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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 04:06

II est difficile d'apprendre à un aveugle ce que c'est que la vue. Toutes les explications qu'on peut lui en donner ne réussiront pas à la lui faire com­prendre tant qu'il ne l'aura pas éprouvée: mais elles auront pourtant pour résultat de lui faire désirer de voir, et de lui donner du regret d'en être privé. On peut en dire autant des joies que donne la prière. Celui qui ne les a pas goûtées ne peut les comprendre, mais en lui prouvant que ces consolations ne sont pas des chimères, mais des réalités certaines, il con­cevra, avec le repentir de s'en être privé par sa négli­gence, la résolution de chercher à se les procurer. Que la prière apporte à l'âme la joie, nous en avons pour garants Dieu lui-même, la raison, le témoignage et l'expérience de tous les saints, et c'en est assez pour convaincre toute âme droite.

 

Quand Dieu parle, il a droit d'être cru. Or, voici sa parole : « La conversation avec la Sagesse divine n'a point d'amertume, il n'y a point d'ennui à vivre avec elle, on n'y trouve que joie et allégresse. »

 

« J'ai créé la paix comme fruit de la prière, » dit le Seigneur dans Isaïe. Il n'y a rien, en effet, qui rende l'âme paisible et sereine comme la prière, surtout dans les épreuves et les labeurs de la pénitence. « Quelqu'un d'entre vous est-il triste, qu'il prie. »

 

Or, voici comment Corneille de Lapierre commente ce texte : « Jésus-Christ était triste jusqu'à la mort au Jardin des Olives, il pria durant son agonie, et après il se leva avec intrépidité et se livra entre les mains des Juifs. La prière obtient de Dieu un secours, une force qui aide à triompher de la tristesse. Prier et s'entretenir avec Dieu, c'est déjà retrouver la joie et la consolation. Lors donc que vous êtes triste, n'allez pas chercher un soulagement chez vos amis, ni dans les festins, ni dans les concerts, ni dans les fables, mais bien dans la prière et les entretiens avec Dieu. Or, la tristesse a plus de puissance pour nous nuire que tous les démons. C'est par la tris­tesse que Satan triomphe des hommes; enlevez la tristesse et il ne pourra blesser personne. »

 

« Si quelqu'un de vous a l'esprit en paix, qu'il récite des psaumes. » Quoiqu'il soit utile à celui qui est triste de psalmodier, cependant cela lui est diffi­cile; mais celui qui à l'âme joyeuse se porte volon­tiers à chanter et à psalmodier, et la psalmodie con­serve et augmente sa joie et l'excite à louer Dieu. Saint Ephrem avait donc raison d'appeler la prière la consolation de ceux qui sont tristes, l'agrément de ceux qui sont dans la joie, le soulagement de ceux qui pleurent.

 

Et comment en pourrait-il être autrement ? La paix, la joie, le bonheur, sont un bien dont nous sommes avides, et que nous mendions souvent à la porte des créatures. Mais quelle est la source de ce bien? Quel est le principe de tout bien, sinon celui de qui descend tout ce qui a l'être, et qui seul a donné à chaque être tout ce qu'il a de bon, Dieu par conséquent?

 

Nous ne trouvons rien dans ce qui existe qui ne vienne de lui, rien dans les joies, dans les plaisirs du monde qu'il n'ait pas à un degré infiniment supérieur. Dieu est la félicité parfaite, le bonheur suprême, la source inépuisable de toute paix, de toute joie, de tout bien. S'en approcher souvent par la prière, c'est s'approcher du bonheur.

 

« Ne vous y trompez pas, vous crie saint Bernard, ne vous laissez pas séduire au point de croire que votre âme n'ait pas autant de plaisir dans les joies spirituelles que dans les sensations du corps. Les plaisirs de l'âme, c'est Dieu même, et Dieu n'aurait pas le pouvoir de donner autant de joie à votre cœur que la chair d'un animal mort en donne à votre palais, qu'un son harmonieux à vos oreilles, qu'un parfum exquis à votre odorat! »

 

Saint Augustin dit : Celui qui cherche Dieu cherche la joie. Celui qui s'éloigne de Dieu fuit son bonheur, sa paix, les vraies consolations. « C'est moi, dit en effet le Seigneur, c'est moi qui vous consolerai. » Aussi est-il écrit qu'il n'y a point de paix pour l'impie. On voit des gens qui ont abandonné la prière courir après les fêtes, les plaisirs, les festins, les divertissements: on les dirait heureux; et ceux qui n'y entendent rien le croient peut-être. Hélas! Ils ne font que s'étourdir et  chercher à dissiper cet inexorable  ennui, qui, fait le fond de la vie humaine'' depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu, comme l'a dit Bossuet.

 

Saint Augustin, lui aussi, avait fui loin de Dieu; mais, revenu de ses égarements, il lui disait, instruit par l'expérience: « Ce que je sais certainement, c'est que sans Vous rien n'est bien pour moi, et que toute abondance qui n'est pas mon Dieu n'est que détresse. C'est que Vous nous avez faits pour vous, Seigneur; et notre cœur est dans le trouble tant qu'il ne se repose pas en vous. »

 

Or, la prière, ce sont-les pas par lesquels l'âme monte vers Dieu ; ce sont les mains qu'elle tend vers lui pour lui demander son secours ; ce sont les bras avec lesquels elle l'étreint et cherchent s'unir à lui. L'âme malheureuse et coupable peut bien trembler un peu quand elle aborde celui qu'elle a offensé ; le prodigue, couvert des haillons de la misère, ne reve­nait pas à son père sans que son cœur éprouvât quelque saisissement ; mais dès qu'il eut dit: « Mon père, j'ai péché », et que son père courant à sa ren­contre l'eut serré dans ses bras, quelle ne dut pas être sa joie ! C'est celle qui attend toute âme cou­pable qui cherche Dieu, si elle le fait de tout son cœur.

 

Les saints sont là du reste pour nous l'apprendre. « Les larmes de ceux qui prient, dit saint Augustin, sont plus douces que les joies de théâtre. » Et saint Bernard : « Dans la prière, dit-il, on boit le vin qui réjouit le cœur de l'homme, le vin du Saint-Esprit qui enivre l'âme et lui fait oublier les plaisirs grossiers de la terre. Il arrose et rend ainsi féconde une con­science desséchée. »

 

Saint J.-B. Vianney, curé d'Ars, disait : « La prière est un avant-goût du ciel ;   c'est un miel qui descend  dans l'âme. Les peines se fondent dans une prière comme la neige au soleil. »

 

Mais voici un soldat, un général, qui parle comme les Pères de l'Église et comme les saints. En 1876, le général de Sonis écrivait à un de ses amis : « Je ne connais rien de consolant comme la prière. » Et, certes, il avait eu besoin d'y chercher sa joie dans sa longue carrière, et, en particulier, dans la guerre de 1870, si désastreuse pour la France.

 

Qu'on lise la vie des saints qui, après tout, sont les plus heureux des hommes, et pour qui sont assuré­ment les plus grands bonheurs d'ici-bas. On les verra presque tous puiser dans leurs entretiens avec Dieu des joies ineffables qui rayonnaient parfois sur leur visage. « Mon âme, disait David, a refusé les consolations de la terre ; je me suis souvenu de Dieu, et j'ai été réjoui. »

 

Les joies qu'éprouvaient les saints dans la prière étaient parfois telles qu'ils n'en pouvaient soutenir le poids ; et ils étaient obligés de s'écrier: C'est assez, Seigneur, c'est assez! D'autres fois, ils éprouvaient une peine indicible à s'arracher à leur commerce avec Dieu ; c'est ainsi que saint Antoine, après avoir passé la nuit en prière, se plaignait au soleil de ce qu'il venait l'en distraire.

 

Qu'on ne s'imagine pas que ce soit là, des faits d'un autre âge et que l'esprit de prière ait abandonné notre terre.

 

Dans le cours de notre ministère, nous avons ren­contré, dans les diverses catégories de fidèles, des âmes dont la prière était la grande consolation, qui ne pouvaient s'arracher à leurs entretiens avec Dieu qu'en éprouvant une peine plus vive que celle d'un enfant altéré qu'on arrache du sein de sa mère, et qui avaient hâte de revenir à la prière comme à une source abondante de délices, dès que cessait l'obs­tacle qui les en avait détournées.

 

Et pourquoi recourir à ces exemples ? Ne suffit-il pas d'en appeler à l'expérience de nos lecteurs? Il serait bien à plaindre celui qui n'aurait jamais rien ressenti des joies de l'âme. Qui, parmi les chrétiens, n'a pas eu un jour, une heure dans sa vie, où il a goûté les douceurs de la prière, à l'époque d'une pre­mière confession, d'une première communion, par exemple, ou à la suite d'une retraite ou d'une mis­sion dont il avait suivi avec ferveur les exercices ?

 

Dieu n'a pas changé depuis : la prière a toujours les mêmes charmes. Si nous n'en jouissons pas, c'est que nous ne nous y appliquons pas ou que, du moins, nous ne le faisons pas avec assez d'attention et de ferveur.

 

Il arrive parfois, d'après saint Thomas, que la prière a sa valeur méritoire et qu'elle nous obtienne des grâces sans apporter à l'âme de grandes consolations parce que nous n'y mettons pas l'attention voulue.  

 

Prions avec l'application et la ferveur qui convient et nous ne tarderons pas « de sentir et de voir combien le Seigneur est doux ».

 

Extrait de LA CLÉ DU CIEL  (1904) Père Berthier.

 

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