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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 15:23

NOTRE CREDO CATHOLIQUE ET LA SOUFFRANCE…

La souffrance nous est utile parce que nous avons besoin d'être éduqués.

Supposez un homme décidé à se suicider et qui, pour arriver à ses fins, commence par prendre une bonne dose d'arsenic; après quoi il enduit ses vête­ments de pétrole et y met le feu; puis il se jette du haut d'un quatrième étage, en ayant soin, en même temps, de se couper la gorge. Pensez-vous que Dieu puisse empêcher cet homme de mourir ? Évidement il le peut, mais il est très improbable qu'il le veuille.

En disant que Dieu est Tout-Puissant nous voulons dire qu'il peut faire tout ce qui n'est pas contre la raison, par exemple faire qu'un rond soit carré, parce que cela implique une contradiction dans les termes. Mais cela ne signifie pas qu'il soit empêché par une force extérieure de faire sa volonté, les lois de la raison font partie de la vérité et la vérité, en un sens, fait partie de Dieu. Plus exactement, c'est Dieu même, ce Dieu est Vérité. » Il peut rendre la vie à un mort; il ne fera jamais que la femme d'un défunt ne reste veuve (à moins, bien entendu, qu'elle ne se remarie).. Tout ceci ©st un peu en marge de notre sujet, mais je n'ai pas cru inutile de vous faire observer que Dieu ne peut pas faire ce qui est contradictoire; et la chose n'est pas si claire pour certains esprits.

Dieu est aussi notre Père. Les Juifs le disaient déjà : « Sans doute, vous êtes notre Père. » Et saint Paul va jusqu'à affirmer que « toute pater­nité tire son nom de la paternité divine au ciel et sur terre ». (Eph., m, 15.) Les païens eux-mêmes appelaient « Père » leurs misérables divinités et le nom de Jupiter ne signifie pas autre chose que : ce Père là-haut dans le ciel. »

Mais c'est surtout Nôtre-Seigneur qui nous a révélé la paternité de Dieu, ce Votre Père qui est dans les deux ». (Mat. XXIII, 29) est une expres­sion habituelle sur ses lèvres. Nous n'avons que l'embarras du choix parmi les versets de l'Évan­gile pour le constater et vérifier le sens donné à cette expression, Dieu est notre Père, parce qu'il nous connaît dans notre fond le plus intime, ce Votre Père qui voit dans le secret. » (Mat. vi, 4.) Il nous est impossible de ruser avec lui ! Et il s'intéresse à tout ce qu'il a fait : un passereau ne tombe pas à terre sans .sa permission... il se soucie des créa­tures, même si elles ne se soucient pas de lui. « Il fait lever le soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur le juste et sur l'injuste. » (Mt., VI, 26-33.) Tous ses desseins sont inspirés par la bienveillance et, si nous ne pouvons pas tou­jours le constater, nous en sommes assurés par la foi.

« Un père de la terre donnera-t-il une pierre à son fils si celui-ci demande du pain ? Eh bien ! Votre Père céleste ne donnera-t-il pas de bonnes choses à ceux qui le lui demandent ? » (Mt., VII, 7-11.) Une des caractéristiques les plus frappantes de l'enseignement du Christ, c'est la confiance qu'il nous inspire à l'égard de Dieu notre Père. Et c'est là le fondement même du christianisme.

Cette paternité n'est pas un mot vide de sens. La notion a pu varier, il est vrai, au cours des âges et des civilisations. Ainsi, dans l'ancienne Loi romaine, l'autorité du père était extrêmement rigoureuse et allait jusqu'au droit de vie et de mort. Le père est celui à qui l'on doit, avant tout, l'obéissance, et qui l'exige étroitement. Notre époque est loin de cette conception. Sans supprimer l'autorité paternelle, nous la voyons grandie par son origine divine et par son but : elle est toute orientée vers le bien de l'en­fant. Elle nous apparaît encore dominée par l'amour. Quelle différence entre l'ancienne notion de paternité et celle que nous en avons ! Laquelle des deux devons-nous avoir à l'esprit quand nous appelons Dieu « Notre Père » ? La chose est claire.

La bonté paternelle qui est ici en cause n'est pas à confondre, notez-le, avec la débonnaire faiblesse d'un père qui passe tout à l'enfant. Vous savez tous ce qu'on entend par un enfant gâté, et que pareille chose existe, hélas ! bien que vous vous défendiez d'être vous-même « cette chose ». Une nouvelle méthode d'éducation veut, paraît-il, qu'on évite absolument de dire à un enfant : « Ne fais pas ça ! » Je vous assure qu'il suffit d'un voyage de quelques heures en chemin de fer avec de petits enfants pour être édifié sur la valeur de la méthode ! Un père qui ne dit jamais « non » aura pour résultat un enfant gâté. L'expérience souffre peu d'exceptions, Pensez un peu au sens de cette expression : Enfant gâté ! Cela ne veut pas dire seulement que cet enfant est odieux pour son entourage, mais que sa nature même a été faussée, déformée; on l'a laissé devenir mauvais. Il ressemble à ces fruits qui ont pourri pour n'avoir pas été cueillis à temps; à ces pommes de terre violacées et pleines de trous qu'on doit jeter à la poubelle, parce qu'elles ne sont plus bonnes à rien.

C'est le devoir des parents, à moins que, pour de bonnes raisons, ils ne les confient momentané­ment à des éducateurs sérieux, de former leurs enfants et de les aider à rectifier ce qu'il y a de défectueux dans leur nature.

Eh bien ! Dieu est notre éducateur à tous tant que nous sommes. S'il nous donnait absolument tout ce que nous demandons, s'il suffisait de nous jeter à genoux et de dire : « Mon Dieu, donnez-moi un jour de congé, s'il vous plaît » pour avoir notre jour de congé le lendemain, nous devien­drions ni plus ni moins que des enfants gâtés, égoïstes, pleins de nous-mêmes, paresseux. Dieu travaille sans cesse à notre éducation, jusqu'à ce que nous soyons tels qu'il nous veut. Il ne serait pas un vrai père, s'il agissait autrement. Voilà qui devrait suffire à nous faire accepter de bon coeur tout ce qui nous arrive, d'agréable ou non, dans ce monde de misère.

Je dis : « dans ce monde de misère », parce que nous sommes en effet des créatures déchues, il ne faut pas l'oublier. Depuis le péché originel notre nature est portée au mal et ce n'est qu'en nous soumettant à une discipline, en surmontant ce qui nous est contraire, que nous pourrons la maintenir dans la ligne droite.

Il est une autre raison pour que ce monde où nous sommes nous paraisse moins confortable que ne l'était le paradis terrestre pour nos premiers parents. C'est le fait que Dieu, en nous accordant la liberté a, pour ainsi dire, rendu les vies humaines dépendantes les unes des autres. Parce qu'un homme a le pouvoir de faire souffrir son prochain, ce prochain est nécessairement exposé à souffrir : les deux vont ensemble par définition. Le roi Hérode, en voulant la mort de l'Enfant-Dieu, mettait par le fait même les petits Inno­cents en danger de mort.

Vous me direz qu'au dernier moment Dieu peut toujours intervenir pour arranger les choses, fût-ce par un miracle, et empêcher les hommes de se nuire entre eux. Évidemment, Dieu le pourrait, mais s'il le faisait toujours, la liberté humaine ne serait plus qu'une illusion.

Il est impossible, dans un monde déchu, que des êtres humains, libres d'agir à leur guise, ne soient pas les uns pour les autres une cause de souf­france : Dieu veut donner cette limite à son pou­voir. Il laisse faire le mal pour ne pas rendre illu­soire la liberté de l'homme.

Je vous entends dire : « C'est très bien, mais cela n'explique pas toute la souffrance humaine. Qu'une personne puisse souffrir pendant des années entières d'un mal qui la torture, ou qu'une ville florissante devienne en une seconde un amas de ruines, par suite d'un tremblement de terre, la liberté n'a rien à y voir. Personne ne peut être responsable de pareilles tragédies, sinon Dieu, qui, étant Tout-Puissant, aurait pu empêcher le désastre et qui, étant Père, n'aurait pas dû le permettre. »

Il faut le dire et le redire : la souffrance nous est utile parce que nous avons besoin d'être éduqués. Elle nous façonne et nous rend conformes à l'idéal que Dieu s'était proposé en nous créant. Il veut que nous soyions détachés des biens de la terre; et comment y parvenir si rien ne nous man­que ? Il veut nous apprendre la patience. Et com­ment l'apprendrons-nous, si nous n'avons rien à endurer ? Il veut que nous lui fassions aveuglément confiance, et la condition sine quoi non d'une telle confiance, c'est de ne pas savoir, de ne pas même chercher à savoir les raisons de sa conduite à notre égard. Il nous veut humbles, et nous ne cultive­rons pas l'humilité, si tout va selon nos désirs. Tout cela, nous le comprenons sans difficulté, n'est-il pas vrai ? Mais il y a plus encore.

La souffrance est une dette contractée envers Dieu par nos péchés, dont elle est la punition. Chacun de nous est un être moral, caractérisé non seulement par le fait de sa liberté, qui lui permet de choisir entre le bien et le mal, mais par le fait d'être responsable de son choix et de mériter une sanction dans le cas où le choix a été mauvais. Dieu aurait pu faire qu'il en soit autrement, par exemple nous faire monter au ciel tout droit, mais ce n'eût pas été digne de notre nature humaine. Il a préféré que nous ayons des comptes à régler avec lui, avant d'aller au ciel, et les comptes se règlent par la souffrance, soit en ce monde, soit au Purgatoire. C'est comme s'il nous disait : « Tu es mon enfant, et parce que tu es mon enfant, je ne vais pas te traiter comme une chose inerte, que l'on met ici ou là, sans qu'elle ait rien à y voir. Ta volonté doit, librement, deve­nir une même chose avec la mienne, et c'est pour en arriver là que ta volonté doit accepter de ma part les châtiments mérités par tes fautes. Ainsi, le moment venu de te prendre au ciel avec moi, il n'y aura plus cet horrible trou entre ma volonté et la tienne; toute divergence aura disparu. Tu vas subir la peine qui t'est due, comme à tout pécheur; de cette façon-là seulement ma volonté sera pleinement satisfaite. »

Comprenez-vous cela ? C'est un peu dur peut-être, mais c'est, il me semble, ce que les saints nous apprennent. Les saints ! Ah ! Ils nous disent bien d'autres choses encore ! Ils nous disent que Jésus-Christ a souffert et que c'est l'honneur de ceux qui le servent d'avoir à souffrir avec lui, de pouvoir unir leurs souffrances aux siennes, comme la Sainte Vierge au pied de la croix. Ils nous disent pourquoi ce sont, bien souvent, les meil­leurs et non les pires qui sont les plus éprouvés. Que les meilleurs veulent souffrir, aiment souf­frir pour ressembler au Christ Jésus. Peut-être sommes-nous encore loin de telles dispositions ! A la moindre migraine, nous nous plaignons d'être maltraités ! Et nous pensons ensuite : « Si j'avais à accepter une grande souffrance, une longue mala­die, par exemple, ou de mauvais traitements, que ferais-je, moi qui accepte si mal une légère épreuve ? »

Eh bien ! Rassurez-vous. Ceux qui ont l'expé­rience de la souffrance humaine : docteurs, infir­mières, font une constatation encourageante. Ils disent que, dans l'ensemble, ceux qui ont de grandes souffrances les portent courageusement, sans se plaindre, et même avec beaucoup plus de résignation qu'on ne pense. Espérons qu'il en sera ainsi pour nous, quand notre tour viendra de rece­voir de la divine Providence le lot de souffrances qu'elle nous a assigné. (Ndblog.  Aujourd’hui les douillets demandent l’aide à mourir. Quel gâchis, c’est l’équivalent de se suicider.)

En conclusion : Dieu est Tout-Puissant, mais il ne pouvait faire qu'un monde existe, dans lequel les uns auraient la possibilité de nuire, sans que les autres aient celle de souffrir : un tel monde est inconcevable. Dieu est notre Père. Mais, comme nous appartenons à une humanité déchue, nous devons être soumis à un régime disciplinaire, sous peine de devenir des « enfants gâtés ». Il nous punit, pour nous rendre meilleurs que jamais, parce que, si nous recevons bien la punition imposée par lui, nous nous associons à celle que Jésus-Christ a voulu subir pour nous. Nous devenons, pour de bon, de vrais enfants de Dieu, et nous aurons le droit de dire, quand le ciel s'ouvrira devant nous : « Voyez, ô Père, comme j'ai bien rempli mon devoir de répara­tion ! Maintenant, me voilà ! »

Extrait de : LE CREDO  Mgr Ronald KNOX. (1959)

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