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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 06:11

Un jour Jésus demanda à Jean de la Croix quelle récompense il désirait de lui. Le saint répondit: Souffrir et être méprisé pour vous, mon Dieu. Souffrir ou mourir, s'écriait la grande contemplative d'Avila. Non pas mourir, mais continuer de souffrir, disait Madeleine de Pazzi. Et plus près de nôtre temps la petite sainte de Lisieux disait: J'en suis venue au point où je ne puis plus souffrir, car toute souffrance est devenue un délice pour moi.

 

Quel est le secret de cette ardente soif, de cet amour passionné de la souffrance que nous voyons chez les saints? Le secret est simplement l'amour pour Dieu et pour Jésus crucifié qui les consumait. La souffrance ne les troublait pas, quelque forme qu'elle prît. Elle leur semblait quelque chose de très désirable. Ils décou­vraient dans la souffrance d'inépuisables trésors, et un moyen d'accroître chaque jour leur amour irrassasié. Méditons parfois sur les grands avantages de la souf­france, et peu à peu nous réussirons, avec la grâce de Dieu, à en apprécier la signification comme le faisaient les saints.

 

La souffrance nous rend semblables à Jésus, et si nous aimons notre Sauveur d'un amour ardent et désintéressé, comment ne désirerions-nous pas de lui ressembler? N'est-ce pas une des facultés de l'amour de nous rendre conformes à l'objet aimé? Comment pourrions-nous contempler Jésus souffrant, souffleté, crucifié, et pourtant fuir tout ce qui nous fait ressembler à lui même au moindre degré?

 

Quelques saints se sont efforcés d'imiter la Passion de notre Sauveur dans tous ses détails. Le bienheureux Henri Suso jouait le drame de la Passion dans le jardin et les cloîtres de son monastère. Sainte Rosé de Lima flagellait son corps, se fouettant jusqu'au sang; elle portait autour de sa tête une couronne de fer hérissée de pointes aiguës; elle portait pendant de longues heures une lourde croix sur ses épaules et attachait ses deux bras autour de la croix la nuit, unissant sa prière à celle de Jésus mourant. Ceci montre à quel point peut atteindre l'amour de Jésus crucifié et le besoin de lui ressembler, éprouvé par certaines âmes.

 

La souffrance nous fait ressembler à Jésus; elle nous donne aussi d'innombrables et parfois merveilleuses occasions de prouver notre amour pour lui. Sans aucun doute il y a beaucoup d'autres façons de prouver cet amour. L'obéissance, la chasteté, l'humilité, l'amour pour nos frères, toutes les vertus sont des expressions de notre amour. De la même façon la contemplation, l'activité apostolique, la charité nous offrent tour à tour des occasions de manifester notre amour et de démontrer à Jésus combien nous l'aimons.

 

Mais l'âme enflammée d'amour, l'âme réellement amoureuse de Dieu sent instinctivement que la souffrance sous ses mille formes offre peut-être le meilleur moyen d'aimer. Et ce moyen satisfait l'âme. Elle n'a pas besoin d'autre motif, elle ne désire pas d'autre récom­pense. Comme l'a dit si justement saint Augustin: Aimer est la récompense même de l'amour.

 

L'amour est essentiellement le don de soi; donc nous aimons dans la mesure où nous nous donnons. Comment peut-on se donner plus effectivement que par la souffrance endurée, recherchée, aimée pour le bien-aimé? L'amour est aussi un oubli de soi-même. Plus nous nous mettons de côté pour celui que nous aimons, plus nous aimons, et comment pouvons-nous nous oublier plus complètement que par la souffrance aimée pour Jésus?

 

L'amour est un sacrifice, une immolation de soi-même. Et quelle belle immolation de soi-même que la souffrance chrétienne!

 

Aimer la croix pour l'amour de Jésus, c'est préférer Jésus à soi-même, préférer ses désirs, ses joies aux nôtres. L'âme qui souffre avec amour et par amour se compte elle-même comme rien. Jésus est son tout. Cette âme éprouve un charme secret à s'humilier devant lui, à ne compter pour rien ses goûts, ses dégoûts» son bien-être afin de prouver sans aucun doute son amour pour Jésus. En outre, qu'est-elle comparée à lui qui est la suprême Beauté, Bonté, Douceur. L'âme est une créature insignifiante et pécheresse. Aussi est-ce avec joie et en toute sincérité que nous nous écrions, surtout aux heures d'amour passif: O mon Sauveur, un sourire sur vos lèvres divines vaut bien toute une vie de travail et de souffrance.

 

La souffrance nous permet de témoigner notre amour à Jésus et par le fait même nous donne l'occasion de le rendre heureux. Rendre Jésus heureux, lui donner joie, lui plaire, comme cela est doux si j'aime le divin Maître vraiment et tendrement! N'est-ce pas le rêve de ma vie, mon seul et unique idéal? Que m'importent les richesses de ce monde, la gloire et les louanges des hommes? Que m'importent les plaisirs des sens et tout ce qui enchante mon moi intérieur comparés à l'amour de Jésus?

 

Ma seule satisfaction est de plaire à Jésus, c'est lui seul que je désire aimer en ce monde, lui que je désire au lieu de ce moi trop aimé jusqu'ici. En consé­quence, je veux souvent répéter: O mon bien-aimé Jésus, je ne demande qu'une joie ici-bas, la joie de vous rendre heureux.

 

Or où pourrais-je mieux trouver cette joie que dans les mille et une souffrances qui composent ma vie? Chaque croix, toute petite qu'elle est, devient, si je l'aime, un baiser de mon âme à Jésus. Chaque souffrance lui dit: Mon Sauveur, je vous aime, je vous aime mille fois plus que moi-même; je n'aime que vous en ce monde.  Si seulement je pouvais voir de ce point de vue la petite souffrance de chaque heure, combien chaque souffrance me paraîtrait agréable, combien je souhaiterais qu'aucune souffrance ne me soit épargnée.

 

Voilà pourquoi la petite sainte de Lisieux aimait tant les croix. Cueillir des fleurs et répandre leurs pétales aux pieds du Christ crucifié n'était que l'expres­sion de son amour passionné pour les souffrances quotidiennes qu'elle rencontrait, l'expression du désir de son cœur de ne laisser échapper aucune occasion de souffrir pour Jésus.

 

Donc nos souffrances, endurées comme elles doivent l'être, sont, comme nous l'avons dit, des baisers à Jésus crucifié. Mais la souffrance est aussi le baiser de Jésus crucifié à notre âme. Les âmes ordinaires ne voient généralement dans la souffrance qu'une punition de Dieu, une preuve de sa justice ou de son déplaisir. L'âme généreuse, au contraire, trouve dans la souffrance une preuve de l'amour de Dieu pour elle. Elle ne voit pas la croix toute nue, elle voit Jésus crucifié sur la croix, Jésus qui embrasse l'âme avec amour et attend d'elle en retour un généreux et tendre consentement.

 

Combien transfigurée nous paraîtrait la croix si nous la considérions ainsi, un embrassement de notre Sauveur, une effusion de son amour. Combien nous l'aimerions entièrement! Avec quelle joie nous la salue­rions, disant avec l'Apôtre: Dieu me préserve de me glorifier sauf en la croix de Nôtre Seigneur Jésus-Christ!  (Gai., 6, 14).

 

Mais pour voir la croix de ce point de vue, je ne dois pas la considérer d'une manière théorique ou poétique. Pour moi, la Croix de Jésus, c'est tout ce qui me fait souffrir. Les baisers de Jésus à mon âme, pour si étrange que cela paraisse, ce sont les nombreuses petites souffrances de ma vie quotidienne, les petits manques de considération à mon égard, ces continuels dérangements au milieu de mes occupations, cette vie monotone qui est mon sort, ces compagnons qui me montrent si peu de sympathie, ces infirmités corpo­relles qui m'attaquent de temps en temps. A ces épreuves je puis ajouter les silences prolongés de Jésus dans mon cœur, ces imperfections rebelles qui résistent à tous mes efforts, les tentations qui parfois m'assaillent, et même les aspirations inaccomplies et douloureuses de mon âme.

 

Hélas! Qu’il est rare que je réussisse à trouver le divin Maître en toutes ces circonstances! Quel grand art de pouvoir découvrir, avec les yeux d'une foi vive et d'un ardent amour, Jésus défiguré, méprisé, à peine reconnaissable sous ces apparences peu attrayantes! Car c'est vraiment l'amour de Jésus pour nous et son désir d'être aimé en retour qui disposent et arrangent tous les détails de notre vie, qu'ils soient désagréables ou agréables à notre nature. A chacune de ces souffrances Jésus est caché, mais nous crie: Chère âme, je vous aime, aimez-moi en retour.

 

Aux âmes qui ont soif de l'amour divin les souffrances semblent attrayantes pour une autre excellente raison: la souffrance apaise à un certain degré la soif d'amour qui les consume. Si nous avons quelque peu compris combien Dieu est adorable et en même temps combien notre moi est haïssable, nous devons avoir éprouvé, du moins à certains moments, un intense désir d'aimer davantage, d'une façon plus pure et plus désintéressée. Et nous aurons acquis peu à peu une conscience claire que, quoi que nous puissions faire, quelque ardent et pur que soit notre amour, nous n'aimerons jamais Dieu autant que le mérite son infinie bonté. Cette conscience deviendra petit à petit une vive et intense souffrance qui, à mesure que nous progressons en amour, deviendra la plus grande et plus profonde souffrance de notre vie.

 

Si nous sommes de ces âmes bénies que l'amour divin a blessées de la blessure incurable causée par l'insuffisance même de leur amour pour Dieu, la souf­france doit être pour nous, sous quelque forme qu'elle vienne, le meilleur baume pour notre blessure d'amour. Car elle nous apporte, comme nous l'avons vu, des occasions répétées d'aimer, de nous approcher de cet immense et très pur amour dont nous désirons brûler. En outre, bien que d'abord cela puisse paraître sur­prenant, la souffrance de ne pas aimer assez sera elle-même notre meilleure consolation et un très puissant remède à notre tristesse. Les âmes qui ont enduré ces souffrances bénies le savent par expérience. Pour rien au monde elles ne voudraient échanger la blessure douloureuse et pourtant bénie produite par l'insuffisance de leur amour.

 

Nous avons vu quelques-uns des grands avantages que l'amour de la souffrance nous apporte. Il y a beau­coup d'autres raisons d'aimer la souffrance. Par exemple, nous savons tous, bien qu'il nous arrive de l'oublier, que la croix est un moyen indispensable au succès de notre activité apostolique. La plupart des saints illustres qui ont fondé les grands ordres de l'Église ou accompli des merveilles pour le salut des âmes ont passé par de grandes tribulations avant de conquérir le succès que le monde a admiré après leur mort, sinon durant leur vie. Thérèse de Lisieux a dit justement: C'est beaucoup plus par la souffrance que par de brillantes prédications que Jésus veut établir son règne.

 

Mais examiner toutes les raisons d'aimer la croix, cela nous entraînerait trop loin. Ce que nous avons vu suffit pour nous faire accueillir avec joie et amour toutes les afflictions qu'il plaît à Dieu de nous envoyer. Soyons pleinement convaincus que si Dieu, qui est à la fois l'incomparable médecin et Père, juge bon de nous faire souffrir, c'est qu'à ses yeux la souffrance est très bonne et très précieuse. Autrement il ne consen­tirait jamais à employer ces amers remèdes qui causent tant de peine à ses enfants bien-aimés.

 

Extrait de : LA VERTU D’AMOUR. Paul De Jaegher. S. J. (1957)

                   «Le feu de l’amour est plus purifiant que le feu du purgatoire».  Ste Thérèse de l’Enfant Jésus.

 

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