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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 23:35

 

Extrait de : Saint Bonaventure vous parle de LA SCIENCE.

Éditions Franciscaines. Paris 1943. Albert Garreau.

 

Sans doute saint François avait donné des exemples et des indications qui dictaient aux dirigeants de l'Ordre une conduite très précise, celle même qu'ils tiendront par la suite. Mais encore fallait-il en voir assez clairement les directions pour agir sans hésiter, avec toute l'énergie nécessaire. Les débats en cours, la démission du bienheureux Jean de Parme prouvaient que ce n'é­tait pas chose aisée.

 

Car saint François avait bien résolu le problème de la science pour lui-même et pour ses frères, mais avant les plus grands développements de l'Ordre, à, l'époque où la famille des Mineurs groupait dans les petites villes d'Ombrie quelques milliers de gens sans lettres s'adressant de préférence aux simples. De lon­gues études ne leur étaient pas nécessaires. De sorte qu'on pouvait affirmer avec assez de vraisemblance que le saint fondateur avait permis plutôt une lecture spirituelle qu'une étude approfondie de la Bible.

 

Bien certainement, saint François avait placé très haut l'hu­milité et la sainte candeur des petits frères ignorants du monde. Il avait lui-même donné le modèle des plus sévères privations et, par périodes, il avait fait retraite si complètement qu'il avait vécu en ermite. Il avait vu avec tristesse s'établir la première maison d'études de Bologne, créée par frère Élie, cet ancien juriste qui n'était pas ennemi de la science ni de quelque faste ; un jour qu'il passait à Bologne, il avait refusé d'y descendre et il était allé demander ailleurs l'hospitalité pour la nuit.

 

Le Miroir de perfection fait un récit qui ne paraît pas moins décisif. Un novice avait obtenu du frère Elie la permission de lire les Psaumes. Comme il savait que saint François ne voyait pas volontiers chez ses frères le désir de la science, il voulut ob­tenir l'autorisation du Saint lui-même. Et François lui répondit : « L'empereur Charles, Roland, Olivier, et tous les grands héros, ont combattu avec beaucoup de sueurs et de fatigues contre les incrédules et ont fini par les vaincre, et sont devenus de saints martyrs, et sont tombés dans leur lutte pour la foi du Christ.

 

Mais aujourd'hui, il y a beaucoup de gens qui veulent se gagner de la gloire et des louanges auprès des hommes en racontant simplement ce que ces héros ont fait et souffert ; et pareillement, il y en a beaucoup parmi nous qui veulent se gagner renommée et considération, simplement, en racontant et prêchant les magni­fiques actions qu'ont accomplies les Saints ».

 

Et comme le novice demandait une réponse plus précise, saint François lui dit : « Mon cher enfant, si tu possèdes, aujourd’hui un psautier, demain tu voudras avoir aussi un bréviaire et, quand tu posséderas un bréviaire, alors tu t'établiras sur le trône comme un grand pré­lat, et tu diras à ton frère : apporte-moi mon bréviaire ». Et comme ils étaient assis près du feu, saint François plongea ses mains dans les cendres du foyer, en prit une poignée, les versa sur la tête du novice, en frottant comme s'il voulait la laver et en répétant : « C'est moi qui suis ton bréviaire, c'est moi qui suis ton bréviaire !»

 

Ainsi, c'est avant tout par l'exemple que les Frères doivent prêcher la pénitence. Encore doivent-ils prêcher ; et dès que leurs sermons ne se bornent pas à de simples effusions, à de brèves exhortations morales pour lesquelles la récitation des Heures ou une lecture rapide de quelques pages de la Bible suffirait à les instruire, ils sont obligés d'étudier ; saint François qui a été sur­nommé l'homme catholique, sait bien que l'Église ne pourrait pas s'accommoder d'une prédication, même populaire, qui serait sans bases solides et anarchique. Il se réjouit donc de l'entrée dans l'Ordre d'hommes savants et instruits, il les traite avec une grande révérence, donnant le titré d'évêque à saint Antoine de Padoue, appelant Seigneur, Pierre de Catane, qui était lettré. Son testament, ses admonitions recommandent d'honorer et d'estimer très haut les théologiens « car ils nous donnent l'esprit et la vie ».

 

Il accepte et encourage les études chez les Mineurs, mais il ne consent sous aucun prétexte qu'elles soient une occasion de s'éloigner de la croix : l'humilité, la pauvreté demeurent à ses yeux les moyens les plus efficaces de se conformer au Christ. Et il ne perd jamais une occasion de rappeler que les succès de l'Ordre, les conversions, sont dus beaucoup moins à la science qu'à la pénitence, beaucoup moins aux doctes qu'aux Saints, et que ce sont ceux-ci ses vrais disciples, ses chevaliers de la Table ronde.

 

Sans doute les premiers frères qui erraient à l'aventure sur les routes, tout remplis de l'esprit de Dieu, tels que les montrent les Fioretti, auraient-ils été stupéfaits de voir le grand couvent des Cordeliers de Paris, avec son église, sa bibliothèque, ses vastes salles communes, ses cloîtres, ses centaines de cellules, mais ils auraient fini par comprendre que tout cela était bon, utile et nécessaire, et ils auraient rendu grâces avec saint François, au ciel qui avait permis que des simples et des ignorants, comme ils se plaisaient à se nommer, eussent une postérité de savants et de théologiens.

 

(A suivre)

elogofioupiou.com

 

 

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