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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 03:29

Nous sommes dans un temps où l'orgueil humain est tel que certains esprits pourraient en venir à croire qu'ils s'humilieraient en priant. Qu'ils se ras­surent, la prière est un acte d'humilité', mais « celui qui s'humilie sera exalté, a dit Nôtre Seigneur, et celui qui s'exalte sera humilié. » Cette sentence se réalise dès ce monde en ceux qui ne prient pas. Peut-on imaginer un abaissement plus grand pour un homme que de se mettre au niveau des brutes et de leur devenir semblable ? Or, c'est ce qui arrive à qui­conque ne prie pas. Qui ne le sait ? C'est la raison qui nous distingue des animaux. Donc ne pas faire des actes de raison, c'est oublier sa dignité.

 

Écoutons saint Thomas :

« C'est par la raison que nous commandons aux inférieurs ; c'est aussi par la raison que nous deman­dons quelque chose à ceux qui sont au-dessus de nous. La prière est donc un acte de raison; elle est donc propre aux créatures raisonnables; c'est pour­quoi les bêtes ne sauraient prier. »

 

Donc passer sa vie sans faire de prière, qu'est-ce autre chose que de se mettre, par ce côté-là du moins, au rang des brutes ? Et s'il était permis à ce sujet de passer du sévère au plaisant, nous raconterions l'anecdote suivante. Un missionnaire que nous avons bien connu, et qui est mort en odeur de sain­teté, faisait, dans une maison d'éducation, le caté­chisme à de tout jeunes enfants. Il leur dit donc un jour : « Savez-vous, mes enfants, quelle différence il y a entre un enfant qui ne prie pas et un petit chien ? » L'un d'eux lève la main, en disant: « Moi, Monsieur, je le sais.

 

— Dites-la donc, mon enfant.

 

— La différence, Monsieur, c'est que le petit chien n'a pas besoin de s'habiller. »

 

Cette différence est évidemment au profit de l'ani­mal; mais il y en a une autre qui est bien autrement au détriment de l'homme ; c'est que l'animal, n'ayant pas la raison, n'aura pas à rendre compte d'en avoir abusé.

 

Mais quelle responsabilité redou­table pèse sur l'homme, à qui Dieu a accordé l'hon­neur de connaître son Créateur, s'il refuse de l'invoquer ? Mais nous aurons plus tard l'occasion de revenir sur ces considérations. Il s'agit dans ce cha­pitre de comprendre que la prière élève l'homme. La prière est une chaîne d'or par laquelle nous attirons Dieu à nous, et par laquelle il nous attire à lui. Qui ne serait honoré d'avoir accès auprès des grands de la terre, de pouvoir les aborder à toute heure, d'être toujours accueilli à leur audience ? Mais que sont les princes de ce monde comparés à Dieu ? Quelle gloire incomparable, « quelle grande dignité, par conséquent, de pouvoir nous entretenir avec Dieu ! dit saint Jean Chrysostome. La prière nous unit aux anges, car le travail des anges est de prier sans cesse. Par la prière nous cessons d'être mortels et bornés par le temps. Par nature, il est vrai, nous sommes mortels, mais nous passons à une vie immortelle en nous entretenant dans un com­merce familier avec Dieu. Il est nécessaire, en effet, que celui qui est familier avec Dieu devienne supérieur à la mort et à tout ce qui est sujet à la cor­ruption. »

 

Prier, c'est élever son esprit à Dieu et s'unir à lui.Il est hors de doute que cette élévation et cette union contribuent beaucoup à notre avancement. Dieu étant, en effet, la source du bien des créatures, la  créature sera d'autant plus parfaite qu'elle en sera plus rapprochée. Mais ce rapprochement n'est pas un rapprochement corporel; c'est par esprit que nous nous élevons vers Dieu, que nous nous en rap­prochons et que nous participons  à sa perfection sans limites.

 

Plus on est près de la lumière, mieux on voit; plus on est près d'un foyer de chaleur, plus on éprouve son action. Mettez un objet quelconque en contact avec un brasier, aussitôt le feu s'en empare et le pénètre jusqu'à se l'assimiler.  Or, si telle est l'action du feu matériel, quelle sera l'action de celui qui sur­passe en noblesse, en énergie, en activité pénétrante, tout ce qui existe?

 

Avec quelle puissance, il s'empa­rerait de nous si nous n'y mettions pas d'obstacle par notre négligence et par notre éloignement?

 

Voyez encore comme les substances à odeur forte communiquent  promptement leurs  propriétés.   Il suffit de les toucher légèrement pour que la main soit imprégnée de la même odeur  et  la répande autour d'elle. Dieu est aussi la source infinie de toute suavité et de tout parfum. C'est pourquoi, dès que notre âme s'est mise avec lui en rapport intime, elle conserve quelque chose de ce parfum et de cette suavité.

 

En outre, dans la prière, l'âme à les yeux fixés sur Dieu et ce regard lui donne une noblesse et une excellence particulières. Il y a cette différence entre les choses sensibles et celles qui sont l'objet de l'intelligence, que les premières nuisent d'autant plus au sens qu'elles sont plus parfaites; tandis que les choses que saisit l'intelligence augmentent la perfec­tion de l'intelligence proportionnellement au degré de leur  propre  perfection.  

 

Une lumière trop vive éblouit et aveugle ; une détonation bruyante rend sourd ! Au contraire, si l'intelligence s'avilit en s'occupant de pensées rampantes, elle s'ennoblit en s'occupant de  pensées hautes.   Or,   comme  Dieu   est  d'une noblesse hors de comparaison, la prière, qui donne pour objet à la pensée de l'âme cette beauté souve­raine, ennoblit en quelque sorte infiniment l'intel­ligence.

 

Sur ce passage de l'Évangile, où il est dit que « pendant que  Nôtre Seigneur  priait,   son visage devint tout autre », Corneille de Lapierre nous a laissé ce beau commentaire : « Ce qui arriva à Nôtre Seigneur dans sa transfiguration était arrivé bien avant à Moïse, qui descendit de la montagne où il s'était entretenu avec Dieu, portant sur son front des rayons de lumière. Plusieurs saints depuis ont trouvé dans leur commerce avec Dieu un reflet céleste qui rayonnait sur leur visage. C'est ce qu'on rapporte de saint Antoine, de saint Ignace et d'autres. »  Mais c'est surtout  la  transfiguration  de l'âme qu'opère la prière. Car c'est dans la prière que la lumière divine éclaire l'âme sur Dieu, sur elle-même et sur tout ce qui l'intéresse. C'est là qu'on demande et qu'on obtient les grâces qui lavent toutes les souil­lures de l'âme, et la rendent supérieure à tous les assauts de l'ennemi du salut. C'est là que la déso­lation fait place à la consolation, la faiblesse à la force, la tiédeur à la ferveur, le doute à la sécurité, la tristesse à la joie, la pusillanimité au courage.

 

Quand l'aigle prend son vol dans les airs, son plu­mage illuminé par les rayons du soleil devient écla­tant. Ainsi l'âme s'élevant au-dessus d'elle-même jusqu'à Dieu brille d'un reflet divin. Elle apprend, en les voyant de haut, que les choses d'ici-bas sont petites, fragiles et méprisables, que ce n'est qu'au ciel qu'il y a de vrais honneurs, de vraies richesses et de vrais plaisirs. C'est là aussi qu'elle comprend que les douleurs de cette vie, la pauvreté, la maladie, la faim, la persécution ne sont rien, comparées à la gloire qu'elles nous préparent ; et, par conséquent, elle prend la résolution de les soutenir énergiquement.

 

C'est là enfin qu'elle s'unit à Dieu et ne fait qu'un même esprit avec lui. Peut-on rien imaginer de plus noble, de plus sublime ?

 

En vérité, l'homme n'est grand qu'à genoux, sa dignité grandit à mesure qu'il prie davantage; et il s'abaisse d'autant plus qu'il néglige davantage de s'entretenir avec Dieu.

 

 

Extrait de : LA CLÉ DU CIEL  (1904) P. Berthier. M. S.

 

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