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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 14:49

LE RESPECT HUMAIN ce n’est rien…

Le sentiment le plus bizarre qu'un être quelconque puisse éprouver, c'est le mépris du bien et le respect du mal. Ce sentiment existe ; on lui a donné un nom absurde comme la chose, un nom fou, qui ne signifie rien, et qui a raison de ne rien signifier, puisqu'il exprime le néant : ce nom, c'est le « respect humain ».

Chose admirable ! Depuis que le bon sens est troublé dans son fond, et menacé dans ses ruines, les langues humaines contiennent d'effrayantes absurdités. Le sen­timent dont je parle, parce qu'il est le contre bon sens le plus radical que la pensée de Satan puisse concevoir, a nécessité une expression folle, qui ne peut signifier quelque chose que dans une maison d'aliénés.

Je me figure souvent un génie voyageur, un être, supérieur à l'homme et ignorant de l'homme, à qui je serais chargé d'apprendre ce qui se passe sur la terre. Je me figure un esprit qui viendrait du ciel et ferait con­naissance avec ce bas monde ; je le vois tombant, quand je lui dirais les choses qui nous paraissent simples, dans des extases de stupéfaction.

« — Vous savez mieux que moi, lui dirais-je, ce que c'est que le vrai, ce que c'est que le beau. J'en sais pourtant assez pour savoir que, si j'en savais davantage, je mourrais d'admiration. Je fondrais, comme la cire devant l'essence du feu ; et c'est pourquoi je ne vois pas encore tout ce que je verrai un jour... Mais voici, O mon maître et mon élève ! Ce que vous ne savez pas, et ce que je vous apprends.

« Celui qui Est, celai dont le Nom ne sa prononce qu'en adorant, celui devant qui les séraphins voilés et timides battent à peine des ailes tremblantes, devinez le sentiment que beaucoup d'hommes éprouvent en face de lui. Devinez ! Vous pensez à la crainte, vous pensez à l'amour. Vous ne devinez pas. O mon maître et mon élève ! En face du Dieu de gloire, ils éprouvent la honte. »

 Il me ferait répéter, l'Archange voyageur ; il ne com­prendrait pas ; il me dirait :

« — Lequel de nous deux devient fou ?» Je m'épui­serais en explications. Je lui dirais :

« — Oui, Monseigneur, les hommes sont fiers d'igno­rer le Vrai, l'Être, le Beau ; ils le méprisent et sont fiers de leur mépris. Si quelqu'un préfère cet infini que j'at­tends, cet infini dont vous êtes imprégné et ruisselant, si quelqu'un le préfère à un tas d'ordures, on lui dit : Cachez-vous, n'avouez pas votre préférence, car nous allons nous moquer de vous.

« Quant à ceux qui ont préféré le tas d'ordures, ils ne se bornent pas à s'y vautrer, ce qui serait explicable, mais ils s'y vautrent fièrement, et méprisent, en piéti­nant dans la boue, en cherchant la ressemblance des singes, ceux qui cherchent, sur la montagne, la res­semblance de Dieu. On a même inventé qu'il était beau de s'écarter du vrai. Vous ne comprenez pas, Monsei­gneur, ni moi non plus. On a inventé que les vices, les crimes, dont nous ne pourrions supporter la forme idéale, si elle nous apparaissait, sans mourir, foudroyés d'horreur, étaient beaux ; et la conformité royale et splendide de l'âme créée avec l'Être de Dieu, cet encens qui monte au trône de Dieu, plus pur et plus tort que celui des rosés de la terre, ça diamant du ciel qui est feu et parfum, les hommes se sont dit entre eux que ces choses étaient petites, mesquines, laides, et que ceux qui avaient l'esprit assez bas pour les préférer aux adul­tères glorieux que les romans divinisent, devaient au moins se cacher. »

Je parlerais longtemps, et plus serait intelligent mon céleste interlocuteur, et moins il comprendrait, car l'in­telligence comprend l'Être et l'inintelligence comprend le Néant. C'est en touchant à la science du mal que l'homme a désappris tout ce qu'il a désappris, le jour où Satan l'a trompé. L'inintelligence comprend le Néant... Ce dernier mot donne la clef des choses de ce monde ; il explique les réputations humaines. Beaucoup d'hommes seront trop bas pour le comprendre encore ; d'autres hommes, de niveau avec lui, le comprendront déjà.

Mais peut-être le génie voyageur, étant au-dessus de lui, ne le comprendrait plus. Et moi qui ai tant souf­fert dans ma vie de voir les choses de l'intelligence n'être pas comprises par des êtres trop au-dessous d'elles, je jouirais de voir les choses de l'inintelligence n'être pas comprises par un être trop au-dessus d'elles. Et si j'arrivais à prononcer devant lui le nom de cette chose qui n'en devrait pas avoir, si je disais : « Les hommes appellent respect cet inexplicable et universel mépris de tout ce qui est, » la conversation finirait sans doute, Je verrais l'Esprit voyageur déployer ses ailes de diamant, légères et brûlantes; fatigué de l'absurde, il s'en­volerait pour se reposer ; croyant à une plaisanterie dont je m'obstinerais à lui refuser le mot, il irait chercher, dans les régions supérieures, des choses claires, des choses simples, des choses intelligibles...

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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