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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 09:22

Si la douleur est partout active, comment avoir l'expérience de la vie sans celle de la douleur ? Il serait vain de croire s'informer du dehors; c'est au dedans seulement que se forme notre expérience. Le texte de l'âme humaine est en nous; au dehors, pour nous, il n'y en a que des traductions en langue étrangère.

 

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître.

Et nul ne se connaît tant  qu'il n'a pas souffert.

 

L'initiation de la douleur nous concerne d'abord, parce que la science de soi est à la base de toute connaissance utile. Elle concerne le prochain pour la même raison, et pour cette autre que la sympathie, base de nos rapports, a sa source la plus immédiate dans le sentiment de nos maux, de nos difficultés et de nos limites propres.

 

Être indéfectiblement heureux nous exposerait à une tentation terrible : celle de n'aimer que notre propre bonheur. « Le cœur humain ne s'élargit qu'avec un tranchant qui déchire », écrit Flaubert.

 

On peut même dire que notre initiation dou­loureuse concerne Dieu, en ce qu'elle nous fait entrer plus profondément dans l'ordre que Dieu a fondé, ordre mystérieux, où la grandeur naît de la responsabilité, de l'effort, du sacrifice, des mutuelles communications et des mutuels se­cours. A tout cela l'expérience de la douleur nous éveille, comme la résistance des choses nous apprend les grandes lois qui régissent l'ordre physique et nous aide à entrevoir la signification générale de ce qui est.

 

De là un accroissement proportionné de nos pouvoirs, qui sont en la dépendance de notre formation intérieure. « Plus tu endures, plus tu pourras », dit une formule antique. On s'évanouit dans la volupté; on se fortifie dans la peine. La moelle la plus exquise se trouve souvent dans l’os le plus dur. Le bois se consume : la flamme jaillit. L'arbre résineux subit de grandes blessures : son arôme s'écoule et sa cime monte toujours.

 

« La rosé est le supplice éclatant du rosier », dit Ernest Prévost. Toute la création porte ce témoignage. La lumière même, cette vie et cette quasi-pensée de la nature, est-elle autre chose que de la matière qui meurt en rayonnant ?

 

Ce n'est donc pas assez de dire avec Novalis que « les heures durant lesquelles on entend parler de malheur sont des heures d'édification ». Entendre parler serait de peu, si l'écho de notre propre expérience ne renforçait la leçon. La vraie formation, la croissance intérieure, et en conséquence le pouvoir d'édification et de vie exigent qu'on habite soi-même ce paradis des supplices, où les âmes d'élite s'ouvrent à tout le réel et savent rencontrer Dieu.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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