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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 01:05

 


Ici, on pose la question : « N'est-il pas bon de pré­senter le Christ en Croix déchiré, broyé, afin de toucher les coeurs et de convertir les pécheurs ? » Nous répon­dons :

 

Dans la primitive Église, on ne représentait en Croix qu'un Christ victorieux (style byzantin). Au XIIIe siècle, saint François d'Assise prêcha la Passion du Christ avec véhémence, il convertit ainsi beaucoup d'âmes et il mérita de recevoir sur son propre corps les Stigmates de Jésus crucifié. Au XVIIIe siècle, saint Alphonse de Liguori fit une peinture représentant le Corps du Crucifié tout déchiqueté, afin d'apitoyer les pécheurs. De nos jours, des Communautés religieuses décorent des Cruci­fix en y répandant avec abondance de grandes taches de sang.  Louables intentions apostoliques! Mais…

 

Nous croyons qu'il y a deux excès à éviter : le joli et l'horrible. ..

 

a) Le joli : un Christ semblable à un Adonis, appuyé confortablement sur la Croix, et dont le corps d'une beauté plastique parfaite ne porte aucune marque de la Passion, par exemple tels Crucifiements de Raphaël, de Guido Reni, de Benvenuto Cellini, trop jolis pour être vrais. Le Christ n'a pas supprimé la souffrance ; il l'a ennoblie et divinisée, pour conduire à la joie céleste.

 

b) L'horrible : le Corps sacré tout déchiré, noir de contusions, aux chairs sanguinolentes, couvert de cra­chats et de grosses mouches, la figure crispée par le pa­roxysme de la douleur. . . Tel il dut apparaître aux re­gards des témoins du Calvaire, dans un état affreux. Si on veut le représenter maintenant dans tout son réalis­me, les fidèles qui le verront en seront tout simplement écoeurés, ils ne seront pas portés à la piété, et les pé­cheurs n'en éprouveront que de la répulsion. Certains tableaux de maîtres tombent dans cet excès, par exemple ceux de Grünewald (XVIe s.), de Georges Desvallières, ou de Rouault (début du XXe siècle) : chefs-d'oeuvre d'expression douloureuse, admirables pour des gens aver­tis, mais qui ne pourraient être exposés dans les églises sans nuire à la piété des fidèles en général. (Sur l'horreur du supplice de la Croix, voir l'étude du Dr PIERRE BARBET, La Passion de N. S. Jésus-Christ selon le chirurgien. Édit. Dillen, Issoundun, France, 1950. )

 

Le Père Ferdinand Prat, s. j. dans sa Vie de Jésus, note ceci : « Les Évangélistes ont jeté un voile discret sur la lente agonie de Jésus en croix, soit parce qu'ils se sen­taient impuissants à la décrire, soit pour garder jusqu'au bout l'attitude impassible de témoins qui étaient dans leur rôle, soit parce que la souffrance physique, portée à un tel excès, inspire encore plus d'horreur que de com­passion. On assure qu'à Rome, l'autorité ecclésiastique a interdit l'exhibition d'une image où le crucifiement était représenté dans tout son effrayant réalisme. »  (R. P. FERDINAND PRAT, s. j., Jésus-Christ sa vie, sa doctrine, son oeuvre. Tome II, p. 395. Édit. Beauchesne, 1953.)

 

Il y a donc une mesure à garder dans le réalisme, lorsqu'on représente ou qu'on décrit, surtout à l'église, la Passion et le Crucifiement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. (Dans son encyclique Mediator Dei et hominum, sur la Sainte Liturgie, Pie XII met en garde contre les deux excès : * Ce serait sortir de la voie droite . . . de faire représenter le divin Rédempteur sur la Croix de telle façon que n'apparaissent point les souffrances aiguës qu'il a endurées » (No 60). — « Les oeuvres modernes (éviteront) avec un sage esprit de mesure, d'une part les excès de réalisme, et de l'autre ceux du symbolis­me, tout en tenant compte des exigences de la communauté chré­tienne plutôt que du jugement et du goût personnel des artistes. » (Id. No 197).

 

 

 

Extrait de : La CROIX, étendard du Christ Roi. Chanoine Georges Panneton

                    Édition LE BIEN PUBLIC  (1972)

                    Trois-Rivières, Canada.

 

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