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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 15:39

L’AMOUR EST INFINI

Il y a une profonde différence de qualité entre les biens dont nous avons besoin, que nous utilisons, dont nous jouissons effectivement, et l'accumulation des choses inutiles dont nous faisons l'acquisition par vanité, par cupidité, ou pour humilier autrui. Les biens de la première catégorie sont une extension légitime de notre personnalité : nous enrichissons par notre amour quelque objet déjà fort usagé, et, de ce fait, il devient pour nous un objet précieux. Ces deux manières d'entendre la propriété, n'importe quelle garderie nous en fournit une illustration : l'enfant qui n'a qu'un seul jouet l'enrichit de son amour. En revanche, l'enfant gâté, saturé de divertissements multiples, ne tarde pas à se blaser et cesse d'y prendre le moindre plaisir. La qualité de son amour diminue en proportion du nombre des objets qui sont proposés à son amour. De même, moins une rivière est pro­fonde, plus ses eaux s'éparpillent dans la plaine.

Lorsque nous pénétrons dans une vaste demeure qui n'est habitée que par deux personnes, nous éprou­vons une sensation de froid, car une telle maison est trop grande pour que l'amour humain en fasse un véri­table « gite ». N'importe lequel d'entre nous est capable d'ennoblir par sa présence quelques mètres carrés... mais pas plus. Plus les gens possèdent de biens qu'il leur est impossible d'imprégner de leur personnalité et de leur amour, plus ils sont accablés de lassitude, d'ennui et de satiété.

Et pourtant les hommes et les femmes s'efforcent perpétuellement d'accroître leurs possessions, bien au-delà des limites de ce dont ils peuvent jouir. Et il en est ainsi parce qu'ils s'imaginent à tort que leur faim d'Infini peut être satisfaite par une multiplicité de biens matériels : ce à quoi ils aspirent, en réalité, c'est à l'Infini de l'Amour divin.

Dès que nous commençons à désirer la « richesse », notre imagination peut très aisément être amenée à désirer un faux infini. Car la « richesse » et l'« argent » sont des choses qui stimulent l'imagination et l'ima­gination est insatiable dans ses désirs. Les biens véri­tables, ceux par exemple dont notre corps à besoin, ne sont pas de cette sorte. La quantité de nourriture que notre estomac peut contenir tient dans d'étroites limites, et lorsque ces limites sont atteintes nous n'en désirons pas plus. Nôtre-Seigneur a nourri, dans le désert, cinq mille personnes en leur distribuant du poisson et du pain, et tout le monde a été rassasié. Mais si, au lieu de cela, il avait distribué des bons du trésor de  mille dollars, nul n'eût dit : « Un seul me suffit. »

La richesse à crédit, les actions, les obligations, les comptes en banque... tout cela n'a pas de limites déterminées qui nous contraignent à dire : « C'est assez. » Il y a dans ces choses une caricature d'infini qui incite les hommes à s'en faire de fausses religions, à les utiliser comme des produits de remplacement qui se substituent au véritable infini de Dieu. Comme l'argent, l'amour et la puissance peuvent devenir des religions: ceux qui sont à la poursuite de ces choses et qui les considèrent comme «des fins en soi», ne parviendront jamais à se satisfaire. Ces hommes sont à la recherche de Dieu, mais ils ignorent son nom et ils ne savent où le trouver.

Étant donné que tout accroissement de la quantité des choses que nous aimons entraîne une diminution de la qualité de notre amour, il existe deux procédés grâce auxquels on peut espérer que se préservera la pureté de notre amour. Le premier consiste à donner en proportion de ce que nous recevons ; et cela per­met de nous remettre en mémoire que nous ne sommes que les simples gérants des richesses du Seigneur et non leurs légitimes propriétaires. Pourtant, bien peu de gens se risquent à agir de la sorte : ils ont peur d'entamer leur « capital » et chaque centime qu'ils y ajoutent devient une partie inhérente de la pile sacrée dont on ne doit pas rompre l'harmonie. Ils finissent par s'identifier à ce qu'ils aiment ; s'il s'agit de la richesse, ils ne peuvent supporter de se séparer de la moindre parcelle du fardeau qu'ils ont accumulé.

Le deuxième moyen de nous préserver d'une cupi­dité malsaine est un moyen héroïque : le détachement complet des richesses de ce monde tel qu'il fut pra­tiqué par saint François d'Assise, tel que le pratiquent tous ceux qui font vœu de pauvreté. Pareille renon­ciation a quelque chose de paradoxal, car l'homme qui a abandonné jusqu'à l'espoir d'assurer sa « sécurité » est l'homme le plus riche du monde : c'est lui qui jouit de la plus grande sécurité, car il ne désire rien et aucun milliardaire ne peut en dire autant. Notre aptitude au renoncement est autrement grande que notre apti­tude à la possession : nul ne peut posséder le monde, mais n'importe qui peut y renoncer.

Les avares peuvent bien emplir leurs portefeuilles, en aucun cas ils ne peuvent emplir leurs cœurs, car il leur est impossible d'acquérir les richesses qu'ils sont aptes à imaginer et à désirer. Par contre, ceux qui sont pauvres du fond du cœur sont riches en bonheur. Dieu nous a dotés d'assez d'amour pour que nous soyons en mesure de le trouver et de trouver en lui l'infini ; mais il ne nous a pas dotés d'assez d'amour pour thésauriser les biens matériels.

Extrait de : LE CHEMIN DU BONHEUR  (Mgr fulton J. sheen)

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