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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 16:53

    L’illusion de   beaucoup   de   personnes   qui   souffrent, dit un auteur, consiste à s'imaginer qu'elles souffriraient volontiers les croix qu'elles n'ont pas, mais qu'il leur est impossible de porter celles qu'elles ont.

    On conçoit aisément combien dangereuse est cette erreur, car c'est juste le contre pied de ce que le bon Dieu attend de nous.

S'il nous envoie telle ou telle maladie, c'est évidemment pour que nous nous sanctifiions par cette maladie et non par une autre.

De même que, s'il nous envoie des peines et non des mala­dies, c'est à supporter patiemment nos peines que nous de­vons nous appliquer.

    Donc, si nous souffrons de la tête, ne disons pas : « Si j'avais mal à la jambe ou à l'estomac, passe encore ; mais à la tête, c'est intolérable. » Si nous sommes aveugles, ne disons point : « Encore, si j'étais sourde ! Mais aveugle ! Je ne le prends pas, c’est trop. » Si nous sommes paralysées, ou impotentes, ne disons pas : « Je consentirais à tout pour n'avoir pas ce que j'ai. »

    C'est justement le contraire qu'il faut que nous disions, car c'est notre croix, et non celle des autres, que Notre-Seigneur veut que nous portions : « Si quelqu'un veut venir après moi, dit-il, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suive. »

    Quelle que soit notre croix, n'envions donc jamais celle des autres. Telle qui semble faite d'un bois plus léger est taillée de telle sorte qu'elle fait trois fois plus de mal à celui qui la porte.

    Telle autre nous semble douce, parce que nous n'aperce­vons que le côté poli et brillant ; si nous pouvions voir son côté déchirant, nous reculerions d'effroi.

    Il y a des croix de bois, des croix de fer, des croix d'argent, des croix d'or : il y en a qui sont toutes fleuries et qui sem­blent n'être faites que de roses.

    Hélas ! Toutes sont des croix, et les moins douloureuses ne sont pas toujours celles qu'on pourrait croire. Sur sa croix de bois nu, le pauvre regarde avec envie la croix du riche et se dit : « Oh ! Si je n'avais qu'une croix semblable à porter ! » Et il ne pense pas que l'or pèse plus que le bois, et que la croix d'or est écrasante. Les grands du monde, cloués à leur croix d'or ou de rosés, se prennent bien souvent à déplorer leur sort et à dire : « Oh! Que les pauvres sont heureux d'être sans souci ! »

    Ceux qui pleurent croient qu'il est moins dur d'avoir faim ; et ceux qui ont faim sont tentés de regarder comme peu de chose la souffrance qui n'atteint que le cœur. Trêve à toutes ces pensées et à toutes ces rébellions ; chacun à sa croix, portons la nôtre avec patience. Alors nous la porterons avec le bon Dieu qui nous aidera à la porter saintement. N'oublions pas, d'ailleurs, que Notre-Seigneur sait bien ce qu'il nous faut. S'il nous crucifie d'une façon et non d'une autre, n'ayons pas la prétention ridicule de lui faire la leçon et de croire en savoir plus que lui. Soumettons-nous comme l'enfant à son père ou à sa mère, et tout ira bien.

    Voulons-nous un moyen de parvenir aisément à pratiquer cette belle soumission ? C'est de nous pénétrer fortement de cette pensée dans nos souffrances : « Je souffre pour Dieu, parce qu'il le veut et comme il le veut. »

    En agissant ainsi, l'âme abreuvée d'amertume se trouvera soulagée et réconfortée en Dieu. La pensée que les souffrances nous viennent de la main de Dieu leur enlèvera tout ce qui serait de nature à révolter no­tre esprit et nos sens. Il en sera ainsi surtout si nous réfléchissons en même temps que la souffrance est nécessaire pour arriver au ciel. « Il a fal­lu que le Christ souffrît, et c'est ainsi qu'il devait entrer dans la gloire. » Souffrir est une grâce de Dieu, et une grande grâce si nous savons le faire pour l'amour de lui.

    Une personne est atteinte de quelque maladie qui l'empê­che de faire ses oraisons ordinaires, d'assister au service divin, d'entendre la messe, de travailler et de faire ce à quoi son état l'oblige. Elle s'en afflige grandement, parce qu'ayant un dé­sir violent de faire toutes ces choses, elle se voit arrêtée par son mal, et contrecarrée en tout. Or, si en cet état elle pratique fidèlement la patience, si elle se perd et s'anéantit dans le bon plaisir de Dieu, elle profite et avance plus en vertu, en ce peu de temps d'épreuve, qu'en s'adonnant à toute sorte de bonnes œuvres pendant de longues années.

    Il est donc vrai, ô mon Dieu, que la patience à souffrir est la vraie marque des prédestinés et le chemin le plus court pour arriver à la perfection.

 

Voici l’histoire du Bienheureux Conrad  de Plaisance, confesseur.

    Conradétait un riche gentilhomme de Plaisance, en Lombardie. Bon époux, père dévoué, son seul défaut était un amour désordonné de la chasse. Dieu se servit de cette passion pour l'amener à une vie plus chrétienne. Un jour, la bête qu'il chassait se réfugia dans un boisé épais. Conrad ordonna d'y mettre le feu, mais, un vent violent s'étant élevé, il s'en suivit un immense incendie. Conrad épouvanté s'enfuit secrètement, et un pauvre bûcheron fut pris, jugé et condam­né à mort à sa place. A cette nouvelle, Conrad revint en toute hâte, avoua son crime involontaire, et répara autant qu'il put les dommages causés par son imprudence.

    Il vendit tous ses biens en faveur des incendiés, et vécut dès lors avec sa fa­mille dans une humble pauvreté. La vocation à la vie reli­gieuse fut la récompense de son sacrifice. Sa femme prit le voile, et lui-même entra dans le tiers ordre de saint François. Après avoir visité les sanctuaires de Rome, il fixa sa demeure dans une espèce de grotte, près de Nétine, en Sicile, et y passa les quarante dernières années de sa vie, n'ayant pour lit que la terre nue et pour nourriture que du pain et des légumes.

 

Extrait de : LECTURES   MÉDITÉES (1933)

 

elogofioupiou.com

 

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