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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 07:57

 

Le Verbe : Mon fils, examine avec soin les mouvements de la Nature et de la Grâce, car elles se meuvent de façons fort contraires et fort subtiles et elles sont à peine discernées sinon par l’homme spirituel et intérieurement éclairé.
Tous les hommes désirent le bien, prétendent à quelque bien en leurs paroles ou leurs actes, mais beaucoup sont trompés sous apparence de bien.
La Nature est rusée, elle attire, enlace et trompe grand nombre de gens et toujours se prend elle-même pour fin.
Au contraire, la Grâce marche en toute simplicité, se détourne de toute apparence de mal, ne prétend point se déguiser et en tout agit purement pour Dieu en Lequel elle se repose finalement.
La Nature ne consent à mourir ni au début, ni à la fin et d’elle-même ne veut être ni contrainte, ni soumise, ni subjuguée.
Tandis que la Grâce s’applique à la mortification de soi-même, résiste à la sensualité, recherche la soumission, désire être vaincue, ne veut pas observer sa propre liberté, aime à être tenue sous la discipline et ne désire dominer quiconque, mais désire toujours vivre, se tenir et se maintenir sous la main de Dieu, et prête à s’incliner humblement, pour l’amour de Dieu, devant toute créature humaine.
La Nature travaille à son avantage et ne s’intéresse qu’au profit qu’elle tire d’autrui.
Quant à la Grâce, elle considère non ce qui lui est utile et avantageux mais ce qui, de préférence, profite à beaucoup.
La Nature accepte volontiers les honneurs et la considération, mais la Grâce attribue fidèlement tout honneur et toute gloire à Dieu.
La Nature craint la confusion et le mépris ; la Grâce, elle, se réjouit de souffrir l’opprobre pour le nom de Jésus.
La Nature aime l’oisiveté et le repos du corps ; la Grâce, elle, ne peut être vide, mais embrasse de bon coeur le travail.
La Nature cherche à posséder ce qui est curieux et beau, et fuit ce qui est commun et grossier ; la Grâce, elle, se délecte de ce qui est simple et humble, ne repousse pas ce qui est rude, ne recule pas à se vêtir de vieux haillons.
La Nature regarde vers les choses temporelles, se réjouit des gains terrestres, s’attriste d’un dommage, s’irrite de la plus légère parole injurieuse.
La Grâce au contraire vise à l’éternel, ne s’attache pas au temporel, ne se trouble pas de la perte des biens, ne s’aigrit pas aux plus dures paroles, parce que son trésor et sa joie sont établis dans le ciel où rien ne périt.
La Nature est cupide et reçoit plus volontiers qu’elle ne donne, aime ce qui est propre et particulier.
Quant à la Grâce, elle est compatissante et communicative, elle évite la singularité, se contente de peu, juge qu’il est plus heureux de donner que de recevoir.
La Nature penche vers les créatures, vers sa propre chair, vers les vanités et les discours. La Nature aime volontiers quelque consolation extérieure, dans laquelle elle se délecte à son goût.
Au contraire, la Grâce attire à Dieu et aux vertus, renonce aux créatures, fuit le monde, hait les désirs de la chair, restreint les allées et venues et rougit de paraître en public.
Au contraire, la Grâce cherche à se consoler en Dieu seul, à se délecter dans le Souverain Bien, par-dessus toutes choses visibles.
La Nature agit en tout pour le gain et son propre avantage, ne peut rien faire gratuitement, mais espère retirer de tout bienfait, soit prix égal sinon mieux, soit encore une louange ou faveur et elle désire que l’on prise beaucoup ses actes et ses dons.
La Grâce au contraire ne recherche rien de temporel ni ne postule d’autre prix que Dieu seul en récompense, et elle ne désire pas les biens temporels, au-delà du nécessaire et qu’autant qu’ils sont capables de la servir à atteindre les biens éternels.
La Nature se réjouit du grand nombre de ses amis et de ses proches ; elle se glorifie de la noblesse de sa situation et de l’origine de sa race ; elle sourit aux puissants, flatte les riches, applaudit ses semblables.
La Grâce, elle, aime ses ennemis, ne se vante pas de la foule de ses amis,ne tient compte ni du rang, ni de l’origine de sa naissance, à moins que la vertu n’y soit plus haute ; elle favorise le pauvre plutôt que le riche, elle compatit davantage avec l’innocent qu’avec le puissant, elle se réjouit avec l’homme sincère et non avec le trompeur, exhorte toujours les bons à concourir aux meilleurs charismes et à ressembler par les vertus au Fils de Dieu.
La Nature se plaint vite de ce qui lui manque ou la blesse, la Grâce supporte avec constance le dénuement. La Nature fait tout infléchir vers elle, elle combat et discute pour elle-même.
Quant à la Grâce, elle ramène tout à Dieu, d’où tout émane à l’origine ; elle ne s’attribue aucun bien, ne présume rien avec arrogance, ne conteste pas, ne préfère pas son avis à celui d’autrui, mais en tout sentiment et toute pensée se soumet à l’éternelle Sagesse et au divin.
La Nature désire savoir des secrets, et entendre des nouveautés ; elle veut paraître au dehors et expérimenter beaucoup par ses sens ; elle désire connaître et faire ce qui produit louange et admiration.
Au contraire, la Grâce ne s’occupe de percevoir ni nouveauté ni curiosité, parce que tout cela est né de la corruption originelle, puisqu’il n’y a rien de nouveau ni de durable sur la terre.
Cette Grâce est une lumière surnaturelle et un certain don particulier de Dieu, la marque propre des élus et le gage du salut éternel qui soulève l’homme de la terre jusqu’à l’amour des choses du ciel, et de l’homme charnel produit un homme spirituel.
Elle apprend donc à restreindre les sens, à éviter la vaine complaisance et l’ostentation, à cacher avec humilité ce qui est digne de louange ou d’admiration, à chercher en toute affaire et toute science un fruit utile et à la louange et l’honneur de Dieu ; elle veut qu’on ne vante ni elle ni ses oeuvres, mais souhaite que Dieu soit béni en Ses dons, Lui qui les prodigue sur tous par pure charité.
Plus donc la Nature est fortement comprimée et vaincue, plus grande est la Grâce infusée et chaque jour, l’homme intérieur, par de nouvelles visitations, se reforme selon l’image de Dieu.
Thomas A Kempis – L’imitation de Jésus-Christ (XVè siècle)
 
elogofioupiou.over-blog.com

 

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