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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 10:21

Dévotion et fidélité au Siège Apostoli­que…                  

S. S. Paul VI: pour le IVe Centenaire du collège Germanico-Hongrois, à Rome (10 oct. 1973)

Le premier 'enseignement qui résulte d'un regard rétrospectif est la fécondité spirituelle de l'enracinement de votre établissement au coeur même de la catholicité : si l'on a pu, en Allemagne et dans les pays limitrophes, contenir le mouvement centrifuge qui avait été provo­qué par la crise luthérienne et rendre une vitalité nou­velle à l'Eglise qui y existait, cela fut possible, en gran­de partie, grâce à l'action inlassable des Pasteurs issus de votre Collège. Rome développa en eux une mentalité universelle et catholique, indiqua les lignes essentielles de l'action à poursuivre.

De ceci se dégage un deuxième enseignement. Il ne suffit pas d'avoir une bonne connaissance de l'ambian­ce historique dans laquelle on vit : il est bien plus im­portant d'avoir conscience de la continuité d'un patri­moine de sagesse et de vertu, éprouvé par une expérien­ce multiséculaire dont votre Collège est l'heureux héri­tier. Du reste, le culte des saines traditions fait partie de la pédagogie ecclésiastique authentique. C'est pour­quoi, vous insérer dans ce flux continuel signifie, chers élèves, mettre à profit ces richesses d'incomparable va­leur qui sont vôtres et qui sont de l'Eglise, signifie aussi conserver au Collège Germanico-Hongrois sa physiono­mie, sa noblesse, s'a particulière et providentielle fonc­tion dans le contexte ecclésial de notre époque.

L'heure présente — et il n'est pas nécessaire d'en rappeler les ferments — exige une volonté renouvelée de valoriser et d'appliquer les principes fondamentaux qui ont favorisé, tout au long de ces siècles, une florai­son aussi splendide d'âmes, totalement adonnées au bien de l'Eglise, des âmes qui ont laissé des traces indélébiles dans l'histoire religieuse de leurs propres nations. Le quatrième centenaire d'une Institution comme celle-ci donne sérieusement à penser; c'est le signe d'une vitali­té perpétuelle demeurée intacte même au milieu des transformations des temps qui évoluent; il rappelle au premier plan la nature, la fonction, la mission, la respon­sabilité des Séminaires dans la vie de l'Eglise.

Aujour­d'hui comme en ce temps-là: pour les études spécifiques qui doivent être accomplies dans une vision tout ensem­ble christocentrique, ecclésiologique, spéculative et éga­lement ouverte aux instances du rattachement à la cul­ture actuelle; pour la ligne sereinement et fortement formative de la discipline; pour le climat pastoral, orienté, vers les âmes selon les exigences concrètes de chaque diocèse, selon le génie propre de chaque peuple. Il con­vient donc de regarder en arrière afin de puiser de nou­velles énergies pour mieux bondir en avant.

Il est vrai que pour aller au devant des nouvelles exigences du temps, votre Collège ne peut demeurer fixé sur des normes adaptées à la vie d'il y a quelques siècles, mais qui ne feraient que produire un effet con­traire dans le climat présent. Les jeunes qui aujour­d'hui se préparent au sacerdoce ont en eux-mêmes des besoins, des exigences qu'il serait téméraire de ne pas prendre en considération. Déjà le Concile Vatican II, concient de « l'extrême importance de la formation des prêtres », parce que « le renouveau tant désiré de toute l'Eglise dépend en grande partie du ministère sacerdo­tal » (déc. Optatam totius, Préambule), avait tracé les lignes d'une pédagogie ecclésiastique renouvelée; lignes reprises et développées dans le document Ratio funda-mentalis institutions sacerdotalis, publié le 6 janvier 1970 par la S. Congrégation pour l'Education Catholique. Nous n'ignorons pas les difficultés de cette entreprise qui requiert des éducateurs responsables, doués d'un sage discernement et d'un prudent équilibre. Il faut toute­fois' tenir bien compte du fait que, dans la formation sa­cerdotale, il y a des normes qui restent, dans leur subs­tance, immuables au cours des siècles, et qui, demain comme aujourd'hui, conserveront toute leur valeur, car elles jaillissent de la nature même de l'Ordre sacré.

A ce propos permettez-nous, chers jeunes gens, de tirer au clair certains points qui, s'ils sont mal compris, peuvent avoir de funestes conséquences pour l'Eglise.

Dans la formation des candidats au sacerdoce, on demande aujourd'hui une plus grande ouverture aux problèmes de la société et de l'homme modernes. Cela est légitime, pourvu que l'on ne tombe pas dans l'exagération contraire.    Si le prêtre doit vivre dans le monde, il ne doit cependant pas être du monde.   Et si, pour lui, l'ex­cessif détachement est nuisible, n'est pas moins nuisible la tendance à supprimer, comme il arrive trop souvent, toute différence dans la manière de parler, d'agir et ain­si de suite, dans le but de se tenir plus proche du monde. Ne nous faisons pas d'illusion; si le prêtre ne parvient pas à maintenir cette distinction qui est nécessaire pour être l'homme de Dieu, le ministre du Christ, le témoin d'une vie transcendante et spirituelle, il se transforme peu à peu en ce sel insipide dont parle l'Evangile.

On relève aussi qu'aujourd'hui l'on apprécie de plus en plus les valeurs de la liberté, de la personnalité, de la responsabilité. C'est donc à juste titre que l'on de­mande, en vue d'un efficace aggiornamento des méthodes éducatives dans les Séminaires, d'instaurer un climat de plus grande liberté et de majeure responsabilité, qui sont les conditions indispensables du développement de la personne du candidat à la prêtrise. Cela ne justifie toutefois pas l'attitude de ceux qui voudraient supprimer toute structure, abolir toute réglementation, laisser plei­ne liberté aux initiatives personnelles se fiant à une bon­té naturelle qui ignore le péché originel et ses consé­quences. Certainement, la jeunesse doit être entraînée à la liberté; mais la vraie liberté est une conquête, et pour y parvenir, l'homme et plus encore l'aspirant au sacerdoce au cours de la période de sa formation, a besoin d'assistance extérieure. Une excessive passivité chez l'élève est nuisible, mais ne l'est pas moins la pré­tention de celui qui veut s'éduquer tout seul, sans aucu­ne intervention de l'éducateur. Aussi, la discipline dans la vie de séminaire doit-elle, comme l'affirme le Conci­le « être considérée non seulement comme un auxiliaire efficace de la vie commune et de la charité, mais comme un élément nécessaire dans l'ensemble de la formation, pour acquérir la maîtrise de soi et le plein développe­ment de sa personnalité ». (Dec. Optatam totius, numé­ro 11).

Aujourd'hui, on met aussi un fort accent sur la vie du prêtre comme vie de service, à l'exemple du Christ, « homme-pour-autrui », selon une heureuse expression bien connue. Il faut toutefois préciser que le service du prêtre qui veut rester fidèle à soi-même, est un service essentiellement spirituel. Aujourd'hui, il importe de bien se le rappeler devant les multiples tendances à séculari­ser le service sacerdotal et à le réduire à une simple fonc­tion principalement philanthropique et sociale. C'est sur le plan des âmes, dans leurs relations avec Dieu et dans leurs rapports intérieurs avec leurs semblables, que se qualifie la fonction spécifique du sacerdoce ca­tholique.

L'hospitalité romaine qui vous est offerte vous faci­lite d'une certaine manière l'acquisition de cette forma­tion, mais elle donne aussi à votre préparation une spé­cificité et un caractère typique incomparables, grâce à cette forte expérience spirituelle qu'un prêtre ou un as­pirant à la prêtrise peut faire de manière toute particu­lière à Rome, près de la tombe du Prince des Apôtres. Mettez donc ce temps de grâce à profit pour consolider votre foi et en rendre la pratique plus vive, plus sincère et plus fertile à l'exemple de Pierre, précisément. Votre Collège pourra ainsi continuer d'être, comme par le passé, une pépinière d'apôtres, un point de contact de la Rome catholique avec vos pays, un témoignage vivant de leur dévotion et de leur fidélité au Siège Apostoli­que.

Extrait de : RETOUR AU MAGISTÈRE. Mgr Joseph Louis Beaumiere (1974)

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