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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 19:40

Le chaos intérieur est fait d'une multiplicité extrêmement complexe, mais qui ne laisse pas de présenter deux aspects distincts. André Gide écrivait : « Il y a en tout homme, à tout instant, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. » Elles sont simultanées, et c'est le tragique. En raison de quoi Kant a pu penser que nul au monde n'a jamais posé une action absolument pure, sauf le Christ, sa sainte Mère et Saint Jean Baptiste.

 

Quand on parle de Satan, il faut se souvenir que le Maudit n'a de lui-même et sans nous aucun pouvoir. Ce qu'on lui attribue s'adjoint donc à un autre élément qui est en nous, qui est nous, et qui s'appelle, dans le langage mystique, « la chair », « l'homme charnel » ou, par opposition à l'homme régénéré que nous sommes aussi, « le vieil homme ».

 

La conscience,  comme la surface miroitante de la mer, est aux confins de deux mondes : celui de l'esprit, qui lui demeure conjoint; celui de la chair, qui appartient au monde inférieur et participe de ses troubles.

 

Nos tendances fonda­mentales   révèlent   toutes   ces   deux   pouvoirs. D'une part, Dieu s'y fait jour, travaillant par nos droits penchants à réaliser sa pensée créa­trice :   idée   de  l'espèce   et  idée  de  l'individu adapté à telle situation, voué à tel effort, en vue de tel résultat. Les instincts de cette sorte ex­priment notre filiation céleste et notre fraternité avec toute créature. Ils sont éminemment constructifs, agents de notre propre déploiement et de l’édification d'autrui, homme ou groupe, au sens ancien de ce mot édifier que l'usure sécu­laire a rendu si faible.

 

D'autre part, la vie de la chair, qui est accapareuse, qui est jouisseuse, qui est à la fois impérialiste et anarchique, parce que toute vie est une conquête sur le milieu, et parce que toute vie particulière d'une fonction, d'un organe, d'un élément quelconque a même tendance et tire à soi aux dépens de l'ensemble — la vie de la chair, dis-je, conspire contre l'es­prit et oppose à sa loi ce que saint Paul appelle la loi des membres.

 

Cela est simultané et constitue le double moi de la tradition morale ; c'est le monstre de Pascal. On peut concevoir combien un tel partage, dure­ment éprouvé, jamais aboli, est douloureux pour les hautes consciences. « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort! » (Romains, VII, 24.)

 

L'effort de ces êtres est de remonter à tout moment un centre de gravité intérieur qui tend sans cesse à descendre. Ils s'y épuisent héroï­quement.

 

En face, la plupart des hommes con­sentent à la chute. Tel est le partage des saints et des pécheurs, et telle est notre propre option.

 

 

Extrait de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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