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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 15:03

   LES OISIFS SUR LA PLACE DU MARCHÉ

Un psychologue illustre et distingué a dit un jour que ce qui fait la tragédie de l'homme contemporain, c'est qu'il ne croit plus qu'il a une âme à sauver. C'est à des gens de cette sorte que Nôtre-Seigneur a adressé sa magnifique parabole des ouvriers de la onzième heure. Vers la fin du jour, le maître de la vigne se rendit sur la place du marché et dit : « Pour­quoi vous tenez-vous ici toute la journée sans rien faire ? » Dans certaines régions de l'Orient, cette coutume se perpétue encore, des hommes s'assemblent devant les mosquées et dans les lieux publics, la pelle à la main, attendant d'être embauchés.

Cette   anecdote   comporte   des   applications  spiri­tuelles et concerne différentes sortes d'oisifs. En plus des gens qui sont oisifs au sens littéral du terme, il y  a pas  mal  d'individus  que l'on  peut considérer comme des oisifs, encore qu'ils soient d'industrieux touche-à-tout,   parce   qu'ils   s'absorbent   dans   des travaux qui n'ont en réalité aucune utilité. Beaucoup sont oisifs par suite d'une perpétuelle indécision et d'autres deviennent frustrés et préoccupés parce qu'ils ignorent le sens de la vie. Pour un œil humain, il n'y a sans doute pas énormément d'oisifs, mais lorsque l'œil divin s'arrête sur la terre, elle doit lui apparaître comme une vaste place de marché où l'on ne travaille guère. Aux regards de Dieu, toutes les activités telles que   l'accumulation   des   richesses,   le   mariage,   les achats et les ventes, l'étude et la peinture, ne sont que des moyens qui concourent au but suprême et final qui est le salut de l'âme. Chaque dépense d'éner­gie humaine qui transforme en fin ce qui n'est qu'un moyen, qui isole la vie du but de la vie, n'est qu'une oisi­veté besogneuse, tristement, déplorablement irréelle. En dépit de la nouvelle et  sévère définition que notre divin Seigneur donne de l'oisiveté, il y a toute- . fois beaucoup  d'espérance dans cette parabole,  car certains sont embauchés à la onzième heure et ils reçoivent exactement autant que ceux qui ont peiné tout le jour. Il n'est jamais trop tard pour la grâce de Dieu. Notons cette particularité psychologique : ceux qui se tournent vers Dieu tard dans la vie consi­dèrent généralement que toute leur existence anté­rieure  a  été  gâchée.   Se  penchant  sur sa  jeunesse gâchée, saint Augustin s'écria : « 0 Beauté ancienne, je t'ai aimée trop tard. » II n'existe pas de cas déses­pérés ; aucune existence n'est trop avancée pour la rédemption ; il n'est pas d'oisiveté, eût-elle duré toute une vie, qui s'oppose à quelques minutes de travail utile dans la vigne du Seigneur, même s'il s'agit des derniers instants, comme ce fut le cas pour le bon larron.

Lorsque, à la fin du jour, le Seigneur donna à chacun les mêmes gages, ceux qui avaient dû sup­porter les ardeurs du soleil se plaignirent de ce que ceux qui étaient arrivés à la onzième heure recevaient exactement autant qu'eux. Ce à quoi notre divin Seigneur répliqua : « Pourquoi vois-tu d'un mauvais œil que je sois bon ? » Le souci d'être rémunéré n'a rien à voir avec le Service divin. Ceux qui mènent une existence édifiante pendant quarante années et protestent ensuite contre le salut des derniers venus ont une âme de mercenaires. Tous les actes sincères du spiritualiste sont inspirés par l'amour et non par le désir d'une récompense. En matière de mariage, on ne peut parler des « récompenses » de l'amour véritable sans insulter à la fois le mari et la femme. Impossible d'associer la notion de rémunération à l'affection qui noue les bras d'un petit enfant autour du cou de sa mère, ou qui maintient la mère au chevet de son enfant au-delà des forces humaines. Impossible d'associer la notion de rémunération à l'héroïsme de l'homme qui risque sa vie pour sauver celle d'autrui. D'une manière identique, ceux qui se font dans la vie quotidienne les pieux serviteurs de la religion sont tout aussi pénétrés du charme, de la fascination et de la gloire de la dévotion désintéressée que ceux que nous venons d'évoquer.

L'oisiveté physique dégrade l'esprit ; l'oisiveté spirituelle dégrade le cœur. L'action conjuguée de l'air et de l'eau peut transformer en rouille une barre de fer. A chaque heure du jour, sur la place du marché, l'homme doit donc se demander : « Pourquoi est-ce que je reste ici à ne rien faire ? »

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)  (1957)

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