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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 18:50

Le rendez-vous de la suprême justice…

Josaphat est un des personnages les plus mystérieux de l'histoire. L'Écriture est si sobre, si avare de détails, si solennelle dans ses silences ! Ceux qui ne sont connus que par elle restent dans une ombre lumineuse pleine de terreurs et de mystères ! Le nom de Josaphat signifie Justice! La vallée de Josaphat est le rendez-vous des créatures, le dernier rendez-vous, le rendez-vous suprême de la suprême justice ! Que de regards se sont élevés vers elle ! Que de cris ! Que de soupirs étouffés ! Que de silences ardents et terribles ! Que de choses, sans paroles, ont invoqué Josaphat !

C'est lui qui a vu ses ennemis se détruire ! C'est lui qui a dit cette parole profonde, qui ressemble à un cri de l'abîme, la parole de la Justice qui invoque la Puis­sance, et qui tomberait dans le désespoir, si la Puissance n'était pas là : Domine Deus, ergo non judicabiseos ? Le besoin de justice devint chose puissante, et ceux qui étaient là pour le combattre se détruisirent entre eux. Ils se jugèrent eux-mêmes. Et ils firent par leur Multitude ce que Josaphat ne pouvait pas faire, à cause de la multitude.

Car c'est l'habitude de la Puissance de changer les obstacles en moyens. Josaphat, dans son humilité, se sentait trop faible pour résister à la multitude. La mul­titude venge Josaphat d'elle-même; elle se déchire le sein avec les larmes qu'elle avait apportées contre lui; elle écrit avec son sang le nom de son ennemi. Josa­phat, je le répète, signifie Justice, et la multitude contre laquelle il appelle Jéhovah se fait Justice elle-même à elle-même, et change en suicide le crime qu'elle allait accomplir.

Le lieu où Josaphat pria et vainquit devint le sé­pulcre de la Vierge Marie, mère de Dieu.

Les noms des hommes ont une importance inouïe, une importance qui leur échappe, parce qu'elle est au-dessus de leur intelligence. Leur nom parle leur être; c'est leur substance qui se trahit. Quelle est donc l'im­portance de celui qui s'appelle Josaphat? (Josaphat Jugement !) Il est même étonnant que, préoccupés depuis tant de siècles de la vallée où fut enterrée Marie, de la vallée où les victimes rencontreront les bourreaux, de la vallée où le mensonge sera vaincu et la noirceur dévoilée, les générations humaines aient tant oublié cet homme, probablement immense, dont le nom est devenu le nom de la vallée où sera faite, pour toujours, la Justice.

Or, ce grand Josaphat, dont les dimensions inconnues épouvantent la pensée, ce grand Josaphat reçut un reproche du Seigneur.

Car il avait fait alliance avec le roi d'Israël. Faire alliance avec l'ennemi, ceci est le crime secret, le crime profond.

11 y a des crimes d'apparence, des crimes d'apparat. Mais l'intimité, qui a tout, a aussi son crime. Son crime est de s'allier avec l'ennemi.

La mesure de l'amour est dans l'exécration qu'on a pour la chose ennemie de l'ami. Le roi d'Israël était l'ennemi de Dieu, Josaphat avait oublié la chose que Dieu exécrait.

L'alliance, le rapprochement, le voisinage spirituel de l'ennemi, sont les crimes contre l'intimité ! Or, l'inti­mité, c'est la gloire, quand c'est de Dieu qu'il s'agit. Celui-là est le plus intime avec Dieu qui a le frisson le plus solennel en face de la Majesté. C'est pourquoi le péché contre le Nom sacré couronne d'horreur le front des saints! Celui qui a senti passer sur lui l'haleine de la gloire devient irréconciliable avec le crime contre la Gloire.

La charité le presse, c'est pourquoi il est intraitable, car elle l'oblige, comme une noblesse supérieure, à ne pas consentir aux choses de la haine. Celui qui tran­sige avec l'erreur, celui-là ne connaît pas l'amour dans sa plénitude et dans sa force souveraine.

Après une longue guerre, quand on n'en peut plus, quand la fatigue amène la ressemblance de l'apaise­ment, on a souvent vu les rois, lassés de combattre, se céder les uns aux autres telle ou telle place forte. Ce sont là des concessions qui fournissent des moyens d'en finir avec le canon. Mais on ne traite pas les vérités comme on traite les places fortes. Quand il s'agit de faire la paix, en esprit et en vérité, c'est la conversion qu'il faut et non l'accommodement. La Justice est tout entière ce qu'elle est.

Dans les relations d'homme à homme, quand un rap­prochement semble avoir lieu, sans que le cœur du coupable soit changé, quand il croit qu'une poignée de main remplace le repentir et le sentiment de sa faute, ce rapprochement menteur s'ouvre promptement pour laisser voir la graine qu'il portait en lui. C'est une seconde séparation beaucoup plus profonde que la pre­mière. Il en est de même vis-à-vis des doctrines. La paix apparente, qu'une complaisance achète et paye, est aussi contraire à la charité qu'à la justice, sar elle creuse un abîme là où il y avait un fossé. La charité veut toujours la lumière, et la lumière évite jusqu'à l'ombre d'un compromis. Toute beauté est une pléni­tude. La paix est peut-être, au fond, la victoire sûre d'elle-même.

Que dirait-on d'un médecin qui, par charité, ména­gerait la maladie de son client? Imaginez ce tendre per­sonnage. Il dirait au malade: Après tout, mon ami, il faut être charitable. Le cancer qui vous ronge est peut-être de bonne foi. Voyons, soyez gentil, faites avec lui une bonne petite amitié ; il ne faut pas être intrai­table ; faites la part de son caractère. Dans ce cancer, il y a peut-être une bête ; elle se nourrit de votre chair et de votre sang, auriez-vous le courage de lui refuser ce qu'il lui faut ? La pauvre bête mourrait de faim. D'ailleurs, je suis porté à croire que le cancer est de bonne foi et je remplis auprès de vous une mission de charité.

C'est le crime du dix-neuvième siècle que de ne pas haïr le mal, et de lui faire des propositions. Il n'y a qu'une proposition à lui faire, c'est de disparaître. Tout arrangement conclu avec lui ressemble non pas même à son triomphe partiel, mais à son triomphe complet, car le mal ne demande pas toujours à chasser le bien; il demande la permission de cohabiter avec lui. Un instinct secret l'avertit qu'en demandant quelque chose, il demande tout. Dès qu'on ne le hait plus, il se sent adoré.

La paix, disais-je, est la victoire sûre d'elle-même. La paix est un écrasement. C'est un écrasement assez complet pour ne plus faire d'effort.

Le sommeil semble placé au   sommet de l'activité humaine : quand l'effort extérieur a fait son œuvre et atteint son but, l'homme s'endort. C'est la vie qui se recueille ; c’est l'effort qui vainqueur au dehors, entre en lui-même pour vaincre au dedans, car le repos est la victoire remportée par la force qui répare sur la force qui dépense. La paix ressemble au sommeil. Elle est le recueillement du vainqueur qui, ayant fait son œuvre et atteint son but au dehors, demande aux sources de la vie la régénération intérieure, et la victoire intime après la victoire éclatante.

Mais, pour qu'il en soit ainsi, pour que la paix soit la paix, il faut que la justice ait été assouvie, il faut un dégagement de lumière et de chaleur qui ait fait mou­rir l'ennemi, car l'ennemi c'est le froid. Il faut que l'élé­ment mauvais soit arraché, non pas voilé. Il faut qu'aucune rougeur ne menace les fronts de ceux qui vont s'embrasser. L'absolu est la chasteté de la vic­toire.

Extrait de : L’HOMME, la vie… Ernest HELLO (1936)

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Published by elogofioupiou - dans Méditations et prières
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