, s'il y avait plus de circonspection et d'affectueuse bonté de la part des parents et plus de confiante docilité de la part des enfants ».

 

D'où l'on conclut que, pour pouvoir être envisage à la lumière d'un vrai martyre, il ne suffit pas à l'acte héroïque d'avoir une fin purement hu­maine quoique très juste, mais il est nécessaire qu'il soit inspiré par l'amour de Dieu, et la crainte de l'offenser ; autrement dit, il doit tendre à procurer la gloire du Créateur. Rappelons-nous les paroles de l'Évangile : " Celui qui perdra sa vie pour mon amour, la retrouvera " (Matt., 10, 39).

 

Le martyre est, selon les théologiens, « consiste dans l'acceptation vou­lue de la mort ou d'un tourment mortel, pour la foi du Christ ou pour une vertu chrétienne » : Et le Docteur angélique, Saint Thomas, nous dit : « La cause suffisante pour le martyre n'est pas seulement la confession de la foi, mais de n'im­porte quelle autre vertu, non civique mais infuse (c'est-à-dire, non pas naturelle mais surnaturelle) qui ait le Christ pour fin. On peut, en effet, par n'importe quel acte de vertu, rendre témoignage au Christ, d'autant plus que les œuvres qu'il produit en nous sont autant de témoignages de sa bonté. C'est ainsi que des vierges perdirent la vie, parce qu'elles voulaient garder intacte leur virginité, comme on le dit de sainte Agnès et de quelques autres dont l'Église célèbre le martyre ».

 

Notre Maria Goretti fut-elle vraiment une martyre de Jésus-Christ ? Fut-elle héroïne comme sainte Agnès qui, pour ne pas offenser son Dieu par le péché, préféra aller au-devant de la mort ?

 

Écoutons le Saint Pontife Pie XII, dans le discours déjà cité : «La figure et l'histoire de Maria Goretti ont immédiatement rappelé, à l'esprit de tous, une autre histoire et une autre figure : Agnès. Le vi­sage de la martyre romaine et celui de l'enfant de Corinaldo resplendissent du même charme : leur cœur répand le même parfum ». En outre « la grâce et la si délicate candeur de ces deux adoles­centes furent fermement unies à la force d'âme, comme à l'une de leurs vertus caractéristiques... force de la vierge, force de la martyre, que la jeu­nesse place dans une lumière plus vive et radieuse. Force qui est, à un certain moment, tutelle et fruit de la virginité... Telle fut Maria Goretti ».

 

Et, parlant encore d'elle, le Pontife ajoute : « N'est-elle donc qu'une ingénue, une innocente, instinctivement effrayée de la seule menace du pé­ché, comme de la vue d'un serpent ? (Eccl., 21, 2). Est-elle comme l'hermine qui (selon une anti­que légende) se laisse tuer plutôt que d'effleurer du pied la fange du chemin ? Est-elle uniquement soutenue par un sentiment naturel de pudeur ? Non, encore petite, elle laisse déjà entrevoir  l’intensité et la profondeur de son amour envers le Divin Rédempteur... Elle souffrit une mort sanglante pour observer le commandement de Dieu : à peine âgée de douze ans, elle témoignait déjà d'une vertu chrétienne, mûre et forte, prête à mêler son sang au sang de l’Agneau ».

 

Les éloquentes affirmations du Souverain Pontife sont amplement corroborées par le résultat des procès canoniques de la sainte.

 

Le martyre, dans son caractère matériel, consiste dans la mort violente et volontaire (ou en d'autres actes de violence capables en soi d'occa­sionner la mort) d'un innocent, de la part d'un persécuteur. Les sujets qui le constituent sont donc au moins deux : celui qui, sciemment, persécute et tue, et celui qui est persécuté et tué.

 

En ce qui concerne Maria Goretti, nous savons déjà qu'une mort violente lui fut sciemment infligée par Alessandro Serenelli. Lui-même, d'ailleurs, a avoué, sans réserve, avoir commis ce crime en pleine possession de ses facultés, sachant bien qu'il exécutait un acte brutal, auquel il s'était méticuleusement préparé. Il ne s'agit donc pas d'un acte impulsif et involontaire ni d'un simple accident. Alessandro a déposé : « Je savais que j'accom­plissais une action condamnée par Dieu. Le jour du délit j'étais pleinement conscient ». La grave peine qui lui fut infligée par le pouvoir judiciaire confirme cette sérieuse et entière responsabilité. On peut se demander, ici, si Serenelli avait vraiment eu l'intention formelle de faire de Maria Goretti une martyre, en la contraignant à offenser Dieu ; on peut de même se demander si Maria Goretti avait eu l'intention de résister jusqu'à la mort, aux actes violents par lesquels on voulait la contraindre à des actes offensants pour le Seigneur.

 

A la première question, on peut répondre par les paroles mêmes de 1'assassin. « A ce moment-là, je comprenais bien que je voulais accomplir une action contre la loi de Dieu et que je voulais indui­re Maria à entrer dans mes desseins et c'est préci­sément parce qu'elle s'y opposa, que je la tuai ».

 

Quand à la seconde réponse, elle nous a été déjà donnée par la victime elle-même, sur son lit de mort. « Alessandro voulait me faire commettre le mal, mais je n'ai pas voulu ». C'est pourquoi l'hé­roïne avait dit à son brutal oppresseur : « Que fais-tu ?... Tu vas en enfer !...» Le meurtrier le re­connaît encore lorsqu'il déclare : « Elle était vrai­ment innocente... et pour sauvegarder sa pureté, elle préféra plutôt tomber sous la main d'un assassin ».

 

Les relations du procès permettent de conclure que la lutte dut être violente : la timide vierge de Ferriere était devenue une lionne invincible ; revê­tue de la cuirasse du Roi des vierges, elle put sortir triomphante du rude combat, c'est-à-dire vierge et martyre : vierge sans souillure, martyre illustre, environnée de gloire parmi les palmes et les lis. Sur ce double titre de vierge et de martyre, la Sacrée Congrégation des Rites apposait son sceau, par son décret du 25 mars 1945.

 

Le vingtième siècle a ainsi revu, dans la passion de la vierge et martyre Maria Goretti la glorieuse passion de l'adolescente romaine, sainte Agnès, sacrifiée pour la défense de sa virginité, au troisième siècle de notre ère.

 

Comme sainte Agnès, Maria Goretti était, en effet, douée d'une dévotion supérieure à son âge et d'une vertu qui surpassait la nature. Comme elle aussi, à un âge si tendre, elle était mûre pour remporter une victoire sublime.

 

De même que la noble Agnès, jetée dans un lieu de perdition, se préoccupait de dérober ses chastes membres au regard sacrilège de ses tyrans, ainsi la douce petite paysanne de Ferriere, sous la véhémence des coups de poignard, au lieu de tâcher de détourner la main qui la frappait, s'em­pressait de se serrer dans ses vêtements pour ne pas offenser le regard de son ange gardien ;  pouvait-elle aussi répéter avec Agnès: « J'ai avec moi l'Ange du Seigneur, qui protège la pureté de mon corps ».

 

Une particularité distingue cependant le mar­tyre de Maria Goretti de celui de sainte Agnès. Bien que cette sainte ait été soumise à diverses épreuves, son holocauste se résuma en un seul coup d'épée sur le cou, coup féroce qui horrifia tant le grand saint Ambroise. Sainte Maria Go­retti, au contraire, fut immolée, non par un, mais par quatorze coups d'un fer aiguisé et, vingt heures durant, elle sentit l'acuité des blessures et les spasmes de son coeur transpercé.

 

Un exemple puissamment éloquent de pureté héroïque et de sacrifice était-il nécessaire à toute la jeunesse de notre siècle ? Les phalanges de notre jeunesse féminine d'Action catholique, nos Enfants de Marie avaient-elles besoin de voir confirmer à nouveau et sceller d'un sang très pur, leur programme de vie chrétienne, leur pacte de fidélité à Dieu et à la Vierge Marie ? Si oui, c'est donc pour elles toutes que le Céleste Roi des Vierges, qui se plaît parmi les lis, prépara la future héroïne, en la revêtant dès ses plus tendres années, de l'armure de la foi, du casque du salut, de l'épée de la vérité. Et, vierge selon la chair, vierge selon l'esprit, vierge selon les aspirations intimes du coeur, elle put pour la confusion du monde renégat de Dieu et de sa morale, engager cette bataille qui devait lui réserver une victoire aussi splendide.

 

 

Extrait de : UNE MARTYRE DE LA PURETE

Mgr Jacques Morelli. 1950  Édition du Lévrier. Ottawa.

 

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