Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 23:07

    

 

Le projet, repensé pendant les neuf mois d'interruption, est divisé en une introduction suivie de quatre chapitres :

 

I. — Le Mystère de l'Église,

II. — La Constitution hiérarchique, avec une étude par­ticulière du                                                       problème de l'épiscopat,

III. — Le Peuple de Dieu,

IV. — La vocation de l'Église à la Sainteté.

 

Depuis les premières interventions, le schéma a été accepté comme base de discussion par tous les Pères conciliaires y compris ceux qui avaient présenté auparavant des centaines d'amendements. 2,900 Pères ont été convoqués aux réunions générales, alors qu'ils n'étaient que 2.778 à la première ses­sion. Malheureusement, ainsi que le Pape a fait tristement allusion, beaucoup d'évêques des pays d'au-delà du rideau de fer sont absents.

 

Pendant les neuf mois de suspension, 72 Pères conciliaires sont morts, mais 177 nouveaux Pères se sont présentés à leur place, en raison de la nomination de 98 archevêques et évêques, de 4 supérieurs généraux d'Ordres et de Congré­gations et de 75 préfets apostoliques. Dans l'enceinte conci­liaire sont également présents dix laïcs d'illustre réputation, tous dirigeants d'organisations catholiques.

 

Le nombre des observateurs des autres églises chrétiennes est passé de 45 à 64, y compris les hôtes du Secrétariat pour l'Unité.

 

Il pourra être intéressant, avant de passer à l'étude de détail, de faire une chronique rapide, mais fournie, des tra­vaux conciliaires en nous arrêtant plus particulièrement sur certains aspects de cette seconde session, et surtout sur quelques-unes des relations que divers organes de presse ont donné de l'événement.

 

La curiosité qui entoure cette seconde session, nous y avons fait allusion, n'est pas le seul fait des catholiques et des chrétiens des églises séparées de Rome. En décidant de la continuation de Vatican II, dès son premier message après son élévation au Pontificat, Paul VI n'a pas caché à l'opinion publique et à lui-même, le poids de l'héritage qui lui avait été transmis par Jean XXIII; poids si grand qu'il le « décon­certe jusqu'à la souffrance ». A côté de l'événement excep­tionnel qui engage la responsabilité morale et humaine de l'Église romaine, une question se pose tout naturellement, étroitement liée à l'attente universelle des décisions, du nouveau programme de modernisation, et des modifications canoniques qui sortiront de la libre discussion des Pères conci­liaires : « Que définira en somme, se demande-t-on beaucoup dans la presse, le Concile Œcuménique de l'ère atomique ? »

 

La continuation du Concile que Paul VI, s'il l'avait voulu, pouvait aussi bien renvoyer, remettre, suspendre ou même annuler selon les canons 222 et 229 du code de Droit Canon, maintient dans sa fermeté l'essence spirituelle de la pensée de Jean XXIII. La continuation rappelle avec insistance les efforts pour consolider la justice et la paix parmi tous les chrétiens, pour retrouver l'unité, douloureusement brisée dans le passé, et pour réformer en même temps le Droit Canon.

 

Mais, en fait, le Concile Vatican II commence seulement à cette seconde session. La première phase esquissa à peine les grandes lignes et servit surtout, dès le début, à dégager les courants de pensée, les controverses et les méfiances, à l'égard du traditionnel et, si l'on peut dire, séculaire immo­bilisme de la Curie romaine ; d'où le terme de aggiornamento, repris par la rhétorique officielle de Paul VI, en tant que possibilité actuelle de sortir des habitudes « paresseuses et sans générosité » et de ramener l'Église catholique sur le plan de la réalité, au-dessus, ou contre, l'erreur contingente.

 

La préparation de cette seconde session a corrigé les hési­tations de la première période préparatoire. Paul VI a voulu obéir à la synthèse des schémas et tout particulièrement au regroupement mesuré des responsabilités. Cette fois, la direc­tion proprement dite des travaux conciliaires et l'organisa­tion des discussions au sein des congrégations générales ont été confiées à quatre cardinaux seulement. La nationalité de ces princes de l'Église, appelés Modérateurs, reflète déjà la volonté de Paul VI. Deux de ces cardinaux, l'archevêque de Munich, Doepfner, et l'archevêque de Bruxelles, Suenens, appartiennent à deux nations où l'épiscopat est estimé pour son énergie modérée, son indépendance et son « franc-parler » vis-à-vis de la Curie. Les deux autres sont l'arche­vêque de Bologne, le cardinal Lercaro, et l'Arménien Agagianian. Le choix de ce dernier est déjà un hommage rendu aux églises catholiques qui ne suivent pas le rite romain et aux communautés des églises orientales. Tous les Conciles Œcuméniques de l'histoire représentent un procès de clari­fication que l'Église se fait à elle-même. Le « procès uni­versel » de Vatican II sera célébré et mené à bonne fin par Paul VI, après les préliminaires annoncés et dirigés par Jean XXIII. Quelques observateurs étrangers ont, en effet, écrit que le Concile dépendait seulement des directives de Paul VI en tant que protagoniste régulateur de l'assemblée. Per­sonne ne peut dire quelles seront les orientations suggérées par la volonté du nouveau Pape, dont on ne connaît pas encore la pensée réelle.

 

La première session eut ses journées de tempêtes. Les résultats concrets ont été minces par comparaison avec l'es­pérance soulevée par la grande œuvre entreprise. Le premier problème de Vatican II concerne, principalement, la décen­tralisation de la Curie et son internationalisation demandées surtout par le clergé étranger et particulièrement par le clergé français.

 

La Curie se développa dans le contexte historique d'état de siège dans lequel l'Église s'est trouvée au centre du monde moderne. Dans le droit moderne, la Curie sert exclusive­ment à désigner le vaste ensemble des dicastères ecclésias­tiques qui assistent le Souverain Pontife dans le gouverne­ment général de l'Église. Son immobilisme, au fond, date à peu près de l'époque de Sixte Quint qui la réorganisa sur les bases qui, aujourd'hui encore, en constituent le fonde­ment, selon la Constitution Immensa Aeterni Dei du 22 jan­vier 1588.

 

Une tentative limitée de réforme fut accomplie par saint Pie X, pour fixer les pouvoirs des différents dicastères. Plus tard, Benoît XV accepta la réforme du pape Sarto (Pie X), tout en apportant quelques innovations dans la Congréga­tion des Églises orientales, celle des Séminaires, et celle des Universités et en supprimant la Congrégation de l'Index, dont les attributions furent données au Saint-Office.

 

Paul VI, à la veille de la seconde session de Vatican II, a précisé sa pensée sur la réalité moderne de la Curie, en adressant, le 22 septembre 1963, une allocution aux cardi­naux et aux prélats attachés aux différents dicastères de cet organisme. « La Curie Romaine, a-t-il dit, est un instrument dont le Pape a besoin et dont il se sert pour mener à bien son propre mandat divin. »

 

 Mais, dans son allocution, le Pape a souligné le fait que l'on a aussi adressé à la Curie des critiques : « Nous devons accueillir les critiques qui nous entourent avec humilité, avec réflexion et aussi avec recon­naissance. » Enfin, dans les paroles de Paul VI, il y a une précision directe sur le projet de modernisation de la Curie, dans ses Structures juridiques. « C'est de Rome que part aujourd'hui, a conclu le Pontife, l'invitation à se mettre à jour. Mise à jour de la Curie et réforme du Droit Canon sera réalisées grâce au Concile. Bien des années ont passé, a-t-il observé, et l'âge vénérable de la Curie peut expliquer la détérioration de son organisation et le décalage qui s'est créé entre les exigences, les usages des temps nouveaux et les moyens dont elle dispose; il éclaire également son besoin de se simplifier, de se décentraliser et, en même temps, de s'élargir et de s'initier à de nouvelles fondions. »

 

En ce qui concerne la Curie romaine, Vatican II confor­mera donc ses décisions aux demandes d'internationalisation.

 

Le fait le plus surprenant de ce Concile moderne c'est la présence d'observateurs orthodoxes, calvinistes et luthériens, considérés jusqu'à hier comme hérétiques et schismatiques, et appelés, aujourd'hui, « très chers observateurs » et « frères baptisés ». Les observateurs assistent aux discussions en qua­lité de témoins et dans la familiarité d'une hospitalité chré­tienne. Le Concile prouve que l'Église romaine n'a rien à cacher au monde, ami ou ennemi, en offrant aux regards ces schémas que la tradition de la Curie reléguait la plupart du temps dans le secret de ses Congrégations. Avec cette Assem­blée œcuménique, l'Église pourra peut-être se définir elle-même d'une façon moderne, en se hissant au-dessus de l'im­mobilisme de la tradition archaïque, en abandonnant défi­nitivement l'esprit de la contre-réforme et en écoutant les requêtes des protestants relatives à une modernisation de l'interprétation des Saintes Écritures.

 

Un écrivain français, commentant la reprise du Concile, a déclaré que la théologie officielle a perdu son caractère et son esprit de polémique et de défense. Tous les problèmes de notre époque seront passés en revue par le Concile dans la vision universelle de la justice et de la charité chrétiennes : depuis le problème des pays sous-développés et de la répar­tition des richesses jusqu'à l'interprétation des conquêtes scientifiques.

 

Enfin, le point le plus important concerne le dialogue entre Rome et les Églises séparées où réside l'esprit des difficultés d'ordre psychologique et historique qui condi­tionnent le catholicisme dans ses rapports avec l'Orient chré­tien et le monde protestant. L'œcuménisme romain et catho­lique ouvre ses bras au monde pour la seconde fois. En s'adressant aux Églises orientales.

 

Paul VI a dit : « Qui pour­rait nier que ces Églises tirent leur origine de l'unique tronc commun, Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Et qu'elles ont le même baptême, la même foi fondamentale, une hiérarchie valable et des sacrements efficaces ? »

 

La charité catholique semble s'être alliée à la délicatesse évangélique à l'égard de ces malheureux pays où le clergé est, aujourd'hui encore, esclave d'un état athée. Particulière­ment significative est à cet égard l'initiative prise par Paul VI d'envoyer à Moscou, à la veille de la seconde session, l'évêque de Fribourg, Mgr Charrière, pour participer aux cérémonies données en l'honneur du Patriarche Alexis à l'occasion de son quatre-vingtième anniversaire.

 

A suivre…

 

Extrait du volume : PAUL VI 

                                G. SCANTAMBURLO

                                Édition; Maison Mame  (1964)

 

Extrait de : Le Rhin se jette dans le Tibre

 

Il est évident que l'histoire du présent Concile devra être écrite selon les normes que les anciens ont fixées aux historiens, et dont la première est la suivante :

 «Ne rien oser dire de faux, mais aussi ne rien cacher de la vérité. Ne rien écrire qui puisse donner naissance au moindre soupçon de favoritisme ou d'animosité.» (Cicéron, Or. 11. 15.)

 

S. S. PAUL VI, 31 janvier 1966.

 

http://www.a-c-r-f.com/documents/WILTGEN_Le-Rhin-se-Jette-dans-le-Tibre

 

 

Elogofioupiou.com

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by elogofioupiou - dans Survie de Paul VI
commenter cet article

commentaires