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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 14:46

Les menaces de Dieu s'expriment vigoureusement, entremêlées, d'ailleurs, de louanges et d'encou­ragements,  dans les Lettres aux Anges des sept Églises d'Asie (Apoc., 1-3).

 

«Je connais ta conduite, tes fatigues et ta cons­tance. Mais j'ai contre toi que tu as perdu ton amour d'antan. » « Tu tiens ferme à mon nom. Mais j'ai contre toi quelque grief... Je connais ta conduite : tu parais vivant, mais tu es mort. Réveille-toi, ranime ce qui te reste de vie défaillante... »

 

Nous sommes à nu devant le Christ Juge, devant celui qui tient les sept étoiles, qui possède l'épée effilée, dont les yeux sont comme la flamme ar­dente, nous sommes devant celui qui est le Saint, le Vrai, le Témoin fidèle. Avec lui, aucune dissimu­lation n'est possible. Sous le regard lucide et impi­toyable, moi l'homme du mensonge, je ne peux être que l'homme de la sincérité. De moi, Seigneur, vous connaissez le fort et le faible, la fidélité et la lâcheté, et même les abîmes de lâcheté possible : « Je te le dis, avant que le coq ait chanté deux fois, tu m'auras renié trois fois » (Me, 14, 72). Mais, à vrai dire, cette clairvoyance redoutable est pour nous la grande consolation.

 

Le jugement des  hommes   est   intransigeant,   leur   sévérité   est moins un amour douloureux de la vertu qu'un ré­flexe  d'amour-propre  blessé;  ils ont vite  fait  de rejeter comme sans valeur quiconque n'est pas en tous points parfait. A l'inverse, Dieu, qui étant la Vérité absolue et la Sainteté éblouissante,  aurait tous les droits à l'intransigeance, sait reconnaître le moindre bien en nous et, si l'on peut dire, nous en être reconnaissant. Et puisqu'il nous voit tels que  nous  sommes, s'il nous aime, il faut  bien croire à cet amour : car seul l'amour, sans illusion au point de départ, peut nous rassurer ; de lui seul nous pouvons être certains qu'il nous sera fidèle. Mais Dieu ne se résigne pas à l'état dans lequel nous végétons. La Sainteté divine ne peut accepter passivement le péché,  le relâchement,  le sommeil de la médiocrité. L'amour de Dieu reprend, stimule, semonce, menace   : « Allons,  rappelle-toi d'où tu es  tombé,   repens-toi,   reprends  ta  conduite   pre­mière. Sinon, je vais venir à toi. » « Allons, rap­pelle-toi de quel cœur tu accueillis la parole ; garde-la et repens-toi. Car si tu ne veilles pas, je vien­drai à toi comme un voleur, sans que tu saches à quelle heure je te surprendrai.  »

 

A tout il y a un remède : aucune maladie n'est inguérissable. Jamais la route vers Dieu n'est bar­rée : car il est lui-même la route. Jamais l'homme ne doit désespérer, car jamais Dieu, sachant la puis­sance de la grâce, ne désespère de l'homme tant qu'il voyage ici-bas.

 

L'essentiel est que tout ressort ne soit pas cassé en l'homme; l'essentiel est qu'il n'ait pas perdu le désir du mieux ou du moins mal, qu'il y ait en lui cette prise imperceptible mais nécessaire pour que la grâce ait prise sur lui.

 

Aussi le cas le plus tragique n'est-il peut-être pas celui du criminel qui se dégoûte lui-même, mais celui qui nous est décrit dans la Lettre à l'Ange de Laodicée : « Je connais ta conduite : tu n'es ni chaud ni froid — que n'es-tu l'un ou l'autre! — ainsi puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. Tu t'imagines : me voilà riche... mais tu ne le vois donc pas : c'est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu... » (Apoc., 3, 15-18).

 

Tel est bien l'extrême du péril : la perte de toute ferveur et de tout désir de ferveur, la stagnation voulue en ce chrétien dont la loi même est le progrès; l'apparence de la vie sans vie réelle, l'illusion sur soi et sur son état, empêchant de voir le danger que l'on court, empê­chant de pousser vers Dieu l'appel de détresse qui serait le salut. C'est le malade qui s'affirme en parfaite santé, dédaigne les traitements et se rit des médecins.

 

Peut-on sortir de cet état ? Les saints ont, sur ce sujet, des paroles comminatoires. Le Bienheureux de la Colombière écrivait à sa sœur, religieuse visitandine : « J'aimerais mieux convertir un grand pé­cheur qu'une personne religieuse qui s'est laissée tomber dans la tiédeur. Dieu vous préserve, ma Sœur, de tomber dans ce malheur ! J’aimerais mieux que vous fussiez morte ! » Et avec plus d'humour dans la forme, mais non moins de sévérité, saint Clément Hofbauer déclarait : « Je préférerais avoir à confesser toute l'armée autrichienne qu'un cou­vent de religieuses tièdes. »

 

Dans la tiédeur volon­taire ces maîtres spirituels décelaient comme une dérision de Dieu. Or, « on ne se moque pas de Dieu » (Gai., 6, 7).

 

Et cependant nous ne saurions prendre à la let­tre ces déclarations abruptes. Quand elles disent « impossible », il faut comprendre « très malaisé » et peut-être « rare ». Car nous n'avons pas le droit de fixer des rideaux de fer, où devrait s'arrêter la puissance de Dieu.

 

De fait, comme les autres menaces de Dieu, celle même adressée au tiède tourne court et se change en exhortation passionnée. Cela ne suit pas; au­cune logique, sinon une logique inconnue des pau­vres raisonneurs que nous sommes, la logique supérieure de l'amour. « Je vais te vomir de ma bouche... Tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu. Aussi, suis donc mon conseil : achète chez moi de l'or... des habits blancs... un collyre pour tes yeux... Allons un peu d'ardeur et repens-toi! » (Apoc., 3, 18-19).

 

La raison de ce brusque retournement? « Ceux que j'aime, je les semonce et les corrige » (Apoc., 3, 19). Cet être si peu aimable, cet être répugnant jusqu'à provoquer des haut-le-cœur, Dieu l'aime encore.

 

Et c'est justement à ce misérable, à ce tiède qu'est adressée une des paroles les plus tendres, les plus émouvantes de l'Écriture : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe » (Apoc., 3, 20). Oui, quel que soit l'état de la maison, sa pauvreté sor­dide, sa malpropreté ignominieuse, Dieu veut en­trer dans ce taudis.

 

Dieu est debout près de cette porte. Que de fois il en a été chassé! Et malgré tant d'avanies et de rebuffades, il frappe encore à cette porte découra­geante, à notre porte ; il nous attend, il nous espère.

 

Et moi, qu'est-ce que j'attends pour lui ouvrir ?

 


Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU, du Père Gaston Salet S. J.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

 

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