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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 06:28

Il n'est que trop ordinaire de se former une fausse idée de la vie chrétienne et de la regarder comme une vie triste, gênante et désagréable. Rien n'est plus faux, rien n'est plus injuste que ce préjugé si répandu contre la vertu et la piété.

 

Il est important, chers enfants, de vous protéger de cette erreur dangereuse ou de vous détromper si vous y étiez déjà engagés ; il est important de vous convaincre que le bonheur est le partage de la vertu ; si vous en dou­tez, écoutez le Saint-Esprit qui vous assure en mille en­droits de l'Écriture, que la justice, c'est-à-dire l'exacte ob­servation de la loi de Dieu, est toujours accompagnée de la paix de l'âme, de ce sentiment délicieux que produit une bonne conscience et, par conséquent, que la vertu et la vertu seule, rend l'homme véritablement heureux.

 

Partout où il est parlé de la fidélité à observer la loi de Dieu, il est aussi parlé de la paix, comme inséparable de la justice. Et avec quelle énergie le Saint-Esprit ne s'explique-t-il pas sur cet article ! « O mon fils ! Vous dit-il, soyez fidèle à garder mes préceptes ; ils seront pour vous une  source de joie et de paix ; celui qui observe la loi du  Seigneur fera sa demeure dans la paix." (Prov., XIII). Remarquez qu'il ne dit pas seulement : " Il trouvera la paix, il jouira de la paix " ; mais " il fera sa demeure de la paix, il y établira son séjour ; il y sera comme environné des avantages de la paix," et cette paix sera une paix pro­fonde, une paix abondante, qu'il compare à un fleuve dont les eaux salutaires ne tarissent jamais. De là cette joie vive et pure, ce plaisir intime, solide et durable, que goû­tent les justes. Heureux donc l'homme qui met son affection dans la loi du Seigneur ! Il sera comme un arbre qui planté sur le bord des eaux, porte un fruit excellent et dont le feuillage ne se flétrit jamais. Ce sont les paroles du prophète.

 

La promesse de Jésus-Christ, dans l'Évangile, n'est pas moins formelle ni moins positive : il déclare en termes clairs et précis que son joug est doux et que son fardeau est léger; que ceux qui le portent y trouvent la paix de l'âme. C'est donc une vérité fondée sur la parole de Dieu qu'une vie chrétienne est une vie heureuse ; qu'il n'y a de véritable bonheur que dans la fidélité à accomplir la loi de Dieu.

 

Cette vérité est encore fondée sur l'expérience. Je vais vous citer un témoin qui n'est point suspect, un témoin qui a éprouvé l'une et l'autre situation, celle du pécheur et celle de l'homme vertueux, c'est saint Augustin. Avant sa con­version, il avait mené une vie toute mondaine, une vie sen­suelle ; il avait passé un grand nombre d'années dans l'ou­bli de Dieu et dans le dérèglement des passions. Rappelé enfin à la vertu, voici comment il s'explique dans le livre de ses Confessions : « Mon Dieu, vous avez rompu mes liens ; que mon cœur et ma langue vous louent à jamais de ce que vous m'avez fait recevoir votre joug si aimable et le fardeau si léger de votre loi. Combien ai-je trouvé de dou­ceur et de plaisir à renoncer aux vains plaisirs du monde ! Combien ai-je ressenti de joie à abandonner ce que j'avais craint de perdre ! Car vous qui êtes le seul véritable plai­sir capable de remplir une âme, en éloignant de moi tous ces faux plaisirs, vous entriez en leur place, vous qui êtes la véritable et souveraine douceur ; mon esprit était bien délivré des chagrins cuisants que donnent l'ambition, l'a­mour des richesses et le désir de se plonger dans la fange des voluptés criminelles, et je commençais a goûter le plai­sir de m'entretenir avec vous, ô mon Dieu ! Qui êtes ma lumière, mon bien et mon salut."

 

Vous l'entendez, chers enfants, une vie de péché et de désordres est un dur esclavage, où l'on est déchiré par des inquiétudes continuelles ; une vie vertueuse, au contraire, est une vie tranquille et pleine de consolation. Il est vrai qu'il faut se faire violence et résister à ses passions, mais cette résistance coûte peu à une âme qui a goûté Dieu ; les sacrifices qu'il faut faire sont bien payes par le témoignage de la conscience et par l'espérance d'un bonheur éternel qui remplit l'âme de joie. Ce que saint Augustin avait éprou­vé, tous ceux qui servent Dieu avec fidélité l'éprouvent comme lui. N'en, connaissez-vous pas plusieurs, de ces âmes fidèles à remplir leurs devoirs !  Voyez cette joie pure et innocente, cette gaieté simple et modeste, cette égalité d'humeur qui les accompagne partout. La sérénité de leur âme est peinte sur leur visage, le calme profond dont ils jouissent, la paix de leur cœur brillent pour ainsi dire sur leur front. N'en doutez pas : ce calme, cette paix est le fruit de la vertu.

 

Mais pourquoi recourir à des exemples étrangers ? Vous-même, vous-même n'avez-vous pas senti ce bonheur qui ac­compagne la vertu ? Rappelez-vous, cette époque de votre jeunesse où, touché de Dieu, vous vous êtes purifié de tou­tes vos fautes ; où, admis pour la première fois à la table sainte, vous avez éprouvé combien le Seigneur est bon pour ceux qui l'aiment. Alors votre cœur, dégagé des liens des passions, votre cœur, pur aux yeux de Dieu, ne goûtait que lui, ne désirait que lui, ne soupirait que pour lui. De quelle joie ce cœur ne fut-il pas alors inondé ! Quelle paix délicieuse remplissait alors votre âme ! Qu'elles étaient dou­ces les larmes que vous répandiez dans le sein d'un si bon père que vous désiriez alors d'être toujours dans cet état, de n'en jamais sortir! Avouez-le, rendez cet hommage à la religion: jamais non, jamais vous n'avez passé des moments plus doux; ce jour a été le plus beau de votre vie. Alors vous compreniez cette vérité, que l'on n'est heureux qu'en servant le Seigneur ; alors vous étiez pénétré des senti­ments qui animaient le prophète quand il disait : " Oui, mon Dieu, un seul jour passé à votre service est bien  préférable à des années entières passées dans la compagnie des pécheurs."

 

Si vous avez conservé ces sentiments de piété, ce goût précieux de la vertu, bénissez-en le Seigneur. Vous enten­dez aisément tout ce qui vient de vous être dit sur le bon­heur de la vie chrétienne ; si au contraire, la vertu qui au­trefois avait pour vous tant de charmes vous paraît aujour­d'hui importune, ennuyeuse, n'en accusez que votre infidélité à remplir vos devoirs. Si vous aviez marché constamment dans la voie de Dieu, vous auriez joui d'une paix inaltérable. Il vous reste une ressource, c'est de prendre une généreuse résolution d'observer exactement la loi du Seigneur et de vaincre les premiers dégoûts. Revenez à votre père ; un soupire le désarme, une larme l'apaise. Bientôt vous sentirez dans votre âme ces consolations inté­rieures et ces délices ineffables qui ont fait votre bonheur dans les jours de votre innocence.

 

Peut-on être malheureux en vous servant, ô mon   Dieu, vous qui êtes la source de tous les biens?   Non, Seigneur, non; votre joug est doux et votre fardeau est léger.    Vous nous avez créés pour vous et notre cœur est dans une con­tinuelle agitation jusqu'à ce qu'il se repose en vous.    En vain chercherai-je mon bonheur hors de Vous, je ne trouve­rais que faux biens qui laisseraient mon cœur vide, ou des maux réels qui le rempliraient de trouble et d'inquiétude. Vous l'avez dit, ô mon Dieu ! Il n'y a point de paix pour les méchants :   des remords cuisants,   des alarmes  conti­nuelles, des chagrins dévorants, voilà leur partage.    Celui qui porte l'iniquité dans son sein y porte aussi le trouble et la frayeur.    Mais que le sort d'une  âme qui   vous sert est différent, ô mon Dieu !   Elle est toujours tranquille,  tou­jours contente, toujours heureuse.    Elle  a sans doute des sacrifices à faire, mais l'onction de votre grâce rend ces sa­crifices faciles, agréables même ; elle a des peines à souffrir; mais que ces peines sont légères au milieu des consolations dont vous la remplissez ! Je n’hésite pas, Seigneur, à em­brasser le parti de la vertu, persuadé que la vie des gens de bien est mille fois plus douce que celle  des pécheurs.    Je serai fidèle à observer votre sainte loi et par cette fidélité je me procurerai tout le bonheur dont on peut jouir sur la terre et une félicité parfaite dans le ciel, que vous réservez à ceux qui auront mené une vie chrétienne.

 

Histoire. Dans un temps ou une fièvre pourprée désolait dans la capitale les pauvres qui n'avaient pas eu le temps de se traîner à l'Hôtel Dieu, la communauté des prêtres de Saint Marcel, ne pouvant plus suffire à exhorter les mourants, avait demanda un secours aux religieux mendiants. Vint un capucin vénérable ; il entra dans une écurie basse, où souffrait une victime de la contagion. Il y voit un vieillard moribond, étendu sur des haillons dégoûtants. Il était seul. Un tas de foin lui servait de lit : pas un meuble, pas une chaise, il avait tout vendu, dès les premiers jours de sa maladie, pour quelques gouttes de bouillons.

 

Aux murs noirs et dépouillés pendaient un crucifix, une hache et deux scies : c'était là toute sa fortune, avec ses bras quand il pouvait les faire mouvoir ; mais alors il n'avait pas la force de se soulever. «Prenez courage, mon ami, lui dit le confesseur ; c'est une grande grâce que Dieu vous fait aujourd'hui : vous allez, incessamment sortir de ce monde où vous n'avez eu que des peines.» Que des peines ! Reprit le moribond d'une voix éteinte: Vous vous trompez, je ne me suis jamais plaint de mon sort, la vue de mon crucifix me consolait au milieu de mes travaux, la religion a fait mon bonheur ; j'ai vécu content. Les outils que vous voyez me procuraient du pain que je mangeais avec délices et je n'ai ja­mais été jaloux des tables que j'ai pu entrevoir. J'étais pauvre, mais avec la santé et la crainte de Dieu, je n'ai jamais manqué du nécessaire. Si je reprends la santé, ce que je ne crois pas, j'irai au chantier et je continuerai de bénir la main de Dieu qui jusqu'à présent a pris soin de moi. O mon Père, que la religion est aimable ! Qu’elle renferme de précieux trésors ! La paix, le contentement, le bonheur sont le partage de ceux qui l'aiment."

 

Le confesseur, aussi édifié que surpris d'un tel langage, ne put s'empêcher d'en témoigner son étonnement et après avoir rendu grâces à Dieu de la faveur qu'il lui avait faite en l'ame­nant clans ce pauvre réduit, il dit au malade : «Quoique cette vie ne vous ait pas été fâcheuse, vous ne devez pas moins vous résoudre à la quitter, car il faut se soumettre à la volonté de Dieu.» « Sans doute, reprit le moribond, d'un ton de voix ferme et d'un œil assuré, tout le monde doit y passer à son tour ; j'ai su vivre, je saurai mourir : je rends grâce à Dieu de m'a­voir donné la vie et de me faire passer par la mort pour arriver à lui. Je sens le moment s'approcher, accordez-moi les se­cours de l'Église, c'est la seule chose dont j'ai besoin en ce moment.» Cet homme mourut comme il avait vécu, en pré­destiné, laissant son confesseur et ses voisins dans l'admiration de ce que peut la religion sur un cœur docile aux sentiments de la grâce.

 

Extrait de : NOUVEAU TRAITÉ DES DEVOIRS DU CHRÉTIEN ENVERS DIEU  (1860)

 

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