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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 23:45

 

Extrait de : Saint Bonaventure vous parle de LA SCIENCE.

Éditions Franciscaines. Paris 1943. Albert Garreau.

 

L'erreur sur ce point est grave : il y va de l'esprit et par conséquent de l'âme tout entière. Notre intelligence nous a été donnée pour que nous en fassions usage et la parabole des talents nous enseigne que c'est là une condition de notre salut. Quel culte valable peut rendre à Dieu une créature stupide, qui ne le serait pas si elle voulait ; une créature pares­seuse et béatement satisfaite de son abrutissement ?

 

Saint François reprend les termes mêmes de l'Évangile et se réjouit, en compagnie de frère Léon, que bien des choses qui demeurent cachées aux savants soient révélées à de vieilles fem­mes ignorantes. Sans doute ; nous devons nous réjouir de voir la Providence prenant des voies mystérieuses et répandant des grâces spéciales pour éclairer les simples ; nous devons y trouver l'une des preuves les plus émouvantes de la vérité de notre reli­gion. Mais le genre humain n'est pas composé que de vieilles femmes, et il n'a jamais été dit que ceux qui avaient reçu les puissances intellectuelles en partage devaient demeurer dans l'inaction et attendre avec outrecuidance je ne sais quelles grâces d'illumination particulières.

 

Les sceptiques ont coutume de dire que l'intelligence est une toute petite chose à la surface de nous-mêmes ; ce qui ne les empêche pas du reste de se comporter comme s'ils possédaient la science infuse. Néanmoins l'intuition, l'inspiration, dont le rôle est fort important, n'ont jamais été des outils à toutes mains, nous obéissant à volonté ; jamais elles n'ont pu servir de bases à une méthode de travail. Prenons plutôt garde qu'elles ne soient un piège lorsqu'elles ne sont pas le don de Dieu. En tout cas, le moyen le plus court et le plus sûr de s'y disposer consiste à travailler avec persévérance et avec humilité selon les voies communes.

 

N'observons-nous pas que l'inertie intellectuelle porte avec soi son châtiment ? C'est à elle que peuvent s'attribuer nombre d'in­conséquences, de défaillances, d'apostasies. Rien de plus char­mant que la foi naïve des enfants, qui croient ce que les grandes personnes leur enseignent. Mais nous ne saurions garder les mê­mes vues sur le monde quand notre corps et notre esprit se déve­loppent. Si, à vingt ans, nous lisions encore notre catéchisme avec des yeux d'enfants de huit, ans, nous aurions atteint l'âge adulte en tout, sauf en ce qui concerne la religion ; il y aurait là une difformité gênante pour nous-mêmes et du reste un scan­dale pour les incroyants ; notre esprit finirait par se révolter et nous jugerions, sans peut-être oser nous l'avouer clairement, que le contenu de notre foi est puéril. Bien des gens ne se conduisent-ils pas comme s'ils tiraient les conséquences d'un semblable juge­ment ?

 

Rien de plus respectable en un mot que la foi du charbonnier, mais il est dangereux d'en conclure que la foi du savant soit méprisable ou de plus mauvais aloi. Tous les hommes ne peuvent pas vivre dans des loges au fond des forêts et s'y nourrir de racines. Chacun fait ce qu'il peut, où la Providence l'a placé, et reçoit des grâces selon ses mérites. C'est une difficile harmonie intérieure à établir, pour laquelle le conseil et l'exemple des saints doivent nous venir en aide.

(A suivre)

 

elogofioupiou.com

 

 

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