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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 14:50

Le mauvais riche, qui est-il ?

Il y avait, dit Jésus-Christ, «un homme riche qui était vêtu de pourpre et de lin, et qui se traitait splendidement tous les jours. » Cet homme riche n'est point accusé d'avoir dérobé les biens dont il jouit, il n'est point accusé d'avoir transgressé les prescriptions formelles de la loi ; il jouit de ses richesses, de son luxe : « Il se revêtait de pourpre et de lin et se traitait magnifiquement tous les jours. » Il ne refusait rien à sa convoitise et vivait dans ce profond et indolent égoïsme dont nous voyons tant d'exemples autour de nous. L'oubli des souffrances du pauvre est donc son vrai crime.

« Il y avait aussi un pauvre nommé Lazare, étendu à sa porte, tout couvert d'ulcères, lequel désirait se nourrir des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait et les chiens venait lécher ses plaies. »

O divin Jésus, vous qui vous laissâtes mener à la mort en silence, avec quelles paroles énergiques vous décrivez les souffrances de Lazare, et comme on voit que vous regrettez du fond des entrailles les maux qu'en­durent vos créatures malheureuses !  Vous ne reprochez rien à ce riche que sa parure et sa table, dont le soin lui fait ou­blier Lazare, mourant de faim. Oh! Empêchez, par votre grâce, que les richesses ne gâtent ainsi mon cœur. Je vous  demande de me les enlever, de me faire pauvre moi-même, si elles doivent me faire tomber dans une si criminelle insensibilité. Oui, Seigneur, vous me les faites voir sous leur vrai jour, ces richesses séduisantes et dangereuses, qui nous en­dorment dans la mollesse et nous rendent, à force de sensua­lité, si dures aux maux que souffrent nos frères. Il est facile aux riches de se sauver par l'aumône, mais ils ne pensent pas à la faire ; la fortune mondaine aveugle l'intelligence et endurcit le cœur ; on fuit ces spectacles touchants et tristes qui blesseraient des yeux trop délicats, et on finit, au milieu de l'or et des fleurs, par oublier qu'il y a des pauvres en ce mon­de.

Le luxe est le mal de notre siècle ; chacun le répète et presque personne n'en est persuadé. Pour moi, ai-je, en pratique, de l’aversion pour le luxe ? Ce mot dangereux : « Il faut faire

comme les autres, » ne m'a-t-il pas entraînée à des dépenses au-dessus de ma position, à des dépenses inutiles, superflues, pure satisfaction donnée à la vanité ?... N'aimé-je pas les bi­joux, la toilette, les petits meubles inutiles ? Ne fais-je pas dépenser à mes parents des sommes considérables pour mes fantaisies ? Ces fantaisies ne sont pas innocentes, car le goût du luxe amène toujours l'endurcissement du cœur...

Poursuivons le récit évangélique. « Ce pauvre, continue Jésus-Christ, vint à mourir, et les anges le portèrent dans le sein d'Abraham. » La pauvreté et la patience sont donc ré­compensées.

 « Le riche mourut aussi, et l'enfer fut son tom­beau. » Les plaisirs sont finis, l'éternelle douleur commence. « Au milieu des tourments, élevant les yeux, il vit de loin Abraham avec Lazare dans son sein, et il s'écria : Père Abraham, ayez pitié de moi et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe dans l'eau le bout du doigt pour me rafraîchir la lan­gue, car je suis cruellement tourmenté par ce feu. » Le riche lève vers Lazare ces yeux que, durant le cours de sa vie, il n'avait pas daigné les abaisser sur lui ; il a refusé au pauvre les restes de sa table, les miettes de son pain, et il implore du milieu de ses angoisses, une seule goutte d'eau ! Il supplie que Lazare étende vers lui le bout du doigt ! Mais que la ré­ponse d'Abraham est terrible : « Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu les biens pendant votre vie, et que Lazare, au contraire, n'a eu que du mal. Maintenant, il est dans la joie, et vous, vous souffrez. » Vous avez été riche, et vous pouviez alors être charitable ; vous pouviez, en partageant avec votre frère malheureux, être mis en partage des biens éternels : vous avez joui seul ; les trésors de la terre vous ont suffi, vous avez le lot que vous avez choisi! Lazare a eu les maux, il les a chéris et sanctifiés par sa patience ; à lui, les délices éternelles ! Un profond abîme est maintenant entre eux ; sur la terre, il eût été facile au riche de s'abaisser jusqu'à Lazare ou d'élever Lazare jusqu'à lui mais cet espace qu'il n'a pas voulu franchir est devenu un abîme immense, creusé par l'éternité. C'est là ce qu'on ne peut se lasser de répéter et de méditer. « Le service des pauvres, s'écrie Bossuet, natu­ralise les riches dans le ciel, et leur sert à expier la contagion qu'ils contractent parmi les richesses. Par conséquent, ô riches du siècle, prenez tant qu'il vous plaira des titres superbes : « vous pouvez les porter dans le monde ; dans l'Eglise de Jésus-Christ, vous êtes seulement serviteurs des pauvres. »

J'adore, ô mon divin Jésus, votre extrême bonté qui vous a fait penser sans cesse aux besoins des misérables ! Que n’avez-vous pas fait pour les soulager ! Vous nous y avez invi­tés de la manière la plus suave, en disant que tout le bien que nous leur ferions, vous le regarderiez comme fait à vous-même; vous nous l'avez enjoint par les plus fortes menaces, puisque vous nous faites voir en enfer, dans les flammes, le riche dur et insensible. Ayez pitié de moi ! Faites de votre petite servante la servante des pauvres ; que la charité croisse en moi ; que la fortune, si j'en possède jamais, ni mes propres chagrins, n'émoussent dans mon cœur la sainte compassion que l'on doit aux malheureux ; que je sois enfin votre vraie disciple, en vous aimant et en aimant les autres !

Extrait de LECTURES MÉDITÉES. (1933)

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