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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 15:51

 


Quitter ce monde est une pensée qui fait frémir d'hor­reur sans le souvenir de notre Dieu, de notre Dieu si bon, de notre consolateur suprême, résidant au foyer domestique et vivant jour et nuit avec nous.

 

Mourir !... Comment est-il possible de se résigner à cet immense et irrévocable abandon de tous ceux qu'on aime, si la séparation n'a pas lieu sous les yeux de Dieu, aux pieds mêmes de Dieu, nous assurant qu'il ne s'agit que d'un court voyage, et que la rencontre, avec la réunion éternelle, comblera bientôt tous nos voeux ?

 

Mais avec ce Père adoré, que nous voyons au chevet du malade, un rayon divin illumine la mort, tout change d'as­pect.

 

Oui, il se tient là, le Dieu en qui rien ne meurt, il nous mon­tre le ciel, et l'espérance renaît dans les âmes, la paix y rentre.

 

Sans doute, la mort reste encore la mort, de même que la douleur est la douleur. Dans les premiers moments, lorsque la maladie entre sous son toit, la famille, si pieuse qu'elle soit, se sent en présence d'un événement terrible ; elle se recueille tremblante, elle s'adresse à Celui qui l'aime et qui tient toutes choses dans ses mains.

 

Quelles prières s'échap­pent alors de ces cœurs angoissés ! Comme on implore la délivrance ! Et, quand nous avons prié, pleuré, en nous tenant bien près de ce visage chéri, de cette bouche qui parle en­core ; quand nous avons entendu cet adieu qui maintenant retentira toujours à nos oreilles ; quand les solennités iné­narrables du départ ont passé devant nous ; quand avec cette âme qui nous quitte nous avons entr'ouvert les portes de l'éternité ; nous tombons comme morts nous-mêmes en pré­sence de Dieu : alors nous avons vidé une coupe d'affliction dont l'amertume se fera sentir jusqu'à notre dernier souffle.

 

Elle est immense la douleur des séparations chrétiennes, car combien ne s'aimait-on pas ! Avoir vécu avec cet époux, ce père, et survivre ! Avoir mis tout en commun, les joies, les chagrins, les difficultés de la vie, et se trouver seul ! Seul ! Poursuivre seul sa route ; chercher en vain quelqu'un à ses côtés ! Écouter, et ne rien entendre ! Sentir retomber sur son cœur le poids du silence, du silence absolu, implacable de la mort !

 

C'est trop ;... ce serait trop, voulons-nous dire, si Dieu n'était pas de la famille. Mais, encore une fois, avec Lui, une invincible confiance revient aussitôt dans l'âme un instant anéantie et fait contrepoids à la douleur.

 

Heureux donc les fidèles enfants du Seigneur puisqu'ils, ont un pareil contrepoids ! Certes leur entourage s'efforce de les encourager, mais chacun a besoin d'un encouragement réciproque, car, dans la maison où Dieu habite, tous se sentent   atteints   lorsque   la   mort   accomplit   son   œuvre.

 

Il arrive assurément, qui ne l'a vu ? Que la loi et la grâce remportent de magnifiques triomphes, qu'une paix ineffable se fait sentir, que l'enfant de Dieu, appelé par son Père, n'é­prouve en s'acheminant vers lui aucune crainte de quelque genre que ce soit; il lui confie ceux qu'il quitte et s'en va dans la certitude absolue d'un prochain revoir.

 

Nous savons entre autres un aimable jeune homme, retiré l'autre jour, au matin de la vie, qui ne se lassait pas de louer Dieu, qui contem­plait avec ravissement les plages lumineuses où il allait abor­der, tendre, heureux, chérissant plus que jamais ceux qu'il laissait derrière lui, et leur parlant du ciel dans un tel langage qu'eux aussi croyaient le voir, qu'eux aussi éprouvaient presque un ravissement divin, que sa mère elle-même, sa pau­vre mère baignée de larmes, devenait capable de joindre sa voix au chant des cantiques d'action de grâces.

 

Mais d'ordinaire, les âmes les plus pures, par une sage per­mission de Dieu, éprouvent à certains moments, — et sans que la fermeté de leur espérance subisse pourtant aucune éclipse — des terreurs secrètes, du trouble, de l'agitation, une profonde tristesse de quitter la famille, une sorte de stupeur inquiète à la perspective des grandes choses si nouvelles et si prochaines qui vont se passer pour elles, enfin, cette frayeur de la mort qui est dans le fond de notre nature et qui fait qu'instinctivement nous nous cramponnons toujours à la vie.

 

Eh bien, pour ces moments-là, qui du reste ne sont que passagers et fugitifs, c'est une immense consolation de se rappeler qu'on a toujours vécu cœur à cœur avec Dieu, qu'on appartient à une famille dont il était le Chef et qu'après tout on se prépare à passer des bras de ses proches dans les bras du Seigneur!

 

Quoiqu'il en soit, c'est une chose sérieuse que la mort, et je frissonne chaque fois que j'entends les gens du monde en parler en riant.

 

Combien l'Église a été ad­mirablement inspirée de créer les retraites, les missions et tous les exercices religieux dans lesquels on nous avertit de penser à la mort, de ne pas perdre de vue qu'on ne meurt qu'une fois, qu'une mauvaise mort est irréparable et qu'ainsi toute notre vie ne devrait être qu'une continuelle préparation à la mort ! Certes, malgré tout, on y pense beaucoup trop peu !

 

Aux yeux de quiconque croit au Dieu trois fois saint, le départ d'ici-bas est toujours une chose capitale et saisissante. Moi pécheur, moi souillé, je vais me trouver là ! L'éternité, ce grand mystère, va se révéler à mes regards !

 

A cette pen­sée, un saint tremblement nous envahit, alors même qu'une tendre confiance écarte les terreurs serviles. Les enfants ont aussi leurs craintes.

 

Non, ce n'est pas l'Évangile qui nous apprend à aborder sans frémir « la sombre vallée de l'ombre de la mort ; » ce n'est pas lui qui écarte les saintes frayeurs. «Vous devrez rendre compte, nous dit Jésus-Christ, même d'une parole inutile » et l'Église ajoute : «Celui qui vous jugera trouve des souillures jusque dans ses anges. » N'y a-t-il pas là de quoi frémir et trembler ? Les saints, gens plus avisés que nous, ont plus d'une fois tremblé à la pensée de la mort ; et nous n'aurions aucune crainte ?

 

Craignons donc, mais d'une crainte toute filiale et qui s'allie avec une inébranlable confiance. Craignons, mais que notre sainte intimité avec les membres d'une famille qui vit toute en Dieu nous donne cette douce paix, ce calme pro­fond et serein qui doit caractériser les enfants du Seigneur.

 

Ainsi soit-il !

 

Extrait de : Lectures Méditées (1933)

 

elogofioupiou.over-blog.com

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