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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 10:15

Importante exhortation finale de S.S. Paul VI

La vie religieuse, est la vie d'Eglise…                          

Parlons quelque peu maintenant de la vie religieuse. Eglise, Sacerdoce, Vie religieuse, voilà de grandes et su­blimes réalités qui se tiennent intimement.

Dans la substantielle conférence donnée à des reli­gieuses à Rome, le 3 mars dernier, le regretté Cardinal Daniélou disait : « II n'y aurait pas de vie religieuse s'il n'y avait pas d'Eglise, s'il n'y avait pas de sacrements, et par conséquent s'il n'y avait pas de sacerdoce ». (Doc. C., 21-4-74).

Soyons réalistes

Dans le contexte historique actuel, il faut porter une attention spéciale à la vie religieuse. Inutile d'enchaî­ner d'interminables et stériles jérémiades sur la vie re­ligieuse ébranlée aujourd'hui. Il suffit de regarder avec réalisme et courage l'état de chose actuel chez nous. C'est l'image de ce qui se passe un peu partout dans le monde. Avec cette différence qu'au Québec nous méritons, sem­ble-t-il, une mention peu «honorable». C'est humiliant, gênant et douloureux ! Mais hélas ! C’est vrai.

Le jugement du Cardinal Daniélou à ce sujet est aus­si juste qu'accablant. Ce n'est pas le fait d'un esprit pes­simiste. Il voit les choses avec une extrême lucidité et justesse. «On ne fondera jamais, dit-il, une vie religieuse authentique sur des opinions théologiques erronées. Et il est certain qu'une des grandes menaces pour la vie religieuse, aujourd'hui, c'est un fatras d'opinions théolo­giques contestables qui, en minimisant l'aspect surnaturel du don de Dieu, par là même détruit à la base ce qui permet à l'a vie religieuse de se construire... Dans une période troublée comme la nôtre, la responsabilité de la vie religieuse dans l'Eglise est très grave. Je veux dire par là que la pire corruption est celle des choses excellentes. Corruptio optimi pessima. Autant une vie religieuse fidèle et fervente est bénéfique pour l'Eglise, autant une vie religieuse dégradée est détestable. C'est une de nos peines d'entendre dire par des évêques que c'est par des religieux et par des religieuses que le mal a commencé à se faire dans leur diocèse. » (Doc. C. 21-4-74).

Voilà des affirmations qu'on n'écrit pas à la légère. S'il faut un grand courage pour les dire, il en faut aussi pour y réfléchir salutairement, et surtout pour réagir avant qu'il ne soit trop tard.

On parle de renouveau partout dans l'Eglise, depuis 1964. En général la vie religieuse a fait des bonds en avant, mais aussi elle a subi un formidable assaut dans le domaine de ce renouveau. Nous paraissons arriver à une sorte de point mort où il faut évaluer ce renouveau. Dans beaucoup de milieux la vie religieuse s'est détério­rée en voulant se renouveler. C'est un malheur pour l'Eglise. Le Cardinal Daniélou le disait avec énergie : « Le renouveau de la vie religieuse a toujours été, dans tous les siècles, le point de départ des renouveaux de l'Eglise. Et la corruption de la vie religieuse — voyez le XVIe siècle —, a toujours été un des signes de la dé­cadence dans l'Eglise. »

Depuis quelques années, des instituts religieux pré­parent plus ou moins inconsciemment leur décadence. Qu'on relise l'histoire de la ruine de grands monastères ou de puissantes abbayes des siècles passés ! "Trop de richesses, écrit D. Rops, trop de terres à gérer, peut-être aussi trop d'études... au détriment du travail et de l'ef­fort ascétique »... Tout cela faisait dire un jour à un célèbre Abbé de Cluny, Pierre le Vénérable : « A l'ex­ception d'un petit nombre de moines, le reste n'est qu'u­ne synagogue de Satan. Que peuvent-ils revendiquer des moines, si ce n'est le nom et l'habit ? » (Vol. 3, 163). C'é­tait au Xlle siècle.

Suis-je loin de la vérité, si je dis aujourd'hui : « Trop de gros salaires, un trop large train de vie à mener, trop de réunions, cours ou sessions à suivre... N'y a-t-il pas là une porte ouverte à l'esprit du monde ? N'y a-t-il pas là une ruse du démon ? »

Le Souverain Pontife ne dit-il pas que le religieux, dans la civilisation actuelle, est exposé à se laisser « en­traîner par une recherche sans frein de ses aises ? ... Pour beaucoup le risque s'est accru d'être englué dans l'appât et la sécurité de l'avoir, du savoir et du pouvoir ». (Évang. Test, n.19).   Le danger et le mal ne sont sûre­ment pas illusoires.

Saint Bernard nous parle

Comme nous venons de faire allusion au Xlle siècle, le nom de saint Bernard vient spontanément à l'esprit : il a tellement marqué son siècle. Faisons appel à son témoignage, qui ne manque pas de valeur. Dans une homélie sur les gloires de la Vierge Marie, il en arrive à parler des moines (disons aussi des religieuses, pour notre temps) :

 « O douleur de mon âme, s'écrie saint Bernard, j'en vois beaucoup, après avoir méprisé les pompes du siècle à l'école de l'humilité, devenir de plus en plus orgueil­leux ... J'en vois d'autres qui, après s'être enrôlés dans la milice du Christ, s'engagent de nouveau dans les affaires du monde, et se replongent dans les cupidités ter­restres ... Sous prétexte de bien général, ils vendent leurs paroles aux riches et leurs salutations aux dames ». Ce qui pourrait signifier dans le langage contemporain : ils donnent de nombreux cours universitaires à gros sa­laires; ils enseignent des choses qu'ils ne croient guère et ne pratiquent peut-être pas; ils fréquentent les milieux sociaux et y rencontrent beaucoup de mondaines, etc ...

Quant à l'habit religieux, « on se met plus en peine de les soigner que d'acquérir les vertus ». S. Bernard compare certains moines à des «femmelettes», qui ne se soucient que de toilettes. Que dirait-il des religieuses sé­cularisées qui, par leurs nouveaux atours, rivalisent avec les femmes du monde ? ... « Laissant de côté toute pen­sée religieuse, ajoute-t-il, ces soldats du Christ ne voient qu'une parure, non une armure, dans l'habit qu'ils por­tent ... Ainsi ramenés aux goûts du siècle, ils deviennent semblables aux chiens de l'Écriture (Prov.26) qui retour­nent à leur vomissement » (Oeuvres de S. Bernard, vol. 2, p. 766).

Pauvres humains que nous sommes ! Par delà les siècles, nous les reconnaissons. Ils se rejoignent dans les mêmes faiblesses, les mêmes misères !

Aujourd'hui encore, dans trop de cas, l'armature du costume religieux a fait place à la parure. De tous côtés, on obéit à l'agressivité massive d'un monde sécularisé.

Le fléchissement actuel de la vie religieuse se pré­sente sous trois aspects :

Un premier celui de l'abandon total, ou du retour dans le monde. On se désengage avec une légèreté et une faiblesse qui scandalisent les bons chrétiens. N'in­sistons pas; le nombre de sécularisées est alarmant.

Un deuxième aspect celui de la vie de plus en plus mondaine de nombreuses religieuses, vivant à la manière de laïques assez relâchées. Là aussi on sème le scandale et on soulève de sérieuses critiques, qui condamnent à bon droit une vie désaxée. Et puis, le malheureux exem­ple de nombreux clercs et religieux ne fait qu'aggraver la situation.

Le troisième aspect se manifeste par le tarisse­ment des vocations. « La preuve que l'Eglise est vivante dans un pays, c'est qu'elle suscite les vocations religieu­ses. Et là où il n'y a pas de vocations religieuses, on peut dire que l'Eglise marche mal.» (Daniélou).

Quand on croit à l'Eglise et à la vraie vie religieuse, quand on aime l'Eglise et la vie religieuse, il faut faire quelque chose. Et ça presse !

Réagissons

1 Tout d'abord allons puiser aux sources. Non pas à telle citerne crevassée du Père untel ou de la Commis­sion X ou Y. Mais aux sources vives et inépuisables de l'Eglise : doctrine traditionnelle, documents pontificaux, enseignements du Magistère, esprit et écrits des Fonda­teurs. Que ceux qui s'occupent de vie religieuse soient, selon le mot du Cardinal Daniélou, « les maîtres spiri­tuels et théologiques qui représentent l'authentique pen­sée de l'Église. Il faut un souci d'unité très profond avec le Souverain Pontife et avec les orientations données par le Souverain Pontife, précisément en ce qui concerne la vie religieuse, dans Perfectae caritatis ».

Sans cesse il faut revenir à quatre documents de base : Lumen Gentium, chapitre VI; Décret Perfectae caritatis; Motu proprio Ecclesiae sanctae; l'Exhortation apostolique Evangelica Testificatio. Les ignorer est un signe d'infidélité à l'Eglise, gardienne et Mère de la vie religieuse.

2 — Il faut s'arrêter à quelques idées-clefs sur la vie religieuse. La fonction de la vie religieuse est de témoi­gner de la fécondité de la grâce communiquée par les sa­crements, «de témoigner, non pas de ce dont l'homme est capable, mais de ce dont Dieu est capable, suivant le mot de l'Évangile : « En vous voyant, ils rendront grâce à Dieu ».

On comprend dès lors la qualité de l'engagement en­vers Dieu dans la vie religieuse : un engagement total, définitif, sans retour en arrière. Les saints voeux en sont l'expression. « Tout ce qui est grand est définitif : le mariage est définif, le sacerdoce est définitif, la vie reli­gieuse est définitive. Et c'est une des aberrations de no­tre temps que de penser qu'on puisse n'être un prêtre, un époux ou un religieux que pour un certain temps. C'est la négation du don». (Gard. Daniélou).

3 — Un danger actuel pour la vie religieuse est la tendance à assimilier la religieuse au prêtre. Des reli­gieuses rêvent de devenir prêtres ! C'est vraiment du rêve ! Par leur mission, elles n'ont rien à envier au prêtre. Dans l'Eglise chaque fonction a sa nécessité et sa valeur. «Un des drames de l'Eglise, actuellement, ajoute le Cardinal, c'est que chacun veut prendre la pla­ce des autres. Les laïcs veulent jouer aux prêtres et les prêtres veulent jouer aux laïcs. A ce moment-là, rien ne marche plus et tout est confondu. »

Ce ton ne déplairait pas à sainte Catherine de Sienne !

Si les religieuses comprennent bien la finalité de leur vie consacrée, si les prêtres comprennent eux aussi la pleine fonction de leur ministère, si chacun reste à sa place à plein temps, l'Église y gagnera.

4— La vie religieuse, pas plus aujourd'hui qu'autre­fois, ne peut pactiser avec le monde. Flirter avec le mon­de, c'est flirter avec le démon. Et celui qui flirte ou « s'amuse avec le diable ne pourra se réjouir avec le Christ», selon le mot de saint Pierre Chrysologue.

Sainte Thérèse d'Avila

C'est dans un semblable contexte historique que sain­te Thérèse d'Avila, au XVIe siècle a entrepris son œuvre de réforme. La Madré Theresa nous offre le double avantage d'une réussite de quatre cents ans et d'une doctrine spirituelle sûre, sanctionnée par son récent titre de Docteur de l'Eglise. Toute vie religieuse, peu importe sa finalité apostolique, peut y recourir en toute sécurité.

En face d'un ennemi qu'elle savait ne pas vouloir désarmer, Thérèse dresse une artillerie qui ne faiblira pas : prier et se sacrifier pour l'Église et ses ministres. « Le monde est en fièvre, disait-elle à ses soeurs; les hommes semblent désirer que le Christ soit de nouveau condamné; ils veulent détruire l'Eglise, la réduire au ras du sol. Ce n'est pas le moment de prier pour les inten­tions de moindre importance ».

En Espagne, elle multiplie les fondations, véritables bastions de la chrétienté menacée. Après sa mort, la France est littéralement gagnée : 30 monastères au XVIIe siècle « Le catholicisme renaît de ses cendres, écrit Mgr Rupp, l'action centrifuge est stoppée, la sainte­té de nombreux personnages éclate, le clergé se réforme, la charité fait des miracles, des séminaires se constituent et font florès. Saint-Sulpice, l'Oratoire, La Mission et les Missions étrangères donnent à la France religieuse une armature spirituelle sans égale ». (Mgr Rupp, Docteurs, p. 127).

Il est urgent de nous mettre à l'école de sainte Thé­rèse d'Avila.

Si de nos jours quelque âme courageuse veut con­server ou redonner à la vie religieuse son vrai caractère, elle peut s'attendre à rencontrer des adversaires de tail­le. « La médiocrité universelle et le pullulement des sots » de l'époque de sainte Thérèse peuvent encore se rencon­trer aujourd'hui. La vie religieuse subit un terrible choc par l'ambiance délétère qui l'enveloppe. Même l'œuvre de sainte Thérèse est attaquée.

 « Ceux qui de nos jours, écrit Mgr Rupp, veulent détruire son œuvre au nom d'un aggiornamento mal compris, qui trahit papes et concile, ne savent pas ce qu'ils font. Ils veulent des carmélites non cloîtrées, ba­vardes, sans pénitence, sans office, vouées à je ne sais quelles tâches humanitaires assez triviales, tout le temps sur la route... Le Doctorat de Thérèse est une consé­cration, par l'Eglise infaillible, de son enseignement... Il rappelle son mot d'ordre : prière, pauvreté, solitude ... retour aux traditions primitives ... Puissent les Carmels sortis de leurs gonds y revenir et retrouver la tradition élianique... Il est temps. La santé, peut-être même la survie du monde chrétien en dépend largement ». (Doc­teurs, page 124).

Si des Carmels ont subi une telle agression, rien d'é­tonnant que « dans l'assaut livré à l'Église par Dame Folie », depuis quelques années, on voit faiblir tant d'ins­tituts religieux, qui ne possédaient pas leur armature spirituelle.

Point n'est besoin de partager les misères des hu­mains dans le monde pour connaître les nécessités spi­rituelles du peuple. Le Concile déclare nettement : « Il ne faut pas penser que les religieux (ses), du fait de leur consécration, deviennent étrangers aux hommes et inu­tiles dans la cité terrestre». (Lum. Gent. n.46). Loin de là!

Ce n'est pas des soeurs sécularisées qu'il nous faut, accomplissant des tâches de bonnes filles dans le mon­de : infirmières, assistantes sociales, professeurs, etc... . Mais des religieuses consacrées dont l'engagement est reconnaissable et reconnu. Le peuple attend des religieu­ses, non pas le témoignage d'œuvres humaines, tel le courage, la force, la générosité, l'habileté, mais le témoi­gnage d'oeuvres divines, d'œuvres de sainteté.

Voici l'exemple assez récent d'une religieuse mis­sionnaire en Palestine pendant un bon demi-siècle. Mor­te en 1927, Soeur Joséphine de Jérusalem est de l'époque que les malins appellent « avant-concile », donc de l'époque des « bonnes soeurs », conduites comme des enfants par une Règle rigide, incapables d'initiatives, formées dans le même moule ! Donc des mineures !

Cependant l'apostolat de cette religieuse a suscité le respect des foules musulmanes, des hauts fonctionnaires de l'État et des pays étrangers, et même des savants comme les Pères Lagrange et Vincent, O.P. C'est qu'elle se comportait, comme d'ailleurs des milliers d'autres, en vraie religieuse, qui ne cachait pas son identité. « Déjà au début du siècle, comme le fait remarquer justement L'A­mi du Clergé (16-5-74), par sa conduite, Sœur Joséphine dénonce à l'avance l'erreur des religieuses qui croient bien faire en se sécularisant. Elle leur rappelle cette vérité vieille comme le christianisme que la sainteté au­thentique est le meilleur garant d'un humanisme complet et équilibré. »

Comme conclusion à ces pages, l'exhortation finale de S.S. Paul VI devrait faire l'objet d'une méditation salutaire pour toute âme consacrée, désireuse de répon­dre à sa vocation :

« Nous vous supplions, nous dit le Saint-Père : gar­dez la simplicité des « tout petits » de l'Évangile. Sachez la retrouver dans le coeur à coeur secret avec le Christ, ou dans l'accueil direct de vos frères. Vous connaîtrez alors le tressaillement de joie dans l'action de l'Esprit Saint de ceux qui sont admis aux secrets du Royaume. Ne cherchez pas à devenir de ces sages et habiles que tout conspire à multiplier, auxquels ces secrets sont ca­chés. Soyez vraiment des pauvres, des doux, des affamés de sainteté, des miséricordieux, des cœurs purs, de ceux par qui le monde connaîtra la paix de Dieu ». (Évang. Test. n.54).

Pour crier ces vérités à toutes les religieuses du monde CENT MILLE LANGUES suffiraient-elles ?

Extrait de : RETOUR AU MAGISTÈRE. Mgr Joseph Louis Beaumiere (1974)

Elogofioupiou.over-blog.com

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