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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 07:01

Grâce aux efforts généreux de Garcia Moreno, le pays était délivré des misérables qui, pour garder le pouvoir, n'avaient pas craint de s'appuyer sur l'étranger ; mais si l'instinct de conservation avait réuni sous un même drapeau tous les vrais enfants de l'Équateur, au lendemain du triomphe, les révolutionnaires, les libéraux, les francs-maçons allaient se disputer la proie.

 

Garcia Moreno, chef du gouvernement provisoire, avait pour mission de préparer l'élection présidentielle par l'élection préalable de l'Assemblée nationale.

 

«En République, la question électorale prime toutes les autres ; le grand libérateur aspirait à grandir son pays, en lui donnant par son influence une Assemblée digne et capable de le sauver.

 

«Or, pour remédier aux vices du système électoral, il obtint que le nombre des députés fût en proportion avec les ha­bitants des districts et que vingt-cinq mille âmes dussent être représentées par un membre à l'Assemblée nationale. Considérant en outre que les idées subversives de l'ordre public envahissent surtout les villes, et que le peuple Équatorien conserve les habitudes de foi, d'ordre et de soumission, il déclarait la nécessité du suffrage universel direct ; il usait alors d'un droit incontestable du pouvoir, en adoptant le moyen le plus apte, vu les circonstances, à procurer le bien du pays.

 

Le résultat, aussi bon qu'on le pouvait attendre, excitait l'enthousiasme de la nation pour son illustre chef. Mais les ambitieux révolutionnaires évincés, conspirèrent contre l'influence qui leur échappait comme par miracle.

 

Lorsque Garcia Moreno eut à rendre compte des actes du gouvernement provisoire et à résigner son mandat, il se rendait compte que le souverain, assemblée de quarante têtes, courait grand risque de commettre quarante bévues.

 

Mais le récit émouvant et modeste des victoires récentes, entraîna avec enthousiasme tous les votes ; on déclara que le gouvernement provisoire et son illustre chef avaient bien mérité de la patrie ; Garcia Moreno fut acclamé président par intérim et la sainte Vierge, sous le titre de Notre Dame de la Merci, reconnue de nouveau patronne de l'armée.

 

A la première ligne de la Constitution qu'il proposait, Garcia Moreno, considérant que le «seul moyen de réaliser les réformes que ni les gouvernements ni les lois ne peuvent obtenir par eux-mêmes, est la protection de la sainte religion catholique», maintenait l'article, toujours incontesté jusque-là, qui reconnaissait «la religion catholique, apostolique et ro­maine, religion de l'État, àl'exclusion de toute autre».

 

En vain, pour effacer cet article, les libéraux affirmaient-ils que constater ce fait évident était presque une injure ; les inoffensifs et timides conservateurs allaient tomber dans le piège, quand la voix menaçante des foules catholiques, qui n'entendaient pas reconnaître à l'hérésie les mêmes privilèges qu'à la foi de leurs pères, ramena les députés à des idées plus saines, et l'article fut maintenu.

 

Le second point regardait l'unité même de l'Équateur. Quelques-uns rêvaient de former dans l'Amérique du Sud les Etats-Unis de la Colombie, à l'imitation des Etats-Unis du Nord. Les débats à ce sujet furent longs et passionnés ; l'unité fut maintenue. «En somme, beaucoup de bruit pour rien, et c'est souvent ce qu'on doit espérer de mieux d'une Assem­blée de constituants».

 

Enfin, à la veille de choisir le Président, la Convention avait à reconnaître les droits du pouvoir exécutif. Les députés ne songèrent qu'à restreindre ces droits ; c'est à peine si le chef de l'État eut les pouvoirs nécessaires pour maintenir l'ordre en temps de paix ; à la moindre tentative de révolte, à la plus lointaine menace de guerre, il était évident que le chef, soucieux de remplir son mandat, devrait abandonner la barre du gouvernail, ou prendre en dictateur le commande­ment du navire.

 

Aussi quand l'Assemblée, réunie pour nommer le Président, eût proclamé à l'unanimité de ses voix moins une le nom de Garcia Moreno, ce grand homme refusa nettement ; et osa déclarer «que l'insuffisance des pouvoirs octroyés au gou­vernement désarmait l'autorité, qui deviendrait à brève échéance complice ou victime de l'anarchie».

 

Frappés de stupeur à cette réponse inattendue, les députés, qui reconnaissaient Garcia Moreno seul capable de rele­ver la République, en appelèrent à son dévouement et même à son honneur, puis votèrent à sa demande cinq proposi­tions urgentes qu'il allait donner pour base à toutes les réformes.

 

On décrétait : un concordat avec le Souverain Pontife ; la réorganisation des finances, de l'armée et de l'instruction publique ; enfin l'établissement d'une route de Quito à Guayaquil.

 

Garcia Moreno, dès sa première présidence, devait entreprendre toutes ces grandes œuvres et leur donner plus tard leur entier couronnement.

 

Le nouvel élu prit dès les premiers jours sa lâche au sérieux, «le pouvoir était à ses yeux une charge imposante, dont Dieu et la nation demandent un compte exact ; il était un instrument non de jouissance, mais de bienfaisance.

 

Son premier souci fut de choisir à tous les degrés et dans toutes les administrations, des hommes intelligents, in­tègres, dévoués et laborieux. Tous étaient astreints à leurs postes de dix heures du matin à cinq heures du soir ; le prési­dent lui-même se rendait souvent à ('improviste au siège des administrations et punissait la moindre inexactitude. Les hommes de finances surtout devaient un compte exact des recettes et des dépenses ; la manière d'établir le bilan était si défectueuse, que Garcia Moreno dut vérifier par lui-même toutes les dettes depuis l'origine de l'Équateur, avant d'intro­duire le système français de comptabilité, qui donne un tableau précis de l'équilibre du budget. Une cour des comptes, dont il contrôlait les opérations, surveillait les agents ; et le Président, après avoir constaté les recettes, écartait impitoya­blement toute dépense superflue. Il n'avait pas encore trouvé «qu'un peuple est d'autant plus riche que sa dette est plus considérable !» Il donnait le premier un exemple unique de désintéressement ; sans fortune personnelle, Garcia Moreno laissait à l'État la moitié et donnait aux pauvres la seconde moitié des douze mille piastres allouées au Président.

 

L'armée attirait en second lieu son attention ; il fit observer sévèrement la règle de toute bonne milice contre l'insubor­dination, l'immoralité, l'absence des officiers ou des soldats et se montra inexorable contre les émeutiers de casernes et les menées contre les chefs.

 

Le soin de former les générations futures par une saine et forte instruction est le salut des peuples. En Amérique «le système diabolique de laïciser les écoles, ce qui veut dire les isoler de la morale et de la religion», se couvrait du nom de neutralité scolaire, Garcia Moreno appelait à l'Équateur toutes les congrégations d'hommes et de femmes renommées pour leurs succès dans l'instruction de la jeunesse ; et, pour secourir les indigents et les malades, toutes celles qui se dé­vouent aux œuvres de miséricorde dans les hôpitaux et les prisons, etc.

 

Nous verrons plus loin les fruits de cette importante réforme, ainsi que la réalisation du projet, alors regardé comme impossible : la création d'une grande route de Quito à Guayaquil, avec d'autres chemins pour relier entre elles les villes importantes, et faciliter les rapports et le commerce du plateau de la Cordillère avec les ports de l'Océan.

 

Mais ce qui devait aux yeux du héros consolider toutes les réformes, assurer l'avenir de la République, c'était de faire observer partout la loi divine, de reconnaître hautement les droits de Dieu sur les peuples et la liberté de son Église.

 

«Garcia Moreno savait son catéchisme ; la première parole de ce sublime petit livre lui avait révélé le dernier mot de la vie :

« - Pourquoi Dieu vous a-t-il créé et mis au monde?

« - Pour Le connaître, L'aimer et Le servir, et par ce moyen obtenir la vie éternelle.

«Il avait trouvé là tout un mode de gouvernement. Car les nations aussi bien que les individus, ont été créés pour la même fin.

 

«Là-dessus, sur cette vérité, Garcia Moreno avait fait son plan. Le peuple Équatorien connaîtrait Dieu, il L'aimerai, il Le servirait, et par ce service fécond, il arriverait à ses immortelles destinées.» (Vie de Garcia Moreno, M.-T. Josefa).

 

Extrait de : VIE DE GARCIA MORENO, par Charles D’Hallencourt (1893)  http://catholicapedia.net/Documents/cahier-saint-charlemagne/documents/C285_Garcia-Moreno_44p.pdf

 

 

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