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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 00:10

Les richesses ne sont pas les seules réalités de ce monde qui excitent nos désirs. Tout nous attire, de ce qui peut satisfaire en nous quelque appétit, ou le tromper, ou le reporter, qu'il le sache ou non, vers quelque autre chose.

 

«Singulière fortune, où le but se déplace, Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où, Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse, pour trouver le repos court toujours comme un fou

 

Ces vers de Baudelaire expriment notre in­quiétude; ils font prévoir nos déceptions; ils tracent la voie du désenchantement final, et dé­noncent notre folie sans nous montrer le chemin de la sagesse.

 

Que nous sommes loin, dans l'âge contempo­rain, de cette sagesse libératrice! Porte à porte, la déraison vit avec nous et elle nous menace. L'homme abaisse ses visées à mesure que gran­dissent ses pouvoirs. On dirait que son vœu le plus cher est de devenir esclave des forces qu'il a domptées, des machines qu'il a construites, des monuments qu'il dresse et des objets qu'il a forgés.

 

Il y a dans cet entraînement collectif un grave péril pour l'esprit chrétien. Quand on laisse se développer dans la terre de l'âme les racines du vain désir, elles s'y enchevêtrent de plus en plus et finissent par tenir la terre prisonnière. « Un homme a-t-il jamais dit qu'il désirait sa perte ? » demandait Job. Il ne l'a jamais dit ni pensé; mais il a pu y courir à toute vitesse, en désirant, sous le faux nom de bien, ce qui nous perd.

 

Le poète Hafiz y songeait, quand il distinguait, chrétien sans le savoir, entre le désir pro­fond qui est en nous, le témoignage des pensées créatrices et les désirs passionnés qui nous jettent au bien apparent, aux vanités, aux satisfactions immédiates que blâme la conscience, à l'avarice, aux ambitions, aux coupables amours. « Comment trouver le chemin qui mène au pays où vit ton désir? Demandait-il. En renonçant à tes désirs. » Ce pluriel et ce singulier sont éloquents, désirs sont en fait, souvent, les ennemis de notre désir, c'est-à-dire de la tendance intime de notre être, qui est fait pour le bonheur vrai, l'appelle, et dénonce par ses échecs la folie de le chercher là où il n'est pas.

 

Mais là où Baudelaire ricanait, le poète persan conseille; il donne la solution, non au positif tout à fait, ne sachant sous quelle forme, au vrai, doit nous être livré le vrai bien, mais soup­çonnant celui-ci et invitant à lui ouvrir les portes. « La couronne d'excellence, écrit-il, c'est le re­noncement. » Quel renoncement ? Évidemment pas celui qui nie le désir vrai, puisqu'au con­traire on veut couronner ce désir-là et consacrer son excellence, puisqu'on le déclare vivant et habitant un pays dont on entend indiquer le chemin. Ce qu'on voue au renoncement, ce sont les vains désirs que caresse, pour son malheur, l'aberration humaine, et la formule rejoint alors celle de l’Imitation de Jésus-Christ, plus simple et plus pleine de sens encore : « Tout donner, pour tout obtenir. »

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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