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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 18:39

On a écrit : « Peut-être bien que la froideur unie à la générosité est, vis-à-vis de Dieu, la forme normale de l'amour. » Ce propos, qui sem­blerait d'abord un paradoxe mal soutenable, se jus­tifie à la réflexion et paraît bien répondre aux don­nées du problème de notre amour pour Dieu.

 

Évidemment, on est porté à croire que la froideur à l'égard de l'infiniment Aimable est une absurdité et que la seule attitude humaine raisonnable et toute naturelle est l'amour brûlant pour Dieu.

 

Mais il reste que l'Infini est par rapport à nous le Tout Autre et ne peut donc que nous déconcerter et nous intimider. On nous demande d'aimer l'In­visible, ce qui paraît au rebours de toutes nos ten­dances humaines. D'autre part, quand cet Infini et cet Invisible se met à notre portée et à notre niveau, quand il devient un homme, il risque aux regards superficiels de ne plus paraître l'Infini et l'infiniment Aimable et, par conséquent, de les dé­cevoir.

 

Enfin ce Jésus, dont nous confessons rétrospec­tivement de toute notre foi la divinité et l'humanité, ce Jésus qui nous présente l'amabilité divine à travers un cœur humain et nous interdit ainsi la timi­dité autant que l'indifférence, ce Jésus est mainte­nant caché pour nous. « Jésus, que maintenant je contemple voilé,  donnez-moi ce dont mon âme a soif.  »  Il faut bien constater qu'avec Dieu nous restons sur notre faim et notre soif d'amour senti. Mais pourquoi nous étonner de l'austérité d'un amour qui repose essentiellement sur la foi? Pour­quoi nous étonner de l'absence de ce sentimenta­lisme  qui  fait,  en  grande  partie,  la chaleur  des affections humaines? « Dieu est donné absent », a-t-on dit. Et cette formule étrange exprime l'étrangeté  d'une  présence  qui,  sauf cas exceptionnels, n'est pas sensible. Dans la spiritualité de l'Évangile,  trouve-t-on  fréquemment mentionné cet état que les livres de piété nomment consolation ?

 

L'Évangile insiste, au contraire, sur l'aspect de service dévoué et onéreux que comporte notre amour réel pour Dieu. Suivre le Christ, tout laisser pour lui, porter la croix à sa suite, faire sa vo­lonté, telles sont les preuves valables qu'on nous demande, et non point les exclamations soi-disant ferventes : « Seigneur, Seigneur! »

 

A propos de l'amour du prochain le Maître a déclaré : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Les païens, eux-mêmes, n'en font-ils pas autant? » (Mt., 5, 46-47). On pourrait transposer ces phrases et dire : « Si vous aimez Dieu quand son amabilité vous est per­ceptible et que vous en sentez la douceur, quand Dieu semble se mettre à votre service, l'aimez-vous vraiment pour lui-même ? » Aimez-vous le Dieu des consolations, demande saint François de Sales, ou seulement les consolations de Dieu ?

 

Mais la fidélité à Dieu dans les nuits obscures et le dépouillement rigoureux est un contrôle qui ne trompe pas. Elle suppose, en effet, une abnéga­tion de soi qui élimine l'égoïsme le plus subtil : « Allons, mon âme, allons tête levée au-dessus de ce qui se passe au-dehors et au-dedans de nous, toujours contents de Dieu, contents de ce qu'il fait de nous et de ce qu'il nous fait faire. Gardons-nous bien de nous engager imprudemment dans cette multitude de réflexions inquiètes qui, comme au­tant de sentiers perdus, s'offrent à notre esprit pour l'égarer et pour lui faire faire à pure perte des pas sans fin. Passons ce labyrinthe de notre amour-propre en sautant par-dessus et non pas en le parcourant par des détours interminables. » Aux heures où Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face disait : « Lorsque je chante le bonheur du ciel, je n'en ressens aucune joie, car je chante, seu­lement, ce que je veux croire », elle pouvait s'assu­rer de son amour réel : c'était bien « la froideur unie à la générosité ».

 

En pareil état on ne saurait craindre la tié­deur : on en est très précisément aux antipodes. Car être tiède c'est, vis-à-vis de Dieu, unir la froi­deur acceptée et la lâcheté volontaire. Si l'on a pu dire avec raison : « La religion n'est pas ce que l'on sent de Dieu, mais ce que l'on donne à Dieu », être tiède c'est généralement, en fait, ne rien sentir de Dieu, mais c'est essentiellement re­fuser à Dieu ce qu'il réclame.

 

La froideur unie à la générosité n'est, certes, point le paradis sur terre. Lorsque sainte Thérèse d'Avila, convertie d'une vie religieuse un peu traî­nante à la vie de ferveur, s'astreignait à faire une heure d'oraison dans un ennui pesant et en résis­tant à l'envie de secouer le sablier pour en finir plus tôt, elle n'était, certes, pas au paradis. Et la paix que souhaite saint Paul aux fidèles, « cette paix qui surpasse toute intelligence », qu'aucun ef­fort de l'esprit humain ne peut produire (Phil., 4, 7), cette paix est d'un ordre supérieur à tout senti­ment humain ; mais il n'est pas dit qu'elle sur­passe ni même égale leur douceur. Elle peut être cette paix, quelquefois sèche et même amère, dont parle un auteur spirituel, mais dont il ajoute que l'âme la préfère à l'ivresse des passions.

 

Comment cet état si peu consolant peut-il appor­ter, cependant, une consolation profonde ? C'est qu'en nous permettant de contrôler la sincérité de notre amour pour Dieu, il nous assure de la réalité de l'amour de Dieu pour nous. « C'est l'amour que Dieu a pour nous qui nous donne tout, rappelle Fénelon, mais le plus grand don qu'il nous puisse faire, c'est de nous donner l'amour que nous de­vons avoir pour lui. » Manifestement notre pau­vre fidélité est un don de Dieu. Comment, sans lui, en l'absence de tout réconfort sensible, pourrions-nous tenir une heure à son service ? Ferions-nous mieux que les Apôtres ? « Vous n'avez pas pu veiller une heure avec moi » (Mt., 26, 40).

 

Cette fidélité doit être la grande préoccupation et la requête essentielle d'une prière vraiment chrétienne. « Donnez-moi votre grâce et votre amour, disait saint Ignace, alors je suis assez riche et ne demande plus rien. » C'est la prière qui nous for­tifiera sur les chemins arides qui mènent à la Terre sainte.

 

C'est elle qui, après les douceurs que Dieu ac­corde parfois, oasis rares et simples campements, nous fera aspirer au royaume promis, c'est-à-dire à la vision rassasiante et éternelle.

 

« Seigneur, disait sainte Thérèse à son lit de mort, Seigneur, il est bien temps de nous voir ! »

 

Extrait de : PLUS PRÈS DE DIEU, du Père Gaston Salet S. J.

 

elogofioupiou.over-blog.com

 

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